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Full text of "Mémoires et correspondance de duplessis-Mornay : pour servir à l'histoire de la réformation et des guerres civiles et religieuses en France, sous les règnes de Charles IX, de Henri III, de Henri IV et de Louis XIII, depuis l'an 1571 jusqu'en 1623. --"

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MEMOIRES 

ET 

CORRESPONDANCE 

DE DUPLESSISxMORNAY. 

TOME VIII. 



ÉCRITS POLITIQUES ET CORRESPONDANCE, 

A. 1598. 




DE L'IMPRIMERIE DE CRAPELET, 

rne de Vaugirard, n° 9. 



MEMOIRES 



ET 



CORRESPONDANCE 

DE DUPLESSIS-MORNAY 



POUR SERVIR 

a l'histoire de la réformation et des guerres civiles et 

RELIGIEUSES EN FRANCE , SOUS LES RECNES DE CHARLES IX , DE 
HENRI III, DE HENRI IV ET DE LOUIS X11I , DEPUIS LAN l5j l 

jusqu'en l623. 

ÉDITION COMPLÈTE, 

Publiée sur les manuscrits originaux, et précédée des MÉMOIRES 
DE MADAME DE MORNAY sur la vie de son mari, écrits par 
elle-même pour l'instruction de son fils. 



TOME HUITIÈME. 



^***-. 






A PARIS, 

CHEZ TREUTTEL ET WÙRTZ, LIBRAIRES, 

RUE DE BOURBON, N° 17. 

A Strasbourg et a Londres, même Maison de Commerce. 



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1824. 



MEMOIRES 

ET CORRESPONDANCE 

DE 

DUPLESSÏS-MORNAY. 

I. — * LETTRE DE M. DE VILLEROY 

A MM. de Bellievre et de Slllery. 

Messieurs , je vous escrivis hier au soir; mon paquet 
a esté baillé à madame de Bellievre pour vous faire te- 
nir , comme elle m'a mandé qu'elle a faict par ung 
courrier qui alloit trouver M. le légat. Dans ledict pa- 
quet il y en avoit ung du roy pour ledict sieur légat, 
et des lettres de Suisse pour vous. 

A présent je vous envoyé ce porteur commis de 
M. de Varenne , premièrement pour dresser les postes 
sur le chemin d'ici à Vervins , comme nous avons ar- 
resté ; et après pour vous faire sçavoir qu'il est arrivé 
ici ung gentilhomme nommé La Patriere , qui avoit 
accompaigné en Italie le fils de M. de Mayenne, lequel 
partit de Ferrare le 3 de ce mois de janvier dernier 
passé , et nous a asseuré y avoir veu le nom et l'aucto- 
rité du pape recogneue entièrement, tant par dom Cé- 
sar d'Est, lequel y a esté forcé par les hahitans, que 
par la noblesse et toute la ville, après que l'evesque 
eut faict publier l'excommunication du pape en une 

Mém. de Duplessis-Morjvay. ToaiK viii. t 



2 LETTRE DE M. DE VILLEROY 

grande assemblée qu'il avoit convoquée , soubs pré- 
texte de la mort d'ung chanoine de l'église , de bonne 
maison , ayant osé à l'heure mesmes faire afficher à la 
porte du palais dudict dom César ladicte sentence d'ex- 
communication , encores qu'il feust assisté de plus de six 
mille soldats estrangers, de sorte que ledict dom César, 
lequel on dict s estre comporté fort laschement , se 
voyant reduict en tels termes, auroit pryé la duchesse 
d'Urbin d'aller trouver le cardinal Aldobrandiu , légat 
de sa saincteté , qui estoit jà à Fayence avec vingt cinq 
ou trente mille hommes, pour traicter et composer; ce 
qui auroit esté faict par la permission de sa saincteté, 
qui l'auroit attendeue cinq ou six jours; de manière 
que l'accord s'estant ensuivi, le nom de sadicte sainc- 
teté et du sainct siège avoit esté recogneu en ladicte 
ville, du consentement mesmes dudict dom César d'Est, 
et la sentence d'excommunication levée au contente- 
ment d'ung chacung; ledict dom César d'Est debvoit se 
retirer avec ses meubles à Reggio et Modena. Et 
adjousle qu'il n'a trouvé de comptant que 4 O0 > o °o 
escus, sans en ce comprendre les apostres d'or et aul- 
tres meubles de la maison d'Est, qu'il cloibt emporter, sui- 
vant le testament du dernier duc. Voila ce que m'en a dict 
ledict de La Patriere, qui est gentilhomme croyable et 
d'entendement , lequel m'a asseuré avoir veu tout ce 
que je vous mande; et que le fils de M. de Mayenne 
n'a esté à Ferrare que depuis ladicte excommunication 
levée, l'ayant laissé prest à partir pour s'en revenir en 
France par l'Allemaigne. Le roy vous pi ye de faire part 
à M. le légat de ceste bonne nouvelle, et vous en con- 
jouir avec lui en son nom , avec les meilleurs propos 
que vous lui pourrés tenir sur ung tel subject, qui glo- 



A MM. DE BELLÏEVRE ET DE SILLERY. 3 

rifïera de plus en plus le pontificat de sa saincteté. Je 
ne vous en dirai dadvantage pour le présent, saluant 
vos bonnes grâces , etc. 

Du I er febvrier 1698. 



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IL — * MEMOIRE 

Baillé a Chastellerault , le 1 febvrier i5g8, a M. le 
président de Thou. 

Le 28 d'octobre 1^97, estant le sieur Duplessis 
Marly en la ville d'Angers pour les affaires du roy , 
conjointement avec M. de Sehomberg, et à l'instante 
pryere de M. le mareschal de Brissac, le sieur de Sainct 
Pliai, beau frère dudict sieur mareschal, qui n'en pou- 
voit ignorer, pour les avoir veus tout le matin en con- 
seil ensemble , au sortir de chés M. de La Rochepot , 
gouverneur et lieutenant pour sa majesté en Anjou, où 
ils avoient tous disné, suivit ledict sieur Duplessis , et 
sans lui avoir monstre auparavant aulcung signe de 
mauvaise volonté , lui demanda en la rue de parler à 
lui , ce qu'il accepta volontiers; ledict sieur de Sainct 
Phal, accompagné de dix ou douze hommes de main, 
botté , esperonné , ung cheval le suivant ; ledict sieur 
Duplessis, accompaigné de quattre seulement, dont les 
deux n'estoient ses domestiques, et d'ung page. 

Lui demanda raison ledict sieur de Saint Phal de la 
prise d'ung des siens nommé Moncenis, et de l'ouver- 
ture de lettres dont il estoit chargé. 

Lui respondit ledict sieur Duplessis que ledict Monce- 
nis avoit esté pris par quelques habitans de Monstreuil 
Bellay, allans à la guerre vers Mirebeau , qui l'estimoient. 



4 MEMOIRE 

veu le chemin qu'il prenoit, qu'il feust de la Ligue; 
que le président de Eslens et le capitaine dudict Mons- 
treuil lui avoient envoyé les lettres qui s'estoient trou- 
vées sur lui , le pryant de leur commander ce qu'ils 
auroient à en faire, parce qu'ils le jugeoient homme 
de menée , et serviteur de M. de Mercœur , soit de le 
retenir ou de le relascher, ou mesme de lui mener à 
Saulmur; et neantmoins, après avoir ouvert partie des 
lettres , il les leur auroit renvoyées , et leur auroit 
mandé qu'ils le laissassent aller son chemin, et les lui 
rendissent, parce qu'il appartenoit à ung serviteur du 
roy. Ledict sieur de Sainct Phal répliqua qu'il voulloit 
avoir la raison de ses lettres ouvertes. 

Respondit le sieur Duplessis que si celle qu'il lui fai- 
soit ne le contentoit, il la lui feroit quand et en telle 
façon qu'il vouldroit. 

Lui demanda ledict sieur de Sainct Phal s'il lui don- 
noit sa parole. 

Respondit le sieur Duplessis qu'oui, et très volon- 
tiers. 

Lui demanda ledict sieur de Sainct Phal s'il feroit 
annoncer aulxdicts président et capitaine ce qu'il di- 
soit. 

Respondit le sieur Duplessis qu'oui , parce que 
c'estoit la vérité. 

Lui demanda ledict sieur de Sainct Phal quand. Res- 
pondit ledict sieur Duplessis : Au premier jour, et des 
qu'il seroit à Saulmur, où il retournoit des le lende- 
main. 

Répliqua ledict sieur de Sainct Phal qu'il voulloit 
sçavoir quand, et qu'il le falloit. 

Lors le sieur Duplessis, se sentant pressé, lui auroit 
dict qu'il nestoit homme qui le menast par je veulx, 



A M. DE THOU. 5 

ni par il fault. Qu'estant en charge publicque , il 
n'estoit teneu d'en rendre compte qu'au roy, là où il 
alloit de son service. Que ce qu'il en faisoit, au reste, 
n'estoit que pour le désir de contenter ung chacung. 

Le sieur de Sainct Pliai lui dict : Doubtés vous que je 
n'en puisse avoir raison? Non, lui dict le sieur Duples- 
sis ; parce que je vous ai jà dict que je la vous veulx 
faire, et en telle façon que vous vouldrés. Et s'appro- 
choient tousjours les hommes dudict de Sainct Pliai de 
plus près, ayant leurs espees tirées des pendans, et la 
main sur la garde. 

Enfin lui auroit demandé ledict sieur de Sainct Pliai 
s'il ne lui en voulloit dire aultre chose; sur quoi lui 
ayant le sieur Duplessis respondeu qu'il ne sçavoit pas 
que lui en dire de plus, auroit ledict sieur de Sainct Phal 
tiré ung baston qu'il avoit porté des le matin, qu'il ca- 
choit derrière; ayant, pour mieulx hausser le bras, la 
manche de sa Juppé attachée; en auroit frappé ledict 
sieur Duplessis sur la teste, à l'endroict de la tempe 
gauche; dont voullant mettre l'espee en la main , il se- 
roit tombé en terre, où lui auraient esté tirées quelques 
estocades, desquelles il auroit esté couvert par ung des 
siens , et se seroit promptement relevé l'espee en la 
main ; mais auroit trouvé que ledict sieur de Sainct 
Pliai se seroit retiré vers son cheval tost après le 
coup donné, laissant sept à huict des siens l'espee en 
la main , pour tenir le travers de la rue , lesquels au- 
roient blessé deux de ceulx du sieur Duplessis poursui- 
vant ledict sieur de Sainct Phal , i'ung d'une estocade 
en ung bras, d'ung en l'espaule. Avoit aussi esté saisi 
par derrière ung gentilhomme qui estoit avec lui, au 
corps, et jette par terre à l'instant que le coup feut 
donné au sieur Duplessis, lequel voyant ledict sieur 



6 MEMOIRE, etc. 

de Sainct Phal évadé , se seroit tout doulcement retiré 

en son logis. 



III. _* LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A sa femme. 

M'amie, je t'ai escrit amplement par Gharton; je 
n'ai rien eu de toi. Je crains que le mauvais temps t'ait 
faict de la peine; mais il semble amender maintenant. 
Nous advançons tant que nous pouvons. Le retour 
de MM. de Gourtaumer et de Cazes, que j'attends 
dans quattre ou cinq jours , nous abrégera fort. Ma- 
dame la princesse d'Orange verra le roy , et séjournera 
douze jours à Paris. Elle a congé de séjourner ung an 
en France de par messieurs les estats. Le roy l'a voulleu 
voir et son fils, et par conséquent M. de Pierrefite 
aura du temps assés. Il me tarde que je n'aye de tes 
nouvelles sur ce que je t'avois escrit du faict qui est 
entre les mains de Le temps a esté fort fas- 

cheux. M. de La Boucherie est parti d'ici une heure 
après que j'y feus arrivé, et n'ai poinct parlé à lui; 
mais j'avois laissé des lettres à Saulmur pour lui. Nous 
avons trouvé Tranchant ici, qui nous baillera dans 
huict jour les 5oo liv. de La Rochelle, moyennant 
quinze cens de perte, et ne s'est peu faire à meilleur 
marché. Je te les porterai, aidant Dieu, à Saulmur. 
M. Constant m'a parlé de l'homme que tu sçais. Il est 
engagé d'amour à une fille de Madame de 

Sainct Gelais m'est veneu voir aujourd'hui, qui est 
fort en peine de la nourriture de son fils, et de trouver 
qng gentilhomme qui en soit capable. Elle le tiendroit 



LETTRE DE M. DUPLESSIS, etc. 7 

ung an à Paris ou plus , et puis l'enverroit en Hollande. 
Il est fort gentil garçon d'espérance, et a desjà fort 
advancéaulx lettres. J'avois pensé du bon homme M. de 
La Montagne. Elle m'a dict qu'elle le trouvera bien ; 
mais je n'ai voulleu presser jusques où je pense qu'il 
est bien de l'en ce nous seroit autant. 

Mande moi quel denier a deu faire nostre nouveau re- 
ceveur; car j'en suis en peine. Je t'envoye une recette 
que M. de Bouillon m'a donnée, et pour fin je t'em- 
brasse, etc. 

De Chastellerault , ce 2 febvrier 1598. 

Tu ne m'as rien mandé du passage de M. de Mont- 
martin. 



IV. — * LETTRE DE M. DE PIERREFITE 

A M. Du pies sis. 

Monsieur , je vousescrivis d'ici dimanche par ung de 
Bourguent, qui ne vint quérir mes lettres. Depuis, 
j'ai communiqué fort particulièrement avec MM. de 
Rheims , de Rhosny , de Vardes , de Fresne , de Gesvre , 
de Blancmesnil et Tambonneau, tous en leurs logis. Si 
ce n'est M. de Vardes , ils ont esté d'avis , par la crainte 
du partement inopiné du roy , de se haster de s'assem- 
bler, y appellant seulement les parens qui sont ici, et 
les plus considérés, ne trouvant bon que la resolution 
qui y sera prise soit divulguée, ce qui pourroit estre , 
si on y appelloit ung grand , comme celui duquel vous 
avés parlé ung sieur d'Armaignac, auquel ils ont esté 
d'advis que je ne baille la lettre. Enfin , ils sont d'advis 
qu'il n'y ait que les susnommés avec M. le comte de 



8 LETTRE DE M. DE PIERREFITE 

Safnct Àignan , lesquels tous m'ont promis de s y trou- 
ver demain à deux heures après midi , qui est le jour 
et heure qu'ils ont pris sur le doubte qu'ils ont que le 
roy parte jeudi. MM. de Rohan et de Beauvaisleur 
s y trouveront aussi. J'ai faict trouver bon à M. de 
Rheims que M. de Rohan pariast le premier, disant seu- 
lement que, comme vostre parent, il accompaigne 
mondict sieur de Rheims et vos aultres parens en la 
supplication qu'ils font à sa majesté par la bouche de 
mondict sieur. Ces messieurs ont trouvé à propos que 
M. de Mouy ne s'y trouvast , sur la remonstrance qu'il 
m'a faicte qu'il desiroit sçavoir s'ils Pavoient agréable , 
craignant que sa présence empeschast la liberté des 
advis. Je crois que seur il est plein d'affection ; je leur 
parlerai pour faire qu'il soit de la requeste. MM. de 
Monlouet, de Montataire et de Vicose ne sont ici. Je 
vis hier madame de Simiere pleine de bonne volonté. 
Le capitaine Daulphin arriva hier avec lettres de M. de 
Schomberg , qui donnoit advis au roy de ma veneue et 
du subject pourquoi, ainsi que m'a cejourd'hui dict 
M. de Gesvre. Mondict sieur de Schomberg doict 
estre demain ici. J'ai vu cejourd'hui M. le chancellier 
extresmement plein d'affection en vostre endroict. Je 
n'ai encores rendeu vos lettres à madame, messeigneurs 
de Montpensier et connestable , et ne le puis encores 
pour demain, non plus qu'à MM. Servin , Marion et 
Erard. Je verrai au plus tost que je pourrai la première, 
et après la requeste faicte à sa majesté , irai visiter les 
aultres, nommeement M. Servin, que M. le chevalier de 
Chaze m'a dict se plaindre de vous avoir escrit deux 
fois sans response. Je ne pense pas mal à propos que 
je voye madame la princesse d'Orange, et sur les 
asseurances que je m'asseure qu'elle me donnera de sa 



A M. DUPLESSIS. 9 

bonne volonté en vostre endroict , que je la supplie 
d'en parler à sa majesté, et lui remonstre combien il 
importe pour sa réputation d'en faire bonne justice. Je 
la verrai au plus tost que je pourrai. Je suis marri d'ad- 
vancer si peu ; mais je vous supplie de croire que je ne 
perds poinct de temps. La requeste faicte à sa majesté, et 
M. de Schomberg ouï , nous fera voir quelque forme 
en cest affaire. Je prye Dieu qu'il nous y bénie. Je ne 
m'inquiète poinct des affaires publicques. On attend 
les ambassadeurs d'Angleterre et des Pays Bas. On dict 
que M. Du Perron va à Rome pour obtenir dispense 
pour le mariage du roy. On asseure que Ferrare a esté 
rendeu au pape par composition. Je ne faillirai par 
toutes les commodités que j'en aurai de vous donner 
advis de tout ce que j'apprendrai. 

A Paris , ce 3 febvrier 1 5g8. 

P. S. Monsieur , j'ai encores cejourd'hui parlé à 
M. de Beauvais , qui m'a asseuré qu'il prepareroit M. de 
Roban à parler selon la forme ci dessus qu'il tient fort 
bonne, et n'a ouï parler d'aulcune difficulté. 



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V. — * LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A sa femme. 

J'ai receu tes lettres d'hier matin. Je me doubtois 
bien que le temps pluvieux pourroit modérer ta santé; 
mais il fault mieulx espérer d'ung meilleur. Je n'im- 
prouve poinct la resolution de nostre homme ni son 
voyage, soit que le vienne a bien ou non. Le temps 
seulement y est à plaindre; mais il ne se perd poinct 



io LETTRE DE M. DUPLESSIS 

quand il ne se peult gaigner. Legoux est arrivé ce 
matin; il ma apporté de fort favorables lettres du roy. 
Il rencontra vendredi M. de Pierrefite près d'Etampes, 
et sa majesté estoit à Sainct Germain, d'où elle se 
retournoit le samedi à Paris. Madame la princesse 
d'Orange avoit veu le roy, que M. Dumaurier m'escrit 
avoir monstre grand ressentiment de nostre oultrage. 
Le mesme m'escrit M. de La Fontaine , de la royne 
d'Angleterre et de tous les gens de bien de delà, et 
M. de Buzenval de Hollande. Leurs députés doibvent se 
trouver àRouen avecceulx du roy, resoleus à continuer 
la guerre entre l'Espaignol ; et le roi leur en donne le 
choix de guerre ou de paix, pourveu qu'ils conviennent 
de moyens pour la bien faire. Le roy et monseigneur de 
Montpensier veullent persuader à madame la princesse 
d'Orange que le mariage de M. de La Tremouille se 
fasse à Saulmur; mais on lui a faict aujourd'hui une 
despesche fort expresse, par laquelle elle est pryee de 
venir droict ici. Quant à je suis fort aise de ce que 

tu m'en escris. Il sera bon de le saluer en mon nom. 
Il fauît enfin que toutes longueurs prennent fin, et celle 
là sera fort bonne bénie de Dieu. Je crois que je pourrai 
amener à temps pour lever la difficulté, et c'est mon 
désir. Grâces à Dieu, je ne me sens d'aulcung mal, et 
mon principal désir seroit que tu feusses de mesmes. 
M. Peniliau t'a escrit de M. Daulines, médecin ; je crains 
que ceulx qui sont si attachés à leur estude acquièrent 
moins d'expérience : il s'en fault enquérir. Je t'envoye 
des lettres de M. de La Fontaine , et pour nostre fils. 
Tu auras bien considéré que je ne pouvois empescher 
que escrivist. M. Legoux a rapporté toutes les com- 
missions pour lesquelles il estoit allé. Les créanciers 
promettoient d'envoyer pour prendre resolution avec 



A MADAME DUPLESSIS. 1 1 

nous, et des terres en payement. J'envoye quelques 
sauvegardes, et en ferai encores expédier. Leroy a ouï 
nos députés; il leur a donné grande attention, et pro- 
met de les renvoyer au plus tost ; mais il semble 
qu'ils ne peuvent tarder. Je t'embrasse, etc. 

De Chastellerault , ce 3 febvrier 1598 , au soir. 



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VI. — * MEMOIRE 
De M. de Pierrefiie. 

Le sieur de Pierrefîte s'addressera premièrement à 
M, deRheims, lequel il supplie de voulloir assembler 
Jes parens et alliés de M. Duplessis, qui se trouveront 
sur les lieux, les supplians de sa part, estans tous en- 
semble, de lui faire cest honneur de prendre' uns bon 
advis de la procédure qui aura esté teneue, pour avoir 
prompte justice de Sainct Pbal , soit par la voye de jus 
tice ou aul(rement,dont les suppliera de voulloir faire 
ung bon résultat, auquel le sieur Duplessis ne fauldra 
de se conformer, pour l'honneur qu'il porte à leurs 
bons et sages advis. 

Ores, sur ce propos, fauldra faire traicter les ques- 
tions qui ensuivent : Si ledict sieur doibt prendre la 
voye de la force, selon les occasions qui s'en présente- 
ront ou la voye de justice; s'il doibt rechercher la jus 
tice en la court de parlement ou pardevant monseigneur 
le connestable et les mareschauk de France. Au parle- 
ment, si ce doibt estre en son nom , attendeu que ceste 
voye exclueroit celle de la force , ou bien au nom du 
roy, par commandement qu'il en fasse à M. le procu- 
reur gênerai , ou en tout cas, st>ubs le nom d'ung tiers, 



ï a MEMOIRE 

puisqu'il y en a deux des siens qui ont esté blessés avec 
lui, lesquels il pourroit faire déclarer parties. Parde- 
vant monseigneur le connestable pareillement, si ce 
doibt estre en son nom , attendeu qu'il y a mesme in- 
convénient, ou bien du propos, mouvement et com- 
mandement de sa majesté, se sentant intéressée en cest 
oultrage, et soit en l'une ou en l'aultre voye, quel en 
debvra estre le commencement et le progrès , jusques 
en la définition de cest affaire. 

Plus, s'il n'est poinct à propos, menant Sainct Phal 
par la justice, que le sieur Duplessis prenne à partie 
le sieur mareschal de Brissac , par la voye d'honneur, 
attendeu qu'il lui a sousbtraict son ennemi, s'estant 
chargé de le représenter, ce qu'il ne faict, lui toutesfois 
qui se debvoit sentir le plus offensé, en tant que le 
sieur Duplessis seroit allé à Angers pour le service du 
roy, à son instante pryere. 

Semble audict sieur Duplessis debvoir commencer 
cest affaire par ung premier ordre ; sçavoir, que les 
parens plus notables qui se trouveront sur les lieux ou 
non trop esloingnés , fassent cest honneur au sieur Du- 
plessis, de demander justice de cest assassinat à sa ma- 
jesté, tous ensemble, par une seule voix, en la plus 
solemnelle forme qui se puisse; la remercier très hum- 
blement du ressentiment qu'il lui a pieu avoir, et du 
soing qu'elle a pris jusques ici pour l'affaire, et la 
suppliant, avec toute affection, de la voulloir abréger 
par son auctorité, selon que sa majesté cognoist plus 
que tout auitre combien sont cuisantes et pleines d'im- 
patience les playes qui attentent à l'honneur d'ung gen- 
tilhomme. 

Le mercredi 4 febvrier se sont assemblés au logis de 
M. de Rheims, à deux heures après midi, MM. de 



DE M. DE PIERREFITE. i3 

Rohan, de Rheims, de Rhosny, de Fresne, de Gesvre, 
président de Blancmesnil , etTambonneau , de Vardes et 
comte de Sainct Aignan , pour délibérer de ce que 
dessus, et ont esté d'advis: 

Que M. Duplessis ne peult prendre la voye de justice, 
ni ceulx qui ont esté blessés avec lui; que la voye de la 
force lui est honorable; qu'il peult chercher la raison 
avec tel advantage qu'il vouldra, attendeu l'assassinat, 
lascheté et supercherie dont on a usé contre lui. 

Ont esté d'advis que les parens en corps demandent 
justice au roy; mais qu'auparavant il en fault donner 
advis au roy, pour sçavoir s'il l'aura agréable, et ont 
pris la charge d'en parler à sa majesté MM. de Rhosny, 
de Fresne et de Gesvre. 

Plus ont esté d'advis de différer ladicte demande de 
justice à sa majesté, jusques à ce que M. de Schomberg 
feust veneu et ait parlé au roy, d'autant qu'il lui a 
escrit qu'avec le conseil de MM. de Thou et de Cali- 
gnon il lui proposera ung expédient pour sortir de cest 
affaire; et, pour cest effect, supplioit sa majesté de ne 
despescher le sieur de Pierrette qu'il n'ait parlé à sa- 
dicte majesté. 

Ont esté d'advis que lesdicts parens demanderont 
justice au roy de parole et non par escrit, et le sup- 
plieront de commander à son procureur gênerai d'en 
poursuivre vivement la justice, et le tenir adverti de 
ce qui se fera. 

Ne sont au reste nullement d'advis de prendre le 
sieur mareschal à partie. 

Du 4 febvrier 1698. 



l4 LETTRE DE M. DE VILLEROY 

VIL — * LETTRE DE M. DE VILLEROY 

A MM. de Bellievre et de Sillerj. 

Messieurs, il fault que je vous mande encores une 
bonne nouvelle, c'est que les habitans de la ville de 
Dinan, assistés de ceulx de Sainct Malo, se sont saisis 
de leur ville pour le service du roy contre la garnison 
de M. de Mercœur, commandée par le sieur de Sainct 
Laurent, qui s'estoit saulvé dans ung petit chasteauqui 
debvoit estre forcé le lendemain : ça esté le 3o du mois 
passé que l'exécution en a esté faicte; j'en ai veu les 
lettres d'advis qui sont du dernier. Ce coup est d'im- 
portance, tant pour la qualité de la place que pour 
l'exemple; croyés qu'elle sera bientost suivie d'aultres. 
Ceci hastera le partement du roy sans doubte, car nous 
sçavons , et vous aussi, quelle est sa diligence, et es- 
père que son approcliement en fera danser d'aultres ; on 
dict que ce sera pour lundi prochain. Je parle par ouï dire, 
parce que je n'ai veu sa majesté il y a quattre jours. 

J'ai faict caresme prenant avec mes petites filles à 
Pontoise, dont je revins des hier; mais le roy estoit 
allé à Sainct Germain et a coureu le cerf aujourd'hui, 
d'où il n'est encores reveneu , et s'il est dix heures du 
soir, il couchera ici; quand il sera arrivé, je lui ferai 
part de vostre lettre du 4 * que j'ai receue ce soir par 
le commis du sieur de La Varenne. 

Par lettres de Venise, du 17 de janvier, nous avons 
eu la confirmation de la renonciation faicte du duché 
de Ferrare avec la ville de Commachio, en faveur de 
l'Eglise, par dom César d'Est; ce feut le 9. Il s'est 



A MM. DE BELLIEVRE ET DE SILLERY. i5 

depuis retiré à Modena; les lettres de Home du 10 
dudict mois de janvier n'en font poinct de mention ; 
mais elles nous ont asseuré de l'entière convalescence 
de nostre sainct père. L'evesque d'Aversa n'a encores 
veu le roy, à cause des jours gras et de son absence ; 
il a appris ici le faict de Ferrare, duquel il ne peult 
tarder qu'il ne reçoive l'advis et le commandement de 
sa saincteté. 

Au reste, je vous dirai que le jour que vous par- 
tistes de ceste ville, le sieur Bouchary me vint trouver 
pour prendre congé de moi, me disant qu'il alloit voir 
M. le légat, et qu'il esperoit passer seurement avec 
vous. Je lui dis que vous estiés jà partis , et qu'il me 
sembloit qu'il debvoit remettre ce voyage à une aultre 
fois ; mais, voyant qu'il persistoit en sa délibération, je 
passai oultre, et lui dis qu'il ne debvoit pas s'esloin- 
gner ainsi que le roy n'en feust adverti, estant prests à 
se resouldre les affaires que nous avons à desmesler 
avec le grand duc ; il me prya donc d'en advertir sa 
majesté; mais deux heures après il me revint trouver, 
et me dict que, ayant compris ce que je lui avois re- 
monstré , il avoit pris resolution de différer ce voyage , 
en quoi je le confortai; je ne l'ai veu depuis cela, et 
userai de ce que m'en avés escrit selon vostre inten- 
tion, ayant esté meu à donner ce conseil de mes rai- 
sons sagement deduictes par vostre lettre. 

Peult estre que M. le légat sera marri de l'esloingne- 
ment du roy; mais qui peult conseiller à sa majesté de 
perdre les belles occasions qui l'appellent en Bretaigne 
sur des espérances et propositions incertaines, cognois- 
sans le naturel de ceulx aulxquels nous avons affaire , 
il est en eulx d'abréger les choses ; de sorte que , s'ils 
ont envie de sortir d'affaires , ce sera bientost faict , et 



16 LETTRE DE M. DE VILLEROY, etc. 

nostre esloingnement ne l'empeschera pas. On se doibt 
contenter que nous ayons hazardé, en accordant vostre 
conférence, la créance que nous avons avec nos alliés, 
les députés desquels ne comparoissent pas encores: 
toutesfois les Anglois doibvent partir de Londres le 
27 du passé; mais aulcungs ont opinion que le bruict 
de l'esloingnement du roy les arrestera , car Cécile ne 
veult traicter qu'avec sa majesté. Nous n'avons aûl- 
cunes nouvelles des Hollandois. 

Vous ferés service très agréable à sa majesté, si vous 
pouvés faire rejetter du traicté ces renégats ennemis 
de leur patrie , desquels vostre lettre faict mention ; 
car elle consentira très mal volontiers qu'ils rentrent en 
ce royaulme, et moins en leurs biens pour l'exemple. 

Je crois qu'aurés de présent receu mon premier 
paquet, consigné par madame de Bellievre à ung des 
gens de M. le légat. Vous aurés sceu par icelui comme 
* madame de Coucy preparoit sa maison pour recevoir 
M. le légat; M. de Schomberg est arrivé en bonne 
santé, lequel haste fort le roy. Je me recommande à 
vos bonnes grâces , et& "v 

Du 5 febvrier 1598. 



VIII. — LETTRE 

De messieurs de l'assemblée de Chaslellerault a 
MM. de Court au mer et de Cazes ,faicte par M. Du- 
plessis. 

Messieurs, nous avons receu vos lettres du a5, 
27 et 28 du passé, par lesquelles nous recognoissons 
vostre diligence en la poursuite de la charge que nous 



LETTRE, eic (7 

vous avons pryé de prendre pour nos communs affaires» 
Nous recevons à la vérité beaucoup de contentement 
de la bonne et attentive audience que vous avés eue du 
roy ; mais nous avons grandement à louer Dieu de la 
vertu qu'il vous a donnée à proposer et maintenir ce 
qui est de la justice de nostre cause , intégrité de nos 
personnes , et sincérité de nos procédures ; nous ne 
pouvons donc sinon vous pryer d'y persévérer , et de 
presser tellement ceste sollicitation, vous ressoubvenans 
des longueurs passées et du terme qui vous a esté li- 
mité , que vous ayés plustost à le prévenir que nous 
à l'attendre. A cela nous convient plusieurs raisons, 
que sçavés assés considérer, ne feust ce que la longue 
attente de nos provinces et la nostre propre. Mais sur- 
tout nous voyons qu'on est sur le bord d'ung traicté 
avec le roy d'Espaigne, et de décider avec M. de Mer- 
cœur, soit par une pacification, soit par une guerre 
qu'on portera dans nos provinces ; ores nous importe il 
infiniment que nostre traicté soit concleu premier que 
ceulx là, ayant affaire à personnes qui ne mesurent pas 
nos conditions, ou à nostre justice, ou mesmes à la 
volonté du roy, comme il nous en appert assés; mais 
ou à leurs animosités particulières, ou à la condition du 
temps, selon qu'ils pensent avoir plus de moyen de 
nous nuire, ou moins de besoing d'estre servi de nous. 
C'est pourquoi nous sommes d'advis que vous voyés 
de nos parts MM. les ambassadeurs de la royne d'An- 
gleterre et de messieurs des Provinces Unies , et leur.fas- 
siés entendre où nous en sommes, et les tergiversations 
par lesquelles on nous mené, quelquefois en reculant 
au lieu d'advancer; leur remonstriés mesmes, oultre 
nostre considération , de quelle importance il leur est 
que nostre traicté soit concleu premier qu'ils entrent 

MÉM, DE DUP-LESSIS-MORNAY. ToiWK VIII. 2 



18 LETTRE 

plus avant à celui pour lequel ils viennent; leur faisant 
considérer que le roy ne peult frapper bon coup contre 
l'Espaignol, tandis que les bras de ceulx de la relligion . 
sont comme liés par l'incertitude de leur condition, 
lesquels intéressés en la ruyne de cest ennemi , peuvent 
roidir et fortifier le roy en ses bons desseings, au lieu 
que les aultres, pour la pluspart, n'ont but que de les 
relascber , ou mesmes rompre. D'ailleurs, que ce traicté 
estant arresté avec ceulx de la relligion, leur sera 
une marque infaillible que le roy se veult lier estroic- 
tement d'amitié avec leurs estats , faisans mesrne pro- 
fession , et s'engager à bon escient avec eulx en la guerre 
contre le roy d'Espaigne; comme le contraire leur doibt 
laisser des doubtes, quoiqu'on leur promette que ce 
qu'on aura traicté de guerre contre lui ne sera que 
pour le menacer, afin d'accélérer la paix; n'estant à 
croire que le roy, ayant à entreprendre ung tel ennemi, 
se voulleust à son escient lier et rendre inutile son bras 
droit, sçavoir ceulx de la relligion, qui, en cest esgard, 
font la plus saine et la plus forte partie de Testât, bien 
que non la plus grande. Les requeriés consequemment 
de presser selon leurs prudences et par les plus propres 
moyens qu'ils sçauront bien choisir, qu'il y soit mis 
au plus tost une fin; des effects desquels nous ne lais- 
serons pas de recognoistre leur avoir de l'obligation, 
parce que nous les sçaurons bien remarquer, encores 
que les causes et ressorts en demeurent occultes. Au 
reste, MM. les presidens de Thou et de Calignon nous 
ont baillé nostre cahier respondeu par sa majesté, 
duquel nous examinons les responses. Dont nous ne 
vous disons encores rien, parce que nous n'avons com- 
mencé qu'aujourd'hui; nous espérons que vous aurés 
faict telle diligence que vous nous apporterés bientost 



A MM. DE COURT AUMER ET DE CAZES. IQ 

les responses de sa majesté sur celui que porta M. de 
Clairville , pour en délibérer tout ensemble. Cependant 
nous vous pryons, si le roy partoit pour son voyage 
de Bretaigne , et que pour quelconque occasion vous 
feussiés tant soit peu retardés , de nous advertir en di- 
ligence, et plustost par homme exprès, tant de son 
parlement que du chemin que sa majesté tiendra , 
parce qu'il nous importe pour certaines considérations. 
Vous ne manquerés poinct là de personnes qui vien- 
nent en poste à toute heure vers ces quartiers. Et sur 
ce, messieurs, nous saluons humblement, etc. 

Du 5 febvrier 1698. 



IX. — * LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A sa femme. 

M' amie, j'ai receu tes lettres par le porteur, qui 
sera cause que je retiendrai Barbenoire ung jour de 
plus. Il m'a osté de peine de nostre homme ; mais non 
de ta santé , que j'espère toutesfois que le beau temps 
qui commence pourra amender. J'attends en dévotion 
ce qu'auront faict nos gens, et me figure que le jour 
de demain m'en esclaircira. J'en ai pryé Dieu de bon 
cœur. Ce seroit une grande eschelle pour Taultre af- 
faire pour laquelle mas enyoyé me presse 
fort de l'affaire que tu sçais. J'escris tousjours, selon 
que l'avons resoleu. Legoux a aujourd'hui envoyé des 
despesches partout , qui me promet de s'efforcer que 
je sois payé ceste année de la moitié de mon man- 
dement. M. Ernrd prendra une commission pour la 
Picardie. Messieurs les créanciers envoyent des députés 



20 LETTRE DE M. DUPLESS1S 

traiçjfêr avec nous. Il ne se peult que cela ne produise 
quelque chose; mais je vouldrois bien aussi que nostre 
Basque feist quelque chose. Je ne crois poinct ce qu'on 
a dict de Montreuil. Si M. disoit vrai , cela 

vouldra bien y entendre. Je ne crois poinct que M. de 
Laverdin vienne à Saulmur, car il est trop constant 
que c'est M. le mareschal de Rhetz qui a charge d'as- 
sembler les trouppes. Je n'ai pas opinion qu'il séjourne 
à Saulmur. Ce porteur m'a faict espérer , pour la gar- 
nison , de nous faire toucher argent , qui m'a relevé 
de la peine que je sçais qu'aultrement tu aurois. 
Nous avons eu nouvelles de MM. de Courtaumer et de 
Cazes, et feront quelque chose sans nous. M. de Vil- 
leroy a charge de les despescher , s'ils reviennent con- 
tens. Il y a apparence d'achever du reste 
C4ependant il m'ennuye de me voir absent de toi , du- 
rant ton mal, renchéri de nouvelles appréhensions, 
et Dieu le sçait. Mais ce sera le moins que je pourrai 
en partant d'ici , des que j'y verrai tant soit peu de 
subject. Le roy ne partira de Fontainebleau avant 
le 1 5, et de Paris avant le 10. M. de Pierrefite aura 
eu tout loisir, car il y arriva dans le dernier du passé, 
et M. de Schomberg le i febvrier. Je fais estât , des 
que j'aurai la nouvelle que j'attends de toi , d'y 
redespescher exprès ung exprès. Au reste, je fais faire 
les ciseaulxque tu demandes, et j'en ai donné la charge 
au tailleur; mais fais lui bien expliquer comment il 
fault qu'elles soient. J'ai receu des lettres de MM. de 
Beauvais, La Nocle et de M. de La Nocle son frère, 
fort affectionnés. Il m'offre une bonne et forte maison 
qu'il a proche M. le comte de Crissey aussi 

et son fils n>e sont cejourd'hui veneus voir, qui se sont 
fort officieusement offerts à moi , et sans rien excepter. 



A MADAME DUPLESSIS. Il 

Ce qui m'est plus cher, c'est que tu ne t'ennuyepoinct , 
ains te resjouisse en pleine confiance que Dieu aura 
soing de nous et de toutes ces perplexités, nous fera 
du contentement et de la gloire en cherchant la sienne. 
Et sur ce, m'amie, je t'embrasse \ etc. 

De Chastellerault, ce 6 febvrier i5g8, au soir. 

P. S. Je t'envove des lettres de M. de Buzenval. Je 

j 

t'ai mandé comme nostre accident avoit esté receu en 
Angleterre. 



> v ^.-»--% * v*» ^.-»-^ i 



X. — * LETTRE DE M. DUPLESSIS 
A sajemme. 

M'amie, hier au soir m'arriva celui que je t'avois 
despesché d'ici, avec tes lettres du 5 et 6. La conti- 
nuation de tes battemens me tient en peine , que je 
ne peulx attribuer qu'à ce que les remèdes touchent 
à l'humeur; il fault patienter ce que. le printemps 
nous apportera. Je crains aussi que la melancholie ne 
t'emporte; mais, en faisant ce que nous pouvons, il 
fault remettre le reste à Dieu. Si avoit 

réussi, ce seroit ung grand coup pour le public et non 
moindre acheminement pour le particulier ; mais je 
crains que la trefve ne soit contreveneue , laquelle 
toutesfois sera troublée par la prise de la ville de Di- 
nan, au moins en Bretaigne. Aultrement nous aurons 
des preuves qu'il est malaisé de rien faire qui vaille 
de Je suis bien aise que Caboz soit reveneu. 

Je pense que ceulx qui sont es environs de Douay, se- 
ront rappelles soit par la trefve , soit par la prise de 



2 2 LETTRE DE M. DUPLESSIS, etc. 

Dinan et auitres , dont M. le mareschal Brissac nous 
menace en ses lettres. Je suis bien aise des propos que 
tu as eus avec le mareschal de Rhetz. C'est autant de 
préparé, pourveu qu'il tienne coup. Il m'a fasché de 
ce que nostre triennal faict si mal son debvoir. Je lui 
escris une lettre que j'envoye à Pela, fort aspre là 
dessus. S'il est habile homme, il vouldra parler d'ap- 
pointemens, et avoir recours à toi pour se justifier et 
s'obliger à mieulx faire , sinon je ferai en effect ce que 
je lui mande. C'est qu'il ne verra que du papier en 
son année. Le sergent major m'escrit , se plaignant 
du peu de moyens qu'il a. Il sera bien que tu l'asseure 
qu'à mon retour j'y aurai esgard, et qu'il ne s'ennuye 
poinct. Je t'envoye, en tout cas, des lettres pour nos 
voisins, encores que je ne m'eschauffe gueres pour ce 
voyage , jusqu'à ce que je sois hors de mon affaire par 
une voye ou par aultre. Je redespesche exprès aujour- 
d'hui vers le roy. Nous espérons bientost les sieurs de 
Courtaumer et de Cazes, parce que M. de Villeroy est 
chargé de leurs despesches. S'ils rapportent conten- 
tement, il y aura apparence de faire quelque chose 
de bon , non si facilement que désire sa majesté. 
M. de La Noue est ici , non encores M. de Parabere. 
MM; d'Orival et de Clairville y sont mandés. Je t'em- 
brasse, etc. 

De Chastellerault, ce 8febvrier 1698, au matin. 



XI. — * LETTRE DU ROY 

A M. Duplessis. 

M. Duplessis, j'ai entendeu bien particulièrement, 
par le sieur de Pierrefite, ce que vous l'aviés chargé 



LETTRE DU ROY, etc. *3 

de me dire; sur quoi, oultre ee qu'il vous dira, vous 
sçaurés de moi et serés asseurë que je ne manquerai 
à rien de ce que je vous ai ci devant mandé et promis, 
et que je ne vous serai pas seulement bon roy, bon 
maistre, mais bon ami. J'espère de vous voir bientost, 
car je m'achemine en vos quartiers, où vous ne serés 
des derniers : aussi pouvés \ous faire estât que je vous 
aime et que vous me trouvères tousjours bon maistre. 
Adieu, M. Duplessis. Henry. 

A Paris, ce 9 febvrier 1598. 

XII. — * LETTRE 

De MM. de Bellievre et de Sillery a M. de Vâleroy. 

Monsieur, celle ci est seulement pour vous donner 
advis que MM. Richardot et Taxis arrivèrent hier au 
soir; ceste après disnee, nous nous debvons trouver 
chés M. le légat pour voir les pouvoirs; demain ou 
a.pres demain, nous vous pourrons despescher La Fon- 
taine. Le commis de M. de La Varenne partit de Sainct 
Quentin le 6 de ce mois; nous espérions qu'il auroit 
faict tourner ici les postes , comme il nous avoit pro- 
mis que les trouverions à nostre arrivée en ceste ville; 
mais nul n'est ici veneu de la part du chevaucher de 
la ville de Peronne. 

Madame de Goucy a receu M. le légat fort courtoi- 
sement; tous ses prélats sont fort bien accommodés de 
logis, comme aussi sont MM. les ambassadeurs d'Es- 
paigne. Nous nous recommandons bien , etc. 

De Vervins , ce 9 febvrier 1 5<)8. 



LETTRE DE M. DE LA BOUCHERIE 



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XIII. — * LETTRE DE M. DE LA BOUCHERIE 

A M. Duplessis. 

Monsteur, je regrette infiniment que lorsque arri- 
vastes à Chastellerault, que n'eus le loisir de vous voir 
à vostre logis, pour vous faire réitération de mon très 
humble service. Il ne me restoit plus que le reste de 
ce jour là, et le vendredi et samedi, pour me retirer 
de Fresne. Je me suis tousjours fort opposé aulx des- 
seings des ennemis, comme vous avés peu sçavoir de 
temps en temps, mais particulièrement depuis le com- 
mencement du mois de septembre dernier, que j'ai 
faict la guerre ouverte de ce lieu , et mis bon nombre 
de gens de guerre. Je n'ai faict naufrage , tant par la 
force d'ancienneté de ma maison , que par le bon 
nombre d'amis et créance que j'ai dans le pays; mais 
voyant qu'oultre Tiffauges, qui- n'est qu'à une lieue 
d'ici, ceste maudicte Ligue avoit encores pris Sainct 
Georges à deux lieues de moi d'ung aultre costé, de- 
meurant entre les deux, et batteu deux jours de canon , 
et qu'elle venoit à moi sans M. de La Tremouille et no- 
blesse du pays, je me suis resoleu , ce que n'avois jà 
peu faire, à faire fortifier ma maison contre le canon; 
et, depuis la mi octobre, ai faict faire deux bastions de 
soixante et dix pas de courtine en escharpe, d'autant 
qu'elle est en quarré longuet; et en oultre faict ter- 
rasser par le dedans : j'espère selon que verra le temps 
en faire faire deux aultres pareils; et puis quattre plus 
petits au milieu; M. des Fontaines en a le plan, non 
comme les quattre petits seront, car on m'a conseillé 



A M. DUPLESSIS. $5 

de les mettre au dehors du fossé; comme il y a une 
ligne tirée, s'il vous plaist prendre la peine de le voir; 
et pour conclusion, de peur de vous ennuyer, MM. les 
ducs de Bouillon et de La Tremouille trouvent que la 
place n'est poinct mauvaise et le sieur du Tau ; et en 
oultre d'aussi grande conséquence qu'aulcune que nous 
ayons, n'y ayant qu'elle entre Fontenay et Nantes où 
il y a vingt lieues. Il y en a quatorze d'ici à Beauvoir, 
et autant d'ici à Tahnont, et douze d'ici à Thouars : 
la plus près c'est où il n'y en a que huict. Le 

roy m'y a promis bon entretenement si la guerre con- 
tineue : si elle vient contre ceulx de la relligion, on 
m'en donnera assés ; mais, en cas d'ung edict de paix, 
je desirerôis, monsieur, estre mis au nombre de places 
de seureté, pour estre dans le corps et avoir quelque 
entretenement, tant pour faire tousjours faire quelque 
petite fortification ou dedans ou dehors, que pour 
subvenir aulx frais de la seureté de l'assemblée et des- 
pense, n'y ayant de bourgade près; car M. de La 
Tousche y a assemblé partie de son Eglise, et ceulx 
qu'il y a de la relligion en Anjou et en Bretaigne, de 
quattre à seize lieues, estans ici sur les marches com- 
munes : et si j'estois, monsieur, asseuré de quelque 
chose , je mettrois du mien pour faire encores faire ung 
esperon ou deux, avec grand nombre de journaliers, 
avant la définition du faict de M. de Mercœur, qui 
me donne occasion de travailler a ceste fin que chan- 
gement arrivant, je feusse plus paré à faire résistance. 
J'y ai trouvé MM. de Bouillon et de La Tremouille bien 
disposés. Je sçais , monsieur , le pouvoir que vous y 
avés, et particulièrement estant du nombre des six 
qui doibvent faire la distribution des deniers que le roy 
nous offre, s'il nous en laisse le pouvoir , qui me faict 



26 LETTRE DE M. DE LA BOUCHERIE, etc. 

implorer vostre faveur, estant resoleu d'employer et 
la vie et la raison pour le parti auquel je suis né et 
nourri ; je m'asseure que , oultre la place, qu'on ne trou- 
vera les personnes de mon frère et de moi inutiles; et 
voullant ne rien esperonner, il me semble qu'on doibt 
pourvoir à nous, soubs l'espérance de l'advenir;et non 
nous reserver seulement qu'à la nécessité. Vous m'avés, 
monsieur, beaucoup rendeu de tesmoignages de l'hon- 
neur de vostre amitié qui me faict bien espérer , et re- 
chercher toute ma vie les occasions d'effectuer vos 
commandcmens. La Boucherie. 

Ce 10 f'ebvrier 1598. 



•*.-v* V^t, *''*.'% %^%^-v -w» y 



XIV. — * LETTRE DE M. DE BETHUNE 
A M. Duplessis. 

Monsieur , vous me trouvères tousjours disposé à 
vous faire très humble service, et n'espargnerai jamais 
ma vie ni chose qui en despende , pour vous en rendre 
preuve suivant vostre désir. Nous nous sommes assem- 
blés plusieurs de vos parens et amis, et avons pris re- 
solution sur ce que pensions nécessaire sur les difficultés 
proposées par le sieur de Pierrefite , laquelle ayant faict 
entendre au roy, il a jugé à propos pour plusieurs rai- 
sons, à la vérité fort considérables , d'en différer l'exécu- 
tion jusques à ce que vous eussiés parlé à lui. Ores , pour 
ce que la commodité s'y offre, en bref, nous avons es^ 
timé ce délai supportable , tant y a que sa majesté est dé- 
libérée de vous donner subject de contentement. M. de 
Pierrefite vous en discourra tout au long. Quant aulx 
affaires generaulx, nous partons dans quattre jours avec 



LETTRE DE M. DE BETHUNE, etc. 27 

espérance cTung bon succès en Bretaigne. Vous nous 
verres aussi nécessiteux que jamais, car personne ne se 
veult régler ni retrancher, la despense croist et les reve- 
neus diminuent: nostre espoir est la paix, mais c est 
ung contract dont les parties ne sont pas encores d'ac- 
cord, et auquel , s'il y a quelques roses, il se trouvera 
bien des espines , si l'on n'y marche fort prudemment. 
Je remets ce discours et infinis aultres, dont j'ai bien 
envie de vous entretenir, à nostre première veue. Ce- 
pendant aimés moi et me tenés en vos bonnes grâces. 
Je vous baise et à madame Duplessis bien humblement 
les mains. Je suis , monsieur, vostre très humble nepveu 
et serviteur. Maximilien de Bethune. 

De Paris, ce 10 febvrier i5()8. 



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XV.—* LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A sa femme. 

M'amie, je te renvoyé Estienne. Ce mauvais temps 
me tient en perpétuelle allarme de ta santé, et me 
tarde fort qu'il ne se mette au beau. J'ai considéré 
l'advis qui vient d'Angers; j'y trouve de l'apparence. 
Il y a de quoi ne se commettre pas aulx lieux où on 
nous peult nuire ; car je ne doubte poinct que la mau- 
vaise volonté n'y soit toute entière. J'y prendrai garde 
de plus en plus , aidant Dieu. Je suis esbahi que nous 
ne sçavons qu'est deveneu La trefve de mardi 

le pourra aussi retenir, et la rupture du jeudi remis 
en train. Je suis bien aise neantmoins que soit 

reveneu. Je lui escris selon ton intention; c'est ung 
grand heur du capitaine Caboz et de M. Lambert; 



aS LETTRE DE M. DUPLESSIS, etc. 

mais je désire fort sçavoir ce qu'aura faiet Fontbarbau. 
Il est certain que si je leur mande qu'ils s'ad- 

dressent sur ce qu'ils demandent quelques hommes, 
lequel s'y rendra selon que tu trouveras à propos, et 
qu'on aura entendeu de duquel je suis en 

quelque peine , parce qu'on me dict que ceulx qui 
tourmentoient Doué allèrent passer Loire à Montjean, 
sur la nouvelle de Dinan. A ce propos, je tiens le chas- 
teau pour perdeu ; car les regiinens qui vont en Nor- 
mandie s'y achemineront promptement, et M. de Mer- 
cœur n'osera laisser Nantes de Fougères. Celui qui 
menoit l'entreprise m'avoit dict que c'estoil pour Pé- 
tard, ou il fault que ce en soit ung aultre. J'ai redes- 
pesché aujourd'hui exprès au roy, et ai escrit à nos 
amis, nommeement à M. de Pierrefîte. Nous eusmes hier 
lettres de MM. de Courtaumer et de Cazes, qui atten- 
doient au lendemain leur despesche , et l'espère assés 
bonne. Cela estant , tout se portera bien. J'advance 
avec Legoux tout ce que je puis , et prépare l'aultre 
partie sur Je n'ai encores rien du Basque 

neantmoins viendra à propos. Il me tardera infiniment 
que je te voye, parce que je ne puis m'asseurer de ta 
santé aultrement. Je te la recommande de tout mon 
cœur; et sur ce, je t'embrasse, etc. 

De Chastellerault , ce 10 febvrier 1598, au malin. 

Je me plains de nos filles , qui ne m'escrivent plus 
de ta santé. 



LETTRE DE CATHERINE DE NAVARRE, etc. 29 



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XVI. — * LETTRE 

De Catherine de Navarre ( Madame) a M. Duplessis* 

M. Duplessis, j'ai receu la lettre que vous m'avés 
escrïte par le sieur de Pierrefite, et vous dirai que j'ai 
parlé au roy, mon seigneur et frère, de vostre affaire, 
lequel m'a asseuré qu'il vous fera en icelui office de 
bon matstre et de bon roy, dont je serai bien aise pour 
vostre contentement, auquel je vous prye de croire 
que j'apporterai tousjours tout ce qui me sera possi- 
ble. Je vous veulx bien dire aussi que j'espère que 
nous serons bientost par delà. Sa majesté est desjà 
partie; et moi,,encores bien que je sois indisposée 
depuis quelque temps, si est ce que cela n'interrompra 
mon voyage; je serai bien aise de voir la rivière de 
Loire, et de vous pouvoir tesmoigner que je suis, 
M. Duplessis, vostre bien affectionnée amie, 

Catherine. 
De Paris , ce 1 o febvrier 1 5()8. 



XVÏL — * LETTRE DE M. SERVIN, 

Conseiller d' estât et advocat gênerai, a M. Duplessis, 

Monsieur, j'ai appris de M. de Pierrefite les parti- 
cularités de l'oultrage qui vous a esté faict, et non à 
vous seulement, ains au roy et au public. Je trouvois 
le faict estrange devant qu'avoir ouï ledict sieur de 
Pierrefite; mais je le trouve aujourd'hui d'autant plus 
barbare , qu'il est circonstancié d'une insigne ingrati- 



3o LETTRE DE M. SERVIN, etc. 

tude. On clisoit jadis rov ypÂFyov çîhov î%nt yurovA eTI 
-6K I £«r. Mais au lieu de ce mot rapporté par le chan- 
cellier de Charlemaigne, on peult dire avec vérité, des 
hommes de nostre siècle, qu'il n'y a homme au monde 
pire aulx François que le François mesmes. IUicttov 
kakov evpzt? entre les hommes, disoit ung poète grec. 
Mais c'est le Àpumv kakxv en la France, ou, comme 
Salvian disoit, que le Persan genus erat sermonis non 
criminis. L'ingratitude et la violence sont sortes de 
vertu et de valeur, et non de crime. Il seroit besoing 
donner une action et peine extraordinaires contre l'une, 
et observer la science des loix contre l'auître, pour la 
vindicte publicque. Il en seroit mieulx à Testât, atten- 
dant que la règle y soit remise. Je vous supplie croire 
que ce qui touchera vostre faict je m'y porterai autant 
que je pourrai , pour la vindicte publicque qui m'ap- 
partient, en quoi vous aurés aussi l'assistance de tous 
bons juges, voyant chaeung offensé comme si l'injure 
lui avoit esté faicte. J ai pryé M. de Rheims, quand il 
jugera que je pourrai vous servir, de me tenir adverti, 
et que je ferai comme partie avec vous, dont, croyant 
que vous avés ferme asseurance, je vous tesmoignerai 
que je suis, monsieur, vostre plus affectionné servi* 
teur, Servin. 

A Paris, ce 10 febvrier 1598. 



XVIII. — * LETTRE DE M. DE TAMBONEAU 
A M. Duplessis. 

Monsieur, je ne vous ferai aulcung discours de ce 
qui s'est passé par deçà en vostre affaire , me remettant 



LETTRE DE M. TÀMBONEAU, etc. 3l 

a M. de Pierrefite, duquel le pouvés trop mieulx et plus 
particulièrement entendre , pour l'avoir entièrement 
negotié avec le soing, affection et diligence qui s'y 
peult désirer. Je désire fort que lorsque le roy sera par 
delà, tout se parachevé à vostre contentement, et ai 
entendeu dire a M. de Pierrefite que telle est l'intention 
de sa majesté, comme plus amplement pourrés en- 
tendre de lui. Si en cela et toute aultre chose je vous 
puis faire service, je vous supplie user de moi comme 
de celui qui est tout à vous. Je pense que les députés 
pour la conférence de la paix sont à présent ensemble. 
Dieu, par sa grâce, veuille le tout conduire au bien 

et repos de la France! 

De Paris, ce lo febvrier }5y8. 



XIX. — * LETTRE DE M. DE MONTIGNY 
A M. Duplessis. 

Monsieur, nous sçavons, par M. de Pierrefite, ce 
qui se passe par deçà, et plus particulièrement par les 
députés qui font estât de partir après demain en poste 
avec leurs responses. Les ambassadeurs de la royne 
d'Angleterre et du Pays Bas n'ont encores passé , ayant 
tousjours veu le vent contraire. Il semble que les pre- 
miers ne demandoient que la paix, et ici on faict estât 
de l'avoir quand on vouldra. MM. de Bellievre et de 
Sillery sont retournés ; et croit on que l'entreveue se 
fera à Vervins. Cependant l'ennemi dresse une armée 
pour le secours du duc de Mercœur, comme rappor- 
tent ceulx qui viennent d'Espaigne, et en Luxembourg 
se font de grands préparatifs pour ung siège. M. de 
Nevers est vers ceste frontière, mais mal assisté de 



32 LETTRE DE M. DE MONTIGNY, etc. 

capitaines, de soldats et d'argent. MM. le connestable 
et maresehal de Biron, qui ont la charge de Picardie, 
sont encores ici; et faulte de payeur, tous les soldats 
se débandent, mesme ceulx qu'en tretenoient les estats 
des Pays Bas pour ne recevoir meilleur traictement 
que les aultres. La guerre d'Italie est finie sans coup 
ferir, le duc ayant esté trahi par ung evesque qu'il 
avoit advancé et promis de ne mentionner l'excom- 
munication du pape, lequel contre sa promesse épia 
l'occasion de la mort d'ung chanoine , où, soubs couleur 
de faire une harangue, publia ladicte excommunica- 
tion au peuple; ce qu'ayant entendeu le duc, se retira 
dans son cabinet, et accorda à telles conditions que 
le pape voulleust, estant sorti de Ferrare et de tout 
le duché avec ses meubles seulement, et est main- 
tenant à Florence, ce qui a rendeu ledict pape si in- 
solent et l'Italie si estonnee , que les princes et répu- 
blique ont envoyé vers lui congratuler de sa vic- 
toire. Ses forces ne sont encores licenciées. On nous 
advertit d'Allemaigne que le Turc faiet ses préparatifs 
pour le siège de Vienne, et que l'empereur ne se pré- 
pare pas beaucoup pour se deffendre. Dieu veuille di- 
vertir ce grand orage, et vous donner, monsieur, en 
très heureuse prospérité , très longue vie ! 

Du 10 febvrier 1598. 



XX. — * LETTRE DE MADAME DUBOUCHET 

A madame Duplessis. 

Madame ma cousine, vous sçaurés de M. Piérre- 
fîte l'assemblée qu'on a faicte et la résolution; mais, 



LETTRE DE MADAME DUBOUCHET, etc. 33 

pour vous en dire mon advis , je ne pense pas que 
ce ne feust une extresme longueur, si la poursuite se 
faisoit par le procureur gênerai, et pour plusieurs 
raisons que ie ne vous puis escrire; et, selon mon 
petit jugement , j'en ferots supplier et importuner le 
roy par ceulx de la relligion, de ceulx que cognoissés 
que le roy a les plus agréables, et toutesfois que ce 
feust au nom de tous ceulx de la relligion joincts en- 
semb'e , car c'est ung faict qui touche tout le corps. 
Il a esté faict pour d'aultres. Il me soubvient que, quand 
M. de La Curée feut tué par ung meschant assassinat, 
qu'on y procéda de ceste façon; et pleust à Dieu que 
j'eusse autant de moyens de vous y servir, comme 
j'en au rois de volonté! Je le vous ferois bien paroistre, 
car je porte vostre affliction et celle de M. Duplessis 
avec beaucoup de regret. Quant à vostre aultre affaire, 
je ne vous puis encores rien mander, parce qu'il fault 
voir toutes les dates ; et , selon cela , on vous en don- 
nera advis. Celui qu'avés envoyé est allé vers madame 
de Vancelas , ma cousine , et pour voir la date des 
pièces qui servent à vostre faict. 

Du jofebvrier 1598. 



'i.V»V%-%^^t 



XXI. —* LETTRE DE M. DE MOUDOtf 

A M, Duplessis. 

Monsieur, je ne tiens pas à peu de gloire de vous 
servir en une si sensible occasion , et bien qu'avec 
vostre mérite mon maistre y soit du tout porté par 
une juste inclination , je ne manquerai de lui en donner 
souvent mémoire, et de rendre à la vostre ce que 

MÉM, DE DUPLESSIS-MORN.VY. ToME VIII. 3 



34 LETTRE DE M. DE MOUDON , etc. 

je doibs d'honneur et de service, prolestant, mon- 
sieur, de ne périr non plus en ceste volonté, que je 
désire de bon cœur d'y contribuer ma vie, et ce qui 
despendra jamais, monsieur, de vostre, etc. 

A Paris, ce îofebvrier 1698. 



»-V%.«^V»>W*'k«^*^'»^»/^*^^<»^»^'»^-^ ' 



XXII. — * LETTRE DE M. DE YILLEROY 

A MM. de Bellievre et de Sillery. 

Messieurs, je vous ai adverti de la prise de Dinan 
pour le service du roy, qui nous a esté depuis con- 
firmée , mesme par lettres de M. de Mercœur qui en 
demande raison, comme faicte contre la trefve; mais 
nous n'avons encores advis de la rendition du chas- 
teau , de laquelle toutesfois ceulx qui cognoissent la 
place, et les moyens que M. de Mercœur a de la se- 
courir, ne font aulcung doubte. Le roy partit hier 
pour aller à Fontainebleau, où je me rendrai dans 
deux jours , estant demeuré ici pour donner ordre à 
mes affaires domestiques. 

L'evesque d'Aversa a eu son audience, en laquelle il 
a salué et pris congé de sa majesté tout ensemble , h 
cause de l'esloingnement de sadicte majesté. 

Il a justifié les armes de nostre sainct père le pape 
contre Ferrare, et a pryé sa majesté d'y voulloir as- 
sister sadicte saincteté. Vous sçavés que nous avions 
preveneu la demande par nostre offre à sa saincteté, 
laquelle lui a esté en tout confirmée, combien que sa 
majesté lui ait dict et faict voir que le besoing en estoit 
tout a faict passé par la grâce de Dieu, et le bonheur 
particulier de sadicte saincteté. 



LETTRE DE M. DE VILLEROY, etc. 35 

lia aussi parlé de la paix et amitié publicque, a quoi 
sadiete majesté lui a dict qu'elle vous avoit envoyé ses 
députés et ambassadeurs par delà pour eest effect , 
plus pourtant pour contenter sadiete saincteté, et 
aussi M. le légat, que pour aulcunne nécessité qu'elle 
eust, grâces au bon Dieu, de ladicte paix, laquelle es- 
tant à bonne fin entreprise par nostre dict sainct père 
le pape, sadiete majesté esperoit neantmoins grande- 
ment qu'elle se feroit, quoi advenant, son pontificat 
seroit grandement honoré et loué de trois plus glo- 
rieux et recommandables actes qu'aidtres auroit esté 
remarqué par ci devant, à sçavoir, la reconciliation 
de la France avec le sainct siège, la rehabilitation de 
sadiete majesté, le recouvrement du duché de Ferrare 
à l'Eglise romaine et au sainct siège , sans avoir tiré 
ung seul coup de canon , et la paix publicque de la 
chrestienté, ce que sa majesté disoit debvoir estre at- 
tribué à la grande pieté de sa saincteté et à sa pru- 
dence et bonté, etc. 

Si au retour dudict evesque sa majesté est encores 
à Fontainebleau, il l'y verra, sinon je lui ferai trouver 
ici sa despesche, pour après s'en aller de longue. 

Au reste, nous n'avons aulcunes nouvelles des am- 
bassadeurs d'Angleterre et Hollande; on en accuse les 
vents, et je n'en veulx dire au lire chose. 

M. le conuestable ira demain à Fontainebleau, dont 
il prendra congé du roy, qui dict assureement en voul- 
loir partir lundi prochain sans faulte, messieurs du 
conseil prenant divers chemins; mais je suivrai sa ma- 
jesté, afin de ne vous manquer poinct. 

Si lesdicts ambassadeurs arrivent à Dieppe , devant 
que sa majesté parte dudict Fontaineb'eau . et qu'elle 
en soit advertie , elle les y pourra bien attendre , sinon 



$6 LETTRE DE M. DE VILLEROY, etc. 

M. le connestable, assisté de M. de Maisse, aura chargé 
de les bien recevoir, et traicter avec eulx s'ils le veuil- 
lent faire. 

Et, s'ils veullent voir sa majesté devant que traicter 
et de negotier avec personne, ledict M. de Maisse les 
nous amènera en quelque part que nous soyons. Je 
me recommande à vos bonnes grâces, etc. 

Du îofebvrier i5$8. 



XXIII. — * LETTRE 

De MM. de Bellievre et de S Hier j a M. de Villeroy. 

Monsieur , nous vous renvoyons ce lacquais , es- 
pérant de faire pour aujourd'hui nostre despesche, que 
nous vous envoyerons sans manquer par La Fontaine. 

Les postes sont maintenant tournées jusques à Sois- 
sons. Nous avions obmis d'accuser la réception de la 
despesche qui feut baillée à l'homme de M. le légat, 
qui ne se hasta pas de partir de Paris. 

Nous baillasmes audict sieur le légat celle que sa 
majesté lui escrit , dont il receut ung infini et grand 
contentement. 

Nous lui avons faict part de la bonne nouvelle de 

la prise de la ville de Dinan; il se resjouit grandement 

de toute la prospérité qui advient à sa majesté. Sur 

ce, nous recommandons bien à vos bonnes grâces, et 

demeurons, etc. 

Du 10 febvrier 1598. 



LETTRE AU ROY. 3 7 

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XXIV. —* LETTRE 

De MM. de BeUievre et de Sillery au roy. 

Sire, nous arrivasmes samedi dernier, 7 de ce mois, 
en ceste ville de Vervins, avec M. le légat; le lende- 
main , les sieurs président Ri char dot et commandeur 
Taxis, avec le père gênerai. Le jour suivant, estans 
assemblés chés M. le légat, le lieu plus honorable pour 
la séance après M. le nonce, qui se trouva en ceste 
conférence , nous feut accordé. Le père gênerai des 
cordeliers s'y trouva aussi. Nous communiquasmes de 
part et d'aultre nos pouvoirs ; nous leur baillasmes 
copie du nostre, signé de nous, et eulx semblablement 
nous baillèrent la copie du leur , signée d'eulx et du. 
secrétaire d'estat , qui est aussi nommé en leur pouvoir; 
signé Albert, cardinal; et plus bas, Le Vasseur, scellé 
en placard. 

Nous avons reteneu l'original de ladicte copie, et en 
envoyons un g double à vostre majesté. Nous avons aussi 
veu l'original du pouvoir que le roy d'Espaigne a donné 
audict sieur cardinal, qui est en bonne forme, signé 
io el rej ; et plus bas, dom Martin d'Idiaques, scellé 
en placard. Ayant leu ces deux pouvoirs, qui semblent 
estre en bonne forme, nous leur avons dict que vostre 
majesté s'est tousjours déclarée de ne voulloir traicter 
que la royne d'Angleterre, sa bonne sœur, et ses con- 
fédérés des provinces unies des Pays Bas ne soient 
compris en la paix. Ils nous ont dict avoir aussi pou- 
voir suffisant pour traicter avec ladicte dame royne et 
provinces. Ayans leu les pouvoirs qu'ils nous ont com- 



38 LETTRE 

mimiques, qui sont dudict sieur cardinal seulement, 
nous avons demandé de voir le pouvoir qu'il avoit eu 
dudict sieur roy, pour resouldre l'accord avec ladicte 
dame royne et estats. Us ont dict que la personne du- 
dict sieur cardinal est assés auctorisee, qui oblige son 
honneur et ses biens pour l'observation de ce que pour 
ce regard aura esté par eulx promis; et oultre ce, pro- 
met, par le pouvoir qu'il leur a donné, de le faire rati- 
fier, confirmer et approuver par sa majesté catholique. 
Nousavons dict qu'il est à craindre que ladicte dame royne 
d'Angleterre et estats ne veulleht entrer en ce traicté, 
s'ils ne voyent l'original du pouvoir pour ce donné par le 
roy catholique audict sieur cardinal; et qu'au pouvoir 
qu il a envoyé pour traicter avec vostre majesté, il pou- 
voit aussi adjouster le pouvoir de traicter avec lesdicts 
confédérés. A quoi ils ont respondeu que la royne d'An- 
gleterre ne s'est poinct faict entendre de voulloir traic- 
ter avec sa majesté catholique. Que lorsque le pouvoir 
de traie* r>' avec vostre majesté feut signé par ledict 
sieur roy, l'armée de mer de ladicte royne ravageoit 
les costes d'Espaigne et isles de son obéissance ; qu'au 
mois d'aoust qu'il signa ladicte patente, aulcung ne 
lui parloit de comprendre en ceste paix ladicte royne 
et estats; et que pour le regard de traicter avec vostre 
majesté, qu'il en feut lors instamment requis par le 
nonce du pape résidant près de lui. Remonstrans dere- 
chef que la personne dudict sieur cardinal est tant auc- 
torisee, qu'il ne fault pas craindre qu'il soit desadvoué 
de chose qu'il ait promise; et pour oster tout doubte, 
ledict sieur cardinal leur a donné charge de promettre 
et asseurer que si ladicte dame royne et estats le dési- 
rent , qu'il envoyera courrier exprès en Espaigne, et 
obtiendra dudict sieur roy tel et si exprès pouvoir qu'ils 



AU ROY. 3c) 

seau roi en t désirer, ce qu'ils ont dict le pouvoir faire 
dans quinzaine, si vostre majesté leur permet de 
faire passer par vostre royaulme le courrier que pour 
cest effect il despeschera en Espaigne. Nous les priasmes 
de nous voulloir bailler copie desdicts pouvoirs , afin 
de les envoyer à vostre majesté, qui en vouldra tenir 
advertis ladicte dame royne et estats. Ils nous ont pryé 
les voulloir excuser s'ils ne nous en bailloient copie, 
ne sçachans si ladicte dame et estats veullent entrer en 
ce traicté; en quoi ils offrent de les recevoir très vol- 
lontiers : mais ils ont trouvé bon que nous les lussions 
et fissions extraict des danses principales ci dessus in- 
sérées. Ils nous ont aussi dict de sçavoir pour ebose 
bien certaine que ledict sieur cardinal a receu lettres 
expresses dudict roy catbolique, qui lui mande qu'il 
trouve bon qy^e ladicte dame et estats soient compris 
en ce traicté de paix ; et qu'il ne fault croire qu'ung 
prince si sage et si advisé, comme est ledict sieur 
cardinal , bazardast son bonneur d'entrer en telles 
promesses , s'il n'avoit charge bien expresse de la 
faire. 

Nous remismes à leur faire response au lendemain. 
Nous trou vans ensemble le jour suivant, 10 de ce mois, 
mondict sieur le légat nous demanda si , de part et 
d'aultre , nous estions satisfaicts des pouvoirs que nous 
lusmes hier; sur ce nous respondismes que pour le re- 
gard du pouvoir donné aulxdicts sieurs ambassadeurs 
d'Espaigne pour traicter avec les députés de vostre 
majesté, que nous lui envoyerions la copie, voullans 
espérer qu'elle en demeureroit satisfaicte; mais que 
nous craignons que ladicte royne d'Angleterre et estats 
feissent difficulté d'entrer en ce traicté, sans qu'il leur 
apparust du pouvoir que le roy d'Espaigne eust donné 



4o LETTRE 

audict sieur cardinal de resouldre ceste paix avec eulx; 
ce qui a esté debatteu de part et d'aultre par les rai- 
sons ci dessus conteneues. Comme nous insistions pour 
satisfaire au commandement qu'il a pieu à vostre ma- 
jesté sur ce nous donner, remonstrans qu'elle ne voul- 
loit en chose que ce soit contrevenir k ce qu'elle a pro- 
mis à ses confédérés, ils nous ont demandé si vostre 
majesté est du tout resoleue de ne traicter avec le roy 
d'Espaigne , si vos confédérés ne l'approuvent. Nous 
avons respondeu que vostre majesté ne recognoist pour 
maistre que Dieu et la raison ; aussi qu'on ne debvoit 
attendre d'elle qu'elle condescendist à chose qui feust 
contre le debvoir et la raison. Ils nous ont demandé si 
nous estimons que la royne d'Angleterre ne veuille la 
paix. Nous avons dict que ladicte dame a escrit à vostre 
majsté qu'elle la désire, pourveu que ce soit une paix 
non feinte ni simulée. 

Nous faisans semblable demande touchant les estats, 
et s'ils ont faict entendre à vostre majesté qu'ils désirent 
entrer en ce traicté de paix, nous avons dict que nous 
estimons qu'ils se trouveront en bref près d'elle, où ils 
pourront prendre resolution d'entrer en ce traicté. A 
ce ils ont respondeu d'estre bien advertis qu'ils ne vien- 
nent en France que pour inviter vostre majesté à con- 
tinuer la guerre ; et à ces fins promettront de faire 
convertir en or le Mont Cenis; et sçavoir , qu'ils se 
vantent d'avoir lettres de vostre majesté, qui leur pro- 
met et asseure , quelque pourparler de paix qui se fasse , 
qu'il ne s'en conclura rien; ce que nous leur avons nié 
fort expresseement, et pryé que si l'on met en avant 
telles inventions, comme nous ne doublons que les en- 
nemis de la paix ne fassent bien souvent , qu'ils ne 
veuillent adjouster foi, et qu'ils s'asseurent que la pa- 



AU ROY. 4 1 

rôle de vostre majesté se trouvera tousjours ferme et 
véritable. 

Laissans ces propos , ils nous ont demandé ce que 
nous estimons debvoir estre faict pour parvenir à la 
conclusion de ce traicté. Nous avons dict que vostre 
majesté se monstreroit désireuse du repos de la chres- 
tienté , et fort raisonnable en ses demandes, qui sont 
ce qui a esté occupé sur la France depuis le traicté du 
Cbasteau en Cambresis, faict en l'an 1 559, lui soit res- 
titué, et que la royne d'Angleterre et les estais des Pro- 
vinces Unies soient compris en cest accord. Sur cela, 
par forme d'esbaucher l'affaire, plusieurs choses ont esté 
debatteues de part et d'aultre, dont la conclusion a esté 
que , se resolvant vostre majesté à la conclusion de 
ceste paix , ils ont charge et pouvoir dudict sieur car- 
dinal de nous promettre et asseurer qu'icelui sieur car- 
dinal , suivant le pouvoir qu'il en a eu du roy d'Espaigne, 
de faire de bonne foi , et sans mettre l'affaire en lon- 
gueur, remette entre les mains de vostre majesté les 
villes de Calais, Ardres, Dourlans, Le Castelet, La Ca- 
pelle, Monthulin, Blavet, et les aultres places que les 
Espaignols tiennent en Bretaigne ou ailleurs , qui ont 
esté occupées sur la France depuis ledict traicté. Sur ce 
a esté dict que le jour suivant seroit parlé des moyens 
qu'il fault tenir pour parvenir à ceste exécution, accor- 
dans qu'elle se fasse en la sorte qu'il en feut usé lors- 
que ledict traicté de l'an i55q feut exécuté; et ne re- 
fuseront d'accorder tous aultres meilleurs expediens qui 
seront proposés pour faciliter l'exécution de ce qui est 
promis à vostre majesté ; ce que nous considérerons avec 
tout le soing , diligence et fidélité que nous debvons à 
vostre service. 

Ce propos fini, ils nous ont demandé ung passeport 



l\l LETTRE 

pour le député que M. de Mercœur vouldra envoyer 
en ceste assemblée. Nous avons dict ne le pouvoir faire, 
et que vostre majesté ne le trouveroit bon. A ce ils ont 
respondeu que ceulx des Provinces Unies sont subjects 
du roy catholique leur maistre, comme peuît estre le- 
dict sieur de Mercœur de vostre majesté. Nous avons 
dict que les Provinces Unies font ung estât formé et 
puissant ; que M. de Mercœur est ung de vos lieutenans 
generaulx , qui se trouve enfermé dans une ville qu'il 
ne pourra garder que jusques à vostre arrivée en Bre- 
taigne , et que nous estimons que , des à présent, il 
aura resoleu son accord et reconciliation avec vostre 
majesté. Ils nous ont requis de leur donner passeport 
pour envoyer par devers ledict sieur de Mercœur. Nous 
avons dict ne le pouvoir faire sans le commandement 
de vostre majesté, à laquelle nous escririons ce qu'ils 
nous demandent touchant ledict sieur de Mercœur. 

Estans sortis de cest affaire , ils nous ont demandé 
ung passeport pour l'ambassadeur de Savoye; ce qui 
leur a esté accordé. 

Ayans escrit jusques ici nous nous sommes derechef 
assemblés chez M. le légat, cejourdhui onziesme de 
febvrier. M. Taxis a commencé par se plaindre de ce 
que nous leur refusasmes hier le passeport qu'ils de- 
mandent pour envoyer à M. de Mercœur, dont il a faict 
grande instance. 

Nous sommes demeurés fermes à la response que 
leur fismes hier ; sur quoi il plaira à vostre majesté 
nous commander son bon voulloir. 

Le président Richardot nous a dict qu'ils sont ici 
veneus pour conclure une bonne paix entre les deux 
couronnes; qu'ils nous ont faict apparoir de leur pou- 
voir , qui est suffisant ; qu'ils ont aussi veu le nostre , 



AU UOY. 4'3 

dont ils se contentent, partant à ce que l'on mette fin 
au parachèvement d'un g si bon œuvre. Nous pryent de 
leur voulloir déclarer si nous nous voulions tenir à ce 
dont il feut parlé hier de renouveller la paix aulx 
mesmes conditions qui sont conteneues au traicté de 

Tan i5v^9 ' °l ue ^ e ^ eur P art *' s avo * ent charge d'asseu- 
rer et promettre que le roy catholique s'en contentera; 
qu'ils estoient prests de nous bai '1er signe de leurs 
mains; que les places de Calais, Aidées, MontLulin et 
Dourlans, Le Castelet , La CapeUe, Blavet, et toutes les 
aultres places que les ! spaignols tiennent en Brelaigne, 
seroient de bonne foi restituées à voslre majesté. 

Que pour le semblable, suivant le pouvoir gênerai 
que nous avions, que nous leur baillassions signé de nos 
mains, qu'elle se contentera que la paix se renouvelle 
aulx conditions conteneues auriict traicté. 

Sur ce, nous avons parlé de deux choses suivant ce 
que vostre majesté s'est déclarée à nous de son inten- 
tion, comme aussi elle a faict , et par plusieurs fois, à 
M. le légat et à M. le père gênerai; l'une que les villes 
occupées sur la France depuis ledict traicté de l'an 
i559, lui soient restituées; Taultre, que la royne d'An- 
gleterre et les provinces unies des Pays Bas soient com- 
pris en cest accord; et qu'auparavant que de traicter, 
elle voulloit qu'on lui feist apparoir du pouvoir sur ce 
donné par le roy d'Espaigne au cardinal d'Autriche, 
tant pour son regard que pour ce aussi qui concerne 
ladicte royne et estats; que nous leur dismes hier ce en 
quoi ladicte dame et estats se pourroient fonder pour 
soubtenir que lesdicts pouvoirs sont défectueux; que 
nous ferions le tout entendre à vostre majesté pour en 
juger, et de nostre part apporterions de bonne foi tout 
ce qui despendroit de nous pour faciliter ceste negotia- 



44 LETTRE 

tion. Ce propos a esté long , s'estant le président Ri- 

chardot fort estendeu pour essayer de nous persuader 

que debvions passer oultre, ou leur déclarer si vostre 

majesté estoit resoleue de ne traicter poinct , si par 

mesme moyen ladicte dame royne et estats ne traic- 

toient. 

Sur quoi leur a esté respondeu encores plus expres- 
seement que ne feut faiet hier, et sommes demeurés en 
nostre opinion ci dessus conteneue; et d'autant que ces 
gens se déclarent d'estre entrés en souspçon que nous 
cherchons de tenir cest affaire en longueur, nous sup- 
plions très humblement vostre majesté, pour le bien de 
son service, de nous commander sur ce son intention 
au plustost que faire se pourra. 

Ce propos achevé, a esté faict lecture dudict traicté 
de paix de Tan i 55(), et avons de part et d'aultre con- 
sidéré les articles qui doibvent demeurer ou estre chan- 
gés. Cela faict, nous sommes veneusà parler de la forme 
que Ton doibt tenir, et du temps qui leur peult estre 
accordé pour restituer les places qu'ils promettent 
rendre à vostre majesté. Nous leur avons dict qu'ils se 
peuventcontenterdungmois;que vostre majestéentend 
que l'on commence par Calais et Ardres; qu'ils baillent 
ostages pour asseurance de l'exécution de leurs pro- 
messes; que les forteresses ne soient aulcunement dé- 
molies ni endommagées; que l'artillerie de France, 
pouldre et boulets du calibre et tiltre de France n'en 
soient transportés , ni aultres munitions de guerre ; 
qu'ils pourvoient qu'il n'advienne longueur, soubs pré- 
texte de soldats que l'on dict estre mutinés à Calais et 
aultres places; car cela advenant, vostre majesté le 
tiendra pour contravention à la paix. 

A ce ils ont respondeu que, pour le regard du temps, 



AU ROY. 45 

s*ils demandoient trois mois, comme feut accordé au 
roy catholique par le traicté de Chasteau en Cambre- 
sis, et que le terme commençast du jour que la paix 
auroit esté jurée par vostre majesté, et le traicté publié 
en vos parlemens , nous leur dismes que le feu roy 
Henry II se contenta de deux mois pour toute la resti- 
tution qu'il escheoit faire en Corse, Toscane, Piémont, 
Savoye, Luxembourg et aultres lieux du costé de deçà. 
Cela faict, estoit accordé ung mois au roy catholique, 
qui avoit donné ostages, et n'estoit teneu de restituer 
que ledict Henry n'eust accompli sa promesse; et par- 
tant, le terme d'ung mois nous semble estre plus que 
raisonnable et suffisant; et quant a ce qu'ils demandent 
que le terme commence seulement du jour que le traicté 
aura esté juré par vostre majesté, et publié en vostre 
parlement; que nous ne voulions aulcunement dépar- 
tir de ce qui a esté ci devant faict et observé; et per- 
sistons, pour ce regard , que la mesme clause, à sçavoir 
du jour et date des présentes, que nous lisons au pré- 
cèdent traicté, soit mise en cestui ci; à quoi ils se sont 
condescendeus. 

Mais, pour le regard du terme, ont persisté qu'il leur 
seroit impossible de satisfaire à ladicte restitution en 
moins de deux mois, qui estoit ce à quoi ils se peuvent 
restraindre, alléguant qu'ils ont à faire avec des soldats 
espaignols qui sont coustumiers de faire infinies inso- 
lences quand l'on vient à compte avec eulx, renvoyent 
par plusieurs fois les commissaires, les excédent sou- 
vent, tellement qu'il leur fault du temps pour venir à 
bout de ces gens là, et leur seroit impossible de satis- 
faire à eeste promesse en moins de deux mois; ce que 
nous n'avons pas accepté, et leur avons dict seulement 
que le ferions entendre à vostre majesté. 



46 LETTRE 

Quant à Blavet, ils ont dict que la restitution s'en 
pounoit faire en moins de trois mois, d'autant que 
dorn Iran d'Aquila, qui y commande, n'obéit pas au 
cardinal d'Autriche; et que la cousîume des capitaines 
espagnols qui sont chargés de la garde d'une place, 
est de ne la rendre poinct , s'ils n'ont le centre signal 
du prince qui les a mis dans la place; mais que ledict 
sieur cardinal promettoit et se faisoiî fort d'obtenir du 
roy d'Espaigne tout ce qui serou requis pour en effec- 
tuer la restitution, dont vostre majesté demeureroit 
contente; nostre response a esté que le roy d'Espaigne, 
s'il a la volonté que ceste place soit restituée, le nous 
peult faire entendre et exécuter aussi aiseement dans 
ung mois que dans trois , et que nous en advertirions 
vostre majesté. 

Quant à ce que nous demandons que la restitution 
des places commence par Calais, ils ont dict d'en estre 
bien contens. 

Et quant aulx ostages que nous demandons, disent 
aussi en estre contens, et que vostre majesté les choi- 
sisse; sur ce que nous demandons que les forteresses ne 
soient desmolies ni endommagées , ont dict qu'ils en sont 
tous contens pour le regard de celles qui sont de deçà, 
et que vostre majesté trouvera qu'ils ont faict une très 
grande et notable despense à fortifier Calais, comme 
aussi ils ont beaucoup despendeu à reparer les aultres 
places de la Picardie. 

Pour le regard de Blavet , ont dict que le roy d'Es- 
paigne entend qu'il soit desmoli. Nous leur avons re- 
monstré qu'audict traicté de i 559, ^ ^ eut ^rçfe, touchant 
les restitutions des places aulxquelles s'obligèrent les 
deux roys, qu'il ne seroit loisible de les desmolir ni 
endommager; que le fondement de ce traicte est de 



AIT ROY. . 47 

suivre le précèdent; à quoi il sera contreveneu, si Ton 
proeerîe à la desmolition de Blavet. 

Leur response a esté que les deux roys rendroient 
l'ung a l'aullreles places qu'ils avoient prises par guerre, 
et qui avoient esté possédées par celui auquel on les 
resliiuoit, n'ayant semblé raisonnable de les rendre 
endommagées; mais quant a Blavet, que Ton rend la 
place telle que Ton l'a trouvée; et quelque pryere et 
instance que leur ayons faict de consentir à ceste de- 
mande , ils ont persisté à leur première response, di- 
sant qu'ils ne peuvent faire aultrement. 

Quant à l'artillerie de France, pouldre et boulets du 
tiltre et calibre de France, disent que c'est cbose qu'on 
n'a point accoustumé de faire; qu'au traicté précèdent, 
auquel ils se réfèrent, il en feut usé aultrement. Que 
l'artillerie, pouldre , boulets et aultres munitions sont 
meubles qui leur appartiennent, comme appartient au 
soldat qui en sort l'argent qu'il se trouve avoir en sa 
bourse; et n'ont voulleu accorder ceste demande, 
quelque instance que nous en ayons faicte. 

Quant aulx soldats mutinés, et que nous demandons 
qu'ils pourvoyent qu'à ceste occasion il n'advienne 
longueur au faict de ceste exécution , ont dict qu'ils y 
donneroient bon ordre, qu'ils ont l'argent qu'il fault 
pour les payer, estimans qu'avec quarante mille escus 
qu'ils en viendront bien à bout. 

C'est, sire, ce que nous avons peu cejourd'hui traic- 
ter et adviser avec lesdicts ambassadeurs, en présence 
de M. le légat. 

Il y a quelques aultres poincts, comme est d'adviser 
que, concluant ce traicté, ne soit faict préjudice aulx 
justes prétentions de vostre majesté sur ce qui a esté 
occupé de son royaulme de Navarre, de parler de la 



4# LETTRE 

ville de Cambray, et aultres articles conteneus en nostre 
instruction ; il sera plus à propos d'en parler à la con- 
clusion du traicté. De tout ce que dessus, sire, il n'a 
rien esté pris par escrit de part ni d'aultre, encores 
qu'ils nous ayent offert de le faire; mais, jugeans de 
la volonté de vostre majesté par le conteneu en l'in- 
struction qu'il lui a pieu de nous bailler, craignans que 
la royne d'Angleterre ne prétende quelque défectuosité 
au pouvoir que ledict cardinal d'Autriche a baillé pour 
traicter avec elle , nous avons estime que ne debvions 
procéder à signer auîcung accord que n'eussions sur 
ce receu vostre bon commandement , dont les ambas- 
sadeurs d'Espaigne font une plaincte infinie, comme 
a esté dict ci dessus ; mais nous avons rejette la faulte 
sur eulx ; et neantmoins , sire , l'affection et fidélité que 
nous debvons à vostre majesté et à votre service nous 
commande de lui dire Testât auquel se trouve ceste 
negotiation , les personnes aulxquelles on a affaire, 
considerans combien il est important d'user de l'occa- 
sion qui ne demeure pas long temps en une place, et 
fort souvent une heure seule juge du succès des af- 
faires, soit en bien soit en mal; que nous estimons, à 
quoi qu'il plaise à vostre majesté se resouldre , que 
son service est que cest affaire ne soit point teneu en 
longueur; la royne d'Angleterre et les estats des pro- 
vinces unies des Pays Bas ont des long temps pensé à 
quoi ils se veujlent resouldre , et ne changeront pas 
l'advis qu'ils ont pris, si quelque grand et fort accident 
ne les fciict tout d'ung coup changer. 

Quant est des estats estans de retour en nos logis , 
le sieur Verreyken , secrétaire d'estat des Pays Bas, et 
J'ung des députés duclict cardinal en ceste negotiation , 
nous a monstre ung pouvoir particulier du roy d'Es- 



AU ROY. 49 

paigne , addressé audict cardinal pour traicter avec 
lesdicts estats. 

Quant est de la royne d'Angleterre, nous n'estimons 
pas qu'ils en ayent aultre pouvoir que ce dont nous 
avons escrit ci dessus ; ils se font forts de l'obtenir aussi- 
tost qu'il aura esté demandé, et pour cest effect ledict 
Verreyken nous a requis de supplier vostre majesté de 
commander qu'il nous soit envoyé ung sien passeport 
pour le courrier, que, pour ce subject, et à ceste occa- 
sion , ils veullent envoyer et despescher au plus tost 
en Espaigne; vostre majesté verra et considérera, s'il 
lui plaist, s'il est bon et à propos d'envoyer présente- 
ment le susdict passeport, ou bien de différer jusques 
à ce que la royne d'Angleterre se soit bien ouverte- 
ment déclarée si elle se contente du pouvoir tel qu'il 
est ci dessus escrit et représenté; sur quoi, sire, nous 
supplions de tout nostre cœur le Créateur vous conser- 
ver et garder, etc. 

Du ii febvrier i5g8. 



« *%."v%. •%*•%, -».•-% x.-*, . 



XXV. —LETTRE 

De M. Varchevesque de Rheims à M. Duplessis. 

Mon nepveu , vous entendrés bien particulièrement 
de M. de Pienefite ce qui s'est peu faire en la charge 
que vous lui aviés donnée par deçà, et la resolution de 
l'assemblée qui y a esté faicte selon vostre intention. Je 
vous supplie croire qu'en ce qui despendra de moi , je 
m'y employerai tousjours de la mesme affection que 
peult faire ung père pour son enfant. Si j'estois de la 
profession de vous présenter une espee , je le ferois 

MÉM. DE DuPI,ESf.rS-M0RNA.Y. ToME VIII. 4 



5o LETTRE DE L'ARCHE VESQUE DE RHEIMS, etc. 
aussi promptement qu'en laage de vingt ans. Vous 
pouvés disposer de moi et de tout ce qui est en ma 
puissance, qui sera tousjours du tout voué à ce qui 
sera à vostre contentement, selon l'obligation que j'ai 
de vous servir et aimer comme moi mesmes. L'espé- 
rance que j'ai d'estre bientost à Angers, partant d'ici 
samedi pour m'y acheminer, et par ce moyen d'avoir 
cest heur de vous voir, ensemble la suffisance de ce 
porteur, faict que je ne vous en dirai dadvantage, re- 
mettant le tout à nostre première veue , me contentant 
de baiser humblement les mains de vous et de ma 
nièce, et pryer Dieu, mon nepveu, vous donner très 
bonne et longue vie. Yostre humble et meilleur oncle 
à vous faire service, 

Philippe du Bec , archevesque duc de Rheims. 
De Paris, ce u febvrier 1698. 



XXVT. — * LETTRE DE M. DUMAURIER 

A M. Duplessis. 

Monsieur, ce seroit présomption à moi de voulloir 
vous escrire une longue lettre par M. de Pierrefite. Il 
sçait tellement Testât des affaires et du gênerai et de 
vostre particulier, pour lequel il estoit veneu, qu'il 
seroit et mal séant et superflu d'en parler avec lui ni 
après lui. Je me suis chargé des lettres à MM. Marion 
et Arnaud, que je leur rendrai. J'ai parlé à cestui ci de 
ceste généalogie d'Estouteville. Il l'a faict escrire par 
ce Portugais, curieux de telles choses. Il ne tiendra à 
de l'argent que vous ne l'ayés , si elle se peult rencon- 
trer, et je n'y obmettrai rien, ni à quelconque chose 



LETTRE DE M. DUMAURIER, etc. 5i 

qui m'apparoisse estre de vostre désir et service. Le 
vent contraire, qui empesche le passage des ambassa- 
deurs, retient le partement du roy pour quelques jours 
à Fontainebleau. Je m'y en vais faire ung tour, pour 
apprendre de plus près le temps du partement de sa 
majesté, afin d'en advertir monseigneur de Bouillon. 
J'estime que MM. de Courtaumer et de Cazes s'y en 
vont, et qu'ils seront redespeschés de là. 

A Paris , ce 1 1 febvrier 1 598. 



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XXVII. — * LETTRE DE M. DUMAURIER 
A madame Duplessis. 

Madame, il me messieroit de vous faire lono- dis- 
cours par M. de Pierrefite. Il sçait mieulx les affaires du 
gênerai et de vostre particulier qu'une lettre ne le 
sçauroit dire. Il semble que le roy y veuille mettre la 
main lui mesmes; Dieu le veuille confirmer en ceste 
volonté. Je vois qu'il entre en quelque considération 
de la personne de M. de Brissac en la province, encores 
qu'il ne l'exprime pas. Peult estre ne sera ce que jus- 
ques à son entière réduction. Le vent contraire, qui 
retient les ambassadeurs d'Angleterre et du Pays Bas, 
arreste le partement du roy encores pour quelques 
jours. Mais je tombe en la faulte que du commencement 
je voulois éviter. 

De Paris, ce 11 febvrier 1598. 



LETTRE DE M. DE MOU Y, etc. 



XXVIII. — * LETTRE DE M. DE MOUY 

A madame Duplessis. 

Madame ma cousine, j'escris à M. mon cousin vostre 
mari , ce qu'il me semble de ses affaires. Je vouldrois 
qu'il m'eust cousté chose extresme , et le pouvoir sou- 
lager ou servir. Faulte d'argent me retient que je ne 
vous aille voir. Le roy me traicte ici assés bien. Tou- 
tesfois si me trouvés utile , donnés m'en advis ; car je 
quilterois tout pour y aller. Quant à mes amours, j'en 
suis en quelque bon train , pourveu que le roy me feist 
quelque bien ; mais il me tient naturellement , je ne 
sais pourquoi , si n'est que lui ai trop faict de service. 
Ores % si je manque à me marier maintenant , me fault 
plus à mon advis que jamais faire aultre desseing ; car 
l'on me mettra à la Conciergerie pour mes debtes, tant 
mes créanciers m'accablent. Voilà où j'en suis reduict; 
quoiqu'il faict , tenés moi en vos bonnes grâces. 

À Paris , ce 1 1 febvrier 1698. 



XXIX. — * LETTRE 

De M. Potier de Blancmesnîl a M. Duplessis. 

Monsieur , suivant ce que vous m'avés escrit, nous 
nous sommes assemblés. On a pris la resolution con- 
forme au premier advis que j'avois donné des le com- 
mencement à M. Dumaurier, et que j'avois mesmes 
ouvert à M. de Rhosny. Je vouldrois que ceste voye 
eust esté suivie des l'heure que l'accident advint ; car 



LETTRE DE M. POTIER DE BLANCMESNIL, etc. 53 
l'affaire eust esté plus advancee qu'elle n'est. L'on m'a 
dict que Ton a faict ouverture au roy de quelques ex- 
pediens ; Dieu veuille que le tout tourne à vostre con- 
tentement. De ma part j'y apporterai de bon cœur 
tout ce qui me sera possible pour vous y servir avec 
autant d'affection que je me recommande bien bumble- 
ment à vos bonnes grâces. 

De Paris , ce 1 1 febvrier i5g8. 



XXX. — * LETTRE 

De M. Potier de Blancmesnil a madame Duplessis. 

Madame, depuis avoir receu vostre lettre, je me 
suis trouvé en l'assemblée qui s'est faicte pour l'affaire 
dont vous m'avés escrit. Le gentilhomme , présent por- 
teur, vous dira ce qui s'y est passé, et la resolution 
qui a esté prise , conforme à l'ouverture que j'en avois 
faicte, des le commencement, à M. de Rhosny et à 
M. Dumaurier. Si ceste voye eust esté prise des le com- 
mencement, j'estime qu'elle vous eust esté plus ad- 
vantageuse. Je crains que la longueur et les divers ex- 
pediens dont on fera ouverture , n'affoiblissent ou ne 
diminuent les moyens d'en avoir la raison telle que 
l'atrocité du faict le requiert. Sur la resolution der- 
nière qui s'en pendra par deçà , si en l'exécution il se 
présente chose où je vous puisse servir, je vous sup- 
plie de croire que j'y apporterai de bon cœur tout 
ce qui sera en ma puissance et avec autant d'affection 
que vous le sçauriés désirer , et me recommande bien 
humblement à vos bonnes grâces. 

De Paris , ce 1 1 febvrier 1698. 



54 LETTRE DE M. DE MOUY 

XXXI. — * LETTRE DE M. DE MOUY 

A M. Duplessis. 

Monsieur mon cousin , sa majesté ne me donnant 
nul moyen , la nécessité me retient desjà et m'empesche 
vous aller trouver ainsi que je le désire, pour vous 
servir de ma personne et de mon advis, puisque me 
faictes l'honneur de le demander. Je me suis offert à 
M. de Pierrefite d'assister en rassemblée de ceulx qu'a- 
vés choisis en ceste ville pour vous donner conseil, et 
toutesfois afin que, sur la considération du nom que 
je porte, nul de ceste compaignie ne feust reteneu de 
la liberté que chacung doibt avoir en tel cas, j'ai pryé 
ledict sieur de Pierrefite , scavoir d'eulx s'ils auroient 
ma personne agréable; à quoi me feut respondeu qu'il 
leur sembloit à propos que j'en feusse absent , mais 
bien que parlant au roy, seroit bon que je leur assis- 
tasse, chose à quoi me suis offert tousjours. Cependant 
ils se sont présentés pour parler, pour les raisons 
que M. de Pierrefite vous dira. C'est pourquoi ne pou- 
vant rien plus maintenant pour vostre service que de 
mon advis, je dis qu'il me semble qu'en cest affaire, 
je rencontre l'interesl de deux différentes personnes, 
scavoir, du roy qui y est offensé, et de vous qui estes 
extresmement oultragé. Si le roy se veult satisfaire par 
sa justice ou ses armes, vous serés suffisamment con- 
tenté; sinon, me semble que c'est l'usage qu'en tout 
négoce , l'on suit la forme dont l'affaire est com- 
mencé en la mesme forme dont qu'avés receu l'oul- 
trage; que ceste mesme forme, dis je, vous en cher- 
dierés satisfaction. Vous voyés comme je parle contre 



A M. DUPLESSIS. 55 

le chef de mon nom et de mes armes. Je le fais sans 
crainte, ne voullant rien retenir ou garder derrière 
moy, en ce qu'il y aura de vostre interest. Je vous suis 
obligé , et porterai mon espee là où il vous plaira. Je 
vous supplie donc très humblement me conserver 
vostre fraternelle amitié, et croire que de ma part elle 
sera inviolable; et, pour retourner à nostre affaire , ung 
inconvénient manifeste s'y recognoist : c'est qu'estonné 
de la justice ou puissance du roy et sa partie , qu'il 
s'esloigne du royaulme, et que le temps, par risque 
des armes, maladie ou aultre inconvénient, ne l'oste 
du monde, chose à quoi je ne puis faire de solution. 
Si vous croyés que je vous sois utile en quelque chose, 
en estant adverti , je ne fauldrai à vous aller trouver, 
et vendrois plustost mon bien que d'y manquer. Obli- 
gés moi donc de vos bonnes grâces , et croyés que 
toute ma vie serés, monsieur mon cousin, vostre très 
humble et plus affectionné cousin. De Mouy. 

Du 12 febvrier i5g8. 

■XXXII. — * LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A sa femme. 

M' amie , j'ai esté fort aise d'entendre de tes nou- 
velles mesmes par nostre fils , qui m'a asseuré que tu 
estois mieulx, et ai esté d'advis qu'il s'en retournast 
pour les raisons qu'il te dira, lui déclarant neantmoins 
que je ne prends poinct de plaisir qu'il fasse telles 
allées et veneues que bien accompaigné. Je te dirai 
amplement mon advis sur le faict des Barres , de 
C'est, en somme, qu'il nous fault bailler 
ung honneste homme à Barres , qui voye par son 



t)b LETTRE DE M. DUPLESSLS 

moyen sa maison , et par ce moyen , pour l'entre- 
prise on se pourra passer de son escalade, si on s'ap- 
perçoit qu'il ne procède bien et pour batterie ; en 
sera instruict neantmoins, l'entretenant tousjours en 
ses propositions, comme si on s'en entendoit du tout 
à lui de parler de tout en ung temps, je 

n'y vois aulcune apparence , mais bien de commen- 
cer par le dernier, pour essayer en icelui les artifices, 
afin de les employer plus seureinent au premier, sans 
craindre que, pour ung premier effect, ils se feussent 
rendeus si descouverts qu'ils en feussent deveneus inu- 
tiles, et j'en ai dict d'auîtres raisons au porteur, qui 
seroient trop longues. Cependant ai esté d'advis, avant 
que Langevin partist, qu'il contractast avec lui, et lui 
en ai donné le moyen et les conditions , afin qu'à 
faulte de cela il n'allast pas recourir à quelque aultre, 
n'estant ce qu'il propose ni du tout à approuver ni 
aussi à négliger , mesme quand on en peult voir la 
preuve dans peu de jours. Quant au rapport du capi- 
taine Foubarban, il me l'a faict tel que je trouve la cbose 
très difficile, et qu'il nous convie à tenter d'auîtres 
expediens. Je viens à nostre affaire avec Sainct Phal. 
J'ai leu les deux lettres de M. de Pierrefite , et t'en en- 
voyé une que j'ai receue ce soir : jusques là bien, et 
certes il me semble qu'il n'y oublie rien; mais il me 
tarde que je ne sçache la response du roy sur la re- 
queste verbale et les deux poincts qu'elle contient , car 
je n'ignore pas les foiblesses d'aulcungs, mesmes de nos 
amis. Mais l'ung moyen ne doibt cesser pour l'aultre. 
J'ai envoyé audict sieur de Pierrefite des advertisse- 
mens que j'ai eu des desseings qu'on a sur nos vies; 
l'ai aussi adverti des mauvaises pratiques de Sancy 
et les violens propos de Espernon. Nosfrcfils te dira 



A MADAME DUPLESSIS. S'] 

afin que le roi les sceust, ainsi que sur ce subject il se 
disposast à trouver bon tout ce que je pourrai entre- 
prendre , et y despesche encores demain à ceste fin. 
J'approuve fort ce que tu as faict des tesmoings et n'en 
cognois poinct d'aultres. Il fault continuer à voir le 
reste, ceulx qu'on pourra, afin qu'ils se disposent à 
dire vérité. J'en communiquerai avec MM. les presi- 
dens ; mais il me semble qu'ils seront mieulx ouïs à 
Tours qu'à Angers. Le lieutenant gênerai y est fort 
homme de bien, et s'est offert a moi. Je ne vois poinct 
encores le parlement du roy si près, au moins pour 
s'esloingner de Fontainebleau : tout le monde ira et 
donnera prou de loisir. A M. de Pierrefite je ne puis 
aussi respondre. J'irai jusqu'à ce que MM. de Cour- 
taumer et de Cazes soient veneus, lesquels nous pen- 
sons en chemin, parce que le messager qui est veneu 
cejourd'hui ne nous apporte rien, sinon une lettre de 
M. du Fresne Canaye, qui dict qu'ils disputèrent ver- 
tueusement leur despesche avec M. Forget. Alors je 
me resouldrai sur le poinct que tu desires, si je pas- 
serai à ou non , dont certes il me seroit mal 
aisé de me passer; mais nous y trouverons, aidant 
Dieu, nostre seureté. D'ailleurs, quant au voyage de 
Bretaigne , je persiste à ne le faire poinct que je n'y 
voye bien clair, et pour ma satisfaction et pour ma 
seureté , et en tout cas trouve bon de retenir près de 
moi le capitaine Baudouin , Lourin et quelques aultres 
gens de bien. J'en ai parlé au capitaine Baudouin, con- 
formeement à ton désir. Jen'avois poinct escrit à M. de 
Bournay, ni au sieur de La Vignolle, reservant à les 
voir comme plus familiers. Quant au voyage que 
veult faire avec moi , je m'en desmeslerai. Je 
t'envoye la saulve garde requise par M. de La Fresnaye. 



58 LETTRE DE M. DUPLESSIS 

J'escris aussi à M. Pena, selon tes intentions. Il est cer- 
tain que ne te dict pas peu de choses selon tes 
précédentes, et qu'il y aura bien à louer Dieu. Le 
Basque est arrivé ceste après disnee; il se reposera deux 
jours, et puis je te le despescherai. Cependant je t'en- 
voye copie des lettres des sieurs Charron et Bellair. 
Celui ci en escrit encores plus fermement et asseuree- 
ment à M. de Calignon, duquel j'ai faict voir les lettres 
à nostre fils. A celui là je redespescherai , et n'y ou- 
blierai rien, ni pour le faict de Brusard , ni pour haster 
les compositions. M. Dupont aussi m'asseure fort nos 
estats de l'année passée et de celle ci , qui est tout ce 
que tu auras pour le coup, sauf ce que j'en ai dict 
plus au long a nostre fils. Et sur ce, m'amie, je t'em- 
brasse, etc. 

De Chastellerault, ce 1 1 febvrier i5g8. 



XXXIII. — * LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A M. de Vierrefite. 

Monsieur, je vous ai escrit par M. Hespericn, qui 
vous aura aussi dict de nos nouvelles ; et toutesfois je 
n'ose croire que vous soyés encores à Paris. Mon homme 
est tousjours à Beaupreau, qui y vit en grand sousp- 
çon, et par conséquent avec bonne garde, et verres, 
par les ad vis que j'en ai de bon lieu , ce qu'il entre- 
prend contre moi. Il importe que le roy l'entende. Je 
sçais qu'il se faict des brigues à la court, entre autres 
M. de Faujas,. passant hier ici , dict à ung de mes 
amis que M. de Cavoy s'en mesle fort avant, jusques 
à l'avoir voulleu practiquer contre moi; mais il n'a 



A M. DE PTERREFITE. $9 

laisse pour cela de m'offrir son espee et de ses amis. 
Je serai bien aise que par telle voye que sçaurés 
mieulx choisir, le roy le sçache, et juge de quel esprit 
cela vient. J'ai esté adverti aussi que M. d'Espernon 
avoit dict à personne d'honneur que Sainct Phal , en 
ce qu'il avoit faict contre moi, l'avoit preveneu , et 
faultqueje vous die que, depuis que vous estes parti, 
je n'ai que semblables advis de toutes parts, qui n'est 
pas m'acheminer à ce que M. de Schomberg me pro- 
posoit. Mes amis voyans ces mauvais desseings accu- 
mulés sur ce premier, me conseillent de l'assiéger et 
m'en ouvrent et offrent les moyens. J'en suspends la 
résolution jusqu'à ce que jaye de vos nouvelles, et 
suis tout en esmoi d'avoir ung seul mot du roy , sans 
aultre advis qu'il ne le trouvoit poinct mauvais. Je 
vous propose tout cela pour en mieulx juger sur les 
lieux; et vous prye que jaye de vos nouvelles, ce que 
je n'ai encores eu. Nous attendons MM. de Gourtaumer 
et de Gazes , desquels le retour avec contentement 
portera ung grand coup à ceste negotiation. Sur ce , etc. 

Du 12 febvrier i5g8. 

XXXIV. — * LETTRE DE M. DE SCHOMBERG 
A M. Duplcssis. 

Monsieur , M. de Pierrefiie vous représentera l'at- 
tention que le roy et M. le conneslable portent à vostre 
justice et contentement , dont, je m asseure , vous ver- 
res les effets. Ayés seulement la patience que sa ma- 
jesté soit par delà; elle faict estât d'arriver à Angers 
le 26. Le retardement de la veneue des ambassadeurs 



6o LETTRE DE M. DE SCHOMBERG, etc. 

d'Angleterre et du Pays Bas est cause de nos longueurs. 
Sa majesté faict neantmoins estât de partir mardi de 
Fontainebleau. Vous aurés plus amples nouvelles de moi 
avant la réception de la présente, par une despesche 
que je fais à MM. les presidens de Thou et de Galignon. 

De Paris, ce 12 febvier i5g8. 



XXXV. — * LETTRE 

De MM. de Bellievre et de Sillery a M. de Villeroy. 

Monsieur , nous faisons au roy une si ample des- 
pesche, que n'avons jugé à propos de vous ennuyer 
d'une double lecture; nous avons ici advancé le ser- 
vice de sa majesté au mieulx qu'il nous a esté pos- 
sible , ce que nous pouvons adjouster à la lettre que 
nous escrivons au roy, et que nous vous pryons, aulx 
occasions qui se présenteront, de faire entendre à sa ma- 
jesté , que, parce que nous comprenons, cest affaire 
empirera plustost qu'il n'amendera par la longueur. 
Nous avons affaire avec gens fort chatouilleux et sousp- 
çonneux, comme nous avons recogneu , lorsque nous 
avons refusé de signer la confirmation du traicté pré- 
cèdent. S'ils entrent en défiance de nos volontés, ils 
trouveront peult estre avec qui traicter, car croyés 
que Calais est fort envié; et ceste princesse a en main 
de quoi leur faire venir l'envie de le lui rendre. 

Quant aulx estats, le père gênerai nous a dict 
qu'estant à Bruxelles, il sceut qu'ung desdicts estats 
envoyé soubs main au président Richardot , pour en- 
tendre de lui comme le cardinal se voulloit comporter 
en leur endroict, dict audict Richardot que ledict car- 



LETTRE, etc. 6î 

dinal ne faisoit pas bien de commencer à traicter avec 
Je roy de France; que quand ils lui auroient restitué 
Jes places qu'ils ont prises sur lui, il se mocqueroit 
d'eulx, et ne se soucieroit d'observer le traicté ; qu'ils 
feroient mieulx, sans s'affbiblir par la rendition des- 
dictes places, de commencer par eulx à traicter; nous 
nous remettons à ce qui en est. Le roy, par l'instruc- 
tion, nous lie à quelques articles qui ne doibvent estre 
cause de rompre ung traicté si important. 

Nous escrivons au roy les responses qui nous ont 
esté faictes par ces ambassadeurs sur le faict de la res- 
titution des places. Nous n'estimons pas que nous puis- 
sions gaigner beaucoup dadvantage ; nous ne laissons 
de faire tout effort pour abréger le temps de la res- 
titution , et M. le légat mesmes s'y employé avec 
beaucoup d'affection. Il est besoing que ceuîx qui ne- 
gotient ayent ung peu la bride lasche aulx choses 
moindres, afin de pouvoir venir à bout des grandes; 
il vous plaira le considérer, et par la response que 
vous ferés que nostre pouvoir soit ung peu plus ample, 
sur ce que vous voyés avoir esté traicté par nous, que 
ne porte l'instruction. Nous ne serons pas prodigues 
du bien du roy , et ce que nous en escrivons est pour 
la crainte que nous avons que le peu fasse perdre 
le plus. 

L'ambassadeur de Savoye n'est pas encores ici. Le 
mieulx que l'on sçauroit faire seroit de revenir au 
traicté de l'an i55c). 

Mais ceste demande que nous faisons de Savillan 9 
comme place du marquisat, M. de Savoye la bailla au 
roy Charles IX , quand Thurin , Quiers , et aultres 
places lui feurent remises : le feu roy la lui a voulleu 
rendre , non comme place du marquisat , mais comme 



6'2 LETTRE 

estant du pays de M. de Savoye; je m'enquis, partant 
de Paris avec le procureur gênerai au parlement de 
Grenoble , s'il estimoit que Savillan feust du mar- 
quisat , il me dict que non; ceste demande seroit trop 
mal receue, et semble quelle se feroit seulement pour 
perpétuer la guerre au delà ; enfin nous ferons ce 
que le roy commande , et remonstrerons ce qu'estimons 
estre de son service. 

Quant à ceste negotiation , il en fault sortir avec 
honneur; mais si nous nous arrestons aulx conseils de la 
royne d'Angleterre et estats , nous aurons dix ans de 
guerre, et jamais de paix; si vous vous attendes qu'ils 
fassent nos affaires , vous vous trouvères fort trompés: 
sans l'empeschement qui vient de ce qu'ils n'ont ici 
envoyé , ceste negotiation seroit achevée en huict 
jours; et, si nous ne serrons ce marché, nous craignons 
que nous ne puissions y revenir. Nous désirerions , en 
ceste negotiation , d'avoir eu moyen de servir plus 
utilement le roy , nostre bon maistre , qui nous per- 
mettra, s'il lui plaist , de lui dire que depuis cinq cens 
ans en ça n'a esté faict traicté de paix plus à l'honneur et 
advantage de la France, qu'est celui qu'ung si puis- 
sant prince et si grand ennemi offre maintenant de 
conclure et resouldre avec nostre roy. Si le roy juge 
que l'affaire de la royne d'Angleterre et estats ne peult 
estre sitost fini , et qu'il est nécessaire que cest af- 
faire tire en longueur, sa majesté sera servie comme 
elle commandera ; mais soubs sa bonne correction le 
bien de son service requiert que l'on ne tienne en 
longueur la conclusion de ce qui le concerne; ce qui 
se tiendra secret tant que faire se pourra. 

Quant est d'obtenir une trefve de six mois ou ung 
an ? durant lequel temps la royne d'Angleterre et es- 



A M. DE VILLEROY. 63 

tats se déclareront, s'ils y veullent entrer ou non, 
encores que nous n'en ayons parlé, je tiens la chose 
pour faicte, si elle sera demandée. 

Nous venons de recevoir \ostre despesche du 10, 
dont nous vous remercions ; il sera besoing , s'il vous 
plaist, de faire donner de l'argent aulx postes de la 
traverse, pour leur donner courage de continuer. 

Nous vous envoyons ung article d'une lettre que 
M. le légat a receue de Rome , par laquelle vous verres 
comme les offres que le roy a faictes au pape ont esté 
bien receues, etc. 

Monsieur, nous nous recommandons, etc. 

Du 12 febvrier i5g8. 

XXXVI. — * POUVOIR 

Des sieurs président Richardot, Taxis et Verreyken* 

Albert , cardinal par la grâce de Dieu , archiduc 
d'Autriche, etc., lieutenant gouverneur et capitaine gê- 
nerai des pays par deçà et de Rourgoigne; à tous ceulx 
qui ces présentes verront, salut. Comme il soit qu'ayant 
par nostre sainct père le pape Clément VIII, esté faict 
grande instance vers très hault , très excellent et très 
puissant prince, le roy mon seigneur, afin de voulloir 
entrer en traicté de paix avec aussi très hault, très 
excellent et très puissant prince le roy très chrestien, 
Henry IV e de ce nom, sa majesté, comme prince ca- 
tholique, désireux d'icelle , et du repos de toute la 
republique chrestienne, nous ait envoyé ample pou- 
voir en langue castillanne à cest effect, dont la teneur 
s'ensuit de mot à aultre. 



64 pouvoir 

« Don Phelipe, por la gracia de Dios, rey de Cas- 
tilia , de Léon , de Aragon , de las dos Sicilias, de Hieru- 
zalem, de Portugal de Navarra , y de las Indeas, etc. ; 
archiduqùe de Austria , duque de Borgonna, de Bra- 
bante y de Milan; conde de Habspurg, de Flandres 
y de Tyrol , etc. ; por quanto adviendose rnovido pra- 
ticas de paz por su sanctitad, como padre comun de 
la Christiandad, conforme al sancto zelo que siempre 
hatenido y tiene entre mi y el rey de Francia, écho 
semé por su nuncio muchas y grandes instancias de su 
parte ; para che me contente de que se continuen por 
uia de mis estados Baxos, y que io embie alla mis 
poderes, esperando que potra résultai' dello servicio 
de Dios nostro sennor y exaltamiento de su yglesia 
catholica y bien y quietud de toda la christiandad, 
que es el blancho a que siempre han tirado mis in- 
tentas, para que este tan importante, pueda llegara 
effecto, siendo el serenissimo archiduqùe Alberto mi 
sobrino , governador y capitan gênerai de los dichos 
mis estados Baxos cuya authoridad y medio sera de 
tanto provecho , par a todo confîrmando me con las 
sanctas amonestationes y voludad de su sanctidad , lie 
tenido por bien de cometerle y remeterle la conclu- 
sion del negocio y assi par la présente doy al dicho my 
sobrino poder y facultad tan complidaly bastante como 
en tal caso se requière, para que por mi en mi nombre 
pueda trattar, capitular y assentar une paz firme, y 
duradera con el dicho rey de Francia, o qualquier 
tregua y suspension de armas larga ocorta en la forma 
y manera y con las condiciones que le pareciere espe- 
rando que se ran taies que se consiga servicio de 
nostro sennor y bien comun de la republica christiana 
y establesca entre my el dicho sennor, y nostros rey- 



DES SIEURS RICrURDOT, etc. 65 

nos , y subditos muy buona arrustad, y correspon- 
dencia , y todo loque en razon desto el dicho my so- 
brino capitulara y conciliera, prometo, y don my fey 
palabra real di estar, y passar por ello y tenerlo por 
firme, estable y valedero, y assi complirlo puntual- 
mente, sin falta y diminution alguna , y para todo 
ello.le doy entera faculdad, y poder tan complido , y 
bastante como io lo tengo y para firmez a dello mande 
despacbar la présente, fîrmada de mi inano y sellada con 
mi sello. Dat en San Haranço, a doze de agosto 1697. » 

Ainsi soubscrit : el Rey. 
Et plus bas : Por mandado del nostro sennor, 
Et signé dom Martin de Idiaques. 

Et est ladicte patente scellée du grand scel de sa 
majesté en forme de placard. 

Et pour autant que sa majesté 1res cbrestienne 
nous a présentement envoyé certain passeport, signé 
de sa propre main , à comparoir de nostre part avec 
ceulx députés de la sienne à l'assemblée accordée en 
la ville de Vervins pour la traictation de ladicte paix , 
sçavoir faisons que nous desirans ensuite de la pieuse 
et saincte intention de sadicte majesté, satisfaire au 
bon plaisir d'icelle, et en tout et partout chercher et 
procurer le bien et repos de ladicte cbrestienté , et 
faire cesser les maulx et inconveniens qui se commet- 
tent à l'occasion de ceste présente guerre ; et pour la 
bonne cognoissance que avons des sens, vertus, pru- 
dence et longue expérience de nos chers et bien amés 
messire Jean Richardot, chevalier, sieur de Berly, etc, , 
chef président du conseil privé du roy mon seigneur, 
et de son conseil d'estat, et messire Jean Baptiste de 
Taxis, chevalier commandeur de los santos, de l'ordre 

MÉlU. DE DuPLKSSIS-MoRItfAY, ToME VIII. 5 



66 pouvoir 

militaire de Sainct Jacques de la Espada, dudict con- 
seil d'estat et de guerre de sa majesté ; nous confians à 
plain de leurs sens, intégrité et bonne diligence : avons 
iceulx, en vertu du pouvoir desadicte majesté ci dessus 
inséré, commis, député et subdelegué, commettons, dé- 
putons et subdeleguons par cesdictes présentes , et avec 
eulx pour y entrevenir semblablement et les assister , 
messire Louis Verreyken , chevalier, audiencier, pre- 
mier secrétaire et thresorier des chartes dudict. conseil 
d'estat, et de la personne duquel nous avons la mesme 
cognoissance et confidence, pour se trouver et assem- 
bler avec les personnages députés ou à députer par 
ledict sieur roy très chrestien, garnis de pouvoir suffi- 
sant, audict lieu des Vervins, et illec de la part de 
sadicte majesté et nostre, traicter, conclure et accorder 
avec euk une bonne et sincère et entière paix et amitié 
entre sadicte majesté et ledict sieur roy et ses alliés, 
s'ils y envoyent leurs députés soubs telles portions, 
conditions et convenances qu'ils verront estre à faire 
pour la direction d'icelle paix, de quel poids, gran- 
deur et importance qu'elles soient , tout ainsi et en 
la mesme forme et manière comme nous mesmes pour- 
rions faire en nostre propre personne, à quoi nous 
les auctorisons et donnons tout plein pouvoir et auc- 
torité, joinct qu'il y eust chose qui requist mandement 
plus spécial que par ces présentes n'est exprimé ; si 
promettons en foi et parole de prince , et pour nostre 
honneur et obligation de tous et singuliers nos biens 
presens et à venir, d'avoir agréable, ferme et stable et 
inviolablement observer mesme , si le besoing est, faire 
par sadicte majesté solemnellement confirmer, ratifier, 
et approuver tout ce que par nosdicts procureurs sera 
faict, concleu et traicté en cest endroict, sans jamais y 



DES SIEURS RICHANDOT, etc. 67 

aller ni venir à Pencontrè directement ou .indirecte- 1 
ment comme qu'il soit ; en tesmoing ( ] e ce nous 
avons signé ceste de nostre main, et y faict apposer 
nostre scel. Donné en la viiie de Bruxelles, le penul- 
tiesme jour de janvier, Tan de grâce \5gS. 

Ainsi soubscrit : Albert, cardinal. 
Et plus bas : Par ordonnance de son altesse 
Et signé F. Levasseur. 

Et est ladicte présente scellée du scel de sadicte 
altesse , y mis en forme de placard. 



XXXVII. — * LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A sa femme. 

M amie, je suis en peine pour la garnison; car je 
vois que nostre triennal prend ung chemin auquel il 
ne le fault pas accoustumer. C'est pourquoi je lui ai 
escrit ung peu rudement , et ferai de mesme s'il ne 
s'amende. Ses compaignons en charge n'ont pas ainsi 
veu. Je suis d'advis qu'on le lui fasse sentir à bon es- 
cient une fois pour toutes. J'ai faict une bonne des- 
pesche à M. de Pierrefîte ; et au reste ne sçais plus que 
t'adjouster, remettant le surplus sur nostre fils. Sur 
ce, je te recommande ta santé de tout mon cœur, et 
supplie le Créateur, ra'amie, qu'il te garde, e'c. 

De Chastellerault , ce i3 febvrier i5 9 8 , à 9 heures du matin. 



68 LETTRE DE M. DUPLESSIS 

XXXVIII. — * LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A sa femme. 

M' amie , tu auras maintenant nostre fils avec toutes 
nouvelles. Hier je receus des lettres de M. de Pierrefite , 
que je t'envoye , esquelles tu verras tout ce qui s'est 
passé en nostre affaire , sans que je te le répète. Il 
semble que le roy craigne d'altérer quelque chose en 
ses affaires de Bretaigne , et pour ce désire estre en 
Anjou , premier que d'y toucher ; mais je crois que 
c'est qu'il veult prendre l'expédient que proposoit 
M. de Schomberg dressé par M. de Calignon , comme 
il appert par la fin de la lettre. Il eust esté neantmoins 
à désirer que le corps des parens eust demandé jus- 
tice. Dieu nous en ouvrira , s'il lui plaist , les moyens , 
et bénira ceulx que nous y cherchons en bonne con- 
science. J'eusse fort désiré que M. de Pierrefite eust 
peu recevoir les despesches que je lui ai faictes d'ici. 
En tout cas, M. Dumaurier les ouvrira, qui fera en- 
tendre le conteneu au roy ou de par lui mesmes ou 
par tierces personnes, tant y a que ce que le roy aura 
sceu de ceulx qui avoient à lui présenter la requeste 
lui fera encores plus peser l'affaire. Hier au soir vint 
ici nouvelle par ung marchand de Poictiers , qu'ung 
messager y est arrivé de Nantes, asseurant que la ville 
s'est eslevee contre M. de Mercœur, et le tient bloqué 
dedans le chasteau. Vous en aurés les premiers la 
nouvelle à Saulmur. Rinette, député de M. de Mer- 
cœur, qui est allé vers le roy, pour avoir raison de 
Dinan, pris durant la trefve, a eu response que c'es- 



A MADAME DUPLESSIS. 69 

toit ung préalable au traicté de prendre Nantes et 
Dinan , et que c'est la moitié du chemin faict. 
M. de Montmartin a demandé le gouvernement du 
chasteau , et l'a obteneu , reste à en jouir. M. de 
Schomberg y presse fort le roy de se haster , et semble 
qu'il lui résolve pour la fin du mois estre à Angers. 
On asseure cependant qu'il attendra les ambassadeurs 
d'Angleterre et des estats, qui seront à Dieppe au pre- 
mier vent. Madame la princesse d'Orange partit hier 
de Paris. Nos députés doibvent estre partis des le 12, 
et n'estoient despeschés avec partie de contentement ; 
nous n'en sçavons les particularités. Le cardinal ar- 
chiduc ne sera que gouverneur héréditaire des Pays 
Bas. On s'est apperceu que les peuples ne l'eussent 
accepté pour seigneur; l'infante aussi ne le veult pour 
mari , et demande pour dot le duché de Milan et non 
ung procès. Le traicté d'Espaigne ne s'advance poinct. 
Il y a plus d'apparence que la guerre contineue de 
ceste part; ce que tu bailleras pour consolation à ton 
fils, et me tarde infiniment que je ne te voye. Je t'em- 
brasse, etc. 

De Chaslellerault , ce i5 febvrier 1598. 

Je pense que M. de Pierrefite sera ici dans trois ou 
quattre jours. 



XXXIX. — * LETTRE DU ROY 

A MM. de Bellievre et de Sillery. 

MM. de Bellievre et de Sillery, ce courrier arriva 
hier au soir ici avec vostre despesche du 11 de ce 
mois, laquelle m'a esté leue ce matin, présent mon cou- 



70 LETTRE DU ROY 

sin le connestable ; mon cousin le mareschal de Biron 
y est aussi surveneu ; j'ai bien considéré avec eulx le 
conteneu d'icelle, selon son mérite, et recognois que 
vous m'avés très dignement servi au bon achemine- 
ment que vous avés donné aulx affaires que je vous ai 
commises , qui est ce que je me suis tousjours promis 
de vous, dont je demeure très content, vous pryant de 
continuer jusques à la perfection de l'œuvre, que j'af- 
fectionne comme je faisois quand vous estes partis ; 
car comme vous sçavés que la resolution que j'ai prise 
d'entendre à la paix , a este bastie sur fondemens pleins 
de justice et d'honneur, assurés vous aussi qu'il n'y a 
rien qui la puisse esbranler, ni m'en desmouvoir, que 
si on voulloit me faire quitter le chemin de l'ung et de 
l'aultre ; c'est pourquoi j'ai pris grand plaisir à la res- 
ponse que vous avés faiete aulx députés avec lesquels 
vous avés conféré, quand ils vous ont demandé si je 
ne traicterois poinct du tout sans mes confédérés ; car 
il est très certain qu'il n'y a que Dieu et la raison qui 
ayent pouvoir sur moi en pareilles occasions; mais 
aussi comme le premier me commande et oblige d'avoir 
soing des peuples qu'il a mis soubs ma puissance , et 
l'aultre d'affectionner le bien public de la chrestienté 
comme ung bon prince doict faire , je ne serai jamais 
si mal conseillé que de suivre les volontés et opinions 
de ceulx qui , parleurs intérêts privés, vouldroient me 
faire perdre l'occasion de bien faire à tous les deux 
ensemble. Je veulx croire aussi que ce n'est pas le but 
de mes confédérés. 

Comme il est certain que je n'ai jamais escrit aulx 
estais des provinces unies des Pays Bas les lettres dont 
lesdicts députés vous ont dict qu'ils se vantent avoir 
receues de moi , je crois aussi que ce n'est qu'une in- 



A MM. DE BELL1RVRE ET DE SILLERY. 7 î 

vention qui tient plus de l'Espaignol que du Hollan- 
dois, dont je fais fort peu de [compte , me contentant 
de suivre la droicte voye que doibt tenir ung prince 
qui a sa foi et sa réputation aussi chère que sa vie. 

Le paquet dedans lequel vous m'avés envoyé la 
copie des pouvoirs dedicts députés, qui avoit esté ou- 
blié à mettre dans ceslui qu'a apporté ledict courrier, 
est arrivé tout présentement, etai trouvé, comme vous, 
leur pouvoir pour traicter avec moi en bonne forme. 

Il est vrai que j'ai remarqué que le cardinal Albert 
a voulleu me faire comme demandeur de l'envoi des- 
dicts députés, ayant fondé son pouvoir sur le passe- 
port que j'avois envoyé par le père gênerai pour les 
faire acheminer, de quoi il eust peu se passer; mais ce 
sont de leurs ruses accoustumees dont je ne me don- 
nerois aulcune peine , si je n'avois opinion qu'ils ont 
plus grande envie de me diviser d'avec mesdicts con- 
fédérés pour faire leurs affaires à mes despens , que de 
conclure et exécuter ung bon accord ; toutesfois je ne 
veulx poinct débattre ledict pouvoir. 

Mais il est très certain que la royne d'Angleterre 
ne se contentera de celui dudict cardinal , ne repré- 
sentant celui dudict roy d Espaigne , faisant men- 
tion d'elle comme vous leur avés remonstré , et 
m'avés faict plaisir d'y persister ; car, encores que je ne 
veuille obliger à suivre en ce faict la volonté de ladicte 
dame , de laquelle je cognois les intentions et fins 
mieulx que nul aultre, neantmoins je ne veulx pas lui 
donner occasion de se plaindre de ma foi , comme je 
ferois si je resolvois et concluois mon traicté sans elle, 
ou sans lui avoir ouvert le chemin d'y entrer; c'est 
pourquoi j'approuve l'ouverture qu'ils vous ont faicte 
d'envoyer ung courrier en Espaigne pour le deinan- 



T 2 LETTRE DU ROY 

der et apporter , puis mesmes qu'ils asseurent qu'ils le 
recevront dans quinze jours ; mais il me semble qu'il 
sera plus à propos que leur courrier passe soubs le 
nom de mon cousin le cardinal de Florence , et pour 
les affaires de nostre sainct père , que soubs celui du- 
dict cardinal Albert ; partant, je le vous envoyé con- 
ceu de ceste façon ; dadvantage je veulx que vous l'ac- 
compaigniés d'ung aultre de mes courriers , tant pour 
faciliter son voyage que pour l'observer par les che- 
mins. Ores, je ne doubte poinct qu'ils n'escrivent par 
iedict courrier tout ce que bon leur semblera; mais 
j'aime mieulx courre le hazard du mal qui m'en peuit 
arriver que de leur desnier le moyen de recouvrer et 
advancer Iedict pouvoir pour m'acquitter de mon deb- 
voir envers ladicte royne; pour ceste cause, vous le 
ferés despescber au plus tost. Cependant les députés de 
ladicte royne, qui n'ont encores passé la mer à cause 
du mauvais temps, pourront arriver, et je ferai sçavoir 
par courrier exprès àjadiete royne, ce que vous m'avés 
escrit qui la regarde, afin qu'elle me mande si elle se 
contentera de traicter sur le pouvoir dudict cardinal 
Albert, en attendant que l'aultre soit arrivé, comme 
il me semble qu'elle pourroit faire ; car il se passera 
bien quinze jours de temps devant que l'on puisse 
tomber d'accord avec elle des différends qui sont entre 
Iedict roy d'Espaigne et elle. 

Mais je vouldrois que Iedict courrier rapportast 
aussi le contresigne ou commandement dudict roy 
d'Espaigne pour la redcluction de Blavet, afin de n'en 
faire à deux fois, et de n'en excuser ou retarder lexe- 
cution sur ce prétexte ; partant , vous en ferés instance, 
leur disant que si je n'avois volonté de m'accorder, je 
ne leur ferois ramenlevoir ceste despesche , laquelle 



A MM. DE BELLIEVRE ET DE SILLERY. 73 
peult grandement advancer et faciliter les affaires; et 
plus ils me recognoissent soigneux de m'acquitter de 
mon debvoir envers mes amis ; ils doibvent mieulx es- 
pérer de ma foi, et priser mon amitié, estant vrai- 
semblable que si je ne passois légèrement par dessus 
ce qui les concerne, contre ce que je leur ai promis, 
qu'ils auroient d'autant moins de cause de se fier de 
moi, qu'ayant ainsi manqué à mesdicts amis, il me 
demeureroit tousjours quelque regret et remords de 
conscience d'en avoir ainsi usé , oultre ce qu'ils me 
tiendraient pour ung prince léger et de peu de foi ; 
je veulx donc mettre mesdicts amis en leur tort , en 
justifiant ma foi et mes actions, tant envers eulx qu'à 
l'endroict d'ung chacung, s'il fault que je me sépare 
d'eulx pour le bien de la paix; et puisqu'ils ont ung 
pouvoir particulier du roy d'Espaigne pour traicter 
lesdicts estats, il n'en fault poinct chercher d'aultre 
pour cela , dont j'advertirai leurs députés quand ils 
seront arrivés , et despescherai devers eulx pour les 
faire advancer, n'estimant pas qu'il soit à propos de 
parler des six mois ou d'ung an de trefve pour leur 
regard , que nous n'ayons eu response de ladicte royne 
ou desdicts estats, ou veu leursdicts ambassadeurs pour 
sçavoir leurs volontés. 

Mais deffendés vous tousjours du passeport qu'ils 
ont demandé pour envoyer devers le duc de Mercœur , 
ou faire venir devers eulx ung député de sa part ; car 
resoluement je ne l'accorderai jamais pour les raisons 
portées par vostre instruction , qui se rendent tous les 
jours plus pregnantes , sa foiblesse et sa mauvaise foi 
se descouvrant plus grandes que jamais , aussi bien en- 
vers eulx qu'envers moi ; car il m'a faict dire par le 
dernier qu'il ma envoyé, qu'il quitteroit plustost son 



74 LETTRE DU 1\0Y 

gouvernement que de traicter et le conserver par le 
moyen des Espaignols , desquels il se plainct grande- 
ment, et je crois qu'il leur en a faict dire autant de 
moi ; mais j'espère que les dissimulations et tromperies 
dont il use , advanceront sa punition , et la rendront 
inévitable avec l'aide de Dieu , au moyen de quoi per- 
sistes constamment au refus dudict passeport , et de 
comprendre audict traicté ledict duc de Mercœur. 

Et puisqu'ils ont accordé de rendre toutes mes villes 
avec les fortifications qui y sont, excepté Blavet qu'ils 
entendent desmenteler, et de laisser en Testât qu'il 
estoit quand ils s'en sont saisis, il n'est plus question que 
de convenir du temps qu'ils les rendront , et de l'ar- 
tillerie, pouldres et balles à canon qu'ils y laisseront, 
ayans promis de bailler des ostages comme vous avés 
demandé ; sur quoi je vous dirai qu'il me semble que 
ladicte restitution pourroit s'accomplir et parfaire de- 
dans ung mois, comme vous leur avés proposé, s'ils 
voulloient s'y bien employer, mesmement ayant receu 
le commandement et contresigne pour Blavet, par le 
courrier qu'ils doibvent envoyer présentement ; par- 
tant, continués à les presser de se contenter dudict 
terme dung mois, à compter du jour de la signature 
du traicté, faicte par nos députés, comme vous leur 
avés proposé , ou bien demandés et obtenés que les 
villes de Calais et Ardres , par lesquelles ils accordent 
de commencer ladicte restitution , me soient rendeues 
douze ou quinze jours au plus après la signature sus- 
dicte des articles , et que les aultres places soient en- 
tièrement rendeues dedans six sepmaines,ou bien de- 
dans lesdicts deux mois dont ils ont parlé, si vous 
ne pouvés mieulx obtenir sans aultre prolongation , de 
quoi ils ne doibvent faire difficulté, s'ils ont telle vo- 



A MM. DE BELLIEVRE ET DE SILLERY. 7 5 
îonté d'effectuer ce qu'ils promettent et font entendre ; 
Jesdictes villes de Calais et Ardres estant rendeues ,• 
elles serviront d'arrhes et de gages certains de la resti- 
tution pleniere des aultres. 

Mais je ne puis leur laisser emporter toutes les pièces 
d artillerie qui estoient esdictes villes, quand elles ont 
esté prises, principalement celles qui sont à la marque 
de France, avec les balles du calibre d'icelle; bien suis 
je content me départir de la demande des aultres avec 
la pouldre à canon; vous sçavés que mon royaulme est 
si mal pourveu d'artillerie , que s'ils emportent toute 
celle qui est dans lesdictes villes , elles en demeureront 
toutes desgarnies, et me sera difficile d'y en remettre 
d'aultres de long temps en nombre qu'il fault pour les 
garder: continués donc à faire instance de ce poinct, 
et plustost que d'en estre du tout esconduicts , res- 
traingnés ladicte restitution à ung certain nombre de 
pièces pour chacune place , et qu'il y ait le plus de ca- 
nons et de couleuvrines que faire se pourra , accompai- 
gnees de boulets du mesme calibre , n'estant la raison 
de leur refus desdictes pièces digne d'estre receue ; 
car , puisque pour ung bien de paix , ils me veullent 
rendre mes villes , lesquelles leur sont aussi bien ac- 
quises que mon artillerie, ils peuvent aussi bien m'ac- 
corder ladicte artillerie pour mesme considération , et 
vous asseure que si mon royaulme en estoit garni 
comme il a esté aultresfois, je n'en ferois si grande 
instance : persistes y donc, je vous prye , et ne croyés 
pas qu'ils veuillent pour peu révoquer le plus ou le 
principal qu'ils ont desjà accordé ; car ils feroient une 
trop lourde faulte, en laquelle la nécessité de leurs 
affaires les gardera bien de tomber après les avoir bien 
contraincts de passer si avant qu'ils ont faict ; toutes- 



jG LETTRE DU ROY 

fois conduises , le tout avec vostre prudence accous- 

tumee , de laquelle je me confie entièrement, etc. 

Ores, j'ai bien remarqué l'instance qu'ils vous ont 
faicte, de mettre par escrit et signer ce qui a esté 
traicté entre nous et eulx , avec la plaincte que vous 
m'avés escrite qu'ils ont faicte du refus que vous en 
avés faict, à cause du commandement que je vous en 
ai faict par vostre instruction. 

Sur quoi je vous dirai que les mesmes'raisons qui 
m'ont meu de vous faire commandement de ne vous 
engager dadvantage en ce traicté, me semblent plus 
fortes et considérables qu'elles n'estoient lorsque vous 
estes partis, puisqu'ils n'ont apporté, comme nous pen- 
sions qu'ils feroient , ung pouvoir dudict roy d'Espaigne 
suffisant pour comprendre au traicté de la royne d'An- 
gleterre, comme vous les avés sagement remonstré; de 
sorte qu'il fault qu'ils s'accusent de la longueur et 
difficulté dont ils se plaignent, sans s'en prendre à moi 
ni à vous; et fault que je vous die que la plaincte 
qu'ils en font m'est très suspecte, croyant qu'ils la font 
sonner si hault pour justifier leur procédure, en cas 
qu'ils se retirent sans rien faire ; ou pour, en tirant le- 
dict escrit de vous, s'en prevalloir envers mesdicts 
confédérés , devant que d'avoir accordé avec moi pour 
ceste cause; il me semble qu'il fault estre fort reteneu 
en ce faict; dadvantage, je considère que leur baillant 
par escrit les poincts et articles à mesure qu'on en 
tombera d'accord, devant que toutes choses soient re- 
soleues et accordées, il sera en eulx de proposer tous- 
jours quand ils vouldront nouveaulx faicts , et sur 
iceulx rompre ledict traicté , et après faire profict à 
mon dommage des fragmens d'icelui qui seroient de- 
meurés entre leurs mains, chose que je veulx éviter; 



A MM. DE BELL1EVRE ET DE SILLERY. 77 

car c'a tousjours esté ma craincte et mon opinion qu'ils 
ne voulloient procéder rondement ni de bonne foi en 
ceste negotiation, comme vous sçavés que je fais avec 
eulx. Au moyen de quoi je vouldrois, devant que d'es- 
crire, que nous feussions bien d'accord de tous les 
poincts et articles desquels on prétend traicter, sans 
qu'il feust loisible aulx ungs ni aulx aultres de faire 
après nouvelles demandes et propositions; mais, cela 
faict, je ne trouverois mauvais qu'il feust faict et signé 
ung escrit de part et d'aultre, qui feust baillé en garde 
à mon cousin le cardinal de Florence , représentant la 
personne de nostre sainct père, afin d'estre teneu se- 
cret; de quoi je ne ferois difficulté de me fier en lui 
comme en moi mesmes, jusques au retour dudict 
courrier qui doibt estre envoyé en Espaigne, avec le 
pouvoir pour traicter avec ladicte royne d'Angleterre, 
et le commandement dudict roy d Espaigne pour la 
restitution dudict Blavet , ou qu'ayant ouï parler les 
ambassadeurs de ladicte royne et desdicts estats, j'aye 
esté esclairci de leur intention et satisfaict à la pro- 
messe que je leur ai faicte par le traicté que j'ai faict 
avec eulx à ma descbarge. Car, par ce moyen, toutes 
choses pourroient estre resoleues, sans perdre le temps 
ni faire préjudice à mon service et à ma réputation, 
estans conduictes comme elles doibvent estre. Consi- 
dérés cest expédient; je vous en fais ouverture, meu 
de l'affection que j'ai de faire le bien sans me faire 
mal, s'il est possible, qui est tout ce que l'on peult et 
doibt désirer de moi , et dont je me remets à vos pru- 
dences d'user ainsi que vous jugerés d'estre à faire 
pour le mieulx, sans rien précipiter qui nous puisse 
charger de reproche pour craincte de la rupture de ce 
traicté, et qu'ung aultre entre en ma place; car, d'ung 



78 LETTRE DU ROY 

costé, je crois qu'il est difficile que cela advienne, et 
de l'aultre, j'aime mieulx courre la fortune de la guerre 
que de faire bresche à ma foi et à ma réputation, avec 
laquelle vous sçavés que j'ai restauré et saulvé ma cou- 
ronne, etc. 

Mais, pour suivre ce chemin, il fault vuider le faict 
qui concerne mon royaulme de Navarre, comme tous 
les aultres dont vostre instruction faict mention , afin 
de ne rien laisser en arrière. 

Il fauldroit pareillement resoulclre celui du duc de 
Savoye , puisqu'on est resoleu de le comprendre en ce 
traicté. Sur quoi je vous dirai que je veulx sçavoir 
quelles ouvertures fera son député pour s'accorder 
avec moi , devant que vous donner ung dernier com- 
mandement sur ce qui le concerne; car je ne veulx pas 
qu'il y demeure rien du mien. 

Et pense estre bien fondé à demander Savillan , 
comme le marquisat de Saluées, puisqu'il est certain 
que ceste ville lui feut rendeue avec Pignerol par le feu 
roy, au retour de Polongne, k force d'argent , dont il 
corrompit ses serviteurs, et sans aulcune raison. Par- 
tant ne faictes difficulté d'en faire instance , quand vous 
la debvriés fonder sur la recompense des ruynes que 
ledict duc a faictes à mon royaulme, qu'il a assailli , 
comme il a usurpé ledict marquisat contre toute rai- 
son et justice; puis, selon la response dudict député, 
on pourra se conduire. 

Mais, en vérité, je serois très aise de pouvoir traicter 
avec ledict cardinal sans y comprendre ledict duc de 
Savoye; toutesfois, s'ils ne le veullent faire, il fauldra 
rendre sa condition la moins advantageuse que faire se 
pourra. 

Et s'il y a d'aultres poincts en vostre instruction sur 



A MM. DE BELLIEVRE ET DE SILLERY. 79 

lesquels vous estimés estre nécessaire qu'il vous soit 
permis de vous en dispenser, me les cottans, je vous en 
resouklrai par ma première despesche. 

Je désire aussi que vous me fassiés sçavoir par la 
vostre ce que vous aurés appris, tant de Testât du 
mariage du cardinal Albert avec l'infante d'Espaigne, 
et de l'exécution de la donation que ledict roy d'Es- 
paigne a faicte en faveur d'icelui , que de la disposition 
des affaires des Pays Bas; quelles forces ils y ont; si 
ledict roy a composé avec les marchands , quels de- 
niers ils ont receus et attendent audict pays, comme 
ils espèrent avoir la raison desdicts estats, s'ils refusent 
d'entrer en ce traicté avec moi, et se deffendre de la 
royne d'Angleterre en cas pareil ; si ladicte infante 
doibt passer ceste année aulxdicts Pays Bas, quand et 
comment se fera ledict mariage, quels advis ils ont de 
la disposition dudict roy d'Espaigne , s'il secourra 
ledict duc de Mercœur, et avec quelles forces; qui 
gouverne à présent les affaires en Espaigne ; si le prince 
est bien d'accord avec l'infante sa sœur, et s'il approuve 
la susdicte donation ; et pareillement le traicté que 
faict avec moi ledict cardinal , et tout ce que vous 
aurés peu apprendre, tant en gênerai qu'en particu- 
lier, et qui mérite estre escrit. 

Et je vous dirai que je fais compte de partir dans 
mercredi prochain pour aller en Bretaigne sans plus 
reculer, attendant de jour a aultre la prise du chas- 
teau de Dinan , assiégé par le mareschal de Brissac , 
assisté de tous mes aultres serviteurs et bons subjects 
du pays. Je prye Dieu, etc. 

Du i5 febvrier i5o8. 



8o LETTRE DE M. DE VILLFROY 

XL. — * LETTRE DE M. DE VILLEROY 

A MM. de Bellievre et de Sillery. 

Messieurs, vous estes plus expérimentés aulx af- 
faires du monde de la court que moi , c'est pourquoi je 
déférerai tousjours à vos ad vis en toutes choses; mais 
vous sçavés que Dieu conduict les cœurs de nos princes, 
et qu'ils suivent souvent plustost leurs volontés en leurs 
affaires que les conseils de leurs serviteurs, soit qu'ils 
soient portés à ce faire par des raisons incogneues aulx 
aultres, ou qu'ils veuillent que chacung fléchisse et 
s'accommode à leurs intentions. 

Le roy veult la paix autant que jamais , mais il veult 
aussi descharger sa conseience, et satisfaire à sa foi 
envers ses confédérés, ainsi que vous cognoistrés par 
sa lettre, et vous asseure que sa majesté s'est fort peu 
esmeue de la jalousie que l'on lui veult donner de la 
royne d'Angleterre; car elle est hien asseuree que la- 
dicte dame ne traictera poinct avec eulx sans Calais, et 
qu'ils ne lui rendront jamais ladicte ville qu'elle ne leur 
rende aussi celle qu'elle tient en Zelande, desquelles 
sa majesté sçait très bien qu'elle ne peult pas disposer; 
dadvantage , elle aime quasi mieulx perdre Calais que 
de perdre sa réputation, et manquer de foi et de res- 
pect à ses amis. Mais j'estime que toutes choses se 
pourront accommoder avec le temps, les conduisant 
par degré sans les précipiter. Nous sçavons bien aussi 
que les estats ne traicteront poinct sans le roy, encores 
estimons nous qu'ils ne le feront qu'avec sa majesté, 
quoique M. le cardinal d'Autriche leur ait faict escrire, 



A MM. DE BELLIEVRE ET DE SILLERY. 8l 

et à M. le prince Maurice , par M. le prince d'Orange , 
son frère; de sorte qu'il semble à sa majesté qu'elle ' 
ne doibt rien précipiter; aussi ne veult elle perdre 
l'occasion d'advancer ses affaires , comme vous colli- 
gerés de la lettre qu'elle vous escrit, qui est si ample, et 
respond si clairement et particulièrement à tous les 
poincts de la vostre, que je n'y puis rien adjouster. J'ai 
faict voir au roy l'extraict de la lettre veneue de Rome 
à M. le légat que vous m'avés envoyé, auquel sa majesté 
a pris ung grand plaisir. 

Par lettres de Lyon du \i de ce mois, nous avons 
eu confirmation de l'accord de Ferrare, sans toutesfois 
que l'on nous en escrive les particularités; mais on nous 
a escrit que celui pour lequel M. de Savoye avoit faict 
demander ung passeport à M. de La Guiche , par 
M. l'evesque d'Aversa, pour envoyer devers le roy, 
depuis l'avoir receu a pris aultre brisée; de quoi ledict 
sieur de La Guiche s'est plainct à sa majesté, qui Ta 
trouvé estrange , et dict que ledict duc a faict tort 
audict evesque , et par conséquent à sa saincteté , de 
l'employer en ceci pour en abuser. Je ne vous puis re- 
présenter l'estonnement auquel Ton nous rapporte tous 
les jours que M. de Mercœur est entré depuis la prise 
de la ville de Dinan , sur la déclaration que ceulx de 
Nantes lui ont faicte en public de voulloir envoyer de- 
vers le roy pour la paix; mesme les ecclésiastiques lui 
ont protesté qu'ils ne pouvaient plus, en saine con- 
science, s'abstenir de pryer Dieu pour le roy, puisque 
le pape l'avoit approuvé et commandé. Jugés en quels * 
termes il se trouve , et s'il a besoing d'estre persuadé 
par MM. le président Richardot et commandeur Taxis 
pour s'accorder avec nous. Pour Dieu, qu'ils ne parlent 
plus de cela, s'ils désirent l'amitié de sa majesté, la- 
Mrnr. de Duplessis-Mornay. Tome vin. 6 



#2 LETTRE DE M. DE VILLEROY, etc. 

quelle faict estât de partir après demain sans plus différer. 
Si elle ne feust allée à la chasse aujourd'hui , ce courrier 
eust esté despesché des ce matin. Ne vous prenés donc 
à moi du retardement , et me continués vos bonnes 
grâces, que je salue, etc. 

Du 16 febvrier 1598. 



XLI. — LETTRE DE M. DE LA SCALA 

A M. Duplessis. 

Monsieur , je vous envoyé mon livre de Emenda- 
tione temporum y reveu et augmenté de beaucoup. Il 
n'a teneu qu'aulx imprimeurs que vous ne Payés eu 
plus tost , qui ont discontinué l'œuvre par plusieurs 
fois. Si ce mien labeur vous est agréable , ce m'est 
assés; car je ne me donne poinct de peine des aultres, 
qui aiment mieulx reprendre qu'apprendre. Je m'as- 
seure que si vos affaires vous permettent de peser mes 
raisons, vous aurés occasion de vous esbahir des resve- 
ries de nos chronologues touchant Thistoire biblique. 
Mais je le laisse à vostre jugement, lequel je désire 
sçavoir, s'il vous plaist me tant honorer que de m'en 
escrire vostre advis; et je l'accepterai comme venant 
de celui duquel j'admire la vertu, et que je désire 
infiniment servir. 

De Leyden, ce 16 febvrier ibtfô. 



LETTRE DE MADAME DE LAVAL, etc. 83 

XLII. — LETTRE DE MADAME DE LAVAL 

A M. Duplessis. 

Monsieur, à quelque moins asseuré et confident 
ami que vous ne vous estes tousjours faict paroistre 
en nostre endroict , je craindrois que le silence dont 
j'ai usé depuis quelque temps l'eust faict entrer en 
quelque sinistre opinion de moi. Mais de vous , mon- 
sieur, je crois que ce bonheur me reste entre tant de 
malheurs, que vous m'honores tousjours de vostre 
amitié, et que vous ne doublés poinct aussi du pou- 
voir que vous avés sur moi , tel que vous l'esprouverés 
toutes les fois que j'aurai moyen de vous faire service, 
et que me vouldrés tant obliger de me commander; ce 
que vous pouvés avec entière asseurance de mon de- 
sir à vous obéir, et à vous honorer, certes, de toutes 
mes affections. De quoi je vous eusse rendeu une petite 
preuve, si j'eusse esté d'ung aultre sexe, ou que mon 
fils feust en aage de vous aller offrir sa vie et tout ce 
qui est de lui. Nous ne nous feussions laissé lors de- 
vancer à nul de diligence, non plus que nous ne pen- 
sons estre précédés d'aulcung en affection. Mais nos 
impuissances, monsieur, m'ont faict retenir l'offre de 
personnes incapables en tels faicts, ne voullant payer 
de paroles inutiles les services que je vous doibs en 
effect , et que je vous rendrai , tant que je vivrai , en 
toutes les occasions qui m'en seront jamais offertes. 
Croyés le, monsieur, s'il vous plaist , et qu'il ne me 
reste ami au monde de qui je fasse si asseuré estât que 
de vous, ni a qui aussi je sois plus entièrement de- 



84 LETTRE DE MADAME DE LAVAL, etc. 

■vouée; c'est avec ceste asseurance de vostre bonne 
volonté, que je vous supplierai bien humblement croire 
que j'approuve fort ce que faict M. de La Mouche, et 
que pour ce qui regardera l'advancement de la gloire 
de Dieu , je ne plaindrai jamais ma vie, et ce qui me 
reste; mais, désirant faire plustost parler mes effects 
que mes paroles , il m'est très nécessaire, pour plusieurs 
raisons qui ne se sçauroient escrire, que cela soit, s'il 
vous plaist, fort secret; et à vous seul, monsieur, di- 
rai je mon intention en cela, sçachant combien pru- 
demment vous sçaurés user de ceulx qui sont tout à 
vous. Je me suis promis ung long temps ce contente- 
ment de vous voir, ayant des affaires qui me convioient 
à aller en vos quartiers; mais en ayant de bien fas- 
cheuses en plus d'ung endroict, je suis arrestee en ce 
beau lieu ici par des contrainctes qui me priveront, 
ç'ai je peur, pour quelque temps de ce contentement 
de vous entretenir; bien que je ne désire pas peu , et 
qui ne me seroit pas peu utile ; qui est ce qui me faict 
croire que je ne le recevrai pas. Ores , monsieur , où 
que ma misère me guide, faictes estât asseuré, s'il 
vous plaist, d'y avoir vostre plus humble et obéissante 
à vous faire service, Aivite d'Allègre. 

A Montfort, ce 17 febvrier 1698. 



XLI1I. — * LETTRE DE M. DUPLESSTS 

A sa femme. 

M' amie, tu auras eu le grand Basque. Depuis, j'ai 
receu tes lettres du \[\ par Barbenoire, et du i5, par 
le capitaine Philippe. Je ne laisse d'entrer en peine, 



LETTRE DE M. DUPLESSIS, etc. 85 

parce que j'ai sceu que tu as eu ung accès de fièvre, et 
tu ne m'en parles poinct. Cependant je considère bien 
quelle surcharge de mal ce nous seroit après tant de 
douleurs , et me tarde bien que je ne sois près de toi 
pour t'en soulager. J'ai despesché deux hommes exprès 
vers M. de Malicorne, pour l'advis que tu m'as donné 
par le sieur d'Ambresaigues. Je pense que tu auras 
approuvé mes intentions , et que nostre fils t'aura re- 
présentées. C'est ne rien négliger, et neantmoins ne 
tenter rien mal à propos. Je eognois la présomption 
de Je suis d'advis , vu ce que tu m'escris, que nous 

ne nous meslions poinct du faict de La Valliere. Il 
est certain que cela tend à mauvaise fin. Quant à en- 
voyer ceulx que tu m'escris à Paris, je pense avoir dans 
deux jours M. de Pierrefite ici , comme tu auras veu 
par celles que je t'ai envoyées, avec lequel je m'en re- 
souldrai sur ce qu'il me rapportera de l'advis de nos 
amis. Pour Sainct Phal , je ne peulx croire qu'il s'ar- 
reste à La Barauchere , veu la description que m'en a 
faicte le capitaine Baudouin ; mais pourra il s'arrester à 
Sainct Mesmin , qui n'est qu'à huit lieues de Partkenay, 
au milieu de nos amis ; et , en ce cas, je suis bien resoieu 
de ne les espargner pas, car il nous importe trop. 
M. Constant s'en retourne dans le pays qui s'offre 
d'affeclion à moi, que je pryerai d'y veiller et d'y dis- 
poser les gens de bien , nommeement M. de La Taba- 
riere. Ce n'est pas loing de Monchamp. Si d'adventure 
tu escris à madame de Ptohan , n'oublie que j'ai faict 
escrire en Languedoc, par M. le baron de Fort, du 
mariage de M. le duc d'Uzes. Je ferai faire de bonnes 
despesches aulx sieurs Bellenon et de Charon. Celui ci 
doibt aller au grand conseil, où je pense qu'il fault 
faire retourner le procès de Bruzac; car la chambre 



86 LETTRE DE M. DUPLESSIS 

de Guyenne pourroit tarder; quant à celui là, je ferai 
presser le terme par M. de Calignon, et le surplus 
aussi vers car je sçais assés de quoi il nous y va. 

Je tiens la somme pour fort asseuree. La procuration 
a esté envoyée à M, Pruneau, à La Rochelle. Je suis 
d'advis que ceulx qui ont voulleu desrober les vins 
servent d'exemple, et en escris au sergent major. Le 
tiers aulx dénonciateurs, le tiers au roy, et le reste à 
lui. Il sera bon neantmoins de s'enquérir comment on 
a accoustumé d'en user, qui est cause que je ne le 
particularise qu'à toi, qui lui diras après mon inten- 
tion. Je suis fort en peine de la garnison, et si nostre 
triennal ne faicl aultre debvoir, je me fasclierai. Au 
moins fault il qu'il paye le mois entier, tel qu'il est 
payé par nostre estât que je t'ai laissé, sans laisser nos 
estats derrière, puisqu'il a l'ordonnance que M. Hardy 
a envoyée. Tu m'as envoyé les papiers d'un brochard 
que je n'ai peu encores lire et moins comprendre. Je 
suis trompé si ce n'est ung grand fol. 

Tu m'escris que six bourgeois de Nantes ont passé, 
et mon fils adjouste qu'ils sont du corps de ville allant 
trouver le roy. Si cela est, j'estime les affaires de M. de 
Mercœur bien esbranlés. Le roy est à Fontainebleau, 
dont il doibt partir cejourd'hui pour venir à Orléans 
et de là à Tours. Madame est demeurée à Paris ung 
peu malade; madame de Beaufort est jà partie tirant 
droict à Vendosme, et de là à la Flèche, où elle doibt 
faire ses couches, aulcungs tiennent que et 

c'est pour cela qu'elle tient le chemin de et qu'elle 

s'advance ; car d'ailleurs et de bon lieu on asseure que 
le roy a promis d'attendre les députés d'Angleterre et 
des Pays Bas; mais il est bien certain que M. de Schom- 
berg le presse fort. Nos députés ne peuvent plus tarder, 



A MADAME DUPLESSIS. 87 

car ils sont despeschés, et une partie de contentement; 
cela nous donnera moyen de nous resouldre, et à moi 
de te voir bientost, ce qui me dure plus que tu ne 
sçaurois croire pour la peine où je suis de ta santé. 
Madame la princesse d'Orange debvoit partir hier de 
Paris, et madame de Bouillon de Turenne. Si Dieu 
donne de conclure , je verrai au plus tost le roy et fran- 
chirai mes affaires, car ils me tiennent au cœur; 
mais il fault que je voye là dessus je ne puis me 

passer de dire que viendront très à propos pour 

infinies raisons, ce que j'attends dans peu, selon les 
lettres du 1 1 , car en celles du depuis tu n'en parles 
poinct. M. de Racefer m'escrit sa joie de la protestation 
de M. d'Ambellin, en laquelle Dieu le veuille fortifier. 
Ne me reste, m 'amie, qu'à te recommander ta santé, 
et de m'en relever de peine par fréquentes nouvelles, 
puisque les longueurs nous esloingnent plus que je 
n'avois pensé , ce que j'espère que Dieu nous abrégera 
par grâce en peu de jours; que si ton mal te pressoit, 
m'en advertissant, ne doubte que je ne laisse tout pour 
t'aller voir. Je t'embrasse, etc. 

De Chastellerault, ce 17 febvrier 1598. 



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XLIV. — * LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A sa femme. 

M'amîe, je cognois par tes lettres que mon malheur 
travaille ton esprit et te faict malade , et c'est ce qui 
me peine plus que tout aultre chose. Ne t'imagine ce- 
pendant pas que je chosme, car depuis mes précédentes 
j'ai disposé toutes choses pour recueillir la première 



88 LETTRE DE M. DUPLESSIS 

occasion sans qu'il y manque rien de part ni d'auître, 
Si donc Baudouin rapporte ce que nous soyons d'ail- 
leurs advertis que Sainct Phal soit à Sainct Mesmin ou 
en l'aultre, j'envoye lettres de M. de Bouillon et de La 
Tremouille à ceulxqui commandent les regimens, à ce 
qu'ayant à passer Loire au mandement de M. le mares- 
cbal de Rhetz, ils ayent à laisser derrière, sous quelques 
prétextes, tous les arquebusiers à cheval pour en faire 
ce qui leur sera ordonné par mon fils; lequel, attendant 
l'occasion, leur donnera quartier, ainsi que je lui mande, 
parce qu'icelle adveneue courra investir l'homme, et 
pour l'y assister et addresser aura le^capitaine Ausnee, 
qui les commandera tous; des qu'il aura l'advis m'ad- 
verlira en toute diligence; et j'ai pris asseurance de 
madame de la Houssaye d'avoir son canon de Fontenay, 
le mesme de M. de La Tabariere pour celui de la ville, 
et s'il est besoing en ferai autant avec M. de Parabere, 
que nous attendons ici demain. Par ainsi je n'aurai 
qu'à me transporter aussitost sur le lieu pour le faire 
acheminer, en quoi je serai assisté des personnes de 
leurs amis, oultre que tout le pays m'est favorable et 
routes seures. Ne reste donc qu'à voir pour ce regard ce 
qui se pourra faire, et neantmoins parce que je doubte 
qu'il bouge de ne fault laisser tousjours d'y penser 
autant qu'il se pourra. J'escris quelques circonstances 
sur ces faits à 

Pour conserver mes resolutions , MM. les presidens 
approuvent ung expédient que je leur ai proposé ; c'est 
que Pilet et Drugeon présentent requeste au lieutenant 
gênerai ou criminel d'Angers, à ce qu'il leur soit permis 
d'informer pardevant le premier conseiller , huissier ou 
sergent, sur ce requis, de l'assassinat sur eulx attenté 
par le sieur de Sainct Phal , eulx estans en la compai- 



A MADAME DUPLESSIS. 89 

gnie du sieur Duplessis, dont ils auroient esté excédés 
en leur personne, ce qui leur sera accordé, et lors 
s'addresseront secrettement à tel du siège, qu'ils sçau- 
ront choisir plus à profict, lequel mesrnes ils feront venir 
en tel lieu à trois, quattre et cinq lieues de la ville qu'ils 
vouldront, premier l'intimidation, et pardevant lui fe- 
ront ouïr les tesmoings, etc., auquel cas pourront mesmes 
mes domestiques estre ouïs, et seront enquis les tesmoings 
sur le factum qui sera baillé fort ample, afin qu'ils res- 
pondent de toutes les circonstances qui me touchent. 
Est à noter qu'aussi bien lesdicts Drugeon et Pilet ne 
seront receus à tesmoigner de mon faict, ayant esté 
blessés en ma compaignie; ne fault oublier à les faire 
interroger sur Moncenis, La Pierre, Davillers et aultres 
complices; quoi faict, se retireront par requeste à mes- 
sieurs de la court de parlement de Paris, remonstrans 
qu'ils ont faict informer; mais que le siège d'Angers leur 
est suspect, attendeu mesme que d'ung tel assassinat ne 
se trouve officier qui voulleust ou osast informer d'office, 
et requérant d'estre renvoyé à quelque aultre prochain 
non suspect et lors en sa court, on retiendra la eog- 
noissance pour l'importance de la chose et des per- 
sonnes, à quoi les gens d'honneur tiendront la main, 
ou les renverront au juge presidial de Tours, et, soit 
en l'ung ou en l'aultre, sera lors aisé d'obtenir ung 
décret de prise de corps, à l'exécution duquel on pourra 
tenir la main, et sera pour donner la forme en justice 
à cest affaire sans que mon nom y intervienne. Sera 
bon neantmoins, parce que je pourrois faillir en quel- 
ques circonstances, de faire ung extrait de cest article 
pour estre communiqué à M. des Biraudieres. 

Nous avons eu aujourd'hui ici M. de Rostain, en 
poste, de la court. Nos députés en partiront le j4; 



90 LETTRE DE M. DUPLESSIS 

M. de Pierrefîte aussi. Nous l'attendons à toute heure. 
Cela m'a faict estimer debvoir surseoir ma despesche 
en court , parce que je la ferai plus solide ayant parlé 
à lui. Je ferai par mesme moyen bailler les lettres à 
MM. les presidens; mais je te prye , m'amie, de toute 
mon affection , ne t'afflige oultre mesure , car je sais 
que Dieu nous tirera de ces perplexités. Le roy persis- 
toit de partir le 16 de Fontainebleau. On doubte s'il 
viendra à Orléans ou à Vendosme; mais madame la 
duchesse est en chemin de Vendosme, si ce que je t'ai 
escrit n'a lieu , et madame la princesse d'Orange escrit 
que le roy nous y veult mander MM. de Bouillon , de La 
Tremouille et moi pour conclure. Dieu m'y conseil- 
lera. Je t'embrasse, etc. 

De Chastellerault, ce 18 febvrier i5g8. 

Vous ne m'escrivés poinct de vostre fîebvre. J'en suis 
d'autant en peine. 



XLV. — * LETTRE DE M. DUPLESSIS 

4 sa femme. 

M'amie, tu as receu de mes nouvelles amplement 
par Es tienne. Ma santé est, grâces à Dieu, bonne. Je 
vouldrois bien estre aussi asseuré de la tienne. Nous 
eusmes hier au soir ici ung honneste homme venant de 
la court. Il veit, samedi ï/j, M. de Pierrefîte, prenant 
congé de M. de Schomberg à Paris. S'il a pris son che- 
min droict à Saulmur, il y doibt estre; sinon il doibt 
arriver ici aujourd'hui de bonne heure. MM. de Cour- 
taumer et de Cazes aussi. Ledict sieur de Schomberg 
avoit le commandement du roy de le rencontrer, hier 19, 



A MADAME DUPLESSIS. 91 

à Thoury en Beauce , pour tirer droict à Chartres, 
Vendosme , Langets , San 1 mur , sans séjourner. Ce 
pourroit estre pour estre audict Saulmur environ de 
lundi en huict jours ; entre ci et là et plus tost je m'y 
rendrai, aidant Dieu. Geste veneue esclaircira ; mais 
elle nous traversera ung peu le moyen de se venger, 
auquel neantmoins il fault travailler sans intermission. 
M. de Parabere arriva hier, qui m'asseure de sa per- 
sonne et de ses amis; le mesme de M. de La Taba- 
riere; mesme nous aurons en payant 

car les chemins sont plus estranges qu'il n'est à croire. 
MM. les presidens eurent hier tes lettres, qui me 
doibvent venir voir ce matin. Présentement arrivent 
MM. de Courtaumer et de Cazes. Ce soir je te despes- 
cherai. Ceci n'est que par ung lacquais de madame 
de La Boulaye qui s'en va à Angers. Je vois que ceste 
veneue et passage de la court nous amènera grande 
despense, qui me fait tascher de recevoir quelque somme 
de M. Legoux. M'amie , surtout mets ton esprit en 
repos. Je t'embrasse, etc. 

De Chastellerault , ce 20 febvrier i5g8. 



XLVI. — * LETTRE DU ROY 

A M. Duplessis. 

M. Duplessis, vous verres ce que j'ai accordé à 
Harambrier et Bysense, pour leur donner moyen d'estre 
assideus à mon service, avec plus de commodité qu'ils 
n'ont eu jusques ici. Vous cognoissés et leur service et 
leur mérite : je vous prye faire pourvoir à toutes les 
provisions qui leur seront nécessaires, comme chose 



9 2 LETTRE DU ROY, etc. 

que j'aurai très agréable et que je désire. J'ai esté 
adverti que, depuis peu de jours, le duc de Mercœur 
avoit faiet descendre quelques hommes pour entre- 
prendre sur vostre place, et qu'ils ont esté descouverts. 
Mandés moi ce qui en est, comme aussi de ce que 
vous cognoistrés importer mon service. Adieu, M. Du- 
plessis. Henry. 

De Chartres, ce 21 febvrier i5g8. 



^WW*^%^%^/^% ^^-^^-^-v*.-».^ %.^^% <%s% 



XLVII. — * LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A sa femme. 

M'amie , je suis fort aise que tu ayes veu M. de Pierre- 
fite, et d'avoir entendeu par le capitaine La Notre le 
succès de son voyage. J'eusse esté esbahi que M. de 
Schomberg nous eust traversé nostre requeste. Quant 
à M. de Rhosny, il nous dira ses raisons quand nous 
le verrons ; mais maintenant que nous avons rendeu 
à nos parens ce qui leur est deu , je pense que nous 
debvons prendre nos conseils en nous mesmes , et sur- 
tout ne nous impatienter poinct en ung affaire qui ne 
se peult faire que par patience. Tu auras veu par la 
despesche d'Estienne ce que j'ai préparé. Je t'envoye 
encores une lettre pour le sieur de Sainct Christophe, 
qui commande pour M. de La Tremouille dans Mau- 
leon , afin qu'il advertisse nostre fils, si Ton vient à 
Sainct Mesmin; c'en est à deux Je considère 

ce que madame la présidente t'escrit, et y trouve ap- 
parence; je ferai que rassemblée en fera parler au roy^ 
non toutesfois comme requérant, pour ne l'offenser 
ou mettre en jalousie , mais comme tesrnoignant le res- 



Lettre de m. duplessis, etc. 93 

sentiment que toutes les parties en ont eu , et la louange 
que toutes lui ont donné de l'avoir prise à cœur, leur 
faisant par là cognoistre à tous combien il leur reserve 
de bonne volonté, en faisant neantmoins justice. Nos 
députés arrivèrent hier, qui se sont dignement et ver- 
tueusement comportés en court. Je suis ordonné pour 
voir aujourdhui MM. les députés du roy, le fond de 
ce qu'ils peuvent offrir de fondre la cloche , et venir 
à une conclusion. Cela désormais ne peult plus tarder, 
quoi faict, je me dispose d'aller à Vendosme, où le roy 
pourra estre le s5, par les journées que nous mande 
M. de Yilleroy ; mais il y séjournera quelques jours 
pour ouïr les ambassadeurs d'Angleterre et des Pays 
Bas, lesquels ne veullent pas venir jusqu'à Angers, ce 
que j'ai appris par lettres de Paris , et non obscureement 
par celles de M. de Schomberg ; et de ceste heure, je 
despesche à M. de Vignoles pour m'y faire retenir 
logis : ce sera pour y séjourner peu ; et , cela faict, ne 
m'engager en voyage quelconque que je ne sois satis- 
faict par une voye ou aultre; en quoi c'est quelque 
chose d'avoir du roy le mot a quelque chose 

en main. On le verra entre ci et là, sinon ? veu le peu 
de debvoir, il sera à propos qu'il vienne avec moi. Aussi 
bien nous et aultres ne se remueront pas sans 

ma présence. Je pryerai M. de Pierrefite d'estre de la 
partie, et mènerai La Vignole, le capitaine La Roche, 
Baudouin , Coignard , Philippe , et advertirai à poinct 
nommé du jour qu'il fauldra partir pour me mener mes 
chevaulx à Tours. Madame la princesse d'Orange escrit 
que le roy mande à Saulmur; je ne sçais encores 

ce qui s'en fera , on en pourroit aussi , en ce cas , tirer 
quelque fruict. Madame me mande qu'elle vient à Saul- 
mur. Elle a donné charge à M. de Cazes de me de- 



94 LETTRE DE M. DUPLESSIS 

mander mon advis sur le faict de son mariage , et 
semble qu'elle veuille revenir en bonne volonté. Pré- 
sentement arrive le Basque, duquel j'ai deschiffré les 
lettres. Je ne puis me bien ressoubvenir de celui qui 
donna l'advis de Chastellerault. Si c'est du dernier des- 
seing , ce seroit le frère de Cornesac : d où qu'il vienne 
je sçnis que tu prouveras mon à ne doubte 

qu'aidant Dieu, je ne pense à P et plus Je 

ne doubte poinct que ne preist volontiers ce 

subject pour donner sur J'escrirai avec plus 

de loisir à madame de Rohan , et cependant , pour 
gaigner temps, escrirai pour l'affaire qu'elle désire en 
court. M. Erard m'escrit que son estude va très bien. 
Je suis bien aise que M. persiste, tout son 

temps est désormais passé. M. le président de Thou 
a receu les secondes. Il aura jà eu les premières. Le 
précepteur de mon nepveu me touche ung mot de 
l'avoir près de moi : je pense que c'est ung flatteur. 
Quant au page dont ma sœur m'escrit, je pense qu'il 
s'en fauldra excuser; s'il estoit en aage, on le pourroit 
retirer en la garnison. Ne me reste plus rien, sinon, 
m'amie, de t'ernbrasser de tout mon cœur, etc. 

De Chastellerault, ce 21 febvrier 1 598. 

On s'attend ici que Mirebeau se reduict. Lugny veult 
bien qu'on baille l'argent à sa femme. Je te prye, m'amie, 
de sçavoir de Lineau ce qui est deu à M. de Corgrey, soit 
en response ou en argent, afin que j'y pourvoye 
et aultres ont fort loué la lettre de M. le 

baron de Chaulne a eu le gouvernement de Dinan 
depuis, que M. le mareschal de Brissac pensoit retenir 
et avoit demandé pour soi. 



A MADAME DUPLESSIS. g5 

XLVIII. — # LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A sa femme. 

M'amie, tu auras veu ce matin le sergent Paradis, 
et pour les lettres qu'il te porte, entendeu mon in- 
tention , c'est d'avoir où P se rendra , ai- 
dant Dieu, sans faillir, lequel désire que M. de Pierre- 
fite en soit, comme il lui a escrit , aussi les capitaines 
Baudouin, La Vignole, Colynard parce qu'il 
a rien de prest , et pour le peu de secours, je pense 
avoir donné ordre, par le moyen de MM. les presidens, 
que P nommera à Vendosme; là nous travaillerons 
et ferons, comme j'espère bien, ce que tu m'escris , et 
viendroit à propos. Le roy me commande de 
tenir ma compaignie preste, et qu'il l'a faict assigner 
d'ung quartier sur le taillon. C'est à !a vérité favorable- 
ment; mais il fault penser pour ne la faire poinct si 
elle ne doibt estre belle et sans entrer en nouvelles 
despenses. D'ailleurs je ne m'obligerai à rien que je ne 
sois hors de la fascheuse affaire. Je loue Dieu que tu 
ayes amendement. Tu n'auras que ceci pour ce coup, 
car je suis pressé. Excuse moi envers M. de Pierrefîte. 
Je t'embrasse, etc. 

De Chastellerault , ce a3 febvrier 1698. 

Ne doubte que je ne reçoive en bonne part ce que 
tu m'escris, mais je vouldrois bien que tu ne t'en affli- 
geasses pas tant. 



96 LETTRE DE M. DUPLESSIS 

XLIX. — * LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A sa femme. 

M'amie , nous sommes arrivés à mesme instant à 
l'isle Bouchard, encores que je ne feusse parti qu'après 
midi de Chastellerault ; mais la rivière est forte. Ce 
matin j'ai eu Hesperien avec lettres du roy , qui me 
mande qu'il sera dimanche au plus tard à Saulmur, 
Madame de Beaufort avec lui, peu de noblesse; mais 
j'ai estimé ung debvoir aller au devant, s'il est pos- 
sible , jusqu'à Amboise , où il doibt estre demain ou ven- 
dredi. Ce sera pour coucher demain à Tours, Dieu ai- 
dant. D'argent , ne t'en mets en pei*e ; j'en ai plus qu'il 
n'en fault, et encores près de 4oo livres, et puis je te 
reverrai avec sa majesté. C'est assés pour faire bonne 
chère à nos amis. Nos affaires de Chastellerault sont en 
très bon train; j'en asseurerai le roy, et frapperai 
coup à ce qui reste. Je pense mesmes que 
se resouldra de le voir à MM. de Thou se- 

ront samedi ou dimanche a Saulmur; ils craignent que 
la court ne les brouille, et pryent d'avoir ung loge- 
ment ung peu commode pour eulx deux, sinon une 
chambre au chasteau, dont on les obi igeroit fort. Je 
pense qu'il fault essayer de les y accommoder; ce n'est 
qu'une passade. Ils suivront le roy. J'espère que nostre 
voyage profitera pour nostre fascheux affaire. Tu 
peulx penser que je n'y oublierai rien. J'ai mesme 
pourveu que ceulx qui seront députés de l'assemblée 
lui en parlent à propos; mais non pour les requérir, 
ains seulement pour lui tesmoigner leur ressentiment 



A MADAME DUPLESSIS. 97 

des torts que j'ai receus, et le contentement qu'ils ont 
commencé à recevoir de la justice que le roy m'a pro- 
mis. Je ferai particulièrement instance pour ces gens. 
Je mené Estienne pour t'en escrire. Je plains la peine 
que te faict ceste gendarmerie. M. et madame de 
sont de nos amis ; mais c'est une gresle qu'il fault 
souffrir. Je verrai ce qui se pourra pour madame de 
Rohan. Nous leur sommes trop obligés. M. de Bu- 
zenval n'est encores en France. Madame la princesse 
arrive vendredi à Chastellerault; madame de Bouillon 
aujourd'hui. Les noces se feront à Thouars dans huict 
jours ou environ. Je suis bien aise que M. de Pierusse 
soit accreu d'ung fils , car c'estoit *le souhait de sa 
femme. Il me tarde fort de voir un g Je dirai 

volontiers que les patiences nous font ce mal ; deux 
mois depuis le jour de Tan s'en vont passés. Je m'en 
plains principalement, et la médecine veura santé qui 
en a tant besoing; mais si ne fault il pas l'essayer la 
première. Le temps semble aujourd'hui se voulloir 
mettre au beau; mais il nous a tant trompés de fois que 
je ne sçaurois que dire. Je te recommande tousjours d'en 
avoir soing. Je t'envoye des cizeaux ; et pour la fin , 
m'amie, je t'embrasse, etc. 

De l'Isle Bouchard , ce 25 febvrier 1 5g8 , au soir. 



L. —* LETTRE DE M. DE LOMEN1E 
A M. Duplessis. 

Monsieur, il y a trois jours que la vostre du 14 de 
cestui ci m'a esté rendeue. Je m'estonne de ce que 
celles du premier ne soyent plus tost parveneues à vous. 

MÉai. de Duplessis-Mohnay. Tome viii. n 



9$ LETTRE DE M. DE LOMENIE 

J'estime que vous ne sçauriés mieulx faire que de vous, 
et me ressens à ce que vous m'avés faict, et que je 
dise que les choses réussirent à mon conlentemeut. Il 
est vrai que je ne doubte nullement que la longueur 
ne vous ennuyé. Je ne puis, pour ce faict, qu'ad- 
jouster à celles que M. de Bouillon , de Villeroy et 
Fresnes vous escrivent ; si en cest affaire j'avois autant 
de pouvoir que de volonté , vous en sériés desjà des- 
livre à mon contentement. M. de Calignon faict mine 
de voulloir s'employer infructueusement pour la li- 
quidation de la debte de la maison de Navarre; mais 
j'ai peur que le relasche, ou que les difficultés qu'il y 
trouvera lui fassent tout quitter, et je prévois que l'on 
veult encores demander quelque chose sur ceste mai- 
son pour le dernier mai. 

Je n'ai ouï parler de ce gouvernement que vous me 
mandés; s il envoyé quelque chose à ma cognoissance , 
je tiendrai la main à ce que vous désirés de moi. 

Pour les nouvelles, nous nous en allons à Mous- 
ceaux commencer la diète qui sera demi mois ; cela 
faict vers la fin de novembre, nous ferons le mariage 
de mademoiselle à Fontainebleau. Vous ne sçauriés 
croire combien mademoiselle s'est bien gouvernée avec 
M. le duc de Lorraine et cardinal son fils. M. de 
Sillery part bientost pour s'en aller à Ptome, d'où nous 
avons nouvelles que sa saincteté ne veûlt ce que nous 
desirions de lui, touchant la dissolution. M. le pré- 
sident de Villiers part aussi pour Venise, et M. de 
Basise pour l'Angleterre. 11 y a quelques jours que 
MM. de Bourges s'assemblèrent sur ce projet , qu'ils 
s'évertuent d'examiner vostre dernier livre pour y res- 
pondre, ce qu'ils prétendent de faire en bref. L'annonce 
que nous avions de la mort du roy d'Espaigne ne con- 



A M. DUPLESS1S. 99 

tineue. L'archiduc est parti pour s'en aller quérir la 
fille de l'archiduc Mathias, et la mener en Espaignc 
pour femme à son heau frère , et lui ramener en Pays 
Bas sa maistresse. Continués à me voulloir du bien , et 
à vous asseurer de mon fidèle service qui ne vous 
manquera jamais ; c'est avec quoi je veulx finir, et par 
vous baiser les mains, etc. 

Du 25 febvrier 1698. 



LI. — * LETTRE 

De MM. de Bellievre et de Sillery a M. de Villeroy* 

Monsieur, ceste sera seulement pour accuser la ré- 
ception de la despesche du roy du 16 de ce mois. 
Nous vous remercions humblement de la bonne sou- 
venance qu'avés eue de nous. L'ambassadeur de Savoye 
doibt arriver demain en ceste ville ; lui veneu , nous 
entrerons bien avant en affaires que nous avons avec 
lui, et mettrons peine de vous faire response sur tous 
les poincts conteneus en la lettre de sa majesté, et 
vostre; ceste ci est baillée au courrier qui porte la 
despesche de M. le légat, avec lequel nous en avons 
mis ung , duquel nous sommes bien asseurés qu'il s'ac- 
quittera fidèlement de sa charge. Nous lui avons baillé 
l'argent qu'il lui fault pour ung si long voyage; mais 
c'est du nostre. Nous vous supplions, monsieur, de 
faire l'ordonnance pour le courrier que nous despes- 
chons, qui doibt aller de ce lieu jusques à la frontière 
d'Espaigne; nous advançons l'argent : le principal est 
qu'il nous soit rendeu. Nous vous dirons, monsieur, 
que vostre passeport est du 16 de ce mois. 

THECA 



ioo LETTRE, etc. 

Le courrier, pour des occasions qui sont surve- 
neues, ne peult partir que demain sur les dix heures 
du matin , ne restant que deux jours de ce mois , et 
seize de l'aultre. Vostre passeport n'est que pour ung 
mois ; il lui seroit impossible d'estre ici de retour 
d'aussi peu de temps. Le courrier, que nous lui bail- 
lons pour l'accompaigner , attendra son retour à 
Bayonne ; il vous plaira d'envoyer à Bourdeaulx , à 
M. de Mattignon, ung passeport pour ledict courrier, 
pour retourner à Vervins, qui soit de quinze jours 
après le 16 du mois prochain escheu; vous ferés ung 
fort grand plaisir à mondict sieur le légat, qui estime 
que sans la prorogation dudict passeport son courrier 
ne pourra pas retourner en seureté. M. de Mattignon 
l'envoyera à celui qui commande à Bayonne pour le 
bailler audict courrier à son retour d'Espaigne; nous 
ne nous estendrons pour ceste heure en plus longue 
lettre, espérant que dans quattre ou cinq jours nous 
vous ferons une aultre despesche que nous faisons 
estât de vous envoyer par La Fontaine. Nous atten- 
dons, en grande dévotion, des nouvelles de l'ambas- 
sade d'Angleterre et des estats qui doibvent partir 
d'Angleterre des le 1 5 du passé. Il est difficile à croire 
que depuis ung mois en çà il n'y ait eu ung jour ou 
deux pour passer la mer; si nous en sommes ici en 
peine, vous en avés vostre part. Nous nous recom- 
mandons bien, etc. 

Du a5 febvrier j5o,8. 



LETTRE, etc. ioi 



LU. — ^LETTRE 

De MM. de Bellievre et de Sillerj a M. de Villeroy. 

MM. les ambassadeurs d'Espaigne ont proposé qu'es- 
tant ceste paix si advantageuse en toutes choses pour 
la France , comme elle est , attendeu une si notable 
restitution qu'ils accordent leur faire contre toutes les 
resolutions qui ont esté prises entre eulx jusques à pré- 
sent, estant bien à croire qu'ils n'eussent faict la des- 
pense de cent soixante mille escus à fortifier Calais , 
s'ils eussent eu quelque opinion de le debvoir rendre; 
qu'il plaise au roy faire quelque déclaration signalée 
de la bonne volonté et faveur dont il veult honorer le 
serenissime cardinal d'Autriche , auquel le roy catho- 
lique baille en dot de madame l'infante le comté de 
Bourgoigne , accordant audict cardinal la souverai- 
neté du comté de Charolois , qui est fort peu de chose 
à sa majesté, pour estre ledict comté de fort petite 
estendeue , et dont ledict sieur cardinal se sentiroit in- 
finiment gratifié, non moins de la faveur qu'il plairoit 
à sa majesté très chrestienne de lui déclarer que de 
la valeur de la chose. 

A ce nous avons respondeu qu'ils jugent assés 
que telles choses ne sont pas comprises en nostre 
instruction, mais que nous donnerions advis à vostre 
majesté de tout ce qui nous estoit par eulx proposé, 
et neantmoins que nous ne pouvions leur celer qu'au 
traicté de paix de Cambray, faict en l'an 1629, le roy 
François, qui estoit lors prisonnier en Espaigne, ne 
voulleut poinct se despouiller de ceste souveraineté, 



102 LETTRE 

ni aussi au traicté de Crespy , qui feut faict en 
Tan ï544i et pareillement par le traicté de Chasteau 
en Cambresis , faict en l'an i55cj. Telle souveraineté 
n'a poinct esté mise en dispute, et tousjours a esté 
réservée à la France, ce qui est fondé en toute justice 
et oultre la justice ; la situation du lieu , qui est partout 
enclavé dans le duché de Bourgoigne, ne permet que 
vostre majesté puisse prendre ce conseil, que de con- 
sentir que ledict comté soit desmembré de sa cou- 
ronne. 

Plus, lesdicts sieurs ambassadeurs, ont proposé tou- 
chant certains villages au pays d'Artois, dont ils sont 
en différend avec la France, qu'il seroit expédient de 
vuider, et pareillement le faict de quelques lieux que 
l'on prétend estre de la Franche Comté, et ceulx du 
duché de Bourgoigne , prétendent qu'ils sont du 
duché. 

A ce a esté respondeu que nous n'avons poinct de 
certaine cognoissance des lieux dont est question , et 
que nous n'en sçaurions parler que par advis de pays ; 
partant que nous estimons que le meilleur est de 
nous remettre de part et d'aultre à ce qui en feut 
rcsoleu au traicté de l'an i55c), et jugeons raison- 
nable qu'il soit procédé au jugement et exécution du- 
dict traicté par les commissaires dont on conviendra, 
et qui seront à ce députés. 

Lesdicts sieurs ambassadeurs ont remonstré que le 
traicté de la neutralité, entre lesdicts duché et comté 
de Bourgoigne , doibt expirer d'ici à quelques années ; 
qu'il seroit expédient pour le bien des deux provinces 
que, traictant de ceste paix, il feust aussi resoleu de 
proroger le temps de ladicte neutralité; à quoi a esté 
respondeu que ledict traicté de neutralité a esté re- 



A M. DE VILLEROY. io3 

confirmé par voslre majesté, lorsqu'elle estoit à Lyon, 
et qu'en ce faict vraisemblablement elle vouldra pro- 
céder selon les formes accoustumees, et que nous lui 
en donnerions advis. 

Lesdicts sieurs ambassadeurs ont faict une grande 
plainte de ce que M. de Guise a faict mettre à la 
chaisne ung grand nombre de soldats espaignols, qui 
venoient en Italie pour le service du roy catbolique, 
l'enseigne desployee; que c'est contre l'ordre de la 
guerre et contre l'humanité, qui doibt estre observée 
entre les chrestiens, de mettre à la chaisne les gens de 
guerre comme s'ils estoient Turcs, ou condamnés de 
crimes ; qu'ils tiennent vostre majesté pour prince si 
bening , et qui a faict tant de preuves de sa bonté et 
clémence, qu'ils s'asseurent qu'elle n'approuve poinct 
telles inhumanités. 

Nous leur avons respondeu que nous n'avons poinct 
sceu que vostre majesté aye donné ce commandement 
à M. de Guise, lequel (si tant est qu'il en ait usé de 
la sorte) ne l'aura pas faict, si ce n'est pour avoir la 
revanche des povres François, marchands et mariniers, 
que l'on dict partout avoir esté mis à la chaisne par les 
Espaignols qui les ont pris dans leurs ports, où ils es- 
toient allés soubs la foi publicque, exerçant commerce 
de marchandise; que nous jugeons très raisonnable 
que , concluant ceste paix , les ungs et les aultres feus- 
sent délivrés de ceste captivité , dont nous escririons à 
vostre majesté. 

Lesdicts ambassadeurs ont dict avoir charge expresse 
de traicter pour les François réfugiés en leur pays, 
qui ont suivi leur parti, remonstrant qu'ils ne les peu- 
vent abandonner, leur honneur saulve, et sont dignes 
de compassion, d'autant qu'ils ont pris les armes et 



io4 LETTRE 

continué de les porter , meus seulement du zèle de 
relligion , et non qu'ils ayent esté mal affectionnés à leur 
roy ni à leur patrie ; demandons à ceste occasion qu'il 
plaise au roy leur accorder qu'ils puissent jouir de 
pareilles grâces qui ont esté accordées à ceulx qui se 
sont remis soubs l'obéissance de sa majesté très chres- 
tienne, en vertu de l'edict qui a esté faict sur la 
r dduction de M. de Mayenne, n'estimant pas que sa 
majesté voulleust moins gratifier ceulx qui lui sont 
recommandés de la part du roy catholique, qu'elle a 
faict à ceulx que ledict sieur de Mayenne a désiré 
d'estre compris avec lui audict edict. Aussi que ceste 
demande est conforme aulx clauses conteneues es 
traictés precedens, contenant la grâce faicte aulx sub- 
jects des deux estats qui ont servi en guerre le parti 
contraire à leur prince : et se sont Iesdicts sieurs am- 
bassadeurs fort estendeus sur cest article, comme es- 
tant chose que leur maistre affectionne grandement, 
et dont il ne se peult despartir sans faire préjudice à 
son honneur. 

Consideransla cause de ceste demande, nous n'avons 
voulleu entrer à décider et resouldre cest article, re- 
monstrans que c'est chose qui ne despend pas de 
nostre jugement, mais seulement de la bonne volonté 
du roy nostre maistre, auquel nous en donnerons advis; 
leur disant neantmoins qu'en ce faict il y a beaucoup 
de considérations, et que tous les François réfugiés 
audict pays ne sont pas en mesme cause; qu'il y a 
M. d'Aumale qui a jusques à présent continué de porter 
'es armes contre le roy, comme aussi a faict le vice 
&eiieac.bal de Valentinois et quelques gentilshommes de 
ceste frontière qui sont en petit nombre; qu'ils peu- 
vent avoir parmi eulx quelques officiers de judicature, 



A M. DE VILLEROY. Io5 

quattre ou cinq curés, et quelques financiers; les ungs 
les ont suivi pour adhérer à leur parti, comme a faict 
Jedict sieur d'Aumale, ledict vice seneschal qui a esté 
dans La Fere durant le siège. Pour le regard des curés 
et gens de judicature, il y en a aulxquels on a donné 
le billet pour sortir de Paris lorsque le roy y entra; s'ils 
se sont retirés es Pays Bas, le roy catholicque n'a non 
plus d'interest de se mesler d'eulx que s'ils eussent 
choisi de se retirer à Venise. Quant au prétexte dont 
ils se veulîent servir, que le seul zèle de relligion les a 
faict continuer en la resolution de ne se conformer 
au commandement du roy, et jouir de la grâce de sa 
majesté conteneue en l'edict faict sur la redduction de 
M. de Mayenne, nous leur avons dict que c'est chose 
que nous ne pouvons en aulcune sorte supporter; car 
en premier lieu , lors desdicts commandemens, le roy 
estoit reconcilié avec nostre sainct père et le sainct 
siège apostolicque , et ne se peult dire avec vérité que 
le roy, depuis la reconciliation, ne se soit monstre en 
toutes choses très affectionné et vrai conservateur de la 
relligion catholicque ; partant il n'y a rien qui les ait 
deu ni peu desmouvoir de se resouldre avec M. de 
Mayenne qui estoit leur chef, à l'obéissance et fidélité 
à laquelle Dieu et la nature les obligeoient envers leur 
roy; partant, s'ils ont mesprisé le bénéfice du roy, ils 
souffrent maintenant le mal qu'ils se sont faict eulx. 
mesmes; et puisqu'ils veulîent estre teneus pour plus 
affectionnés catholicques que les aultres , ils ont deu 
porter plus de respect qu'ils n'ont faict à la desclara- 
tion de nostre sainct père, qui a recogneu le roy pour 
Je roy très chrestien, premier fils de l'Eglise, exhortant 
ung chacung de le reeognoistre pour le); ce qu'ils 



1 06 LETTRE 

n'ont pas faict, et y viennent maintenant que le temps 

de la grâce accordée par ledict edict est expiré. 

Quant à ce qu'ils remonstrent que le roy ne vouldra 
pas moins faire en faveur du roy catholicque qu'il a 
faict pour M. le duc de Mayenne, sa majesté sçait assés 
la différence qu'il y a et le respect qui est deu plus à 
l'ung qu'à l'aultre; mais ce qu'il a faict à l'edict tou- 
chant la redduction de M. de Mayenne, n'a pas esté 
pour le favoriser seulement, mais c'est que sa majesté 
a voulleu favoriser ses affaires, réduisant par ce moyen 
ung grand nombre de ses subjects, et beaucoup de 
villes et pays soubs son obéissance; pour le regard de 
ceulx qui sont maintenant absens de son royaulme, ils 
sont en si petit nombre, que la susdicte considération 
ne peult pas avoir lieu ; et quoique ce soient les subjects 
de sa majesté qui désireront retourner soubs son obéis- 
sance , feront plus sagement de la rechercher par hum- 
bles supplications que par faveur d'ung grand prince, 
comme est le roy d'Espaigne. 

Quant est des clauses des traictés en divers traictés, 
elles sont couchées diversement au dernier traicté de 
l'an i 559; il est dict que les subjects de part et d'aultre 
retourneront en leurs biens; il n'y a pas expresseement 
qu'ils retourneront en leur patrie. Au traicté de Cam- 
bray il est dict qu'ils retourneront en leur patrie, 
pourveu qu'ils ne soyent preveneus d'aultres delicts 
que d'avoir servi en guerre contre leur prince, etc. 

Sur ces difficultés, nous avons déclaré aulxdicts 
sieurs ambassadeurs qu'il n'est pas en nostre pouvoir 
de nous resouldre ici sur cest article, sans avoir eu sur 
ce le commandement du roy nostre maistre. 

N'estant plus à la conférence, lesdicts sieurs ambas- 



A M. DE VILLEROY. 107 

sadeurs nous ont faict bailler ung esorit desdicts réfu- 
giés, que nous avons leu. Il plaira au roy de le faire 
voir et considérer; ce que nous pouvons adviser en cest 
affaire, est que si sa majesté le trouve bon , on pour- 
roit faire insérer en ce traicté la clause touchant ce 
faict, conteneue au traicté de l'an 1 559, qui est telle: 

« Et retourneront les subjects et serviteurs d'ung costé 
et d'aultre, tant ecclésiastiques que séculiers, nonob- 
stant qu'ils ayerit servi ung parti contraire, pleinement 
en la jouissance de tous et chacungs leurs biens im- 
meubles , rentes perpétuelles , viagères et à rachat , 
saisis et occupés à l'occasion de ceste guerre , pour en 
jouir des la publication de ceste paix , sans rien que- 
reller toutesfois , ni demander les fruicts perceus des le 
saisissement desdicts biens immeubles, jusques au jour 
et date de ce présent traicté , ni des debtes qui auront 
esté confisquées avant ledict jour, et se tiendra pour 
bon et valable le repartement qu'en aura faict le prince 
son lieutenant ou commis, vers la justice et juris- 
diction duquel ledict arrest sera faict , et ne pourront 
jamais, les créditeurs de telles debtes ou leurs ayans 
cause, estre receus à en faire quelque poursuite, en 
quelque manière et par quelque action que ce soit, 
contre ceulx aulxquels lesdicts dons auront esté faicts, 
ni contre ceulx qui , par vertu de tels dons et confis- 
cations, les auront payés pour quelque cause que les- 
dictes debtes puissent estre, nonobstant quelques lettres 
obligatoires que lesdicts créditeurs en puissent avoir , 
lesquelles, pour l'effect de ladicte confiscation, seront 
et demeureront par ledict traicté, cassés et annullés, 
et sans vigueur. » 

Au traicté de Madrid il y a une clause restrictive 
qui pourroit estre adjoustee à la précédente, à scavoir ; 



io8 LETTRE 

« Pourveu que lesdicts subjects et serviteurs ne se 
trouvent chargés d'aultres crimes et delicts que d'avoir 
servi l'ung desdicts princes contre l'aultre. » 

Fault considérer si , attendeu que parmi ces absens il 
y en peult avoir qui sont preveneus de crimes et delicts 
aultres que d'avoir servi les Espaignols en ceste guerre, 
qu'il y en a aussi qui sont absens seulement pour avoir 
esté chassés du royaulme, pour estre teneus factieux; 
fault voir s'il seroit à propos d'adjouster à ce que dessus 
la clause qui ensuit : 

« Et ne pourront neantmoins rentrer dans les terres, 
pays et seigneuries desdicts sieurs roys, sans avoir pre- 
mièrement sur ce obteneu permission et lettres pa- 
tentes de leurs majestés, desquelles ils ne seront teneus 
de poursuivre la vérification pardevant les courts et 
officiers de leurs majestés. » 

C'est ce que nous avons peu adviser sur cest article, 
ou parce que nous voyons qu'il y aura beaucoup de 
difficulté , et doubtons fort qu'ils le veuillent passer en 
la sorte qu'il est couché ci dessus. 

En la mesme conférence nous avons proposé aulx- 
dicts sieurs ambassadeurs , que , pour remettre toutes 
choses en Testât qu'elles estoient lors du précèdent 
traicté , il seroit raisonnable que la ville de Cambray 
feust remise et délaissée au pouvoir de l'evesque qui en 
est le seigneur temporel et spirituel , pour estre par 
lui teneue et possédée comme ville neutre soubs la 
protection de l'empire, ainsi qu'elle estoit auparavant 
la construction de la citadelle , laquelle à ceste fin doibt 
estre abatteue pour obvier aulx jalousies que la garnison 
d'icelle peult nourrir sur la frontière. 

A ce les ambassadeurs d'Espaigne ont respondeu 
que la citadelle de Cambray a esté construicte et bastie 



A M. DE VILLEROY. 109 

du temps de l'empereur Charles II, sur le territoire 
de Hainault dont il estoit seigneur naturel, confinant 
ledict territoire jusques aulx murailles de Cambray, 
comme d'ung aultre costé l'ung des faulxbourgs dudict 
Cambray est sur le territoire d'Artois; que lors de la 
paix dernière faicte en Tan i55(), ladicte citadelle es- 
toit bastie; partant que, pour ce regard, on ne peult 
demander avec justice que l'on change maintenant ce 
qui leur estoit contredict au temps du dernier traicté. 
Quant à ce que nous demandons, que la ville de 
Cambray soit remise à l'evesque, pour estre par lui 
teneue soubs la protection de l'empire, disent qu'ils ont 
pareil interest de nous demander que la ville de Metz 
soit remise soubs la protection de l'empire pour l'inte- 
rest des pays du roy catholicque, voisins dudict. Metz; 
que la ville de Cambray a esté prise par force par l'ar- 
mée dudict sieur roy catholicque sur celui qui l'occu- 
poit injustement; que la ville et chapitre ont voulleu 
recognoistre et adhérer à l'injuste usurpateur, qui faict 
que le roy catholicque pourroit prétendre et soubtenir 
d'estre bien fondé à se dire le vrai seigneur de ladicte 
ville , dont il a la protection comme comte d'Alost; en 
vertu de laquelle protection le feu empereur Charles II, 
et depuis son successeur, auparavant la rébellion de 
ladicte ville y a tousjours teneu gardes aulx portes, 
oultre la citadelle qu'il y avoit bastie comme comte de 
Hainault. 

Nous ne leur avons pas accordé que la citadelle soit 
bastie sur le territoire de Hainault; la vérité est qu'il 
s'est dict des long temps, aulcungs aussi ont dict le 
contraire ; ce neantmoins il est vrai que du temps du 
dernier traicté ladicte citadelle estoit bastie, et long 
temps auparavant; et, depuis ledict traicté, le roy ca- 



HO LETTRE 

tholicque est demeuré en ceste possession , sans que 
nous l'ayons contredicte. Quant à ce qu'ils ont dict des 
gardes qui ont esté mises aulx portes, nous sçavons 
assés que ledict empereur et son successeur en ont usé 
au préjudice de la neutralité, en laquelle, suivant les 
anciens traictés, ladicte ville doibt estre teneue avee ce 
royaulme et les seigneurs des Pays Bas , à laquelle il 
n'a poinct esté dérogé par le dernier traicté; partant 
que nous demandons que toutes choses soyent remises 
entre lesdictes deux couronnes , en Testât qu'elles es- 
taient lors dudict traicté. 

Et ne sert de rien ce que l'on allègue, que nous te- 
nons Metz; car nous ne débattons pas ici les droicts 
de l'empire, mais nostre interest particulier, qui est le 
droict de neutralité qui ne nous peult justement ni 
en aulcune façon estre debatteu. 

Quant à ce qu'ils disent que l'armée du roy catho- 
licque a pris par force ladicte ville sur l'injuste usur- 
pateur ; que la ville et chapitre ont consenti à ladicte 
usurpation; que leur faultes tombent sur eulx, et 
n'aillent poinct plus avant que sur les aucteurs. Par la 
paix les choses mal passées s'oublient, et quand la- 
dicte ville et chapitre auroient faict faulte, elle doibt 
estre à leur préjudice et non pas au nostre; car comme 
il est raisonnable que nous rentrions en la possession 
de Calais et Ardres, aussi debvons nous rentrer en la 
possession dudict droict de neutralité. D'ailleurs il se 
peult dire, quand ladicte ville et chapitre auroient faict 
faulte, qu'est ce que l'on peult imputer aulx evesques 
de Cambray, qui ont teneu tousjours le parti et servi 
le roi catholicque? C'est sans raison de dire que ladicte 
ville peult appartenir au roy catholicque par droict de 
guerre, pour ce qu'il la prit par force sur l'injuste 



A M. DE VILLEROY. l I l 

usurpateur. Le roy Henry II prit Albe et Casai au Mont- 
ferrat sur les Espaignols, qu'ils avoient usurpé sur le 
duc de Mantoue, marquis de Mont ferrât ; pour cela il 
n'est pas dict qu'il estoit raisonnable que ledict duc les 
perdist; il les lui a restituées de bonne foi. Aultrement 
qu'ung voleur, par le commandement d'ung prince 
puissant, occupe une place, que ce prince la reprenne 
sur le voleur, il aura trouvé moyen d'occuper sur les 
seigneurs légitimes les places qu'il estimera lui estre 
commodes. 

A ce ils ont respondeu que Pevesque de Cambray 
jouit entièrement des reveneus de l'evescbé et de sa 
jurisdiction ; que, s'il y a quelque différend entre le 
roy catbolicque et ledict evesque, il s'accommodera 
aiseement par l'auctorité du pape qui s'en est entremis. 

Nous avons dict que nous n'entendons que l'accord 
entre ledict sieur roy et l'evesque de Cambray puisse 
prejudicier aulx droicts de ceste couronne, et esté en 
nostre pouvoir de tirer deux aultres responses. Ainsi 
signé, Bellievre, Buulart. 

Du 26 febvrier 1598. 



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LUI. — LETTRE DE M. DE ROHAN 

A M. Duplessis. 

Monsieur, vous eussiés faict tort à mon affection, 
si vous ne m'eussiés faict l'honneur de désirer que je 
m'employasse en l'affaire qui a amené M. de Pierrefite 
ici; et eusse pris autant de subject de m'en plaindre 
et de le vous reprocher, comme j'en ai de vous y ser- 
vir; et quand vous ne vous feussiés soubveneu de moi 



I 1 2 LETTRE DE M. DE ROHAN , etc. 

en cela, je n'eusre laissé de vous y faire paroistre la 
mémoire que j'ai tousjours de mes parens, et l'envie 
que j'ai de me pouvoir voir content , au contentement 
que la justice nous doibt rendre en la poursuite et pu- 
nition de vos ennemis , de qui la lascheté s'est autant 
rendeue digne, qu'elle est indigne d'estre poursuivie 
par les armes. Je vous dirai, monsieur, qu'après avoir 
esté trouver M. de Rheinis et tous vos aultres amis , il 
feut resoleu que M. de Rhosny demanderait à sa ma- 
jesté si elle -aurait agréable que nous l'allassions trou- 
ver tous ensemble : ce qu'il feit hier; et elle lui res- 
pondit qu'il n'en estoit poinct de besoing, et qu'elle 
avoit autant que nous cest affaire en recommandation. 
Si ce n'estoit mon prince, je lui eusse disputé cela; 
car je ne souffrirai jamais que personne puisse ni em- 
porter le prix sur mon affection, ni égaler la bonne 
volonté de demeurer, monsieur, vostre bien humble 
et affectionné cousin à vous servir. 

Henry de Rohan. 
Du . . febvrîer 1698. 



LIV. — * LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A sa femme. 

M' amie, entre ci et Amboise, j'ai sceu que le roy 
y disne demain. Je m'en suis veneu à Escure attendre 
le roy au passage, vers lequel j'ai envoyé Marbaut en 
poste , lequel me dira ceste nuict ce que j'aurai à faire. 
Nous nous portons tous bien , grâces à Dieu. Sa majesté 
pourra aller demain à Chenonceaux. C'est en haste. Je 
t'embrasse, etc. 

D'Escure, ce vendredi 1 er mars i5gS , à six heures du soir. 



LETTRE DE M. DUPLESSIS, etc. I 1 3 

LV. -~* LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A sa femme. 

M' amie, hier je rencontrai sa majesté à une \\eue 
de Blois , sur l'eau, où elle me feit cest honneur de 
me recevoir en son bateau avec nostre fils, et eus loisir 
de l'entretenir jusqu'à Amboise, et du public et du 
particulier. Le visage feut fort bon et les paroles de 
mesme. M. d'Espernon y estoit, qui feut cause que le 
roy ne parla de ce qui s'estoit passé entre nous. Le jour 
précèdent, lcdict sieur, sur ce que le roy disoit à ung 
chacung que je le venois trouver , en tesmoignant 
quelque contentement, lui dict qu'il avoit à se plaindre 
de moi et s'en expliqua. Le roy lui respondit avec 
beaucoup de vigueur jusqu'à ces mots,, qu'il ne trou- 
voit pas estrange ce que j'avois faict, veu qu'il verroit 
de Bourg, etc. , dont tu ne feras pas semblant. Je pense 
qu'à six heures il nous fera parler ensemble, à quoi il 
estoit fort disposé par M!YL de Schomberg et de Ro- 
quelaure. Pour nostre principal, me monstrant madame 
la duchesse, il me dict : Voilà ung des bons gensd'armes 
que vous ayés pour vostre affaire; et de ce pas il entra 
en propos. Il en avoit consulté une heure le jour pré- 
cèdent avec MM. de Schomberg et de Villeroy, et en 
feut le résultat tel que si, dedans ung jour qui seroit 
prefix, Sainct Pliai ne se resolvoit d'en passer par l'expé- 
dient duquel tu as ouï parler pour me debvoir la vie et 
l'honneur, il donneroit d'ores et deçà commandement 
à M. de Villeroy d'escrire à ses gens qu'ils se feissent 
partie, et à M. le premier président qu'il feist justice. 

MÉur. DE DtfPI ESSÏS^MORKAY. ToJtfE VIII. 8 



Il 4 LETTRE DE M. DUPLESSIS 

Nous estions en lieu si estroict et si près de personnes, 
qu'il n'estoit à propos qu'ils ouïssent mes répliques, 
que j'en tus plusieurs choses que je dirai , aidant Dieu , 
aujourd'hui. Tant y a que tous ceulx a qui je parle 
me tesmoignent qu'il parle tousjours de mesme. A Am- 
boise il disna au chasteau, et aussitost alla à Chenon- 
ceaux , et M. de Schomberg et moi, par son comman- 
dement, vinsmes coucher en ceste ville, sa majesté 
mettant toustefois à nostre choix de le suivre là;. mais 
j'eus esgard que je ne pourrois avoir près de moi mes 
amis, n ayant qu'une chambre au chasteau et eulx à 
Bleray ; ce que je ne trouvai convenir. En oultre, je 
voullois aussi entendre toutes choses plus au long par 
M. de Schomberg , pour estre mieux instruict quand 
j'aurai à parler à sa majesté pour le particulier. Il est 
en bon train et fais estât de faire assigner les trente 
mille livres payables en trois ans au plus, avec et par 
mesme moyen que les garnisons de la relligion. J'ai 
aussi desjà fort ébauché les difficultés qui restoient à 
Chastellerault , et en espère bien. Sa majesté sera ici 
ce soir. Il est encores incertain si elle ira demain à Saul- 
mur; mais je fais estât d'y estre demain, aidant Dieu. 
La court est petite : il n'y a que MM. de Rohan , d'Es- 
pernon, de Roquelaure, de Schomberg, de Sancy, de 
Villeroy, de Gesvre, de Chasteauvieulx , peu d'aultres. 
Nous ferons conserver la maison de ville pour MM. de 
Schomberg et les presidens. Je crois qu'il y fauldra 
quelques licts de plus; mais M. de Schomberg, qui en- 
vove ses officiers devant à Angers, s'attend que nous 
le défrayerons en la maison de ville ; à quoi je te prye 
de pourvoir au mieulx qu'il sera possible, et pour ça 
je t'envoye Courville , car je n\ai peu me passer de Ca- 
seaux. Il fauldra tenir toute l'artillerie preste. On nous 



A MADAME DUPLESSIS. I I 5 

demandera force pour les trains , et fauldra 

s'en excuser tant qu'on pourra; aussi n'y a il pas grand 
danger. Mais nous aurons le soing que sa majesté 
voye nos hommes. Est besoing aussi que le receveur 
Benoist distribue les corselets et cuirasses et nos mo- 
rions aulx soldats, afin qu'ils se voyent en bon contre. 
J'arriverai devant pour pourvoir au surplus. On cloubte 
si madame de Beaufort s'arrestera pour quelques jours 
ici. M. de Sancy m'a mandé qu'il me viendroit voir. 
C'est la court; mais il n'en fault faire semblant. M. de 
Rhosny faict tout en finances ; il n'y sera de dix à 
douze jours. Mon nepveu de Vaurelaz aussi n'y est 
poinct. La Vignole s'en est retourné par le logis de 
son beau père. 

Présentement arrive Barbenoire , qui m'estoit allé 
chercher à Chenonceaux. Il me met en grande peine 
de ta santé par tes lettres, et sur ce poinct rien ne 
me contente. Cest hyver pluvieux nous a faict bien du 
mal , et ceste paralysie s'en est augmentée. D'ailleurs, 
ces sollicitudes qui nous viennent ne nous amendent 
pas. Ce n'a pas esté une petite fascherie que de ces 
trouppes de M. de Miossans. Nostre amitié requeroit 
mieulx que cela. J'ai desjà parlé à M. de Schomberg 
du faict du sieur Macé ; et ce soir verrai M. de Villeroy 
la dessus. Nous aurons assignation de six vingt dix mille 
livres pour nos ministres : ce que je te responds sur 
ce que tu me dis de M. de La Noue; mais on n'a 
poinct encores advisé comme ceste somme seroit dis- 
tribuée. Elle nous viendroit bien à propos. Je retiens 
Estienne pour te le despescher peult estre dans ce 
soir. Je renvoyé meschevaulx, et Brouard les conduict, 
par lequel je viens présentement de sçavoir que le roy 
ne sera que demain ici. et court aujourd'hui ung cerf 



I 16 LETTRE DE M. DUPLESSlS 

à Chenonceaux. Je pense qu'il nous fault préparer en 
sorte que si le roy se pryoit à souper à son arrivée à 
la maison de ville, il le puisse faire sans toutesfois 
parler de lui. D'ailleurs j'ai pensé que tu pourrois avoir 
besoin d'Estienne , pour l'envoyer deçà et delà. Je te 
le renvoyé et Barbenoire aussi, qui aidera à ramener 
mon équipage, et te despescberai demain ung lacquais, 
comme je désire fort aussi des nouvelles de ta santé 
vraies dans demain au soir. Si on pouvoit faire pré- 
parer par nos gens de dessus les ponts quelques pe- 
tites pataches pour accompaigner le roy à Angers : il 
m'en a parlé et trouve fort à propos. M. Niotte mesna- 
gera bien cela. Je t'embrasse, etc. 

De Tours, ce 2 mars 1598. 



LVI. — * LETTRE DE M. DUPLESSlS 

A sa femme. 

M'amie, je ne pensois pas de te donner tant de 
peine, quand je t'ai escrit d'accommoder M. de Sciiom- 
berg et MM. les presidensen la maison de ville. La vérité 
est qu'en a fort pressé et en a parlé aulx marescbaulx 
de logis du roy. Je n'ignorois pas que ce ne pouvoit 
estre sans incommodité, et y plaignois fort ta santé; 
mais on a bien de la peine à contenter ung ehacung. 
Si dextrement on y peult faire loger le roy, j'en serai 
bien aise et le laisse à ta conduicte. Le roy arrive ce 
soir; M. de Villeroy, à ma pryere, ce matin, et disne- 
rons ensemble. Sa majesté séjournera deux jours en 
ceste ville, qui seroit pour n'arriver que jeudi à Saul- 
mur, où le séjour sera au plusd'ung jour. J'eusse bien 



A MADAME DUPLESSIS. I i 7 

esté à Chenonceaux, mais nos amis eussent esté in- 
commodés et à Bleray, et le roy n'y a faict que chasser. 
Je vouldrois bien que tu tempérasses ces appréhen- 
sions qui nuisent à ta santé infiniment, et ne mettent 
pas peu en peine. J'essayerai d'arriver à Saulmur ung 
jour devant le roy. La Vignole a voulleu s'en retour- 
ner. Ce sont gens qu'on ne retient pas comme on veult 
Je t'ai escrit amplement ce matin par M. Paulet. Je 
t'embrasse, nVamie, de tout mon cœur, ne te dissi- 
mulant poinct que je suis affligé de ton indisposition 
et trop de sollicitude. Dieu nous en soulagera quand 
il lui plaira , lequel je supplie , m'amie, qu'il te garde 
et conserve. 

De Tours, ce 2 mars i5g8. 

Quand je t'ai escrit que le roy pourroit souper à la 
maison de ville, j'ai entendeu à l'improviste, comme 
il faict souvent quand il arrive tard. Mande moi s'il 
fault avoir quelque chose d'ici. Je t'enverrai demain 
Caseaux. Je dirai à M. de Schomberg que tu mas 
mandé que tu as faict desmeubler Ja maison de ville, 
pour y loger le roy et accommoder MM. les presidens 
en ung logis proche du chasteau, que tu leur as faict 
meubler. 



LVII. — * LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A sa femme. 

M'amie, présentement j'ai sceu que M. de Bouillon 
arrive aujourd'hui à Saulmur. MM. les députés du 
roy aussi, et les nostres de l'assemblée : sçavoir, MM. de 
Constant, de La Mothe Charnier et Cazes, avec nouvoir 



1 i 8 LETTRE DE M. DUPLESSIS 

de conclure. C'est la suite de ce que j'ai apporté et 
assuré au roy. Il nous fault, quoiqu'il en soit, saulver 
la maison de ville pour M. de Schomberg et ses con- 
sors , comme les mareschaulx des logis en ont charge. 
Je sçais que tu n'es sans peine; mais ce n'est d'aujour- 
d'hui que tu m'as soulagé en semblables. Il est vrai 
que tes maladies requieroient plus de tranquillité. Le 
roy disnera demain ici. J'escris à M. de Bouillon. Je 
t'embrasse. 

De Tours , ce 2 mars 1 598. 



LVII1. — * LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A sa femme. 

M' a mie, je t'escrivis hier amplement; mais je ne 
puis perdre la commodité de M. Paulet qui t'a voul- 
leu voir. Il cherche parti , et je le lui vouldrois bien 
trouver à son contentement. MM. de Bouillon et de 
La Tremouille arrivèrent hier au soir , et ce matin sont 
allés trouver le roy. Ils y receurent bon visage. Vous 
aurés des hier eu MM. les presidens et nos dépu- 
tés. La maison de ville nous sera réservée pour MM. de 
Schomberg , et pour lesdicts sieurs presidens. Le roy 
sera ici à ce soir. M. de Villeroy a disné a ma pryere , 
afin de conférer de nos affaires avec lui. Tout s'éboule 
en Bretaigne ; Ancenis a composé; Rochefort , Fou- 
gères, Vannes, Hannebon , Craon et plusieurs autres, 
parties ont traicté, parties traictent , ce qui toutesfois 
ne doict encores estre divulgué. Je pense que la guerre 
ne s'y fera qu'en housse. Madame de Mercœur vient 
les mains jointes. La resolution est que monseigneur 



A MADAME DUPLESSIS. 119 

quittera Je gouvernement de Bretaigne, remettra le 
chasteau de Nantes , et chacung en sa maison ; rien aul- 
trement. Je trouvai hier M. d'Elbœuf qui m'offrit sa 
vie et son espee , et ses amis, avec une affection. 
Je ferai en sorte que le roy le sçache. Je plains extres- 
mement tes maulx, mesmes en ceste occasion. Je pré- 
viendrai le roy de quelques heures. Nous ne l'aurons 
que mercredi à Saulmur. S'il y survient changement, 
aussitost je t'en advertirai. On est encores en doubte si 
madame la duchesse ira , ou si elle attendra quelques 
jours en ceste ville. Je t'embrasse, etc. 

De Tours , le lundi 3 mars i5g8, à huict heures du matin. 

Nostre affaire de la relligion , sans doubte, se con- 
clura. J'en escris ung mot à MM. les députés ; M. le 
chancellier arriva hier à Chenonceaux. 



LIX. — * LETTRE 

De MM. de Bellievre et de Sdlery ait roy. 

SrRE, nous remercions très humblement vostre ma- 
jesté de la faveur qu'elle nous a faiçîe, agréant l'hum- 
ble service que nous lui avons peu faire en ce com- 
mencement de negotiation de paix ; suivant son com- 
mandement , nous avons mis en peine , auparavant 
qu'elle s'esloingnast de ces quartiers pour son voyage 
de Bretaigne, de l'esclaircir de l'intention des Espaignols 
au faict de ceste paix , en quoi , comme nous estimons, 
il y a quelque lumière, sans que nous soyons engagés, 
ni ayons oultre passé d'une seule lettre l'instruc- 
tion que vostre majesté nous a faict bailler. Ce matin 
avons visité M. le légat, afin de le rendre capable 



120 LETTRE 

des bonnes intentions de vostre majesté, et qu'il nous 
aiclast a disposer les ambassadeurs d'Espaigne de 
ne prendre pour longueur ou refroidissement ce que 
vostre majesté désire estre pourveu au deffault qui se 
trouve au pouvoir qu'ils ont ici apporté pour negotier 
avec la royne d'Angleterre. Il semble qu'en cela nous 
n'avons pas perdeu nostre peine, se monstrant ce bon 
prélat très devotieux à vous faire tout le service qui 
peult despendre de lui. Nous nous sommes trouvés 
ceste après disnee en son logis avec lesdicts ambassa- 
deurs , aulxquels nous avons faict entendre le som- 
maire du conteneu en la lettre de vostre majesté , leur 
remonstrant vivement combien elle se monstroit affec- 
tionnée a la conclusion de ceste paix , suivant la bonne 
instruction qu'il lui a pieu nous donner par sadicte 
lettre; à quoi ils nous ont faict une bonneste response , 
et se sont fort estendeus sur ce qu'ils jugent de ce qui 
leur a esté par nous proposé; mais d'autant qu'ils ont 
cîict en voulloir délibérer par ensemble, et que demain 
ils nous feront response, nous différons d'en escrire à 
vostre majesté , jusques à ce qu'ayons sceu quelle est 
en cela leur resolution. 

Ce propos fini, ils nous ont demandé si nous avons 
obteneu de vostre majesté le passeport dont ils nous 
ont requis pour envoyer à M. de Mercœur; nous avons 
dict que vostre majesté nous a sur ce faict entendre 
son intention, qui est de ne l'accorder en aulcune 
sorte, dont i'ung et l.'aultrc des deux ambassadeurs se 
sont plaincts grandement, remonstrans qu'il y a trop 
d'inégalité que vostre majesté veuille que pour son 
honneur tous les confédérés soient compris en ceste 
paix ; qu'ils peuvent dire avec autant de raison les 
Hollandois rebelles du roy catbolicque leur maistre, 



AU ROY. 131 

que vostre majesté tient et déclare pour rebelle le 
duc de Mercœur , et qu'en cela il y va trop avant de 
l'honneur de leur maistre; que nous traictons mainte- 
nant d'unir, reconcilier et confederer avec vostre ma- 
jesté, lequel nous debvrions respecter plus, comme ils 
feront de leur part, tout ce qui concernera l'honneur et 
le respect qui est deu à vostre majesté. 

Ce propos a esté long, et n'avons pas esté courts 
en response, qui a esté en somme, que vostre majesté 
est du tout resoleue de n'accorder poinct ledict passe- 
port ; que nous ne voyons poinct que ledict sieur de 
Mercœur les ait requis de taire ceste poursuite pour 
lui, qu'au contraire nous avons sceu de bonne part 
qu'il a faict dire à vostre majesté qu'il aimeroit mieulx 
perdre son gouvernement que de le conserver par le 
moyen des Espaignols ; que maintenant que nous traic- 
tons de le faire comprendre en ceste paix, nous tenons 
son traicté pour tout faict avec vostre majesté , qui en 
usera benignement en son endroict, comme elle a faict 
envers tous les aultres ; à quoi nous avons adjousté 
une raison que nous estimons fort considérable, c'est 
que, demeurant ledict duc de Mercœur en vertu de ce 
traicté gouverneur de Bretaigne, il tiendroit ceste 
obligation du roy d'Espaigne, et vostre majesté veult 
avec toute raison qu'il la recognoisse délie seule ; 
d'ailleurs vostre majesté, se resolvant pour ung bon 
coup à la paix, ne veult poinct laisser de prise ni 
d'occasion de revenir à la guerre, ce qui se peult 
craindre, comprenant en ceste paix ledict duc de Mer- 
cœur; advenant qu'on ne le contentast en quelque de- 
mande, il pourroit dire au roy d'Espaigne qu'on ne 
lui observe pas la paix; le semblable ne se peuit pas 
dire des Provinces Unies; car cest uvg estât formé et 



12:2 LETTRE 

puissant que le roy d'Espaigtte ne désire pas moins 
estre compris en ce traicté que nous mesmes . , et pres- 
que sans la bonne aide et nuctorité de vostre majesté, 
il n'y a pas d'apparence qu'ils y puissent entrer; qu'il 
y a grande différence entre lesdictes provinces si puis- 
santes , et ledict duc de Mercœur, qui n'a peult estre 
pas en sa puissance à l'heure que nous parlons une seule 
ville à laquelle il commande absolument; que les princes 
quand il y a en leurs estatsune grande soublevation sont 
conseillés de faire ung edict de paix ; si le nombre 
n'en est pas grand, ils les font punir par justice. Ceste 
affaire longuement desbatteue de part et d'aultre, 
nous sommes demeurés en nostre resolution : ils nous 
ont pryé de nous voulloir modérer. 

Apres cela , ils ont parlé de M. de Savoye , et nous 
ont déclaré expresseement qu'ils n'ont pouvoir de 
traicter sans le comprendre en la paix, disant, oultre 
plusieurs aultres raisons, qu'il est du sang, et que leur 
maistre ne le peult abandonner; nous avons dict que 
s'il faict ce qu'il doibt envers vostre majesté ^ qu'il en 
doibt attendre tout bon et favorable traictement. 

Sire, suivant la resolution qui feut prise hier, nous 
nous sommes assemblés cejourd'hui , 11 de ce mois de 
febvrier, chés M. le légat. La response des ambassa- 
deurs d'Espaigne , à ce que nous leur proposasmes 
hier, a esté qu'ils s'accordoient à ce qui leur feut hier 
par nous proposé; qu'ils trouvoient bon d'envoyer en 
Espaigne courrier exprès , pour obtenir le pouvoir du 
roy d'Espaigne, dont vostre majesté estime que la 
royne d'Angleterre vouldra estre asseuree auparavant 
que d'envoyer ici les députés; que par mesme moyen 
ledict seigneur roy sera supplié d'envoyer le contresigné 
à dom Jean d'Aquiia, avec commandement de restituer 



AU ROY. 123 

Blavet, ainsi qu'il lui sera ordonné par le cardinal 
d'Autriche. Se serviront du 'passeport qu'il a pieu à 
vostre majesté nous envoyer par le courrier qu'ils des- 
pescheront en Espaigne , qui sera , comme nous avons 
dict, accompaigné de l'ung des vostres; ils avoient 
desjà ici les lettres dudict cardinal pour obtenir ledict 
pouvoir ; mais ils sont contraincts de renvoyer par 
devers lui à ce qu'il escrive aussi en Espaigne pour 
avoir le contresigne de Blavet, ce qui pourra retarder 
le partement de leur courrier de trois ou quattre jours. 
Ils sont aussi de mesme advis que nous debvons cepen- 
dant traicter et prendre resolution sur tous les articles 
qui seront escrits et signés de part et d'aultre, et qu'il 
se puisse ci après venir à nouvelles demandes , con- 
sentant que ledict escrit soit mis entre les mains de 
M. le légat, et teneu secret jusques au jour que nous 
en consentirons la publication; qui est, comme nous 
estimons , le plus sage expédient qui se pouvoit prendre 
en cest affaire. 

Ce propos achevé, ils ont recommencé à parler de 
M. de Mercœur, et ont dict que ce refus pourroit ap- 
porter longueur à ce traicté. Nous nous sommes remis 
à ce qui leur feut dict hier de l'intention de vostre 
majesté, les pryant, puisque ledict duc a traicté deux 
ans avec vostre majesté sans les appeller, qu'ils trou- 
vent bon que nous traictions ung mois ici sans lui, 
tenant pour certain que ce qu'il a à traicter avec vostre 
majesté sera achevé en moins de temps , remonstrant 
qu'il ne fault pas espérer qu'estant desjà bien avant 
sur le chemin de Bretaigne, et ayant despensé plus de 
trois cens mille escus pour le payement de l'armée 
qu'elle y faict acheminer , que sur l'advis que nous lui 
donnerons sur la demande que pour ce regard ils nous 



î a4 LETTRK 

font, qu'elle veuille rompre ne différer son entreprise; 
que ce qu'ils demandent pour ledict duc de Mercœur 
le rendroit tousjours suspect à vostre majesté, et lui 
porteroit trop de préjudice. 

Ils ont aussi remis le propos touchant M. de Savoye, 
nous déclarant ouvertement qu'ils ne peuvent rien 
traicter sans lui; et sur ce , nous dirons à vostre majesté 
que de tout ce qui nous reste à negotier avec les am- 
bassadeurs dEspaigne, soit des affaires de vostre ma- 
jesté, soit de ce qui concerne la royne d'Angleterre et 
Provinces Unies, il n'y a rien qui nous donne plus de 
craincte de voir rompre ceste negotiation , que le faict 
dudict sieur duc de Savoye ; car, du surplus que vostre 
majesté demande, on en peult sortir d'une sorte ou 
d'aultre. 

Quant à ladicte royne et provinces, faisant ce à 
quoi vostre majesté est obligée, comme elle faict, elle 
en demeure deschargee devant Dieu et devant les 
hommes; mais pour le regard dudict duc, par ce qui 
nous est rapporté, il se faict entendre qu'il ne veult 
en aulcune sorte restituer le marquisat de Saluées. 
Toutesfois, sire, n'ayant encores sceu que portera son 
ambassadeur, que nous attendons ici de jour à aultre, 
nous remettons à nous en resouldre et donner advis à 
vostre majesté , après que nous l'aurons oui. 

Sire, nous nous sommes derechef assemblés le 24 
de ce mois de febvrier et aultres suivans , où nous 
avons traicté bien avant, avec lesdicts sieurs ambassa- 
deurs d'Espaigne , de tout ce dont il a pieu à vostre 
majesté de nous charger. Les affaires ont esté fort de- 
batteus de part et d'aultre, sans neantmoins que nous 
ayons encores resoleu de signer les articles, pour ce 
principalement que le faict M. de Savoye n'est vuidé, 



AU ROY. Iâ5 

n estant pas en leur pouvoir de conclure ceste paix 
sans l'y comprendre; et attendant la veneue dudict 
ambassadeur, nous avons employé le temps à resouldre 
les demandes de vostre majesté, ainsi qu'il lui plaira 
de voir par l'escrit que lui envoyons avec la présente, 
auquel nous avons mis fidèlement les raisons qui ont 
esté deduictes de part et d'aultre; en quoi, sire, si 
nous avons satisiaict au désir de vostre majesté, nous 
nous estimerons heureux ; bien l'asseurerons nous qu'il 
n'a esté en nostre pouvoir de rnieulx faire ; et, après une 
si longue dispute, n'avons pas opinion qu'il s'y puisse 
rien adj-ouster. 

Sire , lesdicts ambassadeurs dEspaigne et nous 
feusmes assemblés chés M. le légat le dernier du mois 
passé, I er et 3 de ce mois de mars, où le marquis 
de Lullin, ambassadeur de M. de Savoye , s'est trouvé, 
qui a insisté , et les ambassadeurs d'Espaigne avec 
lui, que vostre majesté est obligée de promesse à l'ob- 
servation de ce qui est en certain escrit qui feut baillé, 
par son commandement, à celui par lequel le sieur 
Jacob envoya la response dudict sieur duc, qu'il reçut 
sur la montaigne de Tarare , en retournant en Savoye; 
il n'y a poinct eu plus de contention sur article qui ait 
esté proposé que cestui ci. Les ambassadeurs d'Es- 
paigne et de Savoye disent de ne pouvoir resouldre la 
paix sans ledict duc de Savoye, qui est du sang, au- 
quel sa femme l'infante a laissé neuf enfans, petits fils 
de leur maistre le roy catholique, que pour rien du 
monde ne les vouldra abandonner. En somme, sire, 
comme nous avons preveu des le commencement, nous 
trouvons ce passage le plus faseheux de toute ceste 
negotiation, et avons sceu d'ung ami que ledict duc 
de Savoye a des lettres dudict roy catholique, qui lui 



1*6 LETTRE 

a ci devant conseillé de ne restituer en aulcune sorte 
îedict marquisat de Saluées. Tellement, sire, qu'il y a 
apparence que tout ce qui a esté traicté jusques à pré- 
sent est en vain , si l'on ne trouve quelque expédient 
pour surmonter ceste difficulté. Il seroit trop long de 
mettre en ceste lettre tout ce que sur ce subject a esté 
dict de part et d'aultre; il en a esté dressé ung mé- 
moire que nous avons mis avec la présente, qu'il plaira 
à vostre majesté de considérer. Apres une longue dis- 
pute, le père gênerai des cordeliers, en ayant conféré 
avec M. le légat et les ambassadeurs d'Espaigne, nous 
a dict , par forme d'ouverture, qu'il lui sembleroit que, 
sans que vostre majesté se déclare obligée, en vertu 
de la promesse du 4 d e juin dernier, elle pourroit 
maintenant accorder, de sa pure libéralité et bonté, 
par le désir qu'elle a de voir finir les guerres entre les 
potentats chrestiens, que sa saincteté jugeast des dif- 
férends entre vostredicte majesté et Iedict sieur duc , 
en la forme qui est conteneue au susdict escrit ; que 
par ce moyen il ne se perd rien de vos droicts et pré- 
tentions; qu'il n'est pas à craindre que le pape juge à 
vostre préjudice contre ce qui est raisonnable; qu'il 
n'en jugera par l'advis d'une congrégation où il y 
pourroit avoir des personnes suspectes; qu'd est homme 
très docte, qui en jugera par son opinion, et non par 
celle d'aultrui ; que par ce moyen on viendroit à la 
conclusion de cest affaire, qui aultrement pourroit 
prendre ung long traict; car, ne se pouvant resouldre 
sans y comprendre le duc de Savoye, Iedict duc, au- 
paravant que de joindre, vouldroit envoyer en Es- 
paigne pour s'asseurer et gaigner la volonté du roy 
catholique, qui, durant ces longueurs, pourroit mou- 
rir, comme il est homme vieil et meur ; que l'on a opi- 



AU ROY. 127 

mon que la volonté du frère ne seroit pas telle envers 
l'infante sa sœur, qu'est eelle du père envers sa fille, 
joinct qu'es Pays Bas et en Espaigne la nation espai- 
gnole se déclare fort mal contente que l'on démembre 
de la domination de leur roy ung si grand nombre de 
si belles provinces , comme sont celles des Pays Bas. 

Nous remonstrant ledict père gênerai que, prenant 
vostre majesté ceste resolution, rien ne dépérit de ses 
droicts; et se peult asseurer que dans deux mois, après 
que nous aurons signé les articles qui ont esté traictés , 
vostre majesté, sans aulcune longueur ni difficulté, 
rentrera en la possession de tant de places qui ont esté 
occupées sur son royaulme par ledict roy d'Espaigne; 
car on nous donneroit asseurance que ce que dessus 
estant accordé par vostre majesté, le faict de M. de 
Savoye ne retarderoit pas d'une seule heure ladicte 
restitution ; à ceste proposition nous n'avons sceu 
faire aultre response, si ce n'est que ceste ouverture est 
du tout contre la charge que vostre majesté nous a 
ordonnée, qui est que , ne se sentant plus obligée par 
le susdict escrit, et que voullant la paix avec M. de 
Savoye , elle la veult raisonnable sans y laisser rien du 
sien. 

Nous estant depuis assemblés chés M, le légat, nous 
avons persisté en nos demandes , et remonstré de nou- 
veau les commandemens de vostre majesté et les rai- 
sons très grandes qui l'ont meue à prendre ceste réso- 
lution. Sire, nous n'avons rien peu advancer en cela, 
ni avec l'ambassadeur de Savoye, ni aussi avec ceulx 
d'Espaigne, que nous avons pryés instamment de re- 
cognoistre les raisons de vostre majesté , et , y ayant 
esgard, en rendre capable, et y disposer ledict ambas- 
sadeur de Savoye; sur quoi ils se sont estendeus en 



Î28 LETTRE 

ung fort long discours, dont ta conclusion a esté qu'ils 
supplioient vostre majesté de voulloir accepter le pape 
pour arbitre des différends qu'elle a avec M. le duc de 
Savoye, suivant son offre et déclaration dudict [\ de 
juin , pour response à celle dudict sieur duc du 6 de 
mai dernier, qu'ils demandent estre joinctes à ladicte 
déclaration de vostre majesté. Nous leur avons faict la 
mesme response qu'avions dicte le matin audict père 
gênerai, qui est que eeste demande est du tout contre 
nostre instruction; leur remonstrant vivement la justice 
de vostre demande, à laquelle, avec toute raison , ils se 
doibvent conformer. Ils nous ont requis, puisque les 
asseu rions de n'avoir le pouvoir d'accepter cesle ou- 
verture , d'en voulloir escrire à vostre majesté; et, 
voyant de ne le pouvoir refuser, leur avons dict que 
nous estimons que vostre majesté ne cbangeroit pas 
d'opinion, maisque nous ne sçavionscomment lui escrire 
ce qu'ils demandent, que cest arbitrage soit déféré au 
pape, pour juger, suivant lesdictes déclarations de 
vostre majesté et dudict sieur duc; car, en premier 
lieu, nous soubstenons que vostre majesté n'est plus 
obligeee à l'observation du conleneu en sadicte décla- 
ration ; et quant à celle dudict sieur duc, qu'il ne fault 
attendre qu'elle la veuille approuver en aulcune sorte, 
apparoissant assés, par sadicte déclaration , qu'elle n'en 
estoit aulcunement satisfaicle. 

Ce poinct a esté longuement debatteu, et se sont 
retirés à part lesdicts trois ambassadeurs et ledict père 
gênerai pour en délibérer. En ayant parlé longuement 
par ensemble , ils nous ont dict qu'ils nous pryent de 
voulloir escrire à vostre majesté leur demande, qui est 
de la supplier de voulloir trouver bon, pour le bien 
de la paix, ce qu'elle jugea raisonnable et accorda par 



AU ROY. 129 

sondict escrit dudict mois de juin dernier; que, suivant 
icelui, l'arbitrage des différends de vostre majesté avec 
ledict sieur duc soit remis à nostre sainct père Clé- 
ment VIII, qui les jugera dans ung an, à compter du 
jour que l'accord sera signé, et par sn sentence ordon- 
nera du temps lequel elle debvra estre exécutée; et 
cependant sera ledict sieur duc compris en ceste paix, 
demeurant les choses de part et d'aultre en Testât 
qu'elles sont à présent , sans qu'il y soit rien innové ; et 
pourront, des le jour de la publication du traicté , les 
subjects des deux costés , en gardant les loix et cous- 
tumes des pays, aller, venir, demeurer, fréquenter, 
converser et retourner es pays l'ung de l'aultre mar- 
chandement, et comme mieulx leur semblera, ainsi 
qu'il se faisoit auparavant la guerre. C'est,- sire, tout ce 
à quoi se sont voulleu resouldre et déclarer lesdicts 
sieurs ambassadeurs. Et par ce que nous avons peu 
comprendre, par tant et de si longues conférences, il 
n'y a pas espérance que l'on en puisse tirer dadvan- 
tage. 

Parlant à part avec lesdicts ambassadeurs d'Espaigne, 
ils nous ont dict et asseuré, comme aussi ils nous ont 
faict dire depuis par ledict père gênerai , que s'accor- 
dant vostre majesté au susdict arbitrage entre les mains 
de nostre sainct père le pape, ils n'entendent pour 
cela de différer une seule heure la restitution des places 
qu'ils ont promis de rendre à vostre majesté; sur quoi 
il lui plaira de nous faire entendre son bon voulloir et 
commandement. 

Sire, par une lettre de M. de Villeroy, que nous 
receusmes hier, nous avons veu ce que vostre majesté 
lui a commandé de nous escrire; que nous prenions 
garde à nous , car elle est tousjours en craincte que l'on 

Méat, de Duri.Essis-MoRN vy. Tome yiii. q 



i 3o LETTRE 

l'abuse, et nous aussi; que le duc de Mercœur attend 
des forces d'Espaigne; que ledict duc a esté asseuré 
de nouveau, par le cardinal Albert, que la paix qui 
se traicte à Vervins ne sera concleue sans lui, et que, 
s'il veult tenir bon de son costé , qu'il se mettra en 
campaigne dans ung mois pour attaquer nostre fron- 
tière. 

Sire , Dieu n'a pas donné à l'homme de dire cer- 
tainement ce qu'ung aultre a dans le cœur. Parlant 
comme hommes et comme fort fidèles et loyaulx ser- 
viteurs de vostre majesté, nous lui dirons quejusques 
à présent, ni M. le légat, ni nous, n'avons pas apperceu 
qu'il y ait de la tromperie en ceste negotiation. Nous 
avons les yeulx ouverts, sçachant d'avoir affaire à en- 
nemis et Espaignols. Enfin , vostre majesté n'a pas 
desgarni sa fronliere sur l'espérance de la conclusion 
de ce traicté; elle ne leur rend ni promet de rendre 
aulcune place, accorde seulement de recevoir ce que 
les Espaignols offrent de rendre , que tous les traictés 
qui ont esté faicts depuis trois cens ans en çà soient 
veus. Nous n'estimons pas qu'il s'y puisse trouver chose 
semblable qui soit tant à l'honneur de la France; et, 
s'il fault dire ce qui en est en tous les aullres traiclés, 
encores qu'ils ayent esté utiles, ne se peult dire qu'il 
n'y ait eu de la diminution de la dignité et des limites 
de ce royaulme ; ce qui ne peult estre dict du traicté 
qui se negotie maintenant. Si l'intention du cardinal 
Albert est de tromper vostre majesté ou non, Dieu le 
sçait, nous ne le sçavons pas; nous dirons seulement, 
parce que nous en apprenons que ledict cardinal 
cherche d'acquérir repuiation de prince qui faict pro- 
fession de garder sa parole , que nous traictons ici avec 
les sieurs président Richardot et commandeur Taxis , 



AU ROY. i3l 

qui sont les premiers au conseil du roy d'Espaigne 
establis en Pays Bas, qu'ils sont teneus pour person- 
nages d'honneur. Nous avons d'eulx toute l'asseurance 
qui se peult donner par paroles. Comme a esté dict, on 
ne hazarde entre leurs mains. Ils nous ont souvent dict 
que ledict cardinal désire infiniment d'acquérir les 
bonnes grâces de vostre majesté; et, parlant en nostre 
conférence, ont dict par Irois fois qu'il veult estre ser- 
viteur de vostre majesté, qui sont termes dont les 
princes d'AJlemaigne n'ont pas accoustumé d'user 
quand ils escrivent au roy de France, mesme ceulx 
qui sont de la qualité qu'il est. C'est, sire, ce que nous 
pouvons escrire à vostre majesté sur ce faict, ne pou- 
vant rien adjouster à ce qui a esté mis ci dessus tou- 
chant le duc de Mercœur. 

Sur ce propos, nous dirons à vostre majesté une ou- 
verture que nous feit ces jours passés ledict père gêne- 
rai, comme venant de lui : mais nous estimons qu'il en 
sçavoit l'opinion des ambassadeurs d'Espaigne. C'est 
qu'il proposa que pour oster toute occasion de défiance 
entre vostre majesté et le roy catholique, il seroit à pro- 
pos que le cardinal Albert nous donnast asseurance qui 
seroit teneue secrette, et neantmoins bien et fidèlement 
observée, que durant ce pourparler de paix il ne fe- 
roit, ni lui ni tous ceulx qui du costé de deçà despen- 
dans du roy d'Espaigne , aulcune entreprise sur les 
places de vostre majesté; estimant le père gênerai que 
si vostre est de faire audict cardinal une semblable pro- 
messe , que l'affaire passera au contentement des deux 
parties. N'ayans pouvoir de respondre sur cest article , 
nous ne nous y arrestasmes pas; et neantmoins n'avons 
vouîleu faillir d'en donner ad vis à vostre majesté, qui 
nous commandera, s'il lui plaist, son bon vouiloir. Les 



i 32 LETTRE 

ambassadeurs d'Espaigne ne nous en ont pas parlé. Ils 
despescherent le 2 5 du mois passé leur courrier, pour 
obtenir du roy d'Espaigne le contresigne de Blavet et 
le pouvoir pour traicter avec la royne d'Angleterre. 

Il nous reste, sire, à faire response à vostre majesté 
sur ce que par la fin de ladicte lettre elle nous com- 
mande de lui donner advis de ce que nous apprenons 
des intentions dudict cardinal , des moyens qu'il a de 
faire la guerre, de ce qu'il attend du costé d'Espaigne, 
et aultres choses pareilles. Sire , nous avons ici affaire 
à deux vieulx ambassadeurs qui ne parlent des affaires 
de leur maistre qu'à son advantage. Hier le père gêne- 
rai nous dict qu'ils avoient eu advis qu'à Calais estoit 
arrivée une caravelle pour advertir de la veneue de 
quarante navires chargés de quattre mille soldats espai- 
gnols, et que lesdicts navires portoient somme notable 
d'argent; que de Calais on en voyoit la flotte. Quant à 
l'intention du cardinal, c'est de parvenir au plus tost 
qu'il pourra à ce mariage qui lui est accordé; qu'ils 
attendent pour cest esté l'infante es Pays Bas; qu'il de- 
sire de s'asseurer de l'amitié de vostre majesté, et n'a 
pas moins d'envie de moyenner que les places promises 
lui soient rendeues au plus tost que se pourra , afin que 
par le moyen de ceste restitution, survenant la mort 
du roy d'Espaigne, il y eust moins de contradiction à 
ce qui lui a esté accordé. Qu'à ceste occasion , vostre 
majesté se doibt d'autant plus asseurer qu'il y procède 
de bonne foi , estant ainsi, que Pinterest est le maistre 
des affaires. On tient pour certain que les provinces 
s'accordent de le recevoir pour seigneur, dont, à ce 
que l'on nous a dict, il a faict trois despesches au roy 
d'Espaigne, qui affectionne ce faict. 

Que îedict roy d'Espaigne n'a poinct présentement 



AU ROY. l33 

de maladie qui fasse doubler de la vie , mais qu'il est 
fort meur , ayant septante et ung ans; que le prince son 
fils est employé aulx affaires plus qu'il ne saouloit; mais 
que ledict roy retient tousjours l'auetorité sur toutes 
choses; qu'on n'estime pas que ledict prince ait agréable 
la donation que son père faict audict cardinal; mais il 
ne lui oseroit contredire, que près dudict roy le sieur 
Jean d'Idiaques, Christopbore de Mora, et le comte de 
Chinçon , sont ceulx qui ont le plus d'auctorité. Quant 
au parti que l'on dict qui a esté faict avec les marchands 
pour la guerre des Pays Bas, ils s'en vantent, mais nous 
n'en avons poinct de certitude. Si ceulx des Provinces 
Unies ne vouldront recognoistre ledict cardinal , il faict 
estât que le roy catholique l'assistera de ses moyens, 
et qu'enfin ils ne lui pourront résister. 

Sire, ledict père gênerai nous a encores proposé de 
la part de l'ambassadeur de Savoye , que s'il plaist à 
vostre majesté faire abattre le fort de Charbonnières , 
que tient vostre majesté en Maurienne, que ledict duc 
de Savoye fera abattre le fort qu'il a faict faire à Bar- 
rault en Daulphiné. Nous avons dict que nous n'esti- 
mons pas que vostre majesté le trouve bon, et qu'il ne 
s'en doibt plus parler. Ce neantmoins n'avons voulleu 
faillir d'en donner advis à vostre majesté. Sire, etc. 

Du 4 niars 1 598. 



LX. — * LETTRE 

De MM. de Bellievre et de Sillery a M. de Villeroj. 

Monsieur , nous accuserons la réception de vostre 
despesche du 27 du mois dernier; la dernière lettre 



T 34 LETTRE 

que vous avés escrite est du i5 dudict mois, que nous 
baiîlasmes à celui qui accompaignoit le courrier d'Es- 
paigne. La despesche que nous faisons au roy est si 
ample , qu'il n'est besoing que nous adjoustions ici 
aulcune chose de particulier, si ce n'est que de tout ce 
que nous en pouvons juger, nostre opinion est qu'il ne 
se peult rien diminuer ni adjouster à ce que nous avons 
mis par escrit. Toutes choses ont esté fort considérées 
et longuement desbatteues. Si on nous commande de 
faire dadvantage, on nous commandera de faire ce qui 
n'est pas en nostre pouvoir. Le faict de M. de Savoye 
nous a donné une merveilleuse peine; ce que nous en 
escrivons au roy ne vient pas de nous; mais nous vous 
dirons librement , et comme doibvent serviteurs du 
roy fidèles et affectionnés, que nous ne voyons et n'es- 
timons pas qu'il y ait aulcung aultre moyen pour en 
sortir. Si cela ne se peult faire , il se fault resouldre 
d'avoir par les armes ce que maintenant on vous offre 
par cest accord; car, a considérer toutes choses, il est 
presque impossible que le roy dEspaigne veuille aban- 
donner son gendre, qu'il a mis a la querelle. 

Peult estre que le cardinal d'Autriche, pour faire les 
affaires, s'y pourroit accommoder , mais le roy d'Es- 
paigne ne le souffriroit pas; ce qui a esté mis par apos- 
tille au bout de la despesche que nous faisons au roy, 
est ce qui nous a esté proposé ce matin. 

Ceste après disnee les ambassadeurs d'Espaigne sont 
veneus nous trouver pour nous en pryer, et en ont 
faict très grande instance. Nous leur avons dict que 
nous craignons que le roy ne s'en sente importuné. Ils 
nous ont pryé d'en escrire à sa majesté. Il semble que 
le conteneu en nostre lettre doit suffire; et neantmoins 
vous en escrivons ce mot pour satisfaire à leur pryere. 



A M. DE VILLEROY. i35 

C'est au roy à juger si c'est son service d'eschanger le 
fort de Charbonnières a celui de Barrault. Se faisant, la 
paix nous estimons qu'il y fauldra venir; mais si ce sera 
auparavant l'exécution de la sentence du pape ou non , 
nous nous en remettons à vos meilleurs jugemens. Les- 
dicts ambassadeurs partans d'avec vous ont diet que, 
pour ce poinct, l'accord ne se rompra pas; mais que c'est 
chose qu'ils désirent afin de donner quelque contente- 
ment à M. de Savoye , et qu'il ait moins d'occasion de se 
plaindre de ce traicté. L'on a ici mis ung billet qui est du 
chiffre que vous nous avés baillé à nostre partement; il 
vous plaira de le considérer. Lesdicts sieurs ambassadeurs 
nous ont dict avoir entendeu que le roy veult, à la con- 
clusion de ce traicté, envoyer aulcungs des plus grands 
de son royaulme. Nous leur avons dict de n'en avoir 
encores eu la certitude; que s'il en sera quelque chose, 
nous les advertirons aussitost que nous le sçaurons, 
dont ils nous ont pryé , à ce qu'ils fassent tenir prests 
les seigneurs que M. le cardinal Albert vouldra dépu- 
ter pour cest effect. 

Sur ce poinct, il fault considérer, resolvans les arti- 
cles comme nous ferons, suivant ce que le roy nous en 
ordonnera, que les deux mois pour la restitution cou- 
rent du jour que nous les aurons signés, sans attendre 
la veneue des seigneurs qui pourront estre ici envovés. 

Monsieur , nous vous envoyons avec ceste ci des 
lettres de M. le légat , qui nous a baillé des mémoires 
de ce que le pape demande; c'est le cardinal Sainct 
George qui a faict la despesche en l'absence du cardi- 
nal Aldobrandin. Il vous plaira de lui faire response; 
il nous a chargés de vous en pryer de sa part, ce que 
nous faisons, desirans de contenter ce bon homme. 

Les ambassadeurs d'Espaigne nous ont proposé que, 



i36 LETTRE, etc. 

se remettant de cest arbitrage au pape Clément , si sa 
mort survenoit durant l'année que ledict arbitrage doibt 
durer , qu'ils trouvent bon qu'il se fasse ung escrit à 
part, afin que le pape ne voye pas que l'on a pensé à 
sa mort, par lequel il sera accordé que la cessation 
d'armes et liberté du commerce durera trois mois après 
sa mort, pendant lesquels on se pourra accorder d'aul- 
tres arbitres. 

Le père gênerai nous vient de dire tout présente- 
ment, de la part des ambassadeurs d'Espaigne, que 
l'instance qu ils ont faicte pour l'eschange desdicts forts 
de Barrauit en Daulphiné , et Charbonnières en Mau- 
rienne , ne pourra différer ne rompre l'accord qui a 
esté traicté pour le duc de Savoye , et que le tout est 
remis au bon plaisir du roy; et, pour vous en dire ce 
que nous en pensons , qui désirera que ce que nous 
traictons sorte effect, il n'en fault pas différer la conclu- 
sion. Nous nous recommandons, etc. 

Du 4 mars 1 ^gS. 



LXI. — •* MEMOIRE 

De ce qui a esté traicté avec les ambassadeurs 
d'Espaigne. 

Aujourd'hui, 28 de febvrier 1098, les ambassadeurs 
de France traictans avec MM. le président Richardot 
et commandeur Taxis, ambassadeurs d'Espaigne, en 
présence de monseigneur l'illustrissime et reverendis- 
sime cardinal de Florence, légat de sa saincteté en 
France, les articles qui ensuivent ont esté accordés. 

Que le traicté de paix entre très hault , très puis- 



MEMOIRE , etc. l37 

sant et très excellent prince Henry IV, roy très chres- 
tien de France et de Navarre, et très puissant et très 
excellent prince Philippe II, roy catholicque des Es- 
paignes, etc., sera resoleu , conformément et en ap- 
probation des articles conteneus au traicté de paix faict 
au Chasteau en Cainbresis, en l'an i55c), entre feu de 
très haulte mémoire Henry II, roy de France, et ledict 
sieur roy catholicque , suivant lequel toutes choses doib- 
vent estre remises, sinon en tant que par ses articles il 
yseroitexpresseement dérogé, en Testât qu'elles estoient 
lors d'icelui traicté, et se rendront les places qui ont 
esté occupées sur le royaulme de France depuis ledict 
traicté; à sçavoir, Calais, Ardres, Monthulin, Dour- 
lans, La Gappelle et Le Gastelet en Picardie, Blavet en 
Bretaigne, et toutes aultres places que ledict sieur roy 
catholique y destient. 

Pour le regard desdictes places de Calais, Ardres, 
Monthulin, Dourlans, La Cappelle et Le Castelet, la 
restitution de toutes lesdictes six places se fera effec- 
tuellement de bonne foi, et sans aulcune faulte ni 
retardement , et seront remises et rendeues entre les 
mains de celui ou ceulx qui seront à ce députés par sa 
majesté très chrestienne , dedans deux mois , précisé- 
ment après que les presens articles auront esté signés 
par les ambassadeurs desdicts roys , et remis entre les 
mains de mondict sieur le légat, n'ayant peu le serenis- 
sime cardinal Albert se restreindre à moindre terme, 
encores qu'il désire grandement de le faire, pour com- 
mencer à donner contentement à sa majesté très chres- 
tienne ; mais ayant affaire à soldats espaignols fort dif- 
ficiles à manier, qui sont mutinés es villes de Calais, 
Ardres et Le Castelet, pour appaiser la sédition et ré- 
duire lesdicts soldats à ce qui est du debvoiv, il lui est 



î38 MEMOIRE 

impossible, par ce qu'il en peult juger, de satisfaire à 
ladicte restitution en moindre temps que de deux mois ; 
et, s'il aura moyen de l'accoureir, il le fera très volon- 
tiers , tant pour faire chose agréable audict sieur roy, 
duquel il désire les bonnes grâces, qu'aussi pour sou- 
lager la bourse du roy d'Espaigne du payement de six 
mille soldats qu'il pourroit utilement employer es aultres 
lieux où il en a affaire pour la conservation des Pays 
Bas, et ne voullant faillir d'ung jour à la promesse, 
moyennera par effect que ladicte restitution se fera 
entièrement dans lesdicts deux mois, offrant de com- 
mencer par Calais et Ardres, et le tout sans que sa 
majesté très chrestienne soit importunée du payement 
des soldats ou remboursement de ce qui a esté des- 
pendeu pour les fortifications. 

Pour ce regard, lesdicts sieurs ambassadeurs ont dict 
que le sieur cardinal ne veult en auîcune façon faillir 
à la promesse; pour ceste cause demande trois mois 
de terme pour ladicte restitution , d'autant qu'il fault 
envoyer en Espnigne pour avoir le contresigne, et 
commandera audict sieur cardinal de l'envoyer à don 
Juan d'Aquila , qui est homme fort pointilleux; et oultre 
ce, il fauldra faire venir d'Espaigne des vaisseaux pour 
porter les soldats espaignols et aultres qui sont à Blavet, 
soit en Espaigne ou es Pays Bas ; en quoi il y va du 
temps ; bien promet ledict sieur cardinal, que, s'il peult, 
il fera exécuter ladicte restitution dans les deux mois 
que les places de Picardie se rendront; mais ne se veult 
obliger sans estre bien certain de pouvoir obliger et 
observer ce qu'il aura promis, estant bien asseuré de 
la volonté dudict sieur roy catholique, qui ne souffrira 
qu'il soit contreveneu à ce qu'il aura promis en son 
nom. Ont aussi promis lesdicts sieurs ambassadeurs 



DES AMBASSADEURS D'ESPAIGNE. I 3<) 

d'Espaigne , que les six places de Picardie seront resti- 
tuées en Testât qu'elles sont maintenant, sans démo- 
lition ou dommage. 

Pour le regard de Blavet , leur charge est d'en pro- 
mettre la restitution, à la charge neantmoins que les 
fortifications qui ont esté faictes aulx despens du roy 
d'Espaigne soient démolies, et la place remise en Testât 
qu'elle cstoit lorsqu'elle a esté occupée par les Espai- 
gnols , excepté qu'ils ont faict trancher ung roc qui leur 
a beaucoup cousté, et ne se peult reparer. 

Quant à ce qui leur a esté demandé de laisser es 
places qu'ils restituent l'artillerie de France, pouldre 
et boulets qui sont du tiltre et calibre de France, ont 
dict qu'en ayant esté usé aultrement entre les deux 
roys audict traicté de Tan i55cj, que leur charge est, 
comme desjà ils ont faict entendre, de déclarer que 
leur resolution est d'emporter lesdictes artillerie, poul- 
dres et boulets; et, sur l'instance qui leur a esté faicte 
d'en laisser en chacune place une partie, ils ont déclaré 
resoleument ne le pouvoir faire , et qu'il y a en France 
de leur artillerie; qu'à Meaux ils ont six ou huict de 
leurs demi canons; à Soissons, deux de leurs canons, 
et pareillement qu'il y en a à La Fere , et leur pont à 
bateaux est à Amiens, qu'on ne leur rend pas; que 
l'artillerie françoise qui leur demeure n'est pas grand' 
chose ; qu'ils ne trouvent à Calais que trente deux 
pièces, dont il y en avoit de rompeues , d'aultres 
aulx armes d'Angleterre, dans Ardres, seulement, et 
ailleurs fort peu ; tellement que le roy très chrestien 
n'en reçoit pas grand dommage , au lieu de ce qu'il 
reçoit une grande commodité des fortifications qu'ils 
ont faictes, et lui sont laissées à Calais, Ardres et La 
Cappelle , qui est maintenant une bonne place ; eA 



l4o MEMOIRE, etc. 

quant à Calais, ils y ont despendeu cent soixante mille 
escus à le fortifier, et cinquante mille escus à Ardres, 
comme aussi les aultres places ont esté réparées , dont 
ils ne demandent rien audict sieur roy très chrestien. 

Et pour l'exécution de leurs promesses, sa majesté 
s'en peult du tout asseurer sur l'offre qu'ils lui font 
et exécuteront de lui bailler les ostages qu'il lui plaira 
demander. 

Et s'il y a quelque retardement plus à Blavet qu'aulx 
aultres places, ne doibt estre imputé audict sieur car- 
dinal , qui fera son pouvoir ; et sa majesté très chres- 
tienne en peult demeurer satisfaicte, tant pour ce qu'elle 
aura des ostages qu'aussi pour ce qu'elle se peult bien 
asseurer qu'ils ne commenceront pas de rendre les 
places de Picardie pour faillir à rendre Blavet, et perdre 
avec le fruict de la paix les places qu'ils auroient desjà 
rendeues. 

A aussi esté resoleu et accordé , que les deux mois 
accordés pour l'exécution de ladicte restitution des 
villes de Picardie, et trois pour Blavet, commenceront 
des le jour que les articles auront esté signés de part 
et d'aultre, et remis entre les mains de M. le légat; 
bien entendeu qu'auparavant que venir à la restitution, 
lesdicts articles leur seront baillés en bonne forme au- 
thentique, signés et scellés ainsi que est la coustume. 

Et pareillement seront baillés lesdicts articles en 
bonne forme et authentique, signés et scellés du scel 
de sa majesté très chrestienne , et le seront aussi de 
celui dont ledict sieur cardinal a accoustumé de se 
servir es despesches qu'il ordonne pour ledict sieur 
roy catholique , avec promesse de lui faire tout ratifier. 



MEMOIRE, etc. l4l 

LXII. — * MEMOIRE 

De ce quia esté traicté avec V ambassadeur de Savoye. 

Ce qui a passé entre les roys deffunets et le due de 
Savoye, dernier mort, et son fils, qui lui a succédé 
depuis le traicté du Chasteau de Cambresis, l'an i55(), 
a esté longuement deduict; comme aussi ce que le roy 
à présent régnant a trouvé bon qu'il feust traicté sur 
ce dont M. de Savoye l'a faict requérir , estant chose 
notoire , il sera ici obmis ; on touschera seulement 
quelques poincts qui concernent les dernières nego- 
tiations, après ce qui feut faict à Bourgoing, en sep- 
tembre i595. MM. le baron d'Armenzé et président 
Rochette feurent députés par M. de Savoye , pour 
venir trouver le roy de sa part , et mettre fin audict 
traicté, qui avoit esté commencé à Bourgoing. Ledict 
baron d'Armenzé mourut à Chambery de mort soub- 
daine ; ledict sieur président, sur le commandement 
qu'il en eut de son altesse, acheva le voyage jusques 
à Palembray, où il feut par deux fois ouï par le roy ? 
ayant auparavant conféré suivant ce qu'il feut advisé 
par sa majesté avec deux de ses conseillers, aulxquels 
il se déclara de sa charge, qu'il feit aussi entendre 
à sadicte majesté, presens M. le connestable, M. de 
Villeroy et lesdicts deux conseillers, à laquelle il dict 
entre aultres choses que ledict duc, son maistre, ne 
feroit poinct de difficulté de recognoistre de sa cou- 
ronne le marquisat de Saluées, aussi qu'elle desiroit', 
et y adjousteroit d'aultres offres et asseurances de la 
bonne volonté dudict sieur duc, que l'on obmet pour 
le présent. 



il\l MEMOIRE 

Sur cela sa majesté députa M. le mareschal de Birort 
et M. le président de Sillery , pour resouldre et jurer 
le traicté ; estant lors ledict mareschal au siège de 
Seurre, laissa ce siège pour venir à Dijon, se préparer 
pour ce voyage, où aussi estoit ledict sieur de Sillery avec 
ledict sieur président Rochette , qui eut advis, estant 
audict lieu , à ce que l'on a este adverti que son 
maistre avoit changé de volonté, et commença lors à 
parier de cest affaire, qui feut cause que ce voyage 
feut rompeu, et les choses demeurèrent imparfaictes. 
Depuis ledict sieur de Sillery, en estant requis par 
ledict sieur duc, l'alla trouver au lieu de Suse, où les 
affaires ne feurent pas plus advancés de ce qu'ils es- 
taient auparavant; ledict sieur duc, au lieu de ren- 
voyer le président Rochette , qui avoit assisté à la pre- 
mière negotiation, a député M. Jacob, son lieutenant 
gênerai en Savoye, pour venir trouver le roy, qui lui 
donna audience à Gaillon, au mois de Ledict 

sieur de Jacob desadvoue tout ce qui avoit esté dict 
par ledict sieur président Rochette , dont sa majesté 
feut très mal contente , et neantmoins on feit le pos- 
sible afin de ne rompre pas ceste negotiation ; et pour 
cest effect feut proposé audict sieur de Jacob que le 
roy trouveroit bon que ces différends feussent remis 
à la bonne volonté et sain jugement de nostre sainct 
père le pape. 

Ledict sieur de Jacob revint en France avec réso- 
lutions qui desplurent encores plus que celles qu'il 
avoit apportées au précèdent voyage; à sçavoir que 
son maistre se remettroit au jugement du pape, tou- 
chant le faict de la recognoissance, pourveu que la- 
dicte recognoissance feust faicte en une forme limitée 
qu'il représenta au roy ; ce qui desplut à sa majesté , 



DE L'AMBASSADEUR DE SAVOYE. 1 4^ 

pour ce qu'il donnoit par là la leçon au pape et au 
roy, et ne voulloit recevoir le pape pour arbitre des 
aultres différends. 

Ledict sieur de Jacob partant d'auprès du roy, qui 
se declaroit très mal content de son maistre, demanda 
à sa majesté, attendeu que le temps de la trefve esloit 
expiré, ou prest à expirer, qu'il pleust à sa majesté la 
faire proroger pour quelque temps ; ce qu'il faisoit , 
afin que son maistre eust plus de moyen de mettre ses 
forces ensemble, et cependant faire consommer l'armée 
du roy, qui estoit preste des long temps sur la fron- 
tière de Savoye. Sa majesté lui refusa la trefve, lui dé- 
clarant que telles trefves n'avoient que trop duré , et 
qu'elle voulloit paix ou guerre. Estant ledict sieur de 
Jacob sur la montaigne de Tarare, trouva ung nommé 
le sieur Trouillons , qui lui apportoit une despesche 
de son maistre pour rendre au roy, contenant en 
quelle sorte il acceptoit ledict arbitrage. L'escrit feut 
porté au roy par ledict sieur Trouillons , qui arriva en 
court, estant desjà la trefve finie , et par conséquent 
pourroit estre reteneu prisonnier de guerre ; mais il 
feut renvoyé avec passeport et response du roy; sur 
laquelle l'ambassadeur de M. de Savoye prétend estre 
bien fondé à demander l'exécution du conteneu en la- 
dicte response , comme ayant esté par icelle les offres 
audict sieur duc acceptées de se remettre en l'arbi- 
trage du pape. Ci dessus a esté dict au vrai comme 
toutes choses ont passé en cest affaire jusques au par- 
lement dudict sieur de Jacob. On mettra ici les mots 
de ia response dudict sieur duc, qui feut portée au 
roy par ledict Trouillons. 

Toutesfois, afin que tout le monde cognoisse qu'il 
ne tient à lui qu'ung si grand bien n'advienne, il ac- 



i44 MEMOIRE 

cepte sa saincteté pour arbitre, comme sa majesté a 
désiré non seulement pour décider sur la recognois- 
sance dudict marquisat de Saluées , terres de Cental et 
Chasteau Daulphin , mais sur tous les aultres articles 
de ce traicté, et particulièrement et avant toutes choses, 
soit par elle jugée de la validité ou invalidité du traicté 
de Bourgoing, qui est tout ce qui se peult souhaiter 
pour mettre une bonne fin à tous ces différends, n'ayant 
jamais eu son altesse aulcung désir que de se ranger 
tousjours à la justice et à la raison , espérant que de 
ceste façon sa majesté pourra cognoistre que pour lui ne 
demeure qu'une si saincte œuvre ne soit achevée; au 
moins si ceste sienne si bonne et raisonnable resolu- 
tion ne sera acceptée de sa majesté , son altesse es- 
père que Dieu, qui est juste juge, favorisera ses armes 
conformes à la justice de sa cause. Le dernier jour de 
mars j 69*7. 

Encores que ceste dernière clause de la response 
dudict sieur duc, qui menace de ses armes ung prince 
qui n'a pas occasion d'en avoir peur, et que le por- 
teur de cest escrit peult estre reteneu prisonnier de 
guerre , si est ce que la bonté et générosité de sa majesté 
passant par dessus tout cela, sans déclarer le mescon- 
tentement qu'elle eust peu avoir , ne laissa pas de faire 
audict sieur duc une fort honneste response qui est 
telle : 

«Le roy consent et accorde, sur l'ouverture que sa 
majesté en a faicte , que nostre sainct père le pape 
juge des différends qu'elle a avec lui , comme c'a tous- 
jours esté son désir et intention d'en sortir par voye 
amiable, et mesme par l'advis et jugement de sa sainc- 
teté, ainsi qu'elle a tesmoigné par sesdictes responses , 
a déclaré et déclare encores par la présente , qu'elle 



DE L'AMBASSADEUR DE SAVOYE. i45 

accepte volontiers sa saincteté pour juge et arbitre de 
tous lesdicts différends que sa majesté a avec ledict 
duc, afin qu'ils soient juges et terminés par sadicte 
saincteté, ensemblement comme il est raisonnable et 
nécessaire de faire pour establir une entière amitié 
entre sadicte majesté et ledict duc, leurs subjects et 
pays, n'estant marrie, sinon que ledict duc n'a plus- 
tost pris ceste resolution , tant elle désire sortir d'af- 
faires avec lui , comme avec tous ses voisins , pour 
le bien universel de la ebrestienté. » A Paris, le i er de 
juin 1597. 

La susdicte response dudict duc est datée du dernier 
jour de mars , et celle du roy est du I er juin , ou que les 
conseillers dudict sieur duc ont faict longuement garder 
ceste response, ou que ledict sieur de Jacob a faict 
préjudice à son maistre de l'avoir gardée si longue- 
ment, sans en advertir le roy que par ledict sieur Trouil- 
lons , qu'il renconslra sur la montaigne de Tarare, et 
feut despesché de la court peu de jours après son ar- 
rivée ; car estant la guerre ouverte, il n'estoit à propos 
de le faire arrester à la suite du roy; en cela il y a 
quelque mystère qui ne s'entend pas. 

Venant maintenant à considérer si le roy est obligé au- 
dict arbitrage, et si ledict sieur duc le peuît justement 
requérir d'observer le conteneu en la response faicte 
par sa majesté le I er jour de juin ci dessus inséré, re- 
présentons nous en premier lieu les paroles de l'accep- 
tation faicte par ledict sieur duc dudict arbitrage; 
après avoir consenti à l'arbitrage, il met ces mots : Et 
particulièrement et avant toutes eboses soit par elle 
jugé de la validité ou invalidité du traicté de Bour- 
going, etc. 

En la response par le roy, il est dict expresseement : 

MÉM. DE DUPLESSIS-MORN/VY. ToME VITI. 1 O 



i/jG MEMOIRE 

Déclare encores par la présente qu'elle accepte volon- 
tiers sa saincteté pour juge et arbitre de tous lesdicts 
différends, afin qu'ils soient jugés et terminés par sa- 
dicte saincteté ensemblement , comme il est raison- 
nable et nécessaire de faire , pour establir une entière 
amitié et bonne paix entre sadicte majesté, ledict duc, 
leurs pays et subjects. 

L'ambassadeur de M. de Savoye dict que la response 
du roy ci dessus insérée , faicte sur la déclaration du- 
dict sieur duc qu'il acceptoit l'arbitrage en la personne 
du pape, oblige sa majesté à l'observation de sa pro- 
messe , conteneue en ladicte response. Nous disons 
que non pour plusieurs raisons ; la première est que 
ledict sieur duc accepte l'arbitrage , à condition que 
le pape juge avant toutes choses de la validité ou in- 
validité du traicté de Bourgoing; voilà donc, par la- 
dicte acceptation, si le pape accorde d'estre arbitre, 
qu'il est lié, premièrement de juger de la validité du- 
dict traicté. Voyons la response du roy, à ceste de- 
mande; j'en escrirai derechef les mots : Accepte volon- 
tiers sa saincteté pour juge et arbitre de tous lesdicts 
différends qu'il a avec ledict duc, afin qu'ils soient 
jugés et terminés par sadicte saincteté ensemblement, 
comme il est raisonnable et nécessaire pour establir 
une entière amitié , etc. 

Si ce que ledict duc met en sa déclaration que le 
pape, avant toutes choses, juge de la validité ou inva- 
lidité dudict traicté, et ce que le roy met en sa res- 
ponse , qu'il accepte nostre sainct père pour arbitre 
de tous lesdicts différends qu'il a avec ledict duc, afin 
qu'ils soient jugés et terminés par sa saincteté ensem- 
blement, est la mesme chose, nous confessons que oui 
et non est la mesme chose; que séparément et con- 



DE L'AMBASSADEUR DE SAVOYE. i 4.7 

joinctement est la mesme chose; et, pour faire le plus 
évidemment cognoistre quelle estoit en cela l'inten- 
tion de sa majesté , il adjouste à sadicte response les 
mots, après ce mot ensemblement, «comme il est rai- 
sonnable et nécessaire de faire; » par ces mots, il appert 
que le roy ne désire pas seulement que le tout soit 
décidé ensemblement, mais aussi qu'il le juge néces- 
saire; la raison pour laquelle sa majesté la doibt ainsi 
désirer, est qu'il a estimé qu'il n'esloit à propos de 
tenir l'affaire en longueur, ce qui adviendroit s'il en 
fault faire deux jugemens. 

L'aultre raison est que, consistant ce traicté en partie 
de ce qui a esté mis par escrit, et de ce qui a esté 
seulement promis de bouche par les députes dudict 
sieur duc, dont on ne doibt doubler, attendeu les as- 
seurances qu'on ne peult nier avoir esté données par 
ledict sieur président Rochette, qui estoit de la re- 
cognoissance dudict fief, restitution de quelque nombre 
de canons, oulîre quelques au I très promesses qui feu- 
rent advancees , dont Ion se taira pour le présent. Ce 
ne seroit pas le service du roy de commencer par la 
déclaration de la validité, qui ne contient qu'une partie 
du traicté. Le roy a juge nécessaire que le tout feust 
décide ensemblement et non separeement. Il en a mis 
le marche en main audict sieur duc; nous disons que 
s'il le voulloit servir de ladicte response du rov, il a 
deu déclarer qu'il l'acceptoit , ce qu'il n'a pas faict, 
et vient bien tard pour le dire. 

On respond à ce que dessus, que la guerre s'ouvrit 
en mesme temps entre les deux estats; que son altesse 
commença à se deffendre des entreprises de M. de 
Lesdiguieres , et non pas à esciire. 

]\ous disons que quand la response du roy feut 



i4^> MEMOIRE 

baillée audict sieur Trouillons que la guerre estoit desjà 
ouverte, et lui feut dict que, nonobstant que M. de 
Lesdiguieres feust entré dans le pays dudict sieur duc , 
que, s'il acceptoit ce que sa majesté lui offroit, il en 
feroit retirer ses forces. 

Ledict sieur duc n'a jamais déclaré, jusques à pré- 
sent, de se voulloir aider de ladicte response du roy ; 
il lui estoit aisé d'envoyer ung trompette jusqu'à Lyon , 
porter à M. de Guicbe la response qu'il voulloit faire 
au roy, dont il ne debvoit estre empesché, à l'occa- 
sion que la guerre estoit ouverte , lui ayant usé le roy 
de ceste gracieuseté de lui escrire estant la guerre 
ouverte. 

L'ambassadeur de Savoye dict que pour monstrer 
que ledict sieur duc, son maistre, a tousjours con- 
tinué en ceste volonté d'accepter ladicte response du 
roy, et conclure avec sa majesté une bonne paix, son 
altesse ayant entendeu que le serenissime cardinal Al- 
bert estoit entré en propos de traicter la paix entre 
les deux couronnes, l'envoya incontinent par devers 
ledict sieur cardinal, pour lui faire entendre qu'il de- 
sire estre compris en ceste paix ; et sur ceste occasion 
est ici veneu pour le nous monstrer , et que son maistre 
entend de s'aider de la susdicte response du roy, tou- 
chant l'acceptation de l'arbitrage, dont il ne s'est 
poinct desparti. A cela nous avons respondeu que , 
pour aller trouver le roy, il ne falloit pas qu'il prist 
son chemin par la Flandres ; qu'il avoit deux voyes qui 
estoient plus courtes , l'une d'en escrire au roy, comme 
lui estoit aisé de faire par M. de La Guicbe ; l'aultre 
qu'il eust peu escrire au pape, qu'il estoit prest d'ac- 
cepter l'arbitrage, et le supplier d'en voulloir escrire 
à sa majesté; mais il n'a faict ni l'ung ni l'aultre, au 



DE L'AMBASSADEUR DE SA VOTE. 1% 

contraire , a envoyé par devers celui qui lui avoit sur- 
pris Amiens, et lui faisoit la guerre en toute ceste 
frontière. 

Pour conclure ce faict, nous avons dict que sa ma- 
jesté n'est aulcunement obligée à l'observation de la- 
dicte response , attendeu la guerre très cruelle qui a 
depuis longuement continué entre les deux estats , et. 
dure encores à présent. Que s'il avoit surpris au roy 
une bonne ville, il ne la rendroit pas en vertu de ceste 
response et de sa déclaration, que s'il se met à ce qui 
est du debvoir, sa majesté lui accordera volontiers. 

Sa majesté lui accordera très volontiers toutes choses 
bien raisonnables, et ce qu'elle fera n'est pas par obli- 
gation , mais principalement pour le désir qu'elle a du 
repos universel de toute la chrestienté, et comme aussi 
de vivre en bonne intelligence, paix, amitié et voisi- 
nance avec icelui duc de Savoye. 



>w%w\\^t *-»/»w» 



LXIII. — * LETTRE 

De MM. de Bellievre et de Sillety au roj. 

Sire, nous estimons que le courrier La Fontaine, 
qui partit de ce lieu de Yervins le 5 de ce mois, avec 
une bien ample despesche, que faisions à vostre majesté 
sur ce qui se présente du costé de deçà, sera arrivé 
auprès d'elle auparavant que ceste ci lui soit rendeue. 
Par ladicte despesche, nous lui escrivions ce que nous 
avions entendeu de l'advis qu'ils avoient eu à Calais 
de 4*ooo Espaignols portés sur quarante navires, qui 
dans peu y debvoient arriver. Le père gênerai des cor- 
deîiers nous est depuis veneu dire que les ambassa* 



J 5o LETTRE 

(leurs d'Espaigne qui sont ici ont advis certain qu'il 
est descend eu audict Gaiais /ji5oo Espaignols que l'on 
a despartis es environs de Lille et anltres lieux circon- 
voisins; nous a dict de la part desdicts ambassadeurs, 
que la veneue de ce renfort d'Espagnol* ne nous doibt 
faire entrer en souspçon que par là on prenne occa- 
sion de voulloir changer ou diminuer aulcune chose 
de ce qui a eslé (raicté entre eulx et nous; et nous 
debvons asseurer qu'ils procèdent avec nous de bonne 
foi; car estans bien asseurés de ce secours, ils nous ont 
? ci devant convié, comme ils font de nouveau , à la con- 
clusion de cest affaire; que si nous sommes prests à 
signer les articles dont nous avons traicté, que de leur 
costé ils sont prests a le faire , et nous donnent asseu- 
rnnce que ni par faulte d'argent, ni à l'occasion des 
soldats mutinés, il n'y aura aulcune longueur ni retar- 
dement à la restitution des places qu'ils ont promis de 
rendre; à quoi ils estiment que l'on a desjà si bien 
commencé à y pourvoir, qu'il sera satisfaict de bonne 
foi à leur promesse. 

Quant à l'argent qu'ont porté ces navires, nous ne 
le pouvons pas dire pour certain; le bruict est qu'il y 
a somme notable. Quant aulx desseings des Espaignols, 
ces ambassadeurs se laissent entendre qu'ils désirent la 
paix avec vostre majesté, dont ils ont bonne espé- 
rance qu'il ne tiendra au roy catholicque qu'elle ne se 
fasse avec la royne d'Angleterre et les Hollandois; s'ils 
continuent à voulloir la guerre, qu'il employera les 
moyens pour la leur faire, qui est la cause de ce grand 
nombre d'Espaignols qu'il a envoyés, oultre lesquels 
on nous asseoie que le cardinal Albert peult faire 
mettre en campa igné 3,5oo Espaignols, vieulx soldats. 
Vostre majesté aura veu, par nostre précédente des- 



AU ROY. i5i 

pesche, ce qui nous a esté ci devant proposé par ledict 
père gênerai , que si son bon plaisir sera tel de bailler 
sa parole audict cardinal , que vos gens de guerre ne 
feront aulcune entreprise sur les places dudict sieur 
roy catholicque; que ledict cardinal baillera semblable- 
ment sa parole, qui sera escrite, ou dicte de bouche 
seulement, que les gens de guerre qui sont soubs sa 
charge ne feront aulcune entreprise sur les places de 
vostre majesté pour ce que à nostre partement de Paris, 
parce que nous en peusmes juger, vostre majesté n'es- 
toit pas en ceste volonté; nous ne nous sommes arres- 
tés sur ce propos. Sur l'advis que lui en avons donné, 
nous attendrons son bon voulloir et commandement. 
Nous escrirons à M. le connestable ce que nous enten- 
dons de l'arrivée desdicts Espaignols, qui est ung ren- 
fort qui doibt donner à penser à vos serviteurs. Sire , 
nous supplions le Créateur, etc. 

Du 7 mars i5g8. 



LXIV. — * LETTRE DE M. DE VILLEROY 

A MM. de Bellievre et de Sillerj. 

Messieurs, j'envoyerai à M. de Matignon la prolon- 
gation du passeport du courrier de M. le légat, suivant 
vostre lettre du 2 5 du mois passé que j'ai receue au- 
jourd'hui, et attendrons plus amplement de vos nou- 
velles par La Fontaine; et quand MM. d'Incarville et le 
thresorier de l'espargne seront arrivés, je leur parlerai 
du remboursement de vostre advance pour les frais du 
courrier que vous avés envoyé avec l'aultre, et pour 
contenter les cinq postes tournées sur le chemin de 



* 



i5â LETTRE DE M. DE VILLEROY 

V^rvins , aulxqueiles je solliciterai qu'il soit donné 
moyen de résider en leur traverse. 

Je vous envoyé une lettre de M. de Buzenval , que 
j'ai receue aujourd'hui , par laquelle vous apprëndrés 
des nouvelles de ce costé là, pour vous en servir en 
vostre negotiation , de laquelle je vois sa majesté pren- 
dre plus grande desfiance que jamais, à cause des arti- 
fices dont usent nos ennemis pour séparer les estats 
d'avec nous. Sur cela , nous avons sceu estre arrivés à 
Calais 4,000 hommes de pied veneus d'Espaigne par 
mer. Nous avons ici ung de leurs capitaines qui a esté 
à Dieppe, duquel nous avons sceu le mérite de ce se- 
cours, qui est plus composé de Basques et de Portu- 
gais, et gens ramassés, que de bons soldats; toutesfois, 
puisqu'ils se fortifient d'hommes, nous disons qu'ils 
pensent bien autant à la guerre qu'à la paix. Je sçais 
bien qu'ils diront que c'est le moins qu'ils peuvent faire, 
estans incertains de nos intentions, de s'armer et de se 
fortifier, sans rien oublier à faire de ce qui les peult 
advantager, à quoi je ne me puis opposer; toutesfois 
vous les pouvés faire parler sur cela et sur le conteneu 
de la susdicte lettre de M. de Buzenval , laquelle je vous 
prye de me renvoyer après l'avoir veue, car je n'en ai 
poinct reteneu de double. 

Au reste le roi partira demain d'ici pour poursuivre 
son voyage. Nous avons séjourné ung jour à Chenon- 
ceaux, et ung aultre ici, où le roy s'est purgé, non 
qu'il se trouve mal , mais c'a esté pour asseurer sa santé 
qui est très bonne , Dieu merci. 

Madame de Mercœur est à Rochefort, en intention de 
venir trouver le roy quand il sera à Angers. Elle est 
accompaignee de l'evesque de Sainct Malo et du sieur 
de La Pardieu; mais je crois que son voyage sera du 



A MM. DE BELLIEVRE ET DE SILLERY. i53 
tout inutile ; car le roy veult que M. de Mercœur quitte 
et abandonne du tout la Bretaigne, s'il veult estre son 
ami et avoir paix avec lui, à quoi on n'estime pas qu'il 
acquiesce que par force ouverte ; mais j'espère que 
chacung l'abandonnera, car il n'y a celui qui n'ait desjà 
envoyé devers sa majesté pour faire la paix, de quoi je 
vous escrirai amplement des nouvelles , et le plus sou- 
vent que je pourrai. Sur ce, monsieur, je prye Dieu, etc. 

De Tours , ce 3 mars 1 598. 



LXV. -^-^ LETTRE DE M. DE VILLEROY 

A MM. de Bellievre et de Slîlerj. 

Messieurs, je vous ai escrit de Tours, du 3 de ce 
mois, et je vous escrirai encores la présente, pour 
vous advertir que les gouverneurs des places de Roche- 
fort et Ancenis ont recogneu le roy et juré fidélité à 
sa majesté, à nostre arrivée en ce lieu, où nous avons 
trouvé madame de Mercœur accompaignee de l'evesque 
de Nantes, de Cussé, et des sieurs de La Pardieu et de 
La Ragotiere, qui ont donné à sa majesté toute asseu- 
rance de l'obéissance de M. de Mercœur et de tout ce 
qui despend de lui ; de façon que, si les effects cor- 
respondent aulx paroles , j'espère que nous ferons nos 
pasques en la ville de Nantes, et que nous aurons bien- 
tost mis en repos ces provinces qui en avoient tant be- 
soing, la place de Blavet exceptée , contre laquelle nous 
tournerons toutes nos forces, si bien que j'estime que 
nous l'aurons bientost reduicte à la raison, ou en estât 
qu'elle ne fera plus grand mal. 

L'intention de sadicte majesté n'est pas de laisser la 



l5/| LETTRE DE M. DE VILLEROY 

charge du pays à M. de Mercœur, à quoi il semble qu'il 
s'accorde , tant il est trouvé abandonné de tous les 
siens , car il n'y a pas ung des gouverneurs des places 
qui l'ont suivi , qui n'ait envoyé à part devers sa ma- 
jesté, pour se mettre à couvert sans lui. Je vous dis 
jusques à ses plus intimes amis et serviteurs, tant a eu 
de force la justice de la cause de sa majesté, fortifiée de 
sa présence, accompaignee comme elle est. De manière 
que ledict duc a esté bien conseillé de se soubmettre 
à la bonté de sadicte majesté, laquelle est encores plus 
grande que ne sont ses forces. Dedans deux jours, je 
vous pourrai escrire plus asseureement ce qui s'en 
suivra. 

J'adjousterai que MM. de Bouillon et de La Tre- 
mouille sont veneus à la rencontre de sa majesté jus- 
ques à Tours, lesquels l'ont prié d'excuser le passé, 
et d'attendre d'eulx pour l'advenir toute obéissance. 

L'assemblée de Chastellerault a aussi envoyé quattre 
députés pour conclure et achever du tout les affaires 
qui les concernent ; si bien que j'estime que nous en 
pourrons sortir à Angers où nous allons aujourd'hui; 
mais vous sçavés à quel prix ce sera , car ils n'ont rien 
rabatteu de leur compte ; et pourveu qu'ils soient 
sages et qu'ils recognoissent comme ils doibvent la 
bonté de sa majesté , encores n'en serons nous que 
bons marchands; lesdicts sieurs s'en sont retournés à 
Chastellerault où ils avoient laissé madame la princesse 
d'Orange, pour faire le mariage de mondict sieur de 
La Tremouille avec sa belle fille ; je n'ai poinct encores 
remarqué qu'ils ayent faict offices contraires à vostre 
negotiation ; mais je vois plusieurs personnes depuis 
l'arrivée à Calais des Espaignols, dont je vous ai donné 
advis par mes dernières, doubler grandement de l'isseue 



A MM. DE BELLÎEVRE ET DE SILLERY. I 55 

d'icelle, de quoi nous nous attendons d'estre esclaircis 
au premier jour , par vos premières lettres. 

M. Cécile, accompaigné de deux cent cinquante 
chevaulx , arriva à Dieppe le dernier du mois passé; 
sa majesté lui mande qu'il la vienne trouver par deçà, 
ne pouvant s^en esloingner , afin de ne poinct laisser 
imparfaicte la délivrance entière de ceste province qui 
est desjà si advancee; nous ayant escrit avoir charge 
de sa souveraine de ne poinct traicter avec personne 
qu'il n'ait veu le roy, et lui ait descouvert toutes les 
intentions et le cœur de la royne; de sorte que nous 
ferons venir M. de Maisse , mais les députés de Hol- 
lande ne sont pas encores ici arrivés. 

M. le duc de Savoye s'est mis aulx champs avec 
huict ou neuf mille hommes de pied, et huict cens à 
mille chevaulx, et a assiégé Aiguebelle , comme nous 
a escrit et faict sçavoir M. de Lesdiguieres, qui de- 
mande secours d'argent, avec lequel il dict qu'il ne lui 
manquera poinct de forces pour rompre v et faire avor- 
ter les desseings dudict duc. Vous sçavés ce que nous 
pouvons y apporter; mais le roy proteste, sitost qu'il 
aura achevé ici , de tourner de ce costé là , si les né- 
cessités de nostre fronhere de Picardie le nous per- 
mettent; c'est ce que je vous puis escrire pour le pré- 
sent, avec la bonne et parfaicte santé du roy, et mes 
bien humbles recommandations à vos bonnes grâces; 
pryant Dieu , etc. 

Du 7 mars 1698. 



I 56 LETTRE DE M. DE VILLEROY 

LXVI. — * LETTRE DE M. DE VILLEROY 
A M. Duplessîs. 

Monsieur , puisque madame doibt estre bientost 
vostre hostesse, nous ne faisons pas estât de vous voir 
plus tost qu'elle, combien que/vostre présence soit très 
désirée et nécessaire. Je vous ai escrit par le sieur 
Saurin, comme le roy m'a dict qu'il avoit faict la répri- 
mande aulx officiers de ceste ville , pour avoir faict trop 
peu de compte de l'attentat commis en vostre personne. 
Sa majesté m'a dictencores hier qu'elle la redoubleroit: 
au reste, elle avoit dict aulx parens de Sainct Phal 
qu'il falloit qu'ils le lui représentassent, ou qu'elle 
commanderoit à sa court de parlement de lui faire son 
procès. J'entends que sur cela ils ont proposé et qu'ils 
poursuivent , par le moyen de M. de Schomberg , 
quelque expédient pour sortir de ce bourbier à vostre 
contentement, et à la seureté de la vie et personne 
dudict Sainct Phal; car ils ne le peuvent faire à son 
honneur, tant le forfaict est sale. Mais il me semble 
que cela ne doibve retarder dadvantage vostre veneue 
quand madame sera passée; car il ne fault pas que ni 
par la craincte ni la tentative de cest accord vous re- 
tienne où vous estes esloingné de sa majesté et de son 
service , aulx occasions qui se présentent : toutesfois 
vous en userés comme il vous plaira, et je vous ser- 
virai de tout mon pouvoir. Sa majesté avoit une fois 
commandé passeport pour les députés dont vous m'avés 
escrit ; mais il a esté advisé depuis d'en surseoir l'ex- 
pédition pour deux jours , dedans lesquels nous sommes 
resoleus de l'accord de M. de Mercœur qui traisne en- 



A M. DUPLESSIS. l5*] 

cores plus que le service de sa majesté ne requeroit 
qu'il partist. 

D'Angers, ce 11 mars 1598. 



LXVII. — * LETTRE 

Du duc de Bouillon à M. Duplessis. 

Monsieur, toute la famille vous est obligée, et en 
ce qui est de céans, vous n'avés rien tant à vous, et 
vous prye de tenir pour très asseuré tout ce qui des- 
pendra de nous. Les nopees sont faictes , mais non 
du tout accomplies, s'y estant passé plusieurs jolies 
contestations. Mandés nous, je vous prye, les causes 
de l'accroche du traicté, et si le roy se rendra au siège 
de Blavet , où est l'armée, et soubs qui conduicte. Si 
vous jugés que je puisse servir à vostre affaire, je me 
rendrai sans délai près du roy, pour travailler à vostre 
contentement , tout ainsi que si c'estoit pour mon 
propre fils. Nous avons eu des notes de Languedoc, où 
tout va mal. M. de Sainct Germain est allé à Aubenas 
avec franchise de mer; vous asseurant que vous le 
pourries faire , si vous allés trouver le roy. Je vous 
prye de vous soubvenir de ce qui me touche, demeu- 
rant fixe a l'alternative que je vous ai dicte. Le fer de 
la messe de La Rochelle nous prendra : pour le moins 
fault il mesnager cest affaire par le temps de l'exécu- 
tion, en chargeant les instructions des commissaires, 
en leur en faisant donner commandement. Je vous baise 
les mains et à madame Dupîessis, etc. 

Henry de La Tour. 
Du i3 mars i5g8. 



l58 LETTRE DE M. DUPLESSIS 

LXVIII. — * LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A sa femme. 

M'\mie, j'ai receu tes lettres avec les pièces de 
Drugeon. Je ne le posséderai pas long temps sans les 
employer; car M. de Rheims se faict fort de l'amitié de 
M. de Launay Blavon, et d'ung aultre conseiller à 
Rennes, nommé Aubebert, fort honneste homme, 
pardevant lequel nous le ferons ouïr. Il est question 
de sçavoir seulement s'ils y seront encores, parce que 
leur semestre est fini du dernier de febvrier. Aujour- 
d'hui M. de Villeroy doibt parler au roy , et ce mesme 
jour le roy nous faict parler ensemble, M. dEspernon 
et moi, des la première fois que nous nous trouverons 
devant lui. Je verrai ce que nous pourrons faire pour 
l'excuser. M. de Puysieux est veneu pour me voir en 
mon logis ; mais les premiers jours il n'est pas aisé de 
m'y trouver. Nostre ex triennal s'en retourne avec 
charge de payer le dernier mois non sans difficulté; 
car l'ex thresorier de l'espargne nous voulloit rejetter 
sur la creue des garnisons. M. de Rhosny nous y a faict 
fort bon office, et s'offre fort affectueusement pour le 
principal. Il s'excuse du passé sur ce que le roy crai- 
gnoit de fascher le mareschal de Brissac, jusqu'à ce 
qu'il feust en Bretaigne. Nous verrons maintenant ; il 
fault dire à M. Niotte qu'il presse la levée des garni- 
sons, afin que nous ne soyons plus en peine; mais, 
d'ailleurs, je pense qu'aujourd'hui nous achèverons à 
peu près l'affaire de la relligion , moyennant quoi nous 
serons réglés comme les aultres garnisons. Le traicté de 



A M. DUPLESSIS. i5g 

M. deMercœur ne tient qu'a fort peu. Cejourd'hui arrive 
M. de La Pardieu, qui en apportera la finale conclu- 
sion. Il est aisé à voir au poulx de madame de Mer- 
cœur qu'il ne se peult aultrement. Je la gouvernai hier 
au soir, et non sans me dire qu'elle voyoit mes pré- 
dictions accomplies. Le roy parle de partir lundi. C'est 
à nous à adviser pour nos logis; la pluspart de nos che- 
vaulx sont au pont de Ce. Nous serons mieulx à 
Nantes. J'ai entamé l'affaire des 3o,ooo liv. avec MM. de 
Schomberg et de Rhosny pour en assurer les assigna- 
tions. J'en espère bien; M. de Rhosny m'a aussi asseuré 
le triennal des traictes , receveur et controlleur. C'est 
pour Pulet et pour le nepveu de M. Niotte. Je verrai 
aujourd'hui ce qui se pourra pour M. Peullau. M. de 
Calignon m'a promis de parler vivement à M. de Lus- 
son, et en tout cas despescher à M. Lesdiguieres pour 
la somme entière. Je me suis fort enquis des complices 
de Sainct Phal , mesmes de la plaincte qui a esté ici. 
M. de La Ferriere m'a asseuré qu'il n'estoit poinct de 
l'assassinat. Il n'y sera rien oublié. M. de Malicorne sera 
demain ici. M. de Brissac ne se haste gueres , aussi n'en 
a il pas grand subject. J'ai receu lettres de M. de 
Vaynes. Je suis bien aise que tu ayes veu Dujon , et 
n'oublierai à parler de nos enfans. Je doubte fort que 
M. de Boisguerin ne fera rien ici. J'ai une despesche 
preste pour madame de Rohan ; mais messieurs ses en- 
fans n'y despeschent poinct, et l'attendent à Nantes. Je 
satisferai par la première voye à ses lettres. Au reste , 
je te prye , mets ton esprit en repos. Nous ne trouvons 
ici que des amis. Je t'embrasse, m'amie, de tout mon 
cœur, et supplie le Créateur qu'il te garde et conserve, 
-et toute nostre famille. 

D'Angers, ce 14 mars 1598. 



160 LETTRE DE M. DUPLESSIS, etc. 

Je t'ai mandé ce que j'ai appris de M. Erard. Je trou- 
vai de l'acccord et du desaccord; il ne se peult asseurer 
du temps de la dévotion , et en la conférence qu'a ce- 
lui ci représentée, et ne soient plus les choses si prestes. 
Par le faict de la royne, il en attend response. 



LX1X. — * LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A sa femme. 

IVFamie , tu auras veu le Basque ; depuis sont ve- 
neues nouvelles de Nantes. M. de Mercœur a desjà mis 
les Espaignols dehors , et rendeu à Villebois sa foi et à 
celui de Belin, et doibt venir trouver le roy en ceste 
ville dans la sepmaine oii nous entrons ; cela est cause 
que sa majesté ne bouge pas encores , dont nous ferons 
nos affaires plus paisiblement. Nostre triennal s'en re- 
tourne avec charge de payer le demi mois. Cela faict, 
je suis d'advis que M. Niotte fasse ung tour ici avec nos 
papiers, d'où peult estre le ferai je donner jusqu'à 
Rennes pour ce que tu sais, ou en tout cas quelque 
aultre. Je sçais cependant gouverner l'escuyer. Le roy m'a 
commandé fort expresseement de faire venir M. Erard. 
Je lui en escris ; cela servira aussi à son particulier. 
Nos chevaulx sont au pont de Ce. Le maistre de la 
poste de Chozay , en I-ui faisant passer quelques bleds , 
promit de m'amener cinq cens d'avoine au prix qu'il 
les aura achetées. Elles coulent le double ici , et tout à 
l'advenant. Je verrai aussi demesnager le service de 
nostre bateau. J'ai veu Dujon qui me promit de penser 
sérieusement à ton mal sur les erremens de M. Petit. 

Je t'embrasse, etc. 

D'Angers , ce 1 4 mars 1 598. 



LETTRE DTJ ROY, etc. 161 

LXX. — * LETTRE DU ROY 

A MM. de Bellievre et de SUletj. 

Messieurs de Bellievre et de Sillery, vostre des- 
pesche du 4 de ce mois, que j'ai receue le 9, m'a 
donné à penser quattre jours entiers, durant que j'aie 
peu en commencer la response ; car si d'ung costé je 
désire grandement deschârger mon peuple et moi des 
incommodités et ruynes de la guerre , et pareillement 
contenter nostre sainct père et M. le légat, en bien fai- 
sant à toute la chrestienté; de l'aultre je suis si jaloux 
de ma réputation et de ma foy, que je ne puis per- 
mettre qu'il soit faict chose qui puisse prejudicier à 
l'une, et ne veulx aussi manquer à l'aultre, non plus à 
mes ennemis, si je puis, qu'à mes amis. Vous sçavés 
que c'est le chemin que j'ai suivi jusques à présent en 
la conduicte de mes affaires, duquel je me suis si bien 
trouvé , que je veulx y continuer tant qu'il me sera pos- 
sible ; et, sur ce fondement, je vous dirai que je me 
suis faict lire par deux fois vostredicte lettre , avec 
tous les Mémoires que vous m'avés envoyés, pour mieulx 
entendre les raisons qui y sont deduictes; j'ai mesmes 
veu la lettre que vous avés escrite au sieur de Villeroy, 
et le billet en chiffre que vous lui avés addressé. Tout 
bien considéré, il me semble que je puis passer et 
accorder les articles dont vous avés conveneu avec les 
ambassadeurs d'Espaigne , représentés parl'ung de vos- 
diets Mémoires. 

Encores que je trouve long le terme de trois mois 
qu'ils ont demandé pour rendre Blavet ? voyant qu'ils 

MÉM- DE DUPLESSTS-MORNAY. TWk VIII. I I 



IÔ2 LETTRE DU ROY 

ont jà envoyé quérir en Espaigne le contresigne né- 
cessaire pour faire obéir celui qui y commande; tou- 
tesfois je ne m'arresterai pas à cela quand le reste sera 
accordé; car j'estime comme vous qu'ils ne me ren- 
droient pas les places de Picardie s'ils vouiloient man- 
quer à la restitution dudict Blavet, dedans le temps 
quils promettent, d'autant qu'ils perdroient le fruict 
de la paix; ils ne nous bailleroient aussi les ostages 
qu'ils accordent. x 

Et afin que vous seaehiés mon intention sur le nom- 
bre desdicts ostages, je vous dirai que si vous en pouvés 
obtenir six, la seureté en sera plus grande; partant 
faictes en instances; toutesfois s'ils n'en veullent accor- 
der que quattre, il fauldra s'en contenter; mais deman- 
dés que l'admirai d'Aragon en soit ung, avec ung aultre 
Espaignol de qualité, et pour les deux aultres prenés 
deux seigneurs du pays, et faictes qu'il soit accordé 
que tous lesdicts ostages demeureront entre mes mains 
jusques à l'entière restitution de toutes lesdictes places, 
et mesme dudict Blavet. 

J'eusse bien désiré qu'ils eussent laissé dedans les- 
dictes villes mon artillerie , ou une partie d'icelle ; 
neantmoins ce traicté ne doibt estre rompeu pour cela, 
et trouve bon que le temps de la restitution desdictes 
villes courre depuis le jour que les articles seront si- 
gnés et baillés en garde à M. le légat , et qu'ils soyent 
après expédiés et délivrés en forme authentique; c'est 
à dire signés et scellés de nos seings et sceaulx , devant 
que de venir à ladicte restitution; mais prenés garde 
que sur ce mot authentique, et en la forme accous- 
tumee, ils ne puissent prétendre qu'ils soient vérifiés 
et homologués au parlement. 

Au reste , j'approuve la response que vous leur avés 



A MM. DE BELLIEVRE ET DE SILLERY. i63 
faiçte à la demande qu'ils vous ont faicte pour la sou- 
veraineté de Charolois, laquelle je ne veulx poinct 
quitter aulcunement. 

Je suis content aussi que le différend de nos limites, 
tant du costé d'Artois que de celui de Bourgoigne, 
soyent vuidés suivant le traicté de Tan i55c), ainsi 
que vous leur avés respondeu. 

Et pour le regard de la prorogation de la neutralité 
de Bourgoigne, qui a esté renouvelle pour , les 

sieurs des Ligues se plaindroient si nous en convenions 
sans eulx , et d'autant plus qu'ils sont pleiges et cau- 
tions de l'observation d'ieelle; mais ce sera chose qui 
se pourra faire tousjours par leur entremise, quand 
on vouldra, à quoi l'on me trouvera tousjours très 
disposé. 

Comme à faire délivrer les soldats et aultres subjects 
du roy d'Espaigne qui ont esté mis à la chaisne, tant 
par mon nepveu le duc de Guise que par aultres, pour- 
veu qu'ils accordent et fassent le semblable de leur 
costé. Ils ont les premiers exercé ceste rigueur, qui 
est en vérité très aliéné de mon naturel. 

Mais vous n'avés poinct parlé des aultres prisonniers 
qui sont deteneus de part et d'aultre; demandés qu'ils 
soyent en liberté sans payer rançon , ou bien que les- 
dictes rançons soyent du moins modérées de façon que 
lesdicts prisonniers les puissent payer; ce que je vous 
dis, parce qu'ils taillent si hault ceulx qui tombent 
entre leurs mains, et les traictent si rudement, que la 
plus grande partie y laissent la vie, de quoi je me suis 
plainct souvent, et toutesfois inutilement, comme peult 
tesmoigner le gênerai des cordeiiers; apportés y donc 
quelque remède s'il est possible. 

Quant à l'instance qu'ils nous ont faicte en faveur 






j64 lettre DU ROY 

de nies subjects qui me restent avec eulx , encores que 
par leurs actions, et mesme par l'impertinence de leurs 
demandes conteneues au mémoire qu'ils vous ont baillé, 
ils se soyent rendeus indignes de toute grâce de moi 
et de leur patrie; toutesfois je suis content que l'on 
couche ung article dans ce traicté, semblable à celui 
que vous m'avés représenté par vos Mémoires estre 
dans celui de l'an 1 55g , y adjoustant la restriction du 
traicté de Madrid , avec la dernière clause portée par 
vosdicts Mémoires, afin qu'ils ne puissent rentrer dans 
mes pays sans nostre permission ; mais s'ils insistent 
qu'il soit accordé plus que cela, défendes vous en de 
façon qu'ils soyent esconduicls; car je ne veulx, en 
façon quelconque, recevoir en mon royauime de telle 
sorte de traistres , et moins les conserver en leurs af- 
faires et offices ou bénéfices, quand bien ils en seroient 
deument et légitimement pourveus. 

Mais vous ninsisterés pas dadvantage sur la neutra- 
lité de Cambray, s'ils se despartent de leurs aultrcs de- 
mandes; car mon but n'est pas de desbattre ni contester, 
et moins opiniastrer les choses qui peuvent empescher 
ou retarder la conclusion d'ung bon accord ; au con- 
traire il fault que je vous die que plus Dieu m'envoye 
de prospérités, il augmente le désir et la volonté de 
mettre la chrestienté en repos , comme je vous ai sou- 
vent déclaré. 

Vous aurés sceu, par les advis que je vous ai faict 
donner, comme le duc de Mercœur, sçachant ma ve- 
neue, m'a envoyé sa femme accompaignee de l'evesque 
de Nantes, et des sieurs de La Pardieu et de La Rago- 
tiere, laquelle m'a donné sa foy, et asseuré de son 
obéissance, jusques à me donner sa parole de la remise 
entre mes mains, non seulement du chasteau de Nantes, 



A MM. DE BELLIEVRE ET DE SILLERY. l6/> 
niais aussi du gouvernement du pays deBretaigne. Sur 
cela on a mis par escrit les articles de sa reconciliation, 
lesquels sa femme lui a envoyés par leclict La Pardieu, 
qui doibt estre de retour dans deux jours avec sa re- 
solution; de sorte qu'il ne sera jà besoing que les am- 
bassadeurs du roy d'Espaigne se mettent en aultre peine 
de traicter pour lui. Ledict duc a esté contrainct de 
prendre ce parti, comme le dernier de son salut qui lui 
restoit , d'autant qu'il alloit estre abandonné de tous 
les capitaines des places et forces qui l'avoient suivi , 
tout ainsi qu'il a esté à mon arrivée en ceste ville de 
ceulx de Rochefort et d'Ancenis; car tous avoient en- 
voyé devers moi, et mavoient promis jusques à ses 
plus intimes amis et privés serviteurs, soit que ledict 
duc l'accordast ou non, de me servir, et le quitter s'il 
ne me contentoit ; de sorte que si ledict duc eust re- 
fusé la grâce de ma bonté, et refuse ancores je '^irai 
que Dieu l'aura condamné en son ire pour ses fauites 
passées, afin de le faire servir d'exemple à la postérité, 
pour tous ces advantages que Dieu et la justice de ma 
cause m'ont donné sur lui. Sa femme m'ayant proposé 
le mariage de sa fille avec César, je n'ai pas voulleu 
laisser d'y entendre pour mieulx couvrir la démission 
de son gouvernement, lequel j'ai délibéré mettre au 
nom cludict César, et par ce moyen advancer la^deli- 
vrance de la province et mon desengagement d'icelle; 
à quoi la veneue du sieur Ragazzon , despesché par M. le 
légat, par le commandement de nostre sainct père, ne 
pourra qu'aider; parlant vous en remercierés de ma 
part ledict sieur légat, lui baillant la lettre que je vous 
envoyé qui en faict mention, et lui dires que Dieu 
bénissant toutes les intentions et actions de nostre 
sainct père, comme très justes et légitimes, a voulleu 



i66 LETTRE DU ROY 

encores faire rencontrer heureusement et prospérer 
l'office de sa paternelle bonté envers moi et ledict duc 
de Mercœur en ceste occasion, par prudence et dili- 
gence dudict sieur légat, dont je me sens obligé à sa 
saincteté et à lui aussi. 

Quand j'escrirai à sadicte saincteté, je respondrai à 
la lettre que ledict sieur légat m'a envoyée dedans le 
paquet que ce porteur m'a baillé. J'ai advisé de re- 
tenir ici ledict Ragazzon jusques au retour dudict de 
La Pardieu , pour régler ce qu'il aura à dire audict 
duc, suivant ce que nous rapportera ledict sieur de 
La Pardieu; cependant la veneue dudict Ragazzon, 
divulguée et sceue d'ung chacung avec le subject 
d'icelle, faict quasi autant d'effect que s'il avoit accom- 
pli tout à faict sa légation. 

Ores je vous dirai derechef que tant s'en fauît que 
toutes ces prospérités me diminuent le désir de la paix 
publicque, qu'elles me font mieulx cognoistre le be- 
soing que mon royaulme en a, et partant m'augmente 
la volonté de l'embrasser; je le vous dis confîdemment 
comme à mes bons et fidèles serviteurs, et désire que 
vous le croyés ainsi, et aussi que vous en asseuriés ledict 
sieur légat; et véritablement ce que vous m'avés re- 
présenté par vos lettres de la procédure des ambassa- 
deurs, avec lesquels vous traictés, et des propos qui 
vous ont esté teneus de la part du cardinal d'Autriche, 
m'y confortent grandement; car je priserai tousjours 
l'amitié de ceulx qui font cas de la mienne, et feront 
profession de garder leur foy et de procéder sincère- 
ment en mon endroict, comme vous pourrés dire aulx- 
dicts sieurs ambassadeurs. 

Mais si je suis bien édifié de lui, il fault que je vous 
die que je le suis très mal du duc de Savoye, et de la 



A MM. DE BELL1EVRE ET DE SILLERY. 167 
procédure de son ambassadeur , qui veult me faire 
croire que j'ai accepté nostre sainct père pour arbitre 
de nos différends à sa poste. La response que je fis à son 
captieux du 6 mai dernier passé est si claire, au con- 
traire, que l'on n'en a peu doubter, comme vous leur avés 
très bien remonstré. Dadvantage, quel compte a il faict 
depuis de l'accepter? Il dict que la guerre l'en a em- 
pescbé; à quoi vous avés respondeu pertinemment. Il 
feroit beaucoup mieulx d'advouer que les Espaignols 
l'en ont diverti, de quoi le bannissement du comte Mar- 
tinnengue , et le mauvais traictement que plusieurs 
aultres ont receu pour avoir favorisé nostre accord , 
rendent bon tesmoignage. Il auroit meilleur compte de 
moi s'il procedoit plus sincèrement. J'ai proposé le pre- 
mier l'arbitrage de sa saincteté, plus désireux de vivre 
en paix avec mes voisins , qu'estonné de ses armes ni 
de ses practiques en mon royaulme , pour lesquelles fo- 
menter vous sçavés qu'il m'envoya, par deuxTois, son 
Jacob, au lieu du président Rocbette, avec des ouver- 
tures et demandes si impertinentes , que lui mesmes 
avait honte de les desbattre. Mais son but estoit de faire 
durer sa negotiation exprès pour pouvoir mieulx cou- 
vrir ses menées, et, soubs prétexte de reconciliation, 
exciter des séditions et rebellions nouvelles en mon 
estât , dont Dieu a destourné les effects par son accous- 
tumee bonté. Mais sa procédure bien vérifiée, comme 
vous sçavés qu'elle est, nous a faict cognoistre sa mau- 
vaise foi , laquelle , entre princes qui font profession 
d'honneur, n'est excusée ni couverte du prétexte de la 
guerre. Et vous dirai que , quand il n'y auroit d'aultre 
raison et considération qui ne desmeuvent de consen- 
tir à la demande, celle ci m'y feroit resouldre, et seroit 
suffisante aussi pour me desengager de l'acceptation 



i68 LETTRE DU ROY 

dudict arbitrage , quand bien ma response s'accorderoit 
avec sa demande ; ce qui n'est pas. Ce que je vous 
escris plus pour vous représenter mon indignation , et 
le peu d'occasion que j'ai de me fier aulx paroles et à 
la foi dudict duc, que pour fortifier les raisons avec 
lesquelles vous avés desbatteu et rejette ladicte de- 
mande. 

A quoi j'adjousterai que, s'il ne nous avoit trompé 
qu'une fois, peult estre en rejetterois je la faulte sur ses 
ministres; mais qu'a il faict aultre chose depuis qu'il a 
renoncé à l'alliance de France pour s'attacher à celle 
d'Espaigne? Feut ce pas en pleine paix qu'il prit sur le 
feu roy, et à la France , le marquisat de Saluées, alors 
que moins on se doubtoit de sa foi , et qu'il avoit aussi 
moins d'occasion de la violer ? Que n'a il faict depuis 
et entrepris contre moi , tant en Provence , Daulphiné, 
Lyonnois, qu'ailleurs? Encores que je ne l'aye oncques 
offensé , et que pour l'honneur que je porte à la mé- 
moire de ma bonne tante sa mère, je l'aye souvent as- 
seuré de mon amitié; et maintenant il veult triompher 
de sa perfidie aulx despens de mon honneur et de ma 
couronne, voullant retenir ledict marquisat. C'est chose 
que je ne puis digérer; et ne puis aussi me persuader 
que le roy d'Espaigne , qui faict profession d'équité , 
lui ait donné conseil de le retenir, comme dict son am- 
bassadeur; et moins qu'il veuille le soubstenir en son 
usurpation, qu'il accorde, pour le bien de la paix , de 
me rendre toutes les places de mon royaulme qu'il a 
acquises et prises par ses armes en guerre ouverte; et 
partant, qu'il peult dire siennes à bon tiltre , et qu'il 
soit loisible audict duc de retenir celles qu'il a desro- 
bees et usurpées en temps de paix, et soubs prétexte 
d'amitié. Je ne puis croire qu'il l'entende ainsi; et quand 



A MM. DE BELLIEVRE ET DE SILLERY. 169 
il seroit vrai , transporté de son interest ou d'aultres 
considérations, c'est ung poinct que l'on ne gaignera 
jamais sur moi; la honte et le dommage m'en seroient 
insupportables. 

Je considère bien qu'en m'en remettant au jugement 
de nostre sainet père, tant s'en fault que je quitte le- 
dict marquisat audict duc; que je doibs espérer que sa 
saincteté me fera justice, et me conservera le droict que 
j'y ai ; car je ne me doibs aulcunement desfier de sa jus- 
tice ni de sa bonté , non plus que de mon droict , 
comme véritablement je ne fais. Mais pourquoi remet- 
trois je au jugement d'ung tiers ung héritage qui m'ap- 
partient si justement et à bon tiltre , pour contenter 
ledict duc, qui m'a offensé en tant de sortes? Si l'on 
veult que je le fasse pour ung bien de paix, il fault 
que je sois devant réintégré en ma possession, de la- 
quelle j'ai esté spolié injustement, ou du moins qu'elle 
soit séquestrée et mise en main tierce , pour me garan- 
tir de la violence avec laquelle il ma esté usurpé et 
m'est encores desnié. Si l'on veult faire lung ou l'aultre, 
je suis content de soubmettre au jugement de sa sainc- 
teté le droict que j'ai audict marquisat ^ avec tous les 
aultres différends que j'ai avec ledict duc; mais je ne le 
veulx faire aultrement; car je ne me puis confier en sa 
foi , ni me faire ce tort que de céder à son obstination, 
comme je ferois si j'accordois ledict arbitrage, consen- 
tant que ledict duc feust cependant receu en ladicte 
paix , et que les choses demeurassent entre nous en 
Testât qu'elles sont, avec la liberté du commerce, 
comme il a esté proposé; car je vivrois en perpétuelle 
craincte et défiance de sa foi; et je sçais bien qu'il n'en 
recevroit aulcung mal de la mienne. Il fauldroit que je 
demeurasse tousjours en armes en Daulphiné, en Bour- 



170 LETTRE DU ROY 

goigne, en Bresse, en Lyonnois et en Provence, et par- 
tout ailleurs, tousjours sur mes gardes contre ses prac- 
tiques et menées ordinaires en mon royaulme. Et si 
Dieu disposoit de nostre sainct père , ou il me fauldroit 
soubmettre au jugement de son successeur, de la fa- 
veur duquel en justice j'aurois peult estre occasion de 
n'avoir la fiance que j'ai de sa saincteté, ou il fauldroit 
que je l'offensasse; car comment aultrement le pour- 
rois je refuser? Ce sont des peines et accidens que je 
veulx esviter de tout mon possible. 

Us ont parlé d'eschanges des forts de Barrault et de 
Charbonnières; cependant ledict duc a assiégé le der- 
nier à force ouverte, lequel peult estre il prendra de- 
vant la conclusion de nostre traicté; quoi advenant, le- 
dict fort de Barrault luy demeurera pour entreprendre 
sur moi, et je n'aurai moyen de l'en empescher ni de 
rien revancher. Je ne veulx poinct vivre et demeurer 
ainsi avec lui; il fault que je sorte tout à faict d'affaires 
avec lui comme avec les aultres, ou que nous conti- 
nuions à nous battre et faire la guerre. 

J'ai bien considéré ce qui est porté par vostre billet 
escrit en chiffre, et pareillement l'asseurance qui vous 
a esté donnée que ledict arbitrage ne retardera la res- 
titution des places accordées par les Espaignols, avec 
l'advantage que j'en puis recevoir, et les changemens 
que la mort du roy dEspaigne peult apporter en ce 
faict, avec tous les aultres poincts que vous m'avés très 
sagement et fidèlement représentés par vosdictes lettres 
et mémoires. Toutesfois tout cela n'est suffisant pour 
me faire avaller la honte , et adoulcir la playe que la 
France et moi recevrions cedans à l'injuste demande et 
obstination dudict duc. 

Dadvantage je ne puis croire que ledict roy d'Es- 



A MM. DE BELL1EVRE ET DE SILLERY. 171 
paigne , qui a autant besoing et doibt avoir autant de 
désir de la paix que moi , s'en veuille priver pour le- 
dict duc, et pour le soubstenir en une si mauvaise 
cause, ni que ledict cardinal d'Autriche, qui a tant 
d'interest à ladicte paix , laisse à la conclure pour fa- 
voriser ledict duc, lequel peult estre s'opiniastre exprès 
en ce faict , pour empescher ou retarder ladicte paix , 
et, par ce moyen, troubler ou rompre par jalousie ou 
aultrement le mariage de l'infante, et le priver du fruict 
de la donation que lui a faict ledict roy d'Espaigne en 
faveur d'icelui, comme je désire que vous fassiés sen- 
tir aulx serviteurs dudict cardinal, lequel je vouldrois 
bien, comme je vous ai desjà escrit, pouvoir séparer 
de la cause dudict duc; car si cela pouvoit s'effectuer, 
je vous assure que je le visiterois fort volontiers au par- 
tir de ce pays; mais je ne m'y veulx plus attendre, 
ayant veu ce que vous m'en avés escrit. Au contraire, 
j'espère que ledict cardinal à la fin tirera avec lui à la 
raison ledict duc; de sorte qu'il m'accordera la restitu- 
tion dudict marquisat et de tout ce qui m'appartient, 
comme aussi j'offre de lui rendre ce que je tiens de 
lui. Partant, je vous prye d'en faire nouvelle instance, 
et me donner advis de la dernière solution qui s'y 
prendra. 

Cependant les ambassadeurs d'Angleterre et de Hol- 
lande pourront arriver auprès de moi ; ceulx là estans 
jà à Paris , d'où ils doibvent s'acheminer ençà au plus 
tost ; mais je n'ai poinct encores eu advis du passage 
des aultres, de quoi je suis en très grande peine. J'en- 
voye présentement devers eulx pour les haster. Et en- 
cores que je me sois conduict en ceste occasion , en- 
vers ladicte royne et les estats des Provinces Unies, de 
façon qu'ils ne peuvent avec raison se plaindre de moi; 



172 LETTRE DU ROY 

ains doibt estre deschargé du debvoir de nostre alliance. 
Neantmoins je vous dirai confidemment que je serai 
très aise de voir lesdicts ambassadeurs , leur dire mes 
raisons et entendre les leurs , devant que de conclure 
du tout, ou pour le moins manifester ledict accord. 
Joinct que je crains, icelui resoleu, que ledict sieur 
légat s'en veuille revenir, et que lesdicts députés audict 
cardinal d'Autriche se retirent et séparent, de manière 
qu'il y ait peine après de les rassembler pour traicter 
les affaires des aultres. Au moyen de quoi je vous prye 
de prendre parole et asseurance dudict sieur légat et 
desdicts députés , quand bien lesdicts articles seroient 
signés , qu'ils ne desemparent pour le moins que le 
terme de la restitution de mes places estant expiré, on 
n'ait commencé à l'exécuter , quand ce ne seroit que 
pour faciliter toutes choses , et pourvoir sur le champ 
aulx difficultés qui y pourroient survenir. 

Au demeurant, j'ai remarqué qu'en toutes vos lettres 
et mémoires il n'est faict mention aulcune du rpyaulme 
de Navarre; de sorte que j'estime que vous aurés jugé 
plus à propos de n'en poinct parler, de quoi vous sça- 
vés que je me suis remis à vous. Neantmoins j'aurai 
tousjours à plaisir de sçavoir les raisons qui vous ont 
meu de suivre ce chemin plustost que celui que vous 
aviés projette. Partant, vous m'en advertirés par vos 
premières lettres. 

Vous m'esclaircirés aussi si lesdicts ambassadeurs 
sont d'accord de n'adjouster aulcune chose aulx articles 
que vous m'avés envoyés. 

Surtout je ne veulx pas m'obliger de me séparer de 
l'amitié de mes alliés , combien qu'ils demeurent en 
guerre avec les Espaignols, afin qu'ils ne me reprochent 
que je ne sois accordé à leurs despens. Au contraire , 



A MM. DE BELLIEVRE ET DE SILLERY. ^3 

je reviens à ma première opinion , portée par vostre 
instruction , qui est que si vous pouvés tomber d'ac- 
cord du faict dudict duc de Savoye , vous demandiés 
et obteniés , s'il est possible , une trefve et cessation 
d'armes d'ung an, pour ladicte royne d'Angleterre et 
lesdicts estats , afin de leur en présenter le cboix , et, 
par ce moyen , leur donner du temps pour penser à 
leurs affaires, et leur oster toute occasion de se plaindre 
que je les aye laissé en peine; mais je vouîdrois que cela 
feust teneu secret jusques à ce que j'eusse parlé à leurs- 
dicts députés, et sceu leur délibération. 

Ce n'est pas la mienne d'envoyer à vostre assemblée 
aultres personnes pour conclure et accorder ce traicté, 
ni en signer les articles, que vous principalement, que 
le temps de la reddition susdicte de mes villes, duquel 
vous aurés conveneu , ne soit expiré, et qu'il ne faille 
manifester et exécuter lesdicts articles. 

Quant au chasteau d'If, je n'estime pas qu'il soit à 
propos d'en parler; au contraire, je suis d'advis que le 
grand duc soit par nous compris et nommé en ceste 
paix comme ung de mes alliés et amis ; car je veulx 
croire qu'il me fera raison dudict cbasteau , sur l'in- 
stance que j'ai advisé de lui en faire faire par l'evesque 
de Rennes; et quand ainsi seroit qu'il me le desnieroit, 
il me sera tousjours facile d'en tirer raison par aultre 
voye, sans qu'il soit besoing pour cela d'obliger les 
Espaignols, et d'autant plus que c'est chose que je ne 
puis attendre d'eulx ; qu'ils ne me demandent et veullent 
obliger aussi de n'assister tous ceulxaulxquels ils seront 
contraincts de faire la guerre pour recouvrer le leur. 
Parlant, il me semble qu'il vaultmieulx taire ce poinct 
que de le remuer à telle condition, et ni profîcter aultre 
chose. 



174 LETTRE DU ROY 

Quant à l'asseurance de ne rien entreprendre les 
ungs sur les aultres, tant de ma part que de celle du- 
dict cardinal, durant ceste negotiation , en attendant 
l'accord et signature des articles d'icelui , qui vous a 
esté proposé par le père gênerai , je ne désire pas y en- 
tendre, parce que je sçais bien que si je le promets, je 
l'observerai, et redoubte que les aultres le fassent; et 
toutesfois nous nous v endormirions tellement à la fran- 
çoise, que je craindrois qu'il en arrivast quelque incon- 
vénient. Partant, excusés vous en doulcement, et con- 
tinués à m'advertir soigneusement, comme vous avés 
commencé, de toutes occurrences. 

Il fault que je vous parle encores d'ung poinct; c'est 
que mes subjects de la relligion pretendeue reformée 
qui ont envoyé ici leurs députés pour resouldre leurs 
affaires , continuent à faire grande instance que les 
lettres de marque entre ceulx du comté de Venisse et 
eulx soient jugées par la chambre mi partie de Gre- 
noble , ou bien par les juges des lieux, comme il est 
porté par le traicté et accord de Nismes, qui a esté faict 
avec les officiers du pape , et confirmé par lui , sans 
abstreindre les parties à se pourvoir par devant moi, à 
cause de la distance des lieux et de la fréquence des 
injustices qu'ils disent leur estre faictes audict comtat, 
et des frais que cela leur apporteroit. Et comme il leur 
a esté remonstré que je ne pouvois desnier à sa sainc- 
tete la cognoissance desdictes lettres contre ses subjects, 
puisque j'en use ainsi à lendroict de ceulx des aultres 
princes mes voisins , et mesme à lendroict des Espai- 
gnols, ils ont respondeu que les officiers du pape, meus 
de la considération de la relligion, font gloire et cous- 
tume de saisir leurs biens et de les maltraicter, de sorte 
qu'ils ont à desmesler tous les jours quelque chose avec 



A MM. DE BELLIEVRE ET DE S1LLERY. i *]$ 

eulx; ce qui ne se passe ainsi avec les aultres princes. 
Dadvantage ils disent que ledict accord de Nisines a esté 
faict autant pour le repos et bien des subjects du pape, 
que pour le leur. Que si on le veult violer en ung 
poinct, il ne sera gardé et observé aulx autres, et qu'il 
en arrivera du mal , de quoi ils s'asseurent qu'ils s'en 
plaindront les premiers. On a proposé sur cela de faire 
que ladicte chambre mi partie reçoive les plainctes que 
mes subjects pourroient faire desdictes injustices, et 
qu'elle me donne advis sur icelles; sur lequel je com- 
manderois après lesdictes lettres de marque, ou bien 
de nommer et députer des a présent sur les lieux trois 
personnes du costé du pape, et trois du mien, pour 
vuider lesdictes plaintes, et en ordonner par l'amiable; 
mais ceulx de ladicte relligion ont rejette ces deux ou- 
vertures , persistans à ce que ledict traicté de Nismes 
feust suivi en tous les poincts. 

Si on leur refuse ladicte chambre , en quoi je me 
trouve bien empesché ; car , d'ung costé , je ne veulx 
poinct donner occasion ni subject à sa saincteté de se 
plaindre en aulcune façon de moi ; et je vois d'ailleurs 
que ceci engendrera tost ou tard du trouble et de 
grandes querelles entre ceulx dudict comtat et mes sub- 
jects, que je ne pourrai pas après appaiser quand et 
comme je vouldrai. 

Je vous prye d'en conférer avec ledict sieur légat, et 
m'en mander sur ce vostre advis. Cependant je surseoi- 
rai ceste résolution, à ce qu'il ne soit rien ordonné ni 
faict au contraire à ce qui a esté faict à ceulx dudict 
comtat en faveur de sa saincteté ; mais en vérité je 
crains qu'à la longue ils s'en trouvent mal , et que j'en 
sois en peine quelque jour. Je prye Dieu , messieurs , etc. 

Du 4 mars 1698. 



176 LETTRE DU ROY 

LXXT. — * LETTRE DU ROY 

A MM. de Bellievre et de Sillery, 

MM. de Bellievre et de Sillery, mon aultre lettre 
estoit faiete quand j'ai receu la vostre du 7 de mois \ 
sur laquelle j'ai pris resolution d'entendre à l'ouverture 
que vous a faiete le père gênerai des cordeliers, par la 
seureté réciproque de nos villes et places de frontière 
durant vostre negotiation et pourparler de paix ; par- 
tant , je vous dirai que je trouve bon que vous don- 
niés ma parole à qui il appartiendra; que mes gens de 
guerre ne aultres estant à mon service, n'entrepren- 
dront rien sur les villes et places du roy d'Espaigne 
jusques à la fin du mois d'apvril, que pourra donner 
ladicte negotiation , pourveu que l'on vous donne celle 
du cardinal d'Autriche; qu'il ne sera aussi faict aul- 
cune entreprise par ses gens sur les miennes; et s'il 
fault en mettre quelque chose par escrit, pour plus 
grande seureté , je vous permets de le faire ; mais je 
désire que ledict escrit demeure entre les mains de mon 
cousin le cardinal de Florence, afin qu'il soit teneu 
secret. 

Je vouldrois aussi que ladicte asseurance feust géné- 
rale, afin qu'elle comprist aussi bien mes villes de Cham- 
paigne que celles de Picardie; toutesfois je vouldrois 
que pour cela on ne laissast pas de faire la guerre de 
part et d'aultre en la campaigne, afin que l'on ne 
puisse dire que j'aye faict une trefve , ou une cessation 
entière d'armes; car mésalliés, si je l'avois accordé, 
s'en plaindroient autant que si j'avois faict la paix 
entière. 



A MM. DE BELLIEVRE ET DE SILLERY. 177 

Traictés cela donc , je vous pryc , de façon que 
snesdictes places demeurent asseurees, et que mes 
,'alliés n'ayant occasion de me reprocher la parole que 
je leur ai donnée, et advertissés incontinent mon cou- 
sin le connestable de ce que vous aurés arresté; car 
je lui donne présentement advis du commandement 
que je vous en faict , dont il fauldra aussi qu'il adver- 
tisse mon nepveu le duc de Nevers, en cas que la 
Champaigne soit comprise en ladicte asseurance. 

J'adjousterai encore ung poinct sur le subject de 
mon aultre lettre; c'est que je désire que vous obte- 
niés , de ceulx avec lesquels vous traictés , que la garni- 
son de Blavet soit diminuée et reduicte en moindre 
nombre de gens que faire se pourra , après que nous 
aurons signé et consigné entre les mains dudict sieur 
légat ledict accord , jusques à ce que ladicte place me 
soit rendeue , afin de me délivrer de la jalousie et dis- 
pense en laquelle les forces qui sont de présent en 
ladicte place y demeurant me tiendroient durant ledict 
temps ; car elles ne sont pas moindres aujourd'hui que 
de deux mille cinq cens hommes , et la place peult estre 
gardée à beaucoup moindre nombre, joinct que, quand 
nous aurons signé lesdicts articles , il ne nous sera loi- 
sible d'entreprendre les ungs sur les aultres. 

Renvoyés moi incontinent ce porteur, et par lui la 
resolution que vous aurés prise , et eue sur la présente 
et sur ma première lettre; et sur ce je prye Dieu, 
messieurs, etc. 

Du 4 mars 1598. 



MÉ?,r. DS DlfPLESSIS-MoRNAY. TOME VIII. I 2 



i*]$ LETTRE DE M. DE VILLEROY 

LXXIL — * LETTRE DE M. DE VILLEROY 

A MM. de Bellievre et de Sillerj. 

Messieurs, vous cognoistrés par la lettre que le- 
roy vous escrit , que je lui ai leu la vostre du l\ de ce 
mois, apportée par La Fontaine, et que sa majesté a 
considéré et espluché tous les poincts de vostre des- 
pesche , et fauît que je vous die que je ne vis jamais 
sa majesté si picquee et altérée, que je l'ai veue sur 
ce faict de Savoye ; car elle n'eust jamais creu que Ton 
lui eust dict si destroussement que l'on ne lui rendra 
jamais le marquisat de Saluées; et après la voulloir 
forcer et obliger à se soubmettre à l'arbitrage de nostre 
sainct père à la poste dudict duc , je lui ai représenté 
sur cela vostre billet en chiffre , avec les advantages ou 
desadvantages qui lui peuvent advenir d'accepter ou 
refuser ceste ouverture ; colligés de vos lettres et du 
jugement que j'en puisse faire ; mais comme rien ne 
l'esmeut tant que la conservation de son honneur et 
de sa parole, elle dict qu'elle ne peult céder ledict 
marquisat à l'injuste demande dudict duc , sans faire 
honte à soi et à la France , et qu'elle ne veult poinct 
faire la paix, si elle ne la faict entière et asseuree; car 
elle dict que pour ne la faire qu'à demi, elle offensera 
autant ses alliés que si elle la faict générale. 

Sa majesté estime beaucoup le recouvrement de ses 
villes; mais elle ne prise pas moins l'amitié de ses alliés 
et sa réputation; il fault donc trouver quelque aultre 
expédient de la contenter sur le faict de Savoye qui 
vouldra faire la paix. 



A MM. DE BELLIEVRE ET DE SILLERY. I79 

Je ne vous en puis faire d'ouverture, parce que je 
n'en ai aulcune charge, et que j'ai trouvé sa majesté 
ferme et constante au recouvrement dudict marquisat; 
toutesfois je vous dirai que si on voulloit nous rendre 
Berre des à présent pour gage et asseurance de l'ac- 
complissement dudict arbitrage, peult estre que cela 
y feroit entrer sa majesté , et aussi que ledict duc pro- 
mit de n'assister poinct la fortune qui est dedans 
Seurre , si après nostre accord il refusoit d'obéir au roy 
contre sa promesse, jà donnée à sa majesté par lui de 
la servir; car sa majesté ne veult demeurer avec tant 
d'espines au pied de tous costés , lesquelles la contrain- 
droient d'entretenir des garnisons partout, qui lui 
cousteroient aussi cher qu'une armée, et tient pour 
certain que, s'il lui arrivoit quelque accident, que ledict 
duc avec les advantages qui lui demeureroient lui feroit 
pis que jamais; c'est pourquoi sa majesté a pris la re- 
solution qu'elle vous escrit, de laquelle Dieu nous 
donnera telle isseue qu'il lui plaira; mais, pour mon 
regard , je ne suis pas d'à cl vis , quoi que l'on vous y res- 
ponde, que vous rompiés du tout la paille, parce que 
ce seroit ung bien grand malheur de perdre l'occasion 
qui se présente à nous de bien faire à tous , et de nous 
mettre en paix ; mais , parmi le monde, il y en a de si 
subtils et desfîans qui nous veulïent faire croire que le 
susdict duc de Savoye s'opiniastre à la rétention du 
susdict marquisat de Saluées par l'advis et par le con- 
sentement mesmes du cardinal Albert d'Autriche, et 
des sieurs président Richardot et commandeur Taxis, 
pour rompre tout à faict ce traicté desjà bien advancé, 
jugeans bien que nous ne passerons jamais en aulcune 
façon ce poinct, et partant qu'ils en retireront leur 
«spingle sans reproche, ayant desjà recogneu que le 



180 LETTRE DE M. DE VILLEROY, etc. 

bruict de la paix n'a proficté , comme ils esperoient , 
pour nous diviser d'avec les provinces unies des Pays 
Bas, et les esmouvoir à traicter avec eulx; toutesfois je 
ne suis de leur advis. 

Nous en serons esclaircis par les evenemens ; sur ce, 
messieurs, je prye Dieu, etc. 

Du 14 mars 1598. 



LXXIII. — ^LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A sa femme. 

M' amie , voyant que le roy passera ici la feste , et 
séjournera à Nantes pour la teneue des estats , j'ai pensé 
de renvoyer nos chevaulx qui sont fort incommodés et 
chèrement, sauf trois que nous retenons pour la néces- 
sité. Pilet aussi s'en va pour l'affaire que tu sçais. Je ne 
sçais plus qu'adjouster , sinon te pryer de toute mon 
affection d'avoir soing de ta santé, et de mettre ton 
esprit en repos en la conduicte de Dieu , qui a tous- 
jours eu soing de nous. Je t'embrasse , etc. 

D'Angers, ce i5 mars i5g8, au matin. 



LXX.IV. — * ARTICLES VIII ET XXVI 

Du registre de V assemblée générale , teneue a 
ChastelleraulL 

Le sieur de Gourtaumer ayant représenté l'impor- 
tance de certain hasvre de Normandie , et combien il 
seroit profictable pour ladicte province s'il estoit tant 
soit peu fortifié et habité , et que celui à qui il appar- 



ARTICLES , etc. j 8 i 

tient le veult rendre, et que pour le bien des Eglises, 
ladicte province l'a requis de l'acheter, ce qu'il feroit 
s'il estoit assisté par le gênerai, tant pour la garde que 
pour aider à le fortifier; l'assemblée ayant sceu l'im- 
portance dudict lieu et commodité du hasvre, et faci- 
lité de le fortifier, a ad visé de faire couler vingt cinq 
hommes soubs la garnison de Saulmur , et vingt sur 
celle de Niort, par Testât qui sera envoyé en court, 
pour estre employés par le conseil de ladicte province 
à la garde dudict lieu , soubs la garde dudict sieur de 
Courtaumer, s'il en acheté la propriété, ou en telle 
aultre place qu'il advisera pour le bien de la province; 
et sera escrit au sieur Duplessis et de Parabere pour 
le trouver bon , et donner la paye dudict nombre 
d'hommes audict sieur de Courtaumer. 

Du i5 mars i5g8. 



- V*^%**- V-%.%.^ •- 



LXXV. — * LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A sa femme. 

M'amie, j'ai receu tes lettres des \[± et i5. M. Dujon 
travaille pour ta maladie sur le mémoire de M. Petit, 
qu'il approuve fort. Je l'en entretins hier au soir, et 
attendois cejourd'hui son escrit, selon sa promesse. 
Je ne sçais s'il aura esté occupé auprès de madame du 
Fresne, qui a eu ung accès de fiebvre. Il m'a semblé 
estimer que la saignée te seroit fort bonne , sans tirer 
plus d'une palette de sang, et neantmoins il a encores 
voulleu penser. Lorsque tu verras qu'il sera à propos, 
je le pryerai de nous donner ung mois; mais sur ce que 
tu me touches au dessus de la lettre, tu peuix penser 



182 LETTRE DE M. DUPLESSIS 

quel plaisir ce me seroit que ta santé te peust porter 
à Nantes pendant le séjour que nous avons à y faire, 
et cependant je n'ose ni me le promettre ni te le per- 
suader, mesme ne sçais si je me doibs resjouir de ce 
beau temps , tant toutes choses en ceste maladie me sont 
suspectes. Le roy passera ici les festes. Le traicté de 
M. de Mercœur est accordé, mais il fault qu'il soit 
vérifié. MM. de Rohan entrent en toutes leurs maisons, 
et ainsi des aultres. J'ai parlé à l'escuyer qui m'a 
promis de desposer. Cbesneau et Gâteau, chirurgiens, 
dressent leur rapport. On m'a aussi parlé d'ung boulan- 
ger qui en peult parler. M. de Launais Blavon sera à 
Rennes tous les trois mois; mais M. Audebert qui le 
debvoit ouïr est à Orléans. Je fais demain resouldre 
M. de Rheims de quelque aultre, en qui nous ayons 
pareille confiance. Je crois qu'il nous y fauldra en- 
voyer M. Niotte, et pour l'escuyer, le pryer d'aller à 
Tours. Par ainsi , nous n'aurions affaire d'une troi- 
siesme commission. Le roy a parlé fermement à M. de 
Là Rochepot et aulx officiers. Il me dict qu'ils le voul- 
leurent payer d'excuses, mais qu'ils estoient estonnés: 
hier aussi, il déclara à M. de La Rochepot que si, 
dans fort brefs jours, on ne lui representoit Sainct Phal , 
il ordonneroit ta ses gens à Paris de lui faire faire son 
procès. Je l'ai fort pressé de limiter le terme; il a dé- 
siré temporiser deux ou trois jours, pendant lesquels 
M. de Mercœur preste son serment. Il voit que le ma- 
reschal de Brissac marchande à le venir trouver, et 
craint des traverses. Il en sera encores pressé demain 
malin et de bon endroict. Ce soir, M. d'Espernon et 
moi estions assignés pour nous faire parler ensemble; 
mais le cerf a mené le roy plus loin qu'il ne voulloit , 
tellement qu'il n'est poinct de retour. M. de Calignon 



A MAD/VME DUPLESSIS. l83 

ira demain voir M. de Lusson exprès pour en retirer 
une forte despesche. S'il la baille, je suis d'advis de 
l'envoyer par Puisieux , et lui donner aussi charge vers 
Charon. S'il y reste difficulté, j'en ferai faire une unie 
à M. Desdiguieres, et tousjours en tout cas pour les 
mille escus. Il n'y sera enfin rien omis. Le grand conseil 
doibt venir en ce pays, mesme est en doubte de s'ar- 
rester a Saulmur. Ce nous sera une commodité pour 
sortir de Bruzac, et je manderai à M. Charon d'y venir. 
Je me desmesle du 3i 3 de 4 doulcement pour pt. 32 
f. 28. 4- Y a consenti plus qu'on n'a voulleu sans que 
j'en aye parlé encores à Pr. On faict estât d'employer 
deux cent mille escus pour le dégager des créanciers, 
pris de la couronne, qui seroit ung moyen d'asseurer 
la partie de 2. Je suis en bon train pour trente mille 
livres; mais il y fauldra trois années. Si M. Niotte vient 
ici, nous ferons aussi pour les fortifications. Il ne fault 
pas qu'il oublie d'apporter ce qu'il a du don qui nous 
est commun à M. de Souvray et à moi. Nous debvons 
recevoir asseureement les cinq cens livres de M. de 
Schomberg, premier qu'il parte pour aller à Nantes, 
c'est à dire, en dedans mercredi. Je suis d'advis de lais- 
ser passer le terme à M. Pena. La maladie de Dumau- 
rier me met en peine. Je crains aussi que tu ne de- 
meures sans argent. M. de Rohan s'en va quérir ma- 
dame sa mère au Parc présentement. J'en reçois lettres 
que je t'envoye. Tu verras ce qu'elle m'escrit de M. de 
Cargroy. Je tascherai d'estre bien logé à Nantes, où le 
roy enverra d'Escure, fort habile homme, pour dis- 
poser toutes choses. Le roy arrive tout présentement. 
Je ne sçais si je le verrai à ce soir, parce qu'il est tard. 
Et sur ce je t'embrasse de tout mon cœur, et supplie 



l8/ t LETTRE DE M. DUPLESSIS, etc. 

le Créateur qu'il te garde et conserve, et toute nostre 

famille. 

D'Angers, ce 16 mars i5g8. 



LXXVI. — * LETTRE 

De MM. de Bellievre et de Sillerj a M. de Villeroy. 

Monsieur, nous avons à vous remercier du soing 
que vous avés à nous tenir advertis et instruire de ce 
qui nous peult aider et servir nostre maistre, comme 

vous scavés estre son intention. 

•> 

Vous craignes que l'on ne cherche de nous abuser et 
amuser en nous paissant de vaines espérances ; ceste 
craincte nous est commune avec vous; mais, comme 
nous vous avons escrit ci devant, nous jugeons des 
hommes par l'interest ; et, si nous ne sommes fort trom- 
pés, le cardinal d'Autriche a le mesme interest que 
nous , que ce qui nous sera promis soit observé et 
exécuté. 

Ce traicté est principalement pour la France et les 
Pays Bas. Quant à la France, nous ne laschons rien , et 
ne croirons pas aulx paroles ; nos mains auront des 
veulx, elles croiront ce qu'elles verront. Pour le regard 
des Pays Bas , ledict cardinal , entre les mains duquel 
est la negotiation, traicté pour establir sa grandeur, 
et non pas pour contenter l'ambition des Espaignols , 
qui ne voyent pas volontiers le desmembrement de tant 
de provinces d'avec le royauîme d'Espaigne ; c'est pour- 
quoi il y a apparence qu'il hastera plustost qu'il ne 
reculera la restitution des places dont nous traictons ; 
la chose estant commencée, comme ils offrent de faire, 



LETTRE, etc. i85 

en bref, ce seroit trop de sottise à eulx de ne l'ache- 
ver. C'est pourquoi nous nous fions aiseement à ce que 
promet ledict cardinal , pour ce qu'il a autant d'inte- 
rest que nous qu'il soit faict, et comme nous estimons; 
dadvanlage, c'est imprudence de se fier aiseement, 
c'est bestise de se desfier de toutes choses. Ores, mon- 
sieur , pour nous faire voir plus clair en cest affaire , 
vous avés trouvé bon de nous envoyer la lettre que 
de Buzenval vous escrit de ce qui se dict en Hollande 
touchant ceste negotiation. Monsieur, il y a assés long 
temps que nous sçavions à peu près tout le conteneu 
en ceste lettre. 

Par nos précédentes , nous vous avons donné advis 
de la veneue de cest homme d'Anvers à Bruxelles. Ce 
personnage , pour le faict de la relligion , est retiré au 
pays d'Hollande , et faict entendre audict cardinal et 
au président Richardot qu'il désire la paix et le repos 
du pays. Nous avons sceu d'ung , auquel le président 
Richardot s'est descouvert , et qui l'a aussi sceu d'ail- 
leurs, que l'on tient cest homme d'Anvers pour ung 
mauvais garçon , mais que Ton se veult servir de lui. 
Vous sçaves combien de telles gens qui portent des 
deux costés nous ont passé par les mains. Ne doubtés 
pas que le président Richardot ne lui ait mis en avant 
tout ce qui se peult dire pour intimider et induire les 
Provinces Unies à recognoistre le roy d'Espaigne ; s'il 
en a usé de la sorte , je l'en trouve plus habile homme, 
et qu'il en a usé comme doibt ung affiné serviteur du 
roy catholique. Je m'esbahis plustost qu'il n'en a dict 
dadvantage ; car rien ne l'obligeoit à la garantie de son 
dire. Je ne sçais si ledict sieur Richardot se sera ainsi 
voulleu descouvrir de la Bretaigne à ce personnage , 
dont, comme je vous ai dict, il a mauvaise opinion ; 



3 86 LETTRE 

car ce que nous en avons tiré a esté avec la force de la 
negotiation. Et vous pourrons asseurer que le père gê- 
nerai des cordeliers, qui estoit à Bruxelles quand ce- 
dict homme d'Anvers s'y est trouvé, n'estimoit pas que 
ces ambassadeurs eussent charge de nous accorder ce 
qu'ils nous ont accordé de Blavet; et quand ils en las- 
cherent la parole en présence de M. le légat, ledict père 
gênerai s'en monstra estonné, et nous diet, estant les 
ambassadeurs d'Espaigne sortis de la chambre de M. le 
légat, qu'il estimoit qu'ils ne s'estoient pas sceu bien 
expliquer en italien; mais nous estions bien asseurés de 
nostre basîon. 

Ce qu'il dict des prétentions de Bretaigne est imper- 
tinent; car le roy d'Espaigne n'y prétend pas, et en 
cela il fault qu'ils veuillent brouiller, et qu'ils n'enten- 
dent pas ce qu'ils disent; le monde est plein d'inven- 
tions , et surtout cculx qui craignent. 

Nous avons opinion que la forme du passeport dont 
escrit M. de Buzenval a esté concertée entre les deux 
parties, et que ceulx du conseil establi à La Haye en 
sçavoient autant que ceulx du conseil de Bruxelles; car, 
à nostre advis, c'est ung homme qui sert des deux 
costés. Ceulx de La Haye auront voulleu sçavoir par 
lui ce qui se faict à Bruxelles, et ceulx de Bruxelles 
de mesme ; mais M. de Buzenval ne nous escrit poinct 
du conseil que ledict homme donna à ceulx de Bruxelles, 
qu'ils ne debvoient poinct negotier avec le roy de 
France, qu'ils n'eussent achevé leur negotiation avec 
ceulx d'Hollande; car, traictant avec le roy, ils se se- 
roient affoiblis de Calais, ville si importante , et aultres 
qu'ils offrent de rendre, et n'auront aulcune asseu- 
rance que le roy leur garde sa promesse après qu'il les 
aura recouvertes, remonstrant que ceulx d'Hollande 



A M. DE VILLEROY. J 87 

ne peuvent approuver ceste resolution. Cest homme 
d'Amiens est madré, et semble qu'il parloit selon la 
charge qu'il avoit des Hollandois, qui n'ont aultre but 
que de rompre ceste négociation. Il nous semble que 
ladicte lettre de M. de Buzenval ne nous doibt pas 
beaucoup mouvoir. 

Nous avons trouvé plus mauvais ce qu'il escrit de 
certaine conférence qu'a eue M. de Saincte Aldegonde : 
il faict fort dangereux de parler avec telles gens qui 
adjoustent ce qui leur plaist à ce qui leur a esté dict; 
et, puisque l'on cognoist l'artifice dont use ledict sieur 
de Saincte Aldegonde, le meilleur est de ne mettre 
entre ses mains aulcunes paroles doubteuses et incer- 
taines. Us ont un but, et n'y a rien qu'ils ne fassent 
pour y parvenir. 

Nous laissons ce propos pour vous dire qu'ayant sceu 
de M. le légat, et non d'aultre, que le secrétaire Cécile 
a passé par Paris , nous attendons en bonne dévotion 
de sçavoir ce qu'il vous aura apporté, ou plustost ce 
à quoi le roy se sera resoleu. Nous avons trop de cog~ 
noissance des intentions de la royne d'Angleterre pour 
en doubter; nous sçavons celles du roy; mais nous ne 
voyons d'ici, ce que vous , qui estes près de sa majesté, 
pouvés voir de Testât de ses affaires, parce que Ton 
escrit de Paris, et comme plusieurs disent, ceste opi- 
nion de la court, que le renfort des Espaignols qui est 
arrivé à Calais a rompeu nostre negotiation , qu'ils 
sont prests à nous recommencer la guerre, que ceste 
frontière est en danger. Nous ne pouvons parler 
que par conjectures de ce qu'ils ont dans le cœur. Si 
l'on nous dict que nostre frontière est mal gardée , nous 
sommes de mesrue advis, estant les compaignies fort 
foibles , sans chefs et sans payement, dont nous avons 



ï88 LETTRE 

adverti M. le connestable, qui nous escrit d'Escouen, 
du io de ce mois, qu'il s'acheminoit en Picardie; c'est 
la dernière nouvelle que nous avons eue de lui. Il seroit 
à propos qu'il veist en quel estât sont les places; cela 
donneroit occasion aulx gouverneurs de mieulx pour- 
voir à ce qui est de leur charge. Nous donnerons advis 
audict seigneur de ce que nous pourrons sçavoir du 
remuement des ennemis, dont, si l'on a craincte, ce 
n est pas sans occasion. Ce n'est pas petite force que 
de huict mille Espaignols naturels ; oultre ce , nous 
sommes advertis que le cardinal a ordonné de faire ses 
recreues à tous les regimens de lansquenets et Walons , 
ce qui ne se faict sans desseing; et si nous tenons 
longuement en doubte les ambassadeurs que nous avons 
ici de nostre resolution, nous ne sçavons ce qui pourra 
advenir; telles forces que cela ne demeurent pas volon- 
tiers oisives ; et , quand ils feroient quelque entreprise 
sur nous, cependant que nous traictons, ils ne feroient 
rien contre leur promesse , ni contre leur debvoir , 
puisque nous sommes ennemis. 

Par nostre précédente despesche , nous vous avons 
mis le marché en main. Si nous demandons la seureté 
de nos places, il ne tient qu'à nous que nous ne 
l'ayons, puisque ainsi est qu'ils nous ont faict porter 
la parole pour s'asseurer de nous, et nous d'eulx. Nous 
verrons ce que rapportera le courrier La Fontaine , si 
on les tiendra en incertitude. Nous ne pouvons pas 
respondre de leur resolution; ils nous ont dict, et nous 
font dire tous les jours, que si nous voulions signer ce 
qui a esté traicté entre nous et vous avons envoyé, 
qu'ils sont prests à signer, qu'ils nous ont déclaré ce 
qu'ils demandent en faveur de M. de Savoye. Son am- 
bassadeur a promis de le signer; mais , qu'il le signe ou 



A M. DE VILLEROT. 189 

non, ils déclarent que, nonobstant son refus, ils sont 
resoleus de signer ce qui a esté traicté. Ces choses nous 
donnent occasion d'estimer que jusques à présent ils 
procèdent de bonne foi avec nous. Si nous appercevons 
qu'il y ait changement, nous nous conduirons selon 
les occasions, et ne ferons faulte de vous en don*ner 
advis. 

Il est à désirer que puissiés, en bref, achever la ne- 
gotiation de M. de Mercœur, dont, à ce que nous 
jugeons, ils sont en peine ; et croyons fermement qu'il y 
a eu ci devant quelque promesse. Nous soubtenons ce 
faict, et nous tenons fermes comme nous debvons. 

Vous leur ferés ung grand plaisir, et le roy n'y per- 
dra rien , s'ils pourront reprocher à M. de Mercœur 
qu'il a negotié sans eulx. C'est ce que nous disons ordi- 
nairement, et trouvons qu'il sert beaucoup à nostre 



negotiation. 



Par nostre précédente , nous avons escrit de l'esmo- 
tion adveneue à Sainct Quentin, à cause de l'impost 
des toiles. 

Il y a aussi l'edict des cabaretiers, que l'on exécute 
contre ces Picards avec beaucoup de rigueur, et quel- 
ques aultres edicts dont ces peuples se plaignent fort. 
Nous remonstrons ce que nous debvons pour les con- 
tenir; mais, comme serviteurs du roy, qui n'avons plus 
grande passion que de voir prospérer ses affaires, nous 
vous dirons librement que telles charges extraordinaires 
aliènent fort les volontés des subjects , dont pourroit 
advenir trop plus de mal au service du roy que n'ap- 
portera commodité l'argent qui en peult provenir. 

Nous vous renvoyons avec ceste ci la lettre de M. de 
Buzenval. 

Nous obmettions à vous dire que l'on a voullen 



19° LETTRE, etc. 

imprimer en la teste de ces ambassadeurs, et, comme 
nous entendons du cardinal, que le roy n'a pas volonté 
de conclure ceste paix, mais qu'il a cherché seulement 
de les amuser; cependant qu'il s'asseure de la Bre- 
taigne; nous estimons les avoir rendeus capables de la 
droicte intention du roy. Ils jugeront de ce faict selon 
la response que nous apportera La Fontaine. Nous esti- 
mons qu'au mesme temps ils pourront avoir leur cour- 
rier, qui est allé en Espaigne. 

Nous accuserons la réception de vostre despesche 
du 7 de ce mois, vous remerciant humblement des 
advis qu'il vous a pieu de nous donner, dont nous nous 
servons au mieulx que nous pouvons. 

Il n'y a rien qui puisse plus troubler ceste negotia- 
tion que le faict de M. de Savoye. Nous nous recom- 
mandons, etc. 

Du 16 mars i5g8. 

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LXXVII. — * LETTRE DE M. DUPLESS1S 

A sa femme, 

M'amie , je ne t'escrivis poinct hier, parce que 
nous feusmes fort occupés. Ce matin le roy nous a 
faict parler ensemble, M. d'Espernon et moi. Cela s'est 
passé fort honorablement , n'y ayant que sa majesté 
et nous deux, et depuis nous a ensemble entreteneus 
de ses affaires, nous commandant de communiquer 
ensemble pour son service. Pour Sainct Pliai, le roy, 
en présence de M. de Villeroy, a dict à M. de La Ro- 
chepot que si on ne le lui representoit, il me baille- 
roit 4°oo livres de pouldre et dix canons pour le 



LETTRE DE M. DUPLESSIS, etc. 191 

prendre où il serait, et commanderait à la court de 
lui faire son procès. Les parens allèrent trouver M. de 
Roqucîaure hier pour le pryer de faire trouver bon 
au roy qu'il me satisfeist par les voyes d'honneur. Le 
roy m'a dict qu'il ne lui en avoit poinct parle , ce qur 
j'eusse bien voulleu qu'il eust faict , et nos meilleurs 
amis aussi. Je l'impute plus à la contradiction qu'il 
s'est proposé d'y rencontrer vers le roy, qu'à amitié 
envers nous. J'ai pressé le roy de prendre ung jour 
prefix. Je remarque qu'il crainct d'estre traversé en 
l'exécution du traicté de Nantes. Sa response a esté 
qu'il me pryoit d'avoir patience , et que le serment 
pris de M. de Mercœur , s'il avoit esté au pas en nostre 
affaire pour le passé , je verrais qu'il irait en poste. 
M. de Bouillon est ici dans six jours, qui nous y 
tiendra la main. Il m'a mandé que pour l'amour de 
moi il se hastera si je veulx ; quant à ce qui se nego- 
tioit par M. de Schomberg; il ne s'en parle plus, et n'en 
suis pas marri. Nous ferons ouïr nos tesmoings, et je 
n'attends que M. Niotte pour l'envoyer à Rennes, 
lequel jaddresserai à nos amis pour lui choisir ung 
bon juge, pardevant lequel M. Delaunay Blavon sera 
ouï. Je ferai aussi conduire l'escuyer à Tours; mais il 
fault le faire adjourner au nom de Drageon, dont il sera 
bon que M. Niotte vienne bien informé par M. des 
Beraudieres et par la communication qu'il aura eue de 
ce qui se sera faict à Tours, Le traicté de Bretaigne 
est arresté. Celui de la relligion n'attend que le 
retour de M. de Cazes , qui est allé à Chastellerault. 
Nos affaires particuliers prendront bon train. Ne reste 
que celui de M. Pena, que je vouldrois bien qui vinst 
à temps pour nous relever de plusieurs importunités. 
Les ambassadeurs d'Angleterre seront jusques à Or- 



IQ'2 LETTRE DE M. DUPLESSIS 

leans. Vuilks, qui en estoit, secrétaire de la royne, est 
mort à Rouen. Il fault que nos eschevins leur fassent 
accoutrer quattre honnestes logis pour quattre sei- 
gneurs , dont je leur enverrai au premier jour les 
noms. Il fauldra aussi leur donner du vin et des fruicts, 
et je leur en escris par ceste mesme voye. Quant à 
ceulx des Pays Bas , nous n'avons poinct encores sceu 
leur passage. M. de Buzenval a charge de les prévenir 
de quelques jours, lequel je verrai, et nous peult 
faire ung bon office, en disant au roy comme l'oul- 
trage que j'ai receu a esté receu, et ce qu'on en at- 
tend de sa majesté aulx Pays Bas, et le mesme se pour- 
roit practiquer vers les députés d'Angleterre ou par 
son moyen , ou de quelque aultre. Je suis en peine 
de quel effect aura apporté le beau temps. Madame 
Dufresne a une fîebvre tierce, sans cela j'eusse des- 
bauché Dujon. Je t'embrasse, m'amie, de toute mon 
affection, et prye Dieu qu'il te garde et conserve et 
toute nostre famille. 

D'Angers, ce 18 mars 1598. 



LXXVIII. — * LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A sa femme. 

M'amie, je t'ai escrit aujourd'hui amplement parle 
chevaulcheur de Chousay , mesme de la reconciliation 
avec M. d'Espernon , qui s'est fort bien passée , et du 
train où nous sommes pour le principal. Ceste est pour 
t'asseurer de la réception des tiennes par le pré qui 
me faict craindre du beau temps, au lieu d'en espérer, 
et ce n'est pas sans peine. M. Dujon a médité sur le 



A MADAME DUPLESSIS. ig3 

mémoire de M. Petit , puis en a conféré avec M. de 
La Rivière et du Laurens. Ils sont d'advis, avec ledict 
M. Petit, et de la cause, et des remèdes, et de la pro- 
cédure. Seulement qu'il les fault continuer ; mais 
ledict sieur Dujon t'enverra vendredi son mémoire 
avec certains doulx remèdes qu'il le prépare, sçavoir, 
de la manne de Calabre, de la conserve de roses de 
Naples , et aultres fort doulx et cordiaulx , lesquels 
nous avons advisé de faire venir d'Italie par le seigneur 
Valerio qui s'y en va, homme confident, et cependant 
il nous aide de ce qu'en a M. de Fresne. Je suis bien 
aise de ce que 81. 63. t'a dict; le tout est qu'il n'y 
a plus de remède. En tout cas, je ne laisserai de tra- 
vailler à nos assignations, et puis donneront bon ordre 
qu'elles soient bien maniées. J'ai escrit à nos officiers 
et eschevins ce que tu auras veu par le passage des 
ambassadeurs d'Angleterre, aussi au sergent major. 
Je te prye de plus en plus de soulager ton esprit, car 
Dieu est pour nous; lequel je supplie, m'amie, qu'il 
te garde et conserve. Sur ce, je t'embrasse de tout 
mon cœur. 

D'Angers, ce 18 mars i5gS. 

LXX1X. — * LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A sa femme. 

M'amie, je t'escrivis hier amplement, par la voye 
de la poste de Chouzay. Depuis, il n'est rien surveneu. 
L'escuyer m'a promis; mais mande moi s'il sera en- 
cores receu à tesmoigner à Tours , sinon je l'enverrai 
à Rennes, où toutesfois je ne puis encores m'asseurer 

MÉM. DE DuPLESSIS-MoRSfAY. ToME VIII. I 3 



194 LETTRE DE M. DUPLESSIS, etc. 

d'ung juge, et présentement nous avons nouvelles de 
M. de Monibazon , duquel je me pourrai aider. Demain 
part madame de Mercœur, pour aller quérir son mari. 
Madame a faict ce que le roy a voulleu. Elle est fort 
resoleue de se marier. Le receveur Benoist est veneu ; 
j'aiderai à ses affaires. Et pour les fortifications il sera 
malaisé que 96 n'y voye clair, car des Saulmur on ne 
lui en aura parlé que trop indirectement. Nous trou- 
verons moyen de le contenter, ou de là ou d'ailleurs, 
en Testât des garnisons. L'affaire de la relligion sera 
concleue ceste sepinaine. Dans la prochaine, nous au- 
rons M. de Bouillon. M. Hesperien t'entretiendra du 
surplus, lequel s'en va en Bearn. Je fais solliciter Dujon 
à oultrance. J'ai encores, ce matin, paris à M. de Lau- 
rens et d'abondant d'une saignée d'une palette , et 
non plus. Je tembrasse, m'amie , de tout mon cœur. 

D'Angers, ce 19 mars 1698. 



LXXX. — * LETTRE DE M. DE VIL LEROY 

A M. Duplessis. 

Monsieur , le roy m'a dict avoir parlé de \ostre 
affaire aulx officiers de ceste ville; mais M. le mares- 
chal de Brissac ne pouvant venir sitost , il me semble, 
sauf vostre meilleur advis, que vous ne debvés différer 
à vous acheminer ici, suivant l'intention de sa majesté, 
laquelle faict estât d'en partir mercredi pour aller à 
Ancenis, et de là à Nantes, l'accord de M. de Mer- 
cœur estant enfin resoleu, comme vous aura dict M. de 
Lomenie; de sorte qu'il ne me reste qu'à vous présenter 
mon service avec ma bien humble recommandation 



LETTRE DE M. DE VILLEROY, etc. iq5 

à vos bonnes grâces et à celle de madame vostre femme, 

pryant Dieu, monsieur, qu'il vous conserve en bonne 

santé , etc. 

D'Angers, ce 19 mars i5y8. 



L. ^W» «, *^» -».'»^ W»'». ■»•--»•» * 



LXXXI. — * LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A sa femme. 

M'amie, présentement et depuis ma lettre escrite 

par le porteur, à dix heures, pour t'envoyer la des- 

pescbe de Dujon , j'ai receu lettre que je t'envoye, de 

M. La Vairie. J'ai recogneu au style et au langage du 

lacquais, que leur intention estoit de loger à La Dagui- 

niere, sans venir ici, pour n'avoir equippage, et à cause 

de la grossesse. J'ai doubte aussi qu'ils feussent bien 

accommodés en la presse qui croist tous les jours; mais 

j'ai commandé à nostre fils de les voir à La Daguiniere , 

ce que j'eusse bien peu faire moi mesmes , n'estoit que 

ceste après disnee je signe le traicté de Bretaigne , où 

j'ai commandement d'assister. Je te baise, m 'amie , de 

tout mon cœur. 

D'Angers, ce 20 mars 1698. 



LXXXIL — - * LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A sa femme. 

M'amie , j'ai receu ce soir tes lettres du 1 1 par Cour- 
ville. Ce n'est sans estre en grand peur de ce que ton 
mal te presse extraordinairement, et aussitôt ai envoyé 
quérir M. Dujon , lequel je n'ai peu encores avoir. Je te 
pryerai de méditer sur les lettres et de l'aller voir toi 



ig6 lettre de m. duplessis 

mesmes, encores qu'il me semble que tu persistes à ne 
le voulloir poinct , jusqu'à ce que tu ayes receu res- 
ponse de M. Petit ; mais si me semble et qu'il ne te 
pouvoit nuire; je me tirerai aussi le plus tost que je 
pourrai de ceste court, pour aller aider à te guérir, 
car rien qui me retient ici ne me peult toucher de si 
près , et je te prye de le croire autant que tu m'aimes. 
Encores aujourd'hui le roy m'a promis d'abréger nostre 
affaire , et d'en ordonner à la court de parlement. L'es- 
cuyer sera mardi au soir à Saulmur et le m'a promis. 
J'ai la liste de la grand'chambre de Rennes, sur laquelle 
je ferai choisir ung ou plusieurs au default l'ung de 
faultre, et y enverrai La Periere. J'ai faict derechef 
arrester Testât de lieutenant de la prevosté, et espère 
obtenir ung estât de secrétaire de la maison et cou- 
ronne de France, le premier vacant, pour M. Pena, 
c'est ce qui se pourra pour ceste heure. Pour nos aultres 
affaires , la royne Marguerite m'a escrit celle dont je 
t'envoye copie. Elle m'a parlé de la procuration ni en 
bien ni en mal; mais il y a ung sien secrétaire ici qui 
m'a baillé ses lettres, lequel me doibt venir voir. Elle 
tesmoigne ung grand mécontentement contre M. Erard, 
je ne sçais sur quel subject ; mais, en confessant ce qu'elle 
a dict de lui, elle me semble ne dissimuler gueres qu'elle 
a bien peu dire de reste. Nous verrons toutesfois le se- 
crétaire. Je crois que ledict sieur Erard pourra bien 
t'aller voir. Madame la duchesse faict estât de racheter 
en deux ans tout le domaine qui est engagé de la duché 
de Vendosme, et le roy lui faict fonds à ceste fin. Ma- 
dame y a consenti et signé sans contredict. M. de Cali- 
gnon a desjà esté trois fois exprès chez M. de Lusson 
sans le trouver. Il m'a promis de l'attraper lundi de 
bon matin chez lui. S'il asseure la partie par une bonne 



A MADAME DUPLESSIS. 197 

despesche, nous enverrons exprès, sinon je lui ferai 
aussitost despescher à M. Lesdiguieres pour toute la 
somme. La partie de 3o,ooo livres est consentie par 
le roy; nous ne comptions qu'une bonne assignation 
dont je m'asseurerai, partie en faisant Testât de nos gar- 
nisons, qui se fera ceste sepmaine , partie en faisant 
continuer nos subsides , dont j'ai à communiquer avf 
M. Niotte. Madame de Rohan sera ici au premier jour, 
ce ne sera pas sans parler de M. de Cargroy. Le roy sera 
à Nantes après Quasimodo, où il tiendra les estats. Il 
est conseillé , d'après iceulx , de retourner au plus tost 
vers la France, où 3 10. T. 201. se pourra faire. Je 
suis fort aise du bon espoir où tu es du sieur Dumau- 
rier. M. 81. 63. nous traisne tousjours, et j'en plains 
plus la longueur pour ta santé qu'aultrement, encores 
n'en fauldroit il pas user légèrement, ni subir la pre- 
mière preuve, ^o. 9. 64- 33. m'en a entreteneu tout le 
matin, qui dict merveille et parle fort confidemmeiu, 
mais du temps il n'ose asseurer. Tu as eu trop de soing 
de renvover mes habillemens. Demain nous faisons la 
cène cbés Madame , où je pense qu'il se trouvera pies 
de trois mille personnes. Nous n'avons peu achever 
aujourd'hui pour ce qui reste de nos affaires, mais ce 
sera pour lundi. Présentement M. Dujon me vient voir, 
il persiste au conseil qu'il te donne. Il m'a promis de 
t'aller voir mardi prochain , dont je l'ai fort pryé. Cela 
ne peult nuire, attendant nouvelles de M. Petit; mais 
certesje desirerois fort, quoi qu'il coustast, que tu peusses 
débaucher M. Petit pour ung mois ou six sepmaines, 
et pense qu'il fault tendre à cela , et si tu le trouves 
bon je lui en escrirai ; de sorte que j'espère qu'il ne 
nous eseonduira poinct , m'amie, que jaye à toute 
heure de tes nouvelles. Je t'embrasse de tout mon cœur, 



198 LETTRE DE M. DUPLESSIS, etc. 

et supplie le Créateur qu'il te garde et conserve, et 

toute nostre famille. 

D'Angers , ce 21 mars 1598 , à dix heurs du soir. 

J'ai pensé depuis de te renvoyer La Periere pour 
conduire l'escuyer, et j'enverrai La Roche à Rennes, 
que je ferai partir le mesme jour. 

Si nous ne pouvons avoir M. Petit, je ferai en sorte 
d'avoir Dujon quand tu vouldras. 



LXXXIII. — * LETTRE 

De M. de La Fontaine à madame Duplessis. 

Madame, j'espère que vous aurés eu ma response 
à vos lettres , desquelles il vous pleut m'honorer après 
ce malheureux attentat, qui estoit le subject de vos 
lettres. Ce que depuis je n'en ai rien ouï, me faict 
croire qu'il n'y a rien de pis; mais aussi ne m'en faict 
il pas voir la justice promise. J'espère que ceste ap- 
proche de sa majesté y sçaura bien pourvoir. Dieu nous 
veuille donner et l'isseue selon vostre souhait , et l'usage 
selon nostre debvoir de ce beau voyage. Ce sont choses 
qu'il n'y a que la pieté qui puisse bien joindre en- 
semble. S'il m'est possible de pouvoir eschapper d'ici, 
j'espère de faire une course à Orléans cest esté, et 
mesmes jusques à Pougues. Je vous désire mieulx que 
la nécessité de vous y rencontrer; mais si elle y est, 
ce me sera contentement de vous y tesmoigner mon 
service, très asseuré à vous et à ce qui est vostre. Ma 
femme, qui a esté malade ces huict mois, vous baise 
très humblement les mains avec moi, comme aussi 
font mes filles; et j'espère que mon fils, qui suit la 



LETTRE DE M. DE LA FONTAINE, etc. 199 
court, le fera en présence. Vous favoriserés, s'il vous 
plaist, et à bon escient, sa requeste envers M. Duplessis, 
lequel veult et peult en mes petits affaires. 

A Londres, ce 21 mars i5g8. 



LXXXIV. — ¥ LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A sa femme. 

Je ne fais qu'adjouster par le capitaine Coignard, 
sinon que je n'ai poinct eu aujourd'hui de tes nouvelles 
et en suis en peine. Je tascherai de rn'eschapper pour 
t'aller voir , si nos affaires domestiques ne me retiennent 
bien court. Le roy s'en va demain à la chasse au Verger. 
M. de Rheims, aujourd'hui au sortir du service, s'est 
alité d'une grande defluxion qui le menace d'une para- 
lysie. Demain matin se prend une resolution pour nostre 
principal affaire, ainsi que le roy m'a promis ce soir. 
Aussitost je t'en donnerai advis. Il m'ennuye que je ne 
te voye. Je t'embrasse, m'amie, de tout mon cœur. 

D'Angers , ce 11 mars i5g8. 

Je crains que nous ne puissions revoir si tost Du- 
jon , pour la maladie de M. de Rheims. Il ne tiendra 
à s'en passer. Je desirerois fort, à quelque prix que ce 
feust, que nous puissions avoir M. Petit pour six sep- 
maines, et t'envoye des lettres à ceste fin. 



200 LETTRE DE M. DUPLESSIS 

LIXXV. - ^ LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A sa femme. 

M'amie, mon nepveu de Vaucelas arriva hier. Il alla 
désirant te voir premier que passer oultre. Cela lui vient 
de bon naturel, et en ai esté bien aise. Si j'eusse peu, 
je l'y eusse conduict; mais quelques raisons m'ont re- 
teneu , que tu considéreras assés. Loué soit Dieu cepen- 
dant que par tes lettres de ce matin tu as quelque 
amendement, et veuille, par sa grâce, y donner ac- 
croissement et en exaucer mes souspirs. Ce matin le 
roy, premier que partir, a déclaré à MM. de La Roche- 
pot et d'Avaugour qu'ils ayent à lui remettre, dans le 
chasteau d'Angers, leur parent dans ceste sepmaine, 
sinon qu'il lui feroit faire son procès par la court de 
parlement. Ils ont respondeu qu'ils y feroient leur deb- 
voir; qu'ils le jugent raisonnable : s'il n'obéit, qu'ils le 
laisseront la, et n'en parleront jamais. Sa majesté le 
m'a dict, et m'a envoyé quérir exprès. Nous verrons 
ce qui en réussira. J'envoye cependant La Periere des 
demain, si je puis, avec l'escuyer à Tours, qui sçaura 
de toi ce qu'il aura à faire ; seulement je crains que la 
montre des officiers d'artillerie, qui se doibt faire de- 
main ou mercredi en ceste ville, ne le retienne. Je 
despescherai aussi des demain La Roche à Rennes. 
Quant aulx tesmoings qu'il m'a nommés ici pour ne rien 
descouvrir, je n'ose y toucher. Il fault les remettre 
alors que le faict aura à estre touché ouvertement. M. de 
Calignon a parlé ce matin à M. de Lusson. Il lui a 
respondeu qu'il doibt la somme et la veult payer; que 



A MADAME DUPLESSIS. 201 

son homme ne l'a faict, parce que le convoi de Bour- 
deaulx a manqué ceste année; mais qu'il partira des 
qu'il sera à Nantes pour s'en retourner à Blayes, et ne 
sera sitost arrivé qu'il ne la mette es mains de Beilujori. 
Alors je pense qu'il suffira que nous escrivions pour 
la recevoir; pour le surplus, il en réitère une despesche 
dudict M. de Calignon. Tu as veu lettre de la royne; 
et l'homme qui la me bailla m'a veu qui ne m'a du tout 
rien dict. J'en ai receu depuis une aultre par ung lac- 
quais exprès, par laquelle, après plusieurs honnestes 
paroles, elle me prye de m'employer vers le roy à ce 
qu'il soit pourveu en sa faveur à ung estât de prési- 
dent à Toulouse, vacant par mort, dont aussi elle 
m'envoye lettres pour le roy. M. de Rheims est ung 
peu mieulx; mais il lui restera une paralysie, si ce n'est 
grand merveille; cela nous occupera. Dujon, qui me 
faict d'autant plus bander à M. Petit. Quant à madame 
de Fresne, elle n'a poinct eu son accès aujourd'hui. 
Les médecins du roy approuvent tous la saignée; pour 
les bains , conseillent de s'en abstenir pendant la craincte 
de paralysie, sauf à en mieulx juger avant, et obser- 
vant les cours des remèdes, M, Erarcl approuve l'opiate 
que propose M. Pena pour ta santé. Je ne l'ai poinct 
encores enquis sur lliyppocondriaque. Si Dieu nous 
faisoit la grâce que tu peusses faire le voyage de Nantes, 
dont tu me menaces, je ne me soucierois gueres de ce 
que t'auroit dict que tu cognois assés , et ce 

qu'il accuse en toi ne peult en lui mesmes estre que 
louange, Il semble que le roy ait eu quelque envie 
d'aller cest esté a Pougues. Je désire voir Niote, pour 
le mettre en train de nos affaires. Aussi serois je bien 
aise que les ambassadeurs d'Angleterre, qui doibvent 
passer mercredi à Saulmur, feussent passés; cela faict, 



202 LETTRE DE M. DUPLESSIS 

je me dérobe ici pour estre avec toi quattre ou cinq 
jours. M. de Bouillon doibt arriver au premier jour, 
et est pressé du roy , qui tiendra la main a nostre affaire. 
Le roy m'a accordé ung estât de secrétaire de la maison 
de France, le premier vacant , pour M. Pezillau. J'eusse 
désiré quelque chose de plus prompt et de plus cer- 
tain, et y tasche encores. Sa majesté aussi m'avoit 
donné l'abbaye de Melleray(i), en cas que Dieu or- 
donnastdeM.deRheims; mais j'ai veu qu'il en avoit jà 
disposé en faveur de mon cousin de Sainct Malo. C'est 
tout ce que je puis te dire, sinon, m'amie, que je 
t'embrasse de tout mon cœur, et supplie le Créateur 
qu'il te garde et rende une santé parfaicte. 

D'Angers , ce 2.5 mars 1 698 , au soir. 



LXXXVI. — * LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A sa femme. 

Mamie , j'ai pryé M. de Pierrefite de se trouver à 
Saulmur à l'arrivée des ambassadeurs d'Angleterre , 
afin que nostre garnison y feust mieulx ordonnée et 
qu'il y eust personne pour les recevoir et entretenir/ 
Considérant la maladie, et comme je t'ai laissée seule, 
il m'a semblé aussi importer qu'ils feussent bien imbus 
de nous et de nos affaires à leur veneue, oultre ce que 
j'ai pensé, qu'il leur pourroit dire quelques mots à 
propos de nostre principal affaire. Il te dira particu- 
lièrement tout ce qui s'est passé ici, et en public et en 
particulier. Il ne m'a certes pas abandonné , et s'est 

( 1 ) La Meilleraye en Bretagne. 



A MADAME DUPLESSIS. 2o3 

teneu fort subject près de moi. Demain part La Roche, 
bien instruict. Je t'envoye copie de ses instructions. Je 
pense aussi faire partir l'escuyer, qui m'a traisné de jour 
à aultre, et le baille à La Periere. M. deRheimsse porte 
mieulx. Je t'ai mandé ce qui estoit de l'abbaye. Niote 
est arrivé. Aussitost j'embarquerai ici nos affaires. 
Gourmandure est aussi de retour. Les gens vont et 
viennent, mais tousjours ne suis je poinct tout seul. J'ai 
quelque espoir que ce temps humide amendera ton mal, 
puisque le sec l'aura empiré. M. Erard tient que la mé- 
decine dont est question y sera très propre, lequel j'en 
ai requis ce matin. Je ne perdrai aulcune occasion pour 
te voir et t'aider à guérir, et t'en repose sur moi. Je 
sçais bien aussi que tu sçais considérer ce qui se peult 
et ce qui non. M. 81. 63. vouldroit bien quitter tout, 
s'il dict vrai. Je suis bien aise que M. Dumaurier se gué- 
risse. Je t'embrasse, m'amie, de tout mon cœur, etc. 
D'Angers, ce 24 mars i5g8 , au soir. 



LXXXVII. — * LETTRE 

De MM. de Bellievre et de Sillery au roj. 

Nous avons esté d'accord avec les ambassadeurs d'Es- 
paigne de la restitution des villes de Calais, Ardres , 
Monthulin, Dourlans, La Cappeile , Le Casteîet, en 
Picardie , Blavet et aultres places que le roy catholicque 
occupe en Bretaigne, en la forme et ainsi que ci de- 
vant a esté escrit à vostre majesté. 

Plus, lesdicts ambassadeurs nous ont confirmé de- 
rechef ce qu'ils nous ont promis au nom de l'ambassa- 
deur de Savoye, pour la restitution de Berre, le démo- 



204 LETTRE 

lissement du fort de Barrault en Daulphiné , et que le 
duc de Savoye desadvouera, et abandonnera le capi- 
taine La Fortune qui est dans Berre, aulx conditions 
dont nous escrivons à sa majesté , adjoustant que les 
François qui ont servi le duc de Savoye jouiront de la 
clause du traicté de l'an 1 55g , contenant que ceulx 
qui ont servi en parti contraire , seront remis en leurs 
biens, ce qui n'a peu estre refusé, attendeu que ledict 
duc est compris en ceste paix. 

Lesdicts ambassadeurs ont insisté que les lettres de 
ratification de ce traicté leur soient baillées au plus tost 
que faire se pourra, à ce qu'ils ayent temps aupara- 
vant les deux mois escbeus, qu'ils se trouveront obligés 
à !a restitution des places dont est conveneu entre 
nous, d'envoyer par devers sa majesté , et recevoir 
son serment pour l'observation du traicté , offrant 
qu'au mesme temps que nous leur baillerons lesdictes 
lettres de ratification, ils délivreront lesostages, et se 
sont restreints au nombre de quattre , tels qu'il plaira 
à sa majesté de choisir, remonstrant qu'à l'aultre paix 
on s'est contenté de pareil nombre ; ont soubteneu 
qu'il est raisonnable, se mettant en ce debvoir de bailler 
ostages, qu'on ne leur refuse poinct le serment de sa 
majesté auparavant la restitution des places , qu'ils en- 
tendent faire preciseement au jour promis, et plus tost 
s'ils peuvent, car qui leur refuseroit le serment, ou 
les mettroit en souspçon, et ne le demandent en in- 
tention de différer la restitution ; car ils désirent à ces 
fins que lesdictes lettres de ratification leur soient 
baillées vingt jours après qu'ils auront signé les articles 
du traicté , à ce qu'ils ayent assés de temps pour aller 
trouver vostre majesté pour recevoir le serment, et ne 
différer d'ung seul jour ladicte restitution , qui ne 



AU ROY. 20 5 

debvra estre retardée , s'ils n'auront faict leurs dili- 
gences d'envoyer vers vostre majesté pour ledict ser- 
ment. Les voyans fort fermes en ceste resolution, nous 
avons dict qu'on leur baillera la ratification ung mois 
après que lesdicts articles auront esté signés, estant 
saisis de ladicte ratification , l'affaire n'est plus secret; 
s'ils vont en France pour le serment , semble que qui leur 
refuseroit, comme ils sont souspçonneux, on prejudi- 
dicieroit aulx affaires de sa majesté et à l'exécution de 
ce qui a esté traicté. 

A esté remonstré aulxdicts ambassadeurs que, con- 
cluant ce traicté entre les deux roys , il seroit conve- 
nable que nous prissions resolution que le roy catho- 
licque accordast une trefve d'ung an ou six mois, à la 
royne d'Angleterre et Provinces Unies, durant laquelle 
ils peussent trafiquer les ungs avec les aultres seure- 
ment et librement, afin de donner plus de loisir et 
moyen à nostre maistre de persuader ladicte royne et 
estats d'entrer et prendre part au bénéfice de ce traicté ; 
et leur ont esté deduictes plusieurs raisons, qui les 
doibvent mouvoir à prendre ce conseil pour leur bien 
et utilité; qu'ils peuvent juger que ce que nous en 
disions n'est pas pour nostre profict , mais pour une 
paix universelle entre les potentats de la chrestienté; 
cest article a esté traicté avec lesdicts ambassadeurs 
deux jours durant ; enfin ils nous ont dict ne pouvoir 
en aulcune sorte accorder ladicte trefve, ou cessation 
d'armes; en premier lieu, que ladicte royne et estats 
ne la demandent pas , et feroit bonté au roy catho- 
îicque , l'ayant présentée, d'en estre refusé; en second 
lieu, et principalement disent que ce seroit chose par trop 
préjudiciable à leurs affaires , qu'ils cognoissent assés 
le naturel des Hollandois, qui pourroient faire sem~ 



206 LETTRÉ 

blant d'accepter ceste trefve, envoyer ici les députés 
pour traicter, et tenir' ung an durant les affaires en irré- 
solution; ce qu'ils ne sont délibérés de supporter, et 
consommer leur armée et leur argent pour faire plaisir 
aulx Hollandois. 

Ils nous ont dict qu'ils espèrent que, dans six sep- 
maines, ils mettront vingt cinq mille hommes de pied 
en campaigne; que, sans sortir les Espaignols qui sont 
ordonnés pour les garnisons , ils en peuvent mettre 
en campaigne bien près de neuf mille, qu'ils ont faict 
faire leurs levées et recreues en Allernaigne, et auront 
dix mille lansquenets; le surplus seront Wallons; qu'ils 
ont argent pour les soldoyer, que la despense de la 
guerre leur revient par chacun g mois à trois cens 
mille escus; qu'ils ne veullent perdre la saison qui est 
belle, le temps et leur argent; que pour cela ils ne 
rejettent pas le bon conseil que vostre majesté leur 
donne, de se resouldre à la paix avec ladicte royne et 
estats, qu'ils l'en remercient humblement, et désirent 
qu'elle soit comme arbitre de leurs différends; et , pour 
monstrer le respect que ledict sieur cardinal lui veuît 
porter, déclarent d'estre contens que si, dans six mois 
après la conclusion de ce traicté, ladicte royne et les 
Provinces Unies leur feront entendre de se resouldre 
à la paix avec le roy catholicque , ils les recevront à 
traicter et estre compris en ce traicté de paix , et pour 
cest effect viendront en ce lieu de Vervins ou tel aultre 
qui sera advisé, traicteront de la paix en nostre pré- 
sence, et si les choses se trouveront disposées , ne se 
rendront difficiles à accorder une trefve. 

Mais pour les raisons que dessus, et pour avoir 
fort suspectes les actions desdicts Hollandois , ne s'y 
veullent obliger , et , parce que nous avons peu corn- 



AU ROY. 207 

prendre de leur dire , ils ne seroient si difficiles à ac- 
corder ceste trefve pour le regard de la royne d'An- 
gleterre, c'est la dernière response que nous avons 
peu tirer d'eulx, ayans de longue main essayé de les 
faire proposer ceste ouverture; mais ni nous ni nos 
amis n'y ont rien proficté, et n'estimons pas qu'ils 
soient pour changer d'opinion et dadvis. 

A esté parlé des subjects des deux roys qui ont 
servi contre leur prince. Lesdicts ambassadeurs ont 
insisté qu'il soit accordé à ceulx qui sont retirés en 
Flandres avec eulx, pareille grâce que celle qui est 
conteneue en l'edict faict sur la redduction de M. de 
Mayenne, pour le regard de ceulx qui avoient suivi 
son parti. Nous avons dict que cest article doibt estre 
escrit tant pour les ungs que pour les aultres; qu'il y 
a en France des subjects du roy d'Espaigne, que ce ne 
seroit pas l'honneur de vostre majesté de les abandon- 
ner , non plus que ledict roy ne veult pas abandonner 
les François qui l'ont servi ; que , pour ce regard, nous 
accordions l'article du précèdent traicté, y adjoustant 
ceste clause , pourveu qu'ils ne soient chargés d'aultres 
crimes et delicts que d'avoir servi en parti contraire; 
jugeons aussi qu'il y fauît adjouster que. pour rentrer 
aulx pays, terres et seigneuries desdicts seigneurs roys , 
ils obtiendront permission et lettres patentes scellées du 
grand sceau de leurs majestés, lesquelles ils ne seront te- 
neus faire vérifier par devant les courts et officiers de 
leursdictes majestés ; lesdicts ambassadeurs ont monstre 
d'estre fort mal contens de ce que l'on y veult com- 
prendre les subjects de leur roy; car, parmi les trouppes 
que les Provinces Unies entretiennent en France , il 
y peut avoir des subjects de leur maistre ; qu'ils ne 
seront délibérés en façon du monde de recevoir , d'ail- 



2o8 LETTRE 

îeurs ils ont dict qu'ils ont charge expresse de deman- 
der une exception particulière pour le sieur Antonio 
Perez , et ceulx qui ont suivi sa faction ; et qu'en l'aultre 
traicté de paix en faveur de leur maistre, le roi Henry II 
accorda une exception particulière de dom Juan de 
Luna , qui avoit esté castelan de Milan; que l'on ne 
doibt refuser à leur maistre ce qu'ils demandent tou- 
chant ledict sieur Antonio Perez, qu'il ne recevra ja- 
mais en son royaultne. 

Nous avons dict que l'exception que nous inserons 
en cest article leur doibt suffire touchant ledict sieur 
Antonio Perez; car , s'il n'est preveneu de crimes aultres 
que d'avoir servi nostre roy , comme ils disent , il est 
excleu du traicté, et, de plus, il lui fauldra et aulx 
siens obtenir lettres patentes , qu'on ne leur baillera 
pas si elles ne sont jugées raisonnables; ils se sont fort 
obstinés sur ce poinct , et se sont despartis d'avec nous, 
nous pryant d'avoir plus d'esgard à l'honneur de leur 
maistre, en escrivant le traicté; s'il plaist à vostre ma- 
jesté nous en donner le pouvoir, nous tascherons d'ac- 
commoder cest affaire ; tous les articles ne se peuvent 
pas resouldre , quand il fault avoir le consentement 
d'ungaultre, comme ils sont baillés par l'instruction. 

Pour le regard des rançons que nous avons demandé 
estre quittées de part et d'aultre, on dict qu'ils ne 
scavent d'avoir nombre de prisonniers françois en leur 
pays, et ceulx qui y sont deteneus ont pour la plus- 
part composé de leurs rançons, qui seroient exceptés 
si l'on vient à mettre cest article; si l'on parle de mo- 
dérer ceulx qui ont composé, ils demanderont que la 
rançon du marquis de Yarembon , qui excède trente 
six mille escus, soit modérée, d'autant que, vendant 
tout le bien qu'il a, il auroit peine à mettre ensemble 



AU ROY. 209 

une telle somme ; le fils de don Juan d'Idiaques a esté 
mis à vingt mille escus, et le père n'a pas quattre mille 
escus de reveneu. Ce neantmoins, si vostre majesté de- 
sire que les rançons de ceulx qui sont prisonniers 
soient modérées, en estant baillé ung rolle à M. le car- 
dinal archiduc , ils s'asseurent qu'il les traictera si fa- 
vorablement que vostre majesté en demeurera con- 
tente. 

Quant à ce qu'ils ont faict demander la délivrance 
des prisonniers espaignols que M. de Guise a faict 
mettre à la chaisne , disent que cela donnera occasion 
à leur maistre d'user de mesme humanité envers les 
François qui pourroient estre deteneus en ses galères; 
et ont promis que , comme il en sera usé par vostre 
majesté, il en sera faict de mesme par leur roy. 

Ont demandé que les François, qui sont establis au 
bien des affaires qui servent au parti contraire , soient 
conservés en leurs fermes , s'il n'y a fraude ou lésion 
par trop grande , et ce pour éviter aulx procès qui 
pourroient survenir à ceste occasion; nous avons dict 
que, par le bénéfice de paix, chacung rentre en son 
bien; que les François en prenant les fermes ont peu 
sçavoir comme en a esté usé auparavant , et que la paix se 
pouvoit faire , et que nous craignons qu'il y eust plus 
grande involution de procès , si l'on est contrainct de 
venir a prouver la fraude ou la lésion. 

Lesdicts ambassadeurs ont remonstré qu'es places 
par eulx occupées, ils ont esté contraincts d'y establir 
plusieurs officiers qui ont laissé leurs aultres vacations, 
demandent qu'ils soient recompensés de fa valeur de 
leurs offices , ou qu'il leur soit permis d'en composer 
avec vos subjects, à prix modéré; nous avons dict que 
vostre majesté ne veuît poinct d'officiers de leurs 

MOI. DE DuFLESSIS-MoRjy.YY. ToTVTE VIII. I/j. 



no LETTRE 

mains, et qu'ils ontdeu sçavoir, entrans en ces charges, 
qu'ils estoient subjects à en sortir. 

Que le feu roy Henry II rendant la Savoye et le Pied- 
mont ne demanda pas au duc de Savoye de recom- 
penser le grand nombre d'officiers qui demeurèrent 
privés de leurs charges par la restitution desdicts pays. 

Sire, lesdicts ambassadeurs ont remonstré, attendes 
que ledict cardinal d'Autriche s'est monstre si affec- 
tionné a procurer et advancer ceste paix, par le moyen 
de laquelle vostre majesté est remise en ung si grand 
nombre de places, qu'ils espèrent que vostre majesté 
aura esgard à la demande et pryere qu'ils nous requiè- 
rent de lui escrire , que son bon plaisir feust d'accorder 
en souveraineté à madame l'infante le comté de Char- 
rolois , qui n'est qu'une petite pièce de terre , eu esgard 
à ce qui est rendeu si favorablement. 

Sur quoi nous avons faict la response qu'il a pieu à 
vostre majesté de nous commander , dont ils ont mon- 
stre d'estre mai satisfaicts ; et ont faict une grande in- 
stance, qu'au moins il pleust à vostre majesté donner 
à madame l'infante et audict sieur cardinal ce tesmoi- 
gnage de sa bonne volonté , que comme il pleut au feu 
roy François I er accorder ladicte souveraineté à ma- 
dame Marguerite d'Autriche, douairière de Savoye, 
qui s'entremeist de la paix dudict seigneur roy avec 
l'empereur Charles V ; aussi vostre bon plaisir feust 
gratifier icelle dame infante, qu'elle peust jouir dudict 
comté de Charrolois en souveraineté sa vie durant seu- 
lement. 

Nostre response a esté que nous ne pouvions accor- 
der ceste demande, non plus que la première, et ne 
leur en avons voulleu donner aulcune espérance. Néant- 
moins , pour ce qu'ils nous en pnt requis avec tant 



AU ROY. 211 

d'instance , n'avons voulleu faillir d'en mettre ici cest 
article. 

Lesdicts ambassadeurs ont demandé que le prince 
d'Orange soit remis en la possession des biens qu'il 
a voit au royaulme de France ; cest article , estant en tous 
les aultres traictés, ne leur a peu estre refeusé. 

Quant au différend des limites, a esté resoleu que 
commissaires seront députés de part et d'aultre pour 
parachever l'exécution de ce qui reste à exécuter du 
précèdent traicté. 

Quant est de diminuer la garnison de Blavet, leur 
avons remonstré que, après que les articles auront esté 
signés, que alors pour garder la place ils n'auront be- 
seing de si grand nombre d'hommes, se deschargeront 
de despense, et vostre majesté du payement des gar- 
nisons qu'd lui fauldra entretenir , cependant que ce 
grand nombre de gens de guerre sera audict Blavet. 
A ce lesdicts ambassadeurs ont respondeu qu'aupara- 
vant que de se resouldre sur ce faict, il faut qu'ils 
sçachent ce que leur apportera le courrier qu'ils ont 
despesché en Espaigne; que s'il sera question d'en faire 
sortir les Espaignols qui y sont, ils seront contraincts 
de pryer vostre majesté de les accommoder de quel- 
ques navires pour les transporter en Flandres ou en 
Espaigne , offrans de bailler seureté pour la restitution. 

Il a esté parlé de la réservation des droicts et pré- 
tentions de vostre majesté au royaulme de Navarre. Ils 
s'estoient desjà déclarés à M. le légat et au père gê- 
nerai , qu'en cela ils ne souffriroient qu'il feust faict 
préjudice au roy calholicque leur maistre; comme nous 
en avons ouvert le propos', ils nous ont présenté unsr 
escrit qu'ils avoient faict fort à leur advantage; de 
nostre part nous avons dressé nostre escrit au mieulx 



2 i 2 LETTRE 

que nous avons peu pour le service de vostre majesté. 
Nous leur avons remonstré que nous nous asseurons 
qu'ils ont tant de jugement, qu'ils n'ont pas estimé que 
vostre majesté s'accordant à ceste paix veuille con- 
sentir que par le moyen d'icelle elle perde ses droicts, 
actions et prétentions au royaulme de Navarre; ils ont 
dict qu'ils ne demandent que vostre majesté les quitte; 
mais aussi que leur charge est d'adviser qu'il ne soit 
faict préjudice à leur maistre. Sur ce nous avons pro- 
posé nostre escrit, contenant que vos droicts et actions 
sont réservés, aulxquels n'a esté renoncé par vous ou 
vos predesseurs , qui vous appartiennent à cause de 
vos royaulmes de France et de Navarre, pays et sei- 
gneuries. A ce ils nous ont dict que si nous faisions 
mention du royaulme de Navarre, ils feront aussi men- 
tion en leur réservation de la duché de Bretaigne. Nous 
avons remonstré la différence; car nous ne traictons 
pas avec madame l'infante; ils ont insisté et dict que, 
demeurant l'article comme nous le proposons, il seroit 
au pouvoir de vostre majesté , ung mois après qu'elle 
auroit recouvert ses places, de commencer la guerre 
au roy d'Espaigne, en cas qu'il ne voulleust rendre le 
royaulme de Navarre ; ce que l'on sçait assés qu'il n'est 
pas resoleu de faire ; que nous ne debvons pas les tenir 
pour personnes de si peu de jugement qu'ils soient 
pour faire aujourd'hui la paix, s'affoiblir de tant de 
places pour ravoir demain la guerre; nous requerans 
de leur déclarer si nostre intention est telle de persister 
à ceste demande; ayant dict le président Richardot, 
qu'il aimeroit mieulx estre bruslé que d'avoir baillé 
un£ si mauvais conseil à leur maistre; sire, nous n'a- 
vons pas peu dire que vostre majesté faict ceste paix 
avec une reserve cachée sur une clause de leur faire la 



AU ROY. 2i3 

guerre sans rompre ceste paix; et à la vérité, sire , c'est 
chose qui ne se peult soubtenir, et, voyant le sousp- 
çon où. ces gens là entroient , avons considéré ce qui 
est escrit au traicté de Cambray, que l'empereur Char- 
les V se contente de ne faire poursuite pour la duché 
de Bourgoigne, si ce n'est par voye amiable et de jus- 
tice ; et au traicté de l'an i55c), le roy Henry II et le 
roy catholicque, parlans de quelques particuliers, es 
biens desquels ils estimoient avoir droict , mettent la 
mesme clause de les poursuivre par justice, et non par 
les armes. Nous avons eu crainte de faire tort à vostre 
service, et que les ferions entrer en trop de défiance, 
si nous les refusions d'insérer l'article comme il est 
mis ci dessoubs. 

Et sont réservés audict sieur roy très chrestien de 
France et de Navarre , ses successeurs et ayans cause , 
tous les droicts, actions et prétentions qu'il entend 
lui appartenir à cause de sesdicts royaulmes, pays et 
seigneuries , aulxquels n'a esté renoncé par lui ou ses 
prédécesseurs, nonobstant quelque prescription et laps 
de temps que l'on peult alléguer au contraire , pour 
en faire poursuite par voye amiable ou de justice, et 
non par les armes, comme au semblable sont réservés 
audict sieur roy catholicque des Espaignes, etc., ses 
successeurs et ayans cause, tous les droicts, actions et 
prétentions qu'il entend lui appartenir à cause de ses- 
dicts royaulmes, pays et seigneuries, aulxquels n'a esté 
renoncé par lui ou ses prédécesseurs, nonobstant quel- 
que prescription et laps de temps que l'on peult allé- 
guer au contraire, pour en faire poursuite par voye 
amiable ou de justice, et non par les armes. 

C'est, sire, la resolution qui a esté prise sur cest 
article, declarans lesclicts ambassadeurs qu'ils sont ici 



2i4 LETTRE 

pour traicîer une paix finale, et que, s'il est question 
de revenir à la guerre, il leur est plus advantageux de 
la continuer en Testât qu'ils sont, que quand ils seront 
affoiblis de la restitution d'ung si grand nombre de 
places. 

Faict à Vervins, le 25 mars i5o,8. 



> -0-W-» w^ 



LXXXVIII. — # LETTRE 

De MM. de Bellievre et de Sillery au roy. 

Sfre, nous supplions très humblement vostre ma- 
jesté de nos imputer à faulte le doubte où nous som- 
mes entrés sur l'interprétation d'ung article conteneu 
en la lettre qu'il lui a pieu de nous escrire. Nous escri- 
rons ici ledict article. 

Surtout, je ne me veulx pas obliger de me séparer 
de l'amitié de mes alliés, combien qu'ils demeurent en 
guerre avec les Espaignoîs, afin qu'ils ne me repro- 
chent que je me sois accordé à leurs despens. 

Sire, nous comprenons cest article, que vostre ma- 
jesté ne veult ni entend se séparer de l'amitié de ses 
alliés quelque guerre qu'ils fassent au roy d'Espaigne; 
aussi, sire, les ambassadeurs ne nous en ont pas re- 
quis. Ce que nous eussions rejeté , s'ils nous eussent 
demandé d'insérer en ce traicté la clause qui est au 
traicté de Crespy , auquel l'empereur Charles V et le 
roy François I er promirent estre amis d'amis , et enne- 
mis des ennemis, à quoi ledict empereur s'obligea , bien 
qu'en ce temps là il feust en ligne offensive et deffen- 
sive avec le roy Henry VIII d'Angleterre, qu'il avoit 
faict venir en France pour y faire la guerre avec lui , 



AU ROY. il 5 

et se trouvoit lors engagé au siège de Bouloigne. La 
mesure clause est aulx traictés precedens. Ce dernier 
traicté ne va pas si avant. Les deux roys se trouvent 
aulx ternies de n'entreprendre rien , ni adhérer, et de 
renoncer aulx practiques et intelligences qui pour- 
roient redonder au préjudice de l'ung de l'aultre. 

Suivant le commandement de vostre majesté , nous 
avons demandé que toutes choses feussent remises 
entre les deux couronnes , en Testât qu'elles estoient 
lors du traicté de l'an i55cj, faict à Chasteau en Cam- 
bresis. Ledict traicté a esté leu par deux fois entre 
nous, en présence de M. le légat, qui eust rejette cest 
article. C'eust esté parler contre ce qui est porté par 
nostre instruction , contre ce qui a esté faict en tous 
les traictés, et contre ce qui est de l'ordre de la nature 
de la chose que l'on traictoit; et si telle clause a esté 
jugée nécessaire aulx precedens traictés, en cestui ci 
il a esté plus nécessaire qu'en tous les aultres de l'ac- 
corder de la part de vostre majesté , veu que ce traicté 
se faict principalement pour parvenir au recouvre- 
ment d'ung si grand nombre de villes, et qui sont 
de si grande importance à vostre couronne, n'estant 
aulcunement à croire que les Espaignols, contre leur 
coustume , se soient maintenant resoleus à faire res- 
titution de ce qu'ils ont une fois occupé , si tant estoit 
que vostre majesté declarast que nonobstant ladicte 
restitution, elle entend d'assister et favoriser les armes 
de leurs ennemis; car, en ce cas, il semble qu'ils eus- 
sent mieulx aimé d'avoir la guerre ouverte, et demeurer 
plus forts qu'ils ne seront quand ils auront restitué 
lesdictes places, et avec moyens d'entreprendre d'aul- 
tres conquestes sur vostre royaulme. 

Sire, si nous eussions faict. la moindre difficulté du 



^i6 LETTRE 

monde , sur l'acceptation de cest article , le traicté es- 
toit rompeu , et les eussions mis en tel souspçon qu'il 
ne falloit espérer de traicter d'aulcune chose avec eulx. 

Et dirons , soubs la correction de vostre majesté , 
que tous aultres prétextes qui se pourroient mettre en 
avant pour rompre ce traicté , seroient moins préjudi- 
ciables au service de vostre majesté, que de se re- 
souldre au refus du susdict article , sans lequel i) est 
impossible de dire que l'on traicté une paix; et s'il se 
falloit resouldre à ce refus, il seroit nécessaire de nous 
révoquer, estant chose que nous ne pouvons ignorer, 
que si on leur en donne le moindre souspçon que ceste 
negotiation est rompeue, et presque toute espérance 
perdeue de la pouvoir remettre à l'advenir. 

Il nous est impossible de nous persuader que ce 
puisse estre l'intention de vostre majesté, qui a tous- 
jours dict qu'elle veult ce traicté en la forme qu'est le 
précèdent, mais d'autant qu'il y a quelque obscurité 
en l'escriture de la lettre de vostre majesté , ou que 
celui qui la mise en chiffre a oublié le mot expres- 
seement après celui de m'obliger , y ayant peult estre 
esté escrit. Je ne me veulx pas obliger expresseement de 
me séparer de l'amitié de mes alliés, ce qui ne seroit 
aulcunement raisonnable; car, cela estant ainsi escrit, 
vos alliés se pourroient plaindre que les nouveaulx 
amis font oublier les vieulx. Au contraire , il fauîdra 
faire mention honorable de vos alliés du soing que 
vostre majesté a de leur conservation , comme il pa- 
roistra par effect, leur ayant procuré une trefve d'ung 
on ou de six mois , pour traicter et resouldre leurs 
affaires avec le roy d'Espaigne , si tant est qu'ils trou- 
vent bon d'y entendre. 

Vostre majesté pardonnera , s'il lui plaist, à la crainte 



AU ROY. 3 17 

que nous avons eue de faillir en chose que ce soit, 
à ce qui est de ses commandemens et intentions, la 
suppliant très humblement de voulloir par sa bonté 
esclarcir nostre ignorance. Et sur ce, sire, nous sup- 
plions le Créateur, etc. 

Du 25 mars 1698. 



LXXXIX. — * LETTRE 

De MM. de Bellievre et de Sillery à M. de Villeroy. 

Monsieur, nous escrivons une lettre au rpy, tou- 
chant le doubte où nous sommes entrés sur l'interpré- 
tation d'ung article conteneu en la lettre de sa ma- 
jesté ; c'est chose que nous n'avons estimé debvoir 
estre mise en la response que nous faisons à ladicte 
lettre ; car il peult estre que vous jugerés que nostre 
crainte est sans occasion; et si ainsi est, nous vous 
supplions de ne souffrir que nostre lettre soit veue, 
car cela nous porteroit préjudice, et ceste faulte ne 
procederoit que du respect que nous portons à tout ce 
qui peult estre des intentions de sa majesté. Mais s'il y 
avoit apparence que l'on feist entendre au roy ce dont 
nous disons estre en crainte , nous serions infidèles 
à son service , si nous lui taisions ce que nous jugeons 
en cest affaire, vous suppliant de croire que s'il falloit 
parler du refus dont nous escrivons, que nous ferions 
une playe aulx affaires de sa majesté , que les plus 
habiles hommes de France ne sçauroient guérir ni repa- 
rer le mal qui en adviendroit; et, en ce cas, monsieur, 
nous jugeons que le service du roy requiert que nostre 
lettre soit leue : si l'on aura esgard à ce que nous re- 



2 1 8 LETTRE 



monstrons, on évitera ung grand mal ; si on se resouldra 
de n'en faire compte , on ne passera jamais six mois , 
que Ton ne sente les effects de ce refus, et perdrions 
l'honneur envers sa majesté et le monde, s'il n'appa- 
roissoit que nous avons fidèlement remonstré ce que 
Joyaulx subjects et serviteurs doibvent remonstrer en 
ung tel affaire. Cependant, nous nous recomman- 
dons , etc. 

Du 5i5 mars 1598. 



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XG. — * LETTRE 

De MM. de Bellievre et de Sillerj au roy. 

Sire , si nous n'avons ce contentement d'avoir ob- 
teneu tout ce qui est conteneu en l'instruction qui nous 
a esté baillée par le commandement de vostre majesté , 
au moins avons nous ceste consolation qu'il ne s'en 
fault pas beaucoup, et qu'ayant eu ceste faveur de 
vostre bonté qu'elle s'est faict lire par deux fois nos 
longues despesches, elle a peu cognoistre avec quelle 
ardeur nous la servons, et que nous n'avons pas beau- 
coup obmis de tout ce qui se peult dire pour obtenir 
ce qu'elle nous a ordonné de demander en ceste con- 
férence. Sire , nous avons leu tous les traictés pre- 
cedens, et sommes vieillis en servant ; mais nous n'avons 
poinct appris qu'en traicté de telle importance , Tune 
des parties ait obleneu ce qu'elle a demandé ; nous 
louons Dieu , et recognoissons le bonheur de vostre 
majesté, qui estes le premier de nos roys qui ait faict 
venir à la raison la maison d'Autriche , qui ne feut 
jamais si grande , ni vostre royaulme plus appovri 



AU ROY. 3*9 

qu'il est à présent. Dieu vous a suscité en ce siècle pour 
le remettre à sa première splendeur, et semble que 
le navire est comme arrivé à bon port; que tous les 
preccdens traictés soient veus, il n'y en a pas ung où 
tous les articles ne soient à fadvantage des ennemis, 
diminution de ceste couronne, et par conséquent de 
l'honneur de la France, et cestui ci tout ce que jusques 
à présent y a esté resoleu , est à la grandeur et répu- 
tation de vostre couronne , dont après Dieu l'honneur 
en est deu a la grande vertu de vostre majesté. 

Sire, nous avons faict entendre à M. le légat, et 
aulx ambassadeurs d'Espaigne , la response qu'il a pieu 
à vostre majesté de nous faire par sadicte dcspesche 
du i^ de ce mois; nous avons commencé par les ar- 
ticles qui concernent le roy d'Espaigne, sur quoi nous 
ne nous sommes estendeus en long propos , pour ce 
que c'estoient choses accordées. 

Venant à ce qui a esté traicté touchant M. de 
Savoye, nous avons vivement remonstré combien il 
est impossible à vostre majesté de supporter que ce 
prince, qui vous est de tant inférieur, présume de 
retenir ce qui appartient à la couronne de France, 
n'en pouvant dire aultre raison , si ce n'est qu'il le 
veult retenir, qu'il y va trop. avant de l'honneur de 
vostre majesté de le souffrir; que si le roy d'Espaigne 
et le cardinal d'Autriche désirent vostre amitié, comme 
de leur part ils nous ont faict déclaration, ils admo- 
nesteront ledict duc de prendre ung plus sage conseil; 
et, s'il s'y obstine, ne prendront une si injuste que- 
relle. Sire, lesdicts ambassadeurs nous ont responueu 
que ledict roy d'Espaigne et cardinal d'Autriche, leurs 
maistres, ont assés monstre leur inclination à la paix, 
et désirs qu'ils ont d'affermir une bonne amitié aveq 



220 LETTRE 

vostre majesté par l'offre qu'ils lui font de la resti- 
tution d'ung si grand nombre de places si importantes 
à vostre majesté et à eulx. 

Pour le regard de M. de Savoye, est que nous ju- 
geons assés que le roy catholique ne peult et ne doibt 
en aulcune sorte l'abandonner , estant son gendre , 
son associé en ceste guerre, et qui a de feu l'infante 
minor sa fille, neuf enfans vivans; qu'ils nous décla- 
rent qu'ils ont charge et commandement très exprès 
de ne rien traicter sans lui , qu'ils se font loyaulment 
employer à pousser et persuader l'ambassadeur dudict 
duc d'accepter l'arbitrage du pape , non à la forme 
que son maistre le demandoit, mais tout tel que vostre 
majesté l'a ci devant offert , et signé de sa main ; qu'ils 
n'ont pas estimé, en nous proposant telles choses, 
qu'on leur peust imputer que ce feust au préjudice de 
l'honneur de vostre majesté ; qu'ils sçavent trop le 
respect qui est deu à ung si grand prince ; mais ils 
ont eu opinion que pour le bien de la paix elle ne 
feroit difficulté de trouver bon maintenant ce qu'aul- 
tresfois elle avoit approuvé et signé ; que si, lorsqu'elle 
le signa , elle jugea que ce n'estoit poinct chose contre 
son honneur, à plus forte raison maintenant elle 
pourroit continuer en ceste opinion que cest arbi- 
trage doibt avoir lieu, et qu'il n'est aulcunement contre 
son honneur , s'accordant mesmement à cest arbitrage 
pour parvenir à ung plus grand bien qui concerne le 
repos de vostre couronne et l'universel de la chres- 
tienté. 

Quant est d'envoyer de nouveau en Espaigne , ou 
au duc de Savoye pour entendre leurs opinions, que 
ceste longueur nous porteroit plus tost à la guerre que 
ce que nous traicterions ne nous remettroit à la paix ; 



AU ROY. 221 

qu'il seroit plus expédient que nous leur déclarassions 
ouvertement si vostre majesté est du tout resoleue 
h ne voulloir poinct de paix, afin qu'ils ne perdent ici 
plus longuement de temps au préjudice de leurs 
affaires , etc. 

C'est , sire, ce que nous avons peu recueillir du dire 
desdicts ambassadeurs , à quoi nous avons respondeu 
diligemment : sur quoi nous ne nous estendrons pour 
n'ennuyer vostre majesté d'une trop longue lettre. 

Sire, nous trouvans en ces perplexités, et prests à 
voir rompre ce traicté , nous avons eu plusieurs con- 
férences avec M. le légat et le père gênerai , qui tous 
deux se monstrent fort estonnés , et comme reduicts au 
desespoir du succès de cest affaire. M. le légat nous a 
dict qu'on l'a faict tenir ici cinq ou six mois, où il a 
soubteneu beaucoup d'incommodités et de traver- 
ser ; qu'espérant de faire service à Dieu et à vostre 
majesté, il a pris le tout en patience; mais, si on le 
contrainct de faire ici plus long séjour, on le contrain- 
dra d'y laisser sa vie ; que vostre majesté a cogneu sa 
bonne volonté et l'affection qu'il a à son service ; 
qu'il la supplie de ne perdre poinct l'occasion d'estabîir 
les affaires que Dieu lui donne par la nécessité qu'a le 
cardinal d'Autriche d'estabîir les affaires par l'amitié 
de vostre majesté ; lui deffaillant ce moyen , il sera con- 
trainct d'en chercher d'aultres , qui ne lui deffauldront 
pas, soit que le roy d'Espaigne, au lieu de ses Pays 
Bas , donne en dot à sa fille aisnee le royaulme de Por- 
tugal , Naples , ou Milan, ce qu'il mit en délibération 
auparavant que de se resouldre à lui laisser les Pays 
Bas, comme il a faict maintenant, qui pourroit estre 
cause qu'au lieu d'avoir pour voisin à nostre couronne 
ung petit prince comme sera le seigneur des Pays Bas 



2 2 2 LETTRE 

lesdicts pays demeureront unis avec ceste grande puis- 
sance au roy d'Espaigne ; nous a dict dadvantage ledict 
sieur légat , qu'attendeu l'offre qui est faicte à vostre 
majesté de la restitution de tant de places, si elle se 
resouldra de ne l'accepter , qu'il est impossible que le 
pape et toute la chrestienté n'estirne que vostredicte 
majesté ne veult poinct de paix; à quoi il adjouste 
que nous avons peu sçavoir ce que vostre majesté lui 
a faict dire ci devant du naturel de la royne d'Angle- 
terre ; que si par ses menées et de ses adherans elle 
gaignera que vostre majesté rompe du tout avec le roy 
d'Espaigne , la voyant soubienir à la ruyne de son 
royaulme tout le faix de ceste guerre, elle se tiendra 
pour arbitre de la paix et de la guerre, et nous fera 
plus de mal par ses dissimulations que le roy d'Espai- 
gne par ses armes. 

Nous remonstrans enfin que vostre majesté, qui a 
receu tant de prospérités par la grâce de Dieu, est 
obligée de le recognoistre, en donnant, comme il est 
en son pouvoir de faire, la paix, le repos à toute la 
chrestienté. 

Quant au père gênerai, a dict que, depuis ung an 
en ça , il n'a faict aultre chose que despenser et travailler 
à l'advancement de cest affaire, espérant de faire ser- 
vice à Dieu et à vostre majesté ; que , puisqu'il voit les 
choses reduictes en ces termes, il ne scait plus que 
dire ni faire , si ce n'est de prendre le chemin d'Italie. 
Sire, ces propos nous ont esté dicts par M. le légat et 
père gênera! avec beaucoup de douleur; ils nous ont 
pressé de leur dire, afin qu'ils n'attendent plus longue- 
ment à parler de ceste negotiation , si vostre majesté 
est du tout resoleue de ne poinct faire paix; nous avons 
dict ce qu'elle nous commande d'asseurer, que les 



AU ROY. Y& 

prospérités qu'il a pieu à Dieu de vous envoyer, vous 
augmentant plustost le désir de la paix qu'elles ne le 
diminuent; sur ee , il nous ont requis de leur dire, 
puisque le moyen qu'ils leur ont proposé, qu'en leurs 
eonseienees ils trouvoient utile et advantageux pour le 
bien des affaires de vostre majesté ( car elle recouvroit 
cependant les places occupées sur son royauîme. et ne 
quittoit rien du sien) que nous qui dehvions mieulx 
sçavoir qu'eulx ce qui est de l'intention de vostre ma- 
jesté, leur fassions quelque ouverture qui la peust con- 
tenter; sur quoi ne nous pouvons resouldre, nous dé- 
partons d'avec euîx , ils nous ont pryé d'y voulloir pen- 
ser, et le leur faire entendre; car, de leur part, ils 
n'estoient pas délibérés de proposer aulcune chose , 
veu que l'ouverture qu'ils ont mise en avant a si niai 
succédé, et n'en rapportent aultre chose que d'avoir 
perdeu toute créance avec ses ambassadeurs d'Espai- 
gne, et ne donnant aulcung contentement à vostre 
majesté , considérant que nous ne pouvions induire 
lesdicts ambassadeurs à abandonner le duc de Savoye , 
ni l'ambassadeur dudict duc à passer plus avant qu'à 
l'arbitrage, dont par nostre précédente nous avons 
donné advis à vostre majesté ; et voyant que , sans quel- 
que nouvelle ouverture, il falioit rompre ceste nego- 
tiation nouvelle , dont nous n'avons pas charge de 
vostre majesté, et ne jugeons pas que ce feust son ser- 
vice de se précipiter à ceste rupture sur les bruicts 
qu'ils ont faict ici courir de la deffaicte des trouppes 
de M. de Crequy, et prise de la tour Charbonnière, 
nous avons proposé par forme d'ouverture , et sans 
nous obliger de promettre que vostre majesté l'aura 
agréable, qu'il y avoit apparence que vostre majesté 
pourroit modérer l'indignation qu'elle a justement con- 



2 M LETTRE 

ceue contre ledict duc , pour ce qu'il a attenté au pré- 
judice de vostre couronne , s'il tesmoignoit par quel- 
ques bons effects le respect qu'à l'advenir il veult 
porter à vostre majesté , qui seroient s'il desadvouoit 
et abandonnoit le capitaine Lafortune qui est dedans 
Seurre , s'il vous rendoit la ville de Berre en Provence, 
et du Uaulphiné le fort Barrault; s'il s'accommodoit à 
ce que dessus vostre majesté pourroit prendre asseu- 
rance qu'il observeroit ce qui seroit ordonné par le 
pape , en cas que vostre majesté le voulleust soubmettre 
à l'arbitrage, dont lui avons escrit ci devant; sur ce, 
ils se sont plaincts de nos excessives demandes : nous 
avons dict que , si elles estoient bien considérées , ils 
trouveroient qu'elles estoient et utiles et honorables à 
M. de Savoye pour plusieurs raisons que nous avons 
deduictes ; mondict sieur le légat et père gênerai 
nous ont demandé si , negotians avec nous sur ces 
demandes , les ambassadeurs d'Espaigne se pourroient 
asseurer de negotier sur chose certaine; et, estant ac- 
cordé ce que dessus , si ce traicté se pourroit tenir 
pour concleu et resoleu ; nous avons dict que nous 
proposions ceste ouverture de nous mesmes , et ne le 
pouvions asseurer sans sçavoir sur ce l'intention de 
vostre majesté; quand il en a esté parlé aulx ambassa- 
deurs d'Espaigne , ils se sont plaincts que nous n'avons 
pouvoir que de demander, et non de resouldre sur 
chose qui soit proposée. Nous sommes demeurés fermes 
en nostre opinion , et dict que, s'ils veullent la paix, 
comme de nostre costé nous la voulions, il fault qu'ils 
s'efforcent à faire passer les choses , sans lesquelles cest 
accord ne se peult N faire. Mondict sieur le légat, le père 
gênerai, les ambassadeurs d'Espaigne et nous, avons 
travaillé pour faire accorder ce que dessus à l'ambas- 



AU ROY. 2a5 

sadeur de Savoye, et pour lui donner crainte de refu- 
ser lesdicts ambassadeurs d'Espaigne; après l'avoir pryé 
et conseillé d'accorder nos demandes , lui ont dict que, 
s'il refusoit de le faire, ils signeroient le traicté sans y 
comprendre son maistre, ce qui a meu ledict ambassa- 
deur de Savoye d'accorder laclicte demande, au nom 
duquel les ambassadeurs d'Espaigne ne nous ont pro- 
mis et asseure que, s'il plaira à vostre majesté se soub- 
mettre à l'arbitrage de nostre sainct père en la forme 
qui a esté ci devant traictee entre nous, que l'ambas- 
sadeur de Savoye promettra en bonne forme, en pré- 
sence de M. le légat , et obligera son maistre de rendre 
à vostre majesté dedans deux mois la ville de Berre; 
que dans le mesme temps il fera démolir le fort de 
Barrault en Daulphiné, abandonnera et desadvouera le 
capitaine Lafortune qui occupe Seurre : c'est, sire, 
ce qu'à l'extrémité nous avons peu penser et faire pour 
empescber la rupture de ce traicté, estans lesdicts am- 
bassadeurs d'Espaigne entrés en tel souspçon , à cause 
du refus cludict arbitrage, et de ce aussi que nous les 
avons voulieu asseurer que vostre majesté approuvera 
ladicte ouverture , que nous pensions pour certain 
qu'ils partiroient de ce lieu , laissant ceste besoigne 
imparfaite ; nous n'avons eu aultre moyen de les rete- 
nir, si ce n'est en les asseurant qu'à ce coup ils sçau- 
roient la finale resolution de vostre majesté sur tout ce 
qui concerne ce traicté, et que vouîlions présentement 
resouldre avec eulx de toutes cboses , afin de n'estre 
contraincts d'envoyer de nouveau ung courrier pour 
sçavoir la volonté de vostre majesté, que nous sup- 
plions très humblement de nous commander son bon 
voulloir sur le conteneu en nostre despescbe; car, après 
que leur auront faict sçavoir nostre response, s'ils 

MÉM. DE DUPLESSIS-MORNAY. ToiMTE VIII. J 5 



226 LETTRE 

n'en demeurent satifaicts, il est sans doubte que ceste 
negotiation est rompeue , et qu'ils s'en retourneront par- 
devers le cardinal Albert; aussi n'estimons nous pas 
que l'on puisse plus longuement retenir ici M. le légat. 
Nous attendrons par ce courrier le commandement de 
vostre majesté, soit qu'il lui plaise que nous arrestions 
plus longuement en ce lieu , ou que nous retournions 
pas devers elle lui rendre compte de ceste légation , ne 
nous- restant aulcune espérance d'obtenir aultre chose 
que ce qui est conteneu en la despesche que nous fai- 
sons à vostre majesté. 

Ayans escrit jusques ici , l'ambassadeur de Savoye 
nous est veneu trouver , et nous a promis au nom de 
son maistre qu'il sera satisfaict à ce que nous ont dict 
de sa part les ambassadeurs d'Espaigne, s'asseurantque, 
par tous aultres offices et services , son maistre s'effor- 
cera de donner contentement à vostre majesté , et re- 
gaigner ses bonnes grâces. 

Le mesme j ourdies ambassadeurs d'Espaigne nous 
sont veneus trouver, et avons reveu par ensemble les 
articles dont nous n'estions encores d'accord ; ce que 
nous avons mis en un g escrit à part , qu'il plaira à vostre 
majesté faire considérer. Toutes choses n'ont pas peu 
passer en la sorte que nous desirions; mais, après longues 
disputes, il ne nous a esté aulcunement possible de ti- 
rer desdicts ambassadeurs aultre resolution; et fault en 
tout rompre , ou se tenir à ce qui est conteneu audict 
escrit; car, sire, comme nous voyons les choses dispo- 
sées, eest affaire ne peult plus estre teneue en longueur. 

Selon les advis que nous avons , les Espaignols ont 
leurs forces prestes. Vostre majesté sçait les forces 
qu'elle a en ceste frontière , estant le bruict commun 
que toutes les compaignies de gens de guerre y sont 



AU ROY. 227 

mal complettes. Nous n'avons pas resoleu la cessation 
d'armes pour le regard des entreprises sur les villes , 
dont par deux despesches nous avons donné advis à 
vostre majesté. Le père gênerai nous a dict qu'encores 
qu'il la nous eust offert de la part desdicts ambassa- 
deurs, estans lors en nostre pouvoir de l'accepter et la 
resouldre; que maintenant il voit lesdicts ambassadeurs 
entrés en ung si grand souspçon que vostre majesté ne 
veult pas la paix, qu'ils n'estiment pas que ce feust de 
vostre service de leur en parler maintenant. Que selon la 
response qui sera apportée par le courrier que nous des- 
peschons, ils s'y resouldront; et le mesme nous a esté 
dict par lesdicts ambassadeurs. 

Sire , estant ceste après disnee les ambassadeurs 
d'Espaigne, de Savoye et nous, cbés M. le légat, 
nous avons faict entendre audict sieur légat ce que 
nous avons traicté par ensemble touchant M. de Savoye. 
Lesdicts ambassadeurs ont dict à M. le légat que ce qui 
a esté offert de la restitution de Berre, et demolisse- 
ment du fort Barrault, et desadveu du capitaine Lafor- 
tune, sera observé de bonne foi. S'estant retiré îedict 
ambassadeur de Savoye, nous avons pryé M. le légat, 
et avons obteneu de lui qu'il arrestera ung mois en 
ceste ville de Vervins, après que les articles auront esté 
signés. Estant escbeu le temps que la ratification se 
doibt bailler, ils ne pourront plus estre secrets. 

A esté accordé entre nous que du jour que les ar- 
ticles auront esté signés et remis entre les mains de 
M. le légat, si vostre majesté le trouvera bon, on ne 
pourra faire entreprise sur les places l'ung de l'aultre, 
désirant qu'il y ait trefve , ou pour le moins cessation 
d'armes et de tous les actes d'hostilité; n'estant raison- 
nable que l'on prenne les subjects de vostre majesté, ni 



228 LETTRE, etc. 

aussi ceulx du roy leur maistre, comme si la guerre du- 
roit; et jugent qu'à quoi que Ton se résolve, il est très 
juste et très raisonnable que tous les prisonniers soient 
rendeus. 

Nous ont requis de supplier vostre majesté de nous 
envoyer quelques passeports, qui leur seront baillés 
après qu'ils auront signé les articles , d'autant qu'il leur 
fauldra despescber aussitost en Espaigne pour l'exécu- 
tion de cette negotiation, et aussi à Blavet. 

Désirent qu'il y ait deux passeports pour deux gen- 
tilshommes dont les noms soient laissés en blanc, que 
nous remplirons en les délivrant. Estiment aussi d'avoir 
besoing de passeports pour quelques courriers, et que 
les passeports pour les gentilshommes soient pour 
quattre chevaulx. Sire , nous supplions de tout nostre 
cœur le Créateur, etc. 

Du ih mars i5g8. 

XCI. — * LETTRE DE M. LE LEGAT 

Au roj\ 

Chrjstianissimo re , se io pretendessi con il mio 
replicare aile lettere di vestra maesta farli mutare il suo 
prudetite consiglio sarei poco accorto, et al tutto senza 
giudicio, massime trattando si cosa di tanta importanza, 
corne il negotio di pace, che debbo credere, che debba 
essere stato essaminato da lei con tutle quelle conside- 
rationi che si eno possibili a un principe grande, volo- 
roso, et pio, corne è la maesta vestra nondimeno sendo 
io in questo regno cocarioche ho et sapendo il deside- 
rio di sua beatitudine, et trattandosi nuovo partilo, et 



LETTRE DE M. LE LEGAT, etc. 229 

non persnadendo che ella non raquisiti il suo, mi pare 
potere con quella reverenza che io debbo dirli alcuno 
parole , supplicando la chessendo condetto fra la maesta 
vestra, et il re catoh'co il trattato a tanto buon termino, 
che elîa non ributti il partito , che se li propone per 
conto di Savoya , nel quai caso non considero vestra 
maesta la differenza che effra lei , et quel duca ne si 
muova per farli cosa grata ma con generoso , et rea!e 
animo risgardi il benefîcio di tutta la christianita , et 
poi che ella si e mostrata tanto affectionata al papa, et 
pochi giorni sono gli afutto si segnalato ajuto alla re- 
cuperatione di ferrara, cumuli quello con la conclu- 
sione délia pace, diche sua beatitudine ne sentira non 
minor contento, che sinabbia sentito del passato, et ne 
restera obligata in perpetuo alla maesta vestra, con 
tanta sua gloria quanta habbi mai havuta nessuno de i 
suoi antecessori ; ne mai sara giudicato al présente , 
ne anche ne i futuri secoli. Che la maesta vestra, che 
cha se ben con giusto titolo recuperato, con il suo va- 
lore un regno tanto grande, sendo vittoriosa habbia 
mcsso dell'honor suo largheggiando nel trattare con 
uno chegli e tanto in tutte le cose inequale. Non ha 
proportione quello che toleta la maesta vestra a temp- 
bal duca di Savoya con il gran servitio che si fa à Dio, 
alla christianita, et ai popoli; non da niente del suo al 
duca, ma lo soresiede, con il imeterlo, non in un prin- 
cipe alieno, ma in suo amore volessimo padre, del quale 
ella è primogenito, per il quale ha il titola di christia- 
nissimo al quale i suoi antecessori hanno dati tanti aiuti 
et diffesolo con la facultà, con i popoli, et con la per- 
sona, egli è detto vero servo si Dio, giusto et obligato, 
et per fare quella che conviene con quella candidezza, 
che si ricerca à vicario di Christo in terra, et a huomo 



2 3o LETTRE DE M. LE LEGAT, etc. 

clie ama tanto la maesta vestra che sendo infelississimo 
stato et gloriosissimo re non debbe eonsiderare i ponti 
minuti, eon chi tanto è debole à sua proporsione. Non 
vorrei abusare eon il mio troppo scrivere il favore cbe 
mi fa la maesta vestra et valerme indiscretamente pero 
faro fine, di nuovo quanto sb et posso humilmente, et 
eon le lacrime Alcuore supplicandola che eon questo 
spaccio se gli propone, ne guardi al mio Rozzo scrivere, 
ma allacosa inse stessa corne spero che ellasia per fare, 
et ringratiandola di quanto mi han detto in suo nome 
monsignor di Bellievre et di Sillery faro fine. Dio la 
conservi et esalti. Di Vervins, il di 25 di marzo 1598. 
Di vestra maesta christianissima humillimo servitor, 

Il cardinale di Firenze. 



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XGII. — * LETTRE DE M. DE VILLEROY 

A MM. de Bellievre et de Sillery \ 

Messieurs, M. de Mercœur arriva hier en ceste 
ville, où le roy nous a mandé qu'il se rendra ce soir. 

Je visitai hier, par son commandement, M. Cécile. 
Je crois qu'il ne me dict pas sa charge , du moins le 
secret d'icelle; car il le reserve à sa majesté, comme 
il est bien raisonnable. Toutesfois il voulleut que je 
creusse, par son langage, qu'il avoit l'esprit plus paci- 
fique que guerrier, disant que sa souveraine estoit, 
pour son sexe, pour son aage, et de son naturel, plus 
encline au repos qu'aulx armes; qu'elle avoit faict de 
grandes despenses depuis quelques années, desquelles 
elle avoit tiré moins de profîct que ses voisins; qu'elle 
se resjouissoit de la prospérité du roy son beau frère , 






LETTRE, etc. ^3 1 

et tenoit bien employés les seeours qu'elle lui avoit 
baillés ; car c'estoit pour le réintégrer dedans ce qui 
lui appartenoit que l'on lui desbattoit injustement; 
mais que d'à ul très, voulîant dire les estats, s'en esloient 
bien accreus dadvantage ; mais qu'il falloit qu'ils bor- 
nassent leurs desseings, et qu'ils se contentassent de 
raison; qu'il s'esbabissoit du retardement de leurs dé- 
putés, lesquels il avoit attendeu en Angleterre plus de 
trente jours, et que depuis son arrivée en France il ne 
s'estoit poinct basté pour leur donner loisir de le 
joindre , et toutesfois qu'il n'avoit poinct encores d'eulx 
aulcunes nouvelles; qu'il estimoit bien qu'ils ne voul- 
aient poinct de paix, mais que c'estoit le moins qu'ils 
pouvoient faire que de faire trouver ici leurs députés 
à son arrivée, y ayant esté conviés par le roy et par 
sa souveraine , pour tous ensemble resouldre leurs 
affaires, comme bons alliés doibvent faire; qu'il les 
attendroit encores quelques jours, après qu'il auroit 
baisé les mains du roy ; mais que s'il voyoit qu'ils ne 
vinssent, il recevront la volonté de sa majesté, à la- 
quelle celle de sa maistresse s'accommoderoit. Sur 
cela, il s'enquit fort si Je pouvoir que l'on avoit envoyé 
quérir en Espaigne pour traicter avec sa royne estoit 
arrivé. Je lui dis que je n'en avois eu aulcung advis 
encores , mais que j'estimois qu'il ne pouvoit plus gueres 
tarder, Le courrier qui avoit esté despescbé pour l'aller 
quérir estant parti le s5 du mois passé, il ne veult 
croire que le mariage de l'infante major avec M. le car- 
dinal d' Autriche , et la donation des Pays Bas et du 
comté de Bourgoigne se fasse; il croit que c'est ung 
artifice seulement, tant pour amuser le roy et la royne 
sa maistresse , que pour diviser et gaigner les estats 
avec lesquels il a opinion que l'on traicte secrettement. 



a32 LETTRE 

Je lui ai remonstré que tel artifice pouvoit bien faire 
descouvrir et esmouvoir les esprits d'aulcungs, mais 
que je ne les estimois pas assés forts pour les faire re- 
souldre à changer de desseing, et s'y endormir; que 
jusques à présent nous n'y avions rien perdeu , et espé- 
rions encores y perdre moins à l'advenir; que je m'as- 
seurois que sa souveraine , qui cognoissoit les Espai- 
gnols encores mieulx que nous , ne s'y laisseroit pas 
tromper, et que les eslats le feroient encores moins; 
de sorte que, si ceci estoit ung desguisement , j'esti- 
mois qu'il tourneroit plus au préjudice et à la honte 
desdicts Espaignols, qu'il ne feroit de dommage à leurs 
ennemis. Pour cela, il ne laissa pas de persister en sa 
défiance, d'autant qu'il dict qu'il ne voyoit poinct 
que l'on preparast le passage de l'infante, ni chose 
approchante d'ung tel changement. Je lui respondis 
qu'il sembloit que la paix que l'on recherchoit estoit 
la porte par laquelle ils debvoient entrer et effectuer 
l'ung et l'aultre, ce qu'il recogneut estre véritable. 

J'appris de lui que tous les François qui parlent à 
lui ne sont pas de mesme advis touchant la paix; et je 
lui dis que l'Angleterre, qui estoit plus paisible que la 
France, n'estoit pas exempte de ce mal là. Il me l'ad- 
\oua. Enfin, il voulleut, comme je vous ai dict, me 
faire croire qu'il tendoit du tout à la paix, et qu'il s'ac- 
commoderoit du tout au désir de sa majesté. Quand il 
aura parlé à elle , nous en pourrons sçavoir dadvan- 
tage. Cependant j'ai estimé vous debvoir envoyer cest 
eschantillon , pour vous en prevalloir; joinct qu'estant 
à la veille de fondre nostre resolution, il me semble 
que je ne puis trop souvent vous donner advis de ce 
qui se passe, ni en recevoir de ce que vous faictes. 

Je vous ai bien escrit la prise du fort de Charbon- 






A MM. DE BELLIEVRE ET DE SILLERY. 2 3 3 
nieres et de Rairault, mais non celle de M. de Creqùy, 
adveneue durant Feffect dudict Barrault, parce que je 
ne Pavois pas seu encores; c'est Sainct Julien qui nous 
en apporte advis. Ceulx qui gardaient ledict fort de 
Charbonnières, qui estoit en la Morienne, ayant com- 
posé, M. de Savoye se doubtant bien que ledict sieur 
de Crequy viendroit au secours de la place, feit conti- 
nuer la batterie, comme si la place eust encores teneu, 
et feit advancer quelques trouppes du costé où estoit 
ledict sieur de Crequy, pour l'amorcer, séparant son 
armée en deux; ledict sieur de Crequy ne faillit pas de 
s'advancer, pour charger ses premières trouppes, les- 
quelles se retirent comme elles avoient charge de faire; 
si bien qu'elles engagèrent ledict sieur de Crequy entre 
les deux parties de l'armée dudict duc, lune l'ayant 
pris par derrière, et l'aultre par devant, sans toutesfois 
s'advancer pour combattre ledict sieur de Crequy, qui 
avoit avec lui huict cens hommes choisis. Se voyant 
ainsi enfermé, et ne pouvant, à cause des neiges, 
prendre parti à droicte ni à gauche, feut enfin con- 
trainct de se rendre au plus fort. 

Il est demeuré prisonnier avec tous les capitaines, et 
les soldats qu'il avoit avec lui ont tous esté desarmés. 
Ceste adventure avoit estonné grandement la province 
de Daulphiné, mais la prise du fort de Barrault l'a ung 
peu depuis rasseuree. 

On dict que M. le duc de Savoye y est accoureu à 
grande haste pour l'assiéger. Si ainsi est, ceci engen- 
drera bientost quelque nouveauté; et semble que ledict 
duc de Savoye n'ait aulcune envie ni désir que la paix 
se fasse. 

Albigny commande à l'armée dudict duc. 

Si messieurs du parlement l'eussent traicté plus doul- 



a 34 LETTRE, etc. 

cernent, il ne seroit pas là. Mais je vois le roy plus pi- 
qué et animé que jamais contre ledict duc de Savoye ; 
car vous sçavés que l'esprit de sa majesté ne cède pas 
beaucoup volontiers à tels et semblables accidens. 

Nous verrons ce que vous nous en manderés sur la 
despesche que La Fontaine vous a portée, pour selon 
cela nous resouldre. Je prye Dieu que ce soit à sa gloire 
et au salut de ce royauhne, et qu'il vous conserve, 
messieurs, etc. 

Du 25 mars 1598. 



XCIII. — * LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A sa Je m me. 

M'amie, je ne puis que faire peu adjouster à celles 
de M. de Pierrefite. L'escuyer n'a peu encores obtenir 
congé; il espère l'avoir ce soir. En ung mot, je le lui 
ferai donner; mais je n'ai osé parler. Tu auras veu, par 
mon mémoire, que je n'ai pas oublié madame de La 
Rocbegiffart. Dujon m'a promis de t'escrire ce soir. 
Rien ne me travaille tant que ton indisposition , et ne 
peult plus soulager que l'amendement, s'il plaist à Dieu 
d'y donner. J'ai pourveu pour avoir des grenades et des 
citrons de Nantes. Au retour du roy, nous recouvre- 
rons du bezoar. M. de Nantes amende; mais il demeu- 
rera hypothéqué de quelques membres, le crains je, 
veu son aage. Il se loue fort de la saignée qui à l'instant 
lui descharge la teste. Je n'ai laissé, pour la response de 
M. de Lussan , de faire faire une bonne despesche à Be- 
lain. Je n'ai pas encores entreteneu M. Niotte,qui a esté 
trompé par son fils. Geste après disnee ont esté resoleus 



LETTRE DE M. DUPLESSIS , etc. 235 

tous les -affaires de la relligion , sauf à dresser Testât 
des garnisons, et commencera on des demain à dresser 
l'edict. Je t'embrasse, etc. 

D'Angers , le 25 mars î 5;j8. 

Le pouvoir est veneu. Tu as trop de soing de nous. 



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XCIV. — * LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A sa femme. 

M'amie , l'escuyer s'en va, conduict par La Periere , 
auquel j'ai f a i c t bailler dix escus pour faire les frais du 
voyage. Il sera bon de le faire doulcement instruire. 
Madame de Rohan est arrivée ce matin, que j'ai esté 
voir. Elle m'a parlé du mariage que tu sçais. L'homme 
loue l'alliance , ne faict pas grande instance sur la 
somme; mais, pour cela, il ne se resoult pas, et juge , 
madicte dame, que cela auroit besoing dune cognois- 
sance familière des personnes, de laquelle les occasions 
ne se rencontrent pas aiseement. 8i. 63. coudroit toutes 
ces difficultés, et le terme qu'il prend par tes lettres du 
a'3 expire; mais combien d'aultres fois! Je t'embrasse, 
m'amie , de tout mon cœur. 

D'Angers, ce 26 mars i5g8. 

Ou attend samedi M. de Mercœur ici. Il a ratifié le 
îraicté. 



2 36 LETTRE DE M. DE VILLEROY 

XCV. — * LETTRE DE M. DE VILLEROY 

A MM. de Bellievre et de Sillerj. 

Messieurs, j'ai receu vostre lettre, du 16 ce mois, 
le 24, avec celle de M. de Buzenval que je vous avois 
envoyée, sur le conteneu de laquelle j'ai bien consi- 
déré ce qu'il vous a pieu m'escrire, principalement de 
cest habitant d'Anvers qui a esté à Bruxelles, et je crois 
avec vous qu'il a faict ce voyage autant par l'advis de 
ceulx de Hollande que de ceulx du conseil du car- 
dinal d'Autriche; il a force gens bandés pour rompre 
nostre traicté, et nous faire perdre le fruict d'icelui, 
non , comme vous jugés trop mieulx , pour bien qu'ils 
nous veullent ; mais je vois le roy bien délibéré à ne 
croire à tels conseils. 

Sa majesté est à la chasse au Verger depuis deux 
jours, d'où elle ne reviendra que samedi; quand je 
l'aurai veue, je respondrai particulièrement à vostre 
susdicte lettre. M. de Mercœur a ratifié l'accord faict 
par madame sa femme, et a jà mis hors de Nantes les 
gens de guerre qui y estoient, lesquels sont arrivés en 
l'armée du roy, après avoir juré fidélité à sa majesté, 
laquelle sera ici samedi. 

M. Cécile y arrivera aussi demain. 

Vous verres , par une lettre de M. de La Boderie 
que je vous envoyé, le langage qu'il a teneu , et je 
vous escrirai , quand je l'aurai veu , ce que j'en aurai 
appris. M. de Maille, qui est arrivé ici aujourd'hui, 
m'a dict que le sieur Cécile ne lui a parlé que de 
guerre. Peult estre a il deux sortes de langage, qu'il 



A MM. DE BELLIEVRE ET DE SILLERY. 2 37 

employé selon l'humeur et goust de ceulx nulxquels 
il parle ; mais j'espère que nous le ferons parler ce 
coup clairement, s'il y a moyen de réduire à ce poinct 
ung Angîois; mais nous n'avons aulcungs advis des 
députés de Hollande; aulcungs estiment qu'ils sont de- 
meurés exprès pour ne se trouver par deçà , quand la 
paix qu'ils tiennent pour resoleue se concleuera, ou 
pour, en nous entretenans d'espérance, mieulx couvrir 
et resouldre ce qu'ils traictent avec ledict cardinal 
d'Autriche ; mais pour moi je ne crois ni l'ung ni 
l'aultre, et attribue leur retardement avec les vents, 
aulx advis et conseils du sieur de Saincte Aldegonde, 
qui leur a proposé des chimères dont vous vous soub- 
venés qu'il nous feit ouverture, lesquelles ont esté 
semées et goustees par aulcungs de deçà. Ores vous 
serés adverti de ce qui se passera. 

Les affaires des huguenots ont esté arrestees du tout 
aujourd'hui; mais ce n'a esté sans contester, ni à nostre 
mot. M. le cardinal de Joyeuse sera ici dedans deux 
jours, et plusieurs aultres seigneurs, mesmes MM. de 
Bouillon et de La Tremouille, avec madame la prin- 
cesse d'Orange et leurs femmes. Ma dernière vous a 
esté portée par M. Ragazzon; je vous avois escrit le 17 
par la poste ordinaire : vous me donnerés advis, s'il 
vous plaist , de la réception de l'une et de l'aultre , et 
je me recommande, etc. 

Du 26 mars 1698, 



238 LETTRE DE M. DE VILLEROY, etc. 

XCVI. — * LETTRE DE M. DE VILLEROY 

A MM. de Bellievre et de Sillery. 

Messieurs, je vous ai escrit aujourd'hui par la voye 
de la poste la prise du fort de Charbonnières, faicte 
par M. de Savoye par composition , après l'avoir batteu 
de douze canons, et avoir soubteneu ung assault. Depuis, 
M. de Crequy , estant allé à la guerre , a esté faict pri- 
sonnier, avec perte de quelques gens; mais nous venons 
avoir advis de la revanche que M. Lesdiguieres en a 
prise, ayant emporté le fort de Barrault par escalade, 
ainsi que vous verres par l'extrait de l'advis que j'en ai 
tiré d'une lettre de M. de La Baulme, telle que M. de 
Botheon m'a envoyée. Voilà l'eschange proposé tout 
faict; et si les hommes n'achèvent le reste, afin que 
chacung ait en justice ce qui est sien, Dieu y opérera 
comme il a commencé. Nos Anglois n'arriveront ici 
que demain; ceste ville n'est pas assés grande pour les 
loger. M. de Mercœur y arrivera samedi, et tout va, 
pour ce regard, de bien en mieulx; mais nous n'avons 
encores aulcung advis des Hollandois. Je me recom- 
mande derechef, etc. 

Du 26 mars 1698. 



^ WVVM V^% Vi'V%^*l 



XCVII. — ^LETTRE 

De MM. de Bellievre et de Sillery a M. de Villeroy. 

Monsieur , nous continuons à vous ennuyer de nos 
longues despesches, et nous le sommes dadvantage des 



LETTRE, etc. 'l'Scj 

longueurs et hazards que nous voyons en ceste nego- 
tiation ; nous ne sçaurions dire certainement qui be- 
soigne si bien à mettre ces ambassadeurs d'Espaigne 
en souspçon de nos actions , et que nous ne sommes ici 
que pour les abuser. Nous sçavons qu'il leur vient de 
mauvais vents du costé de Paris; mais nous descou- 
vrons qu'il leur en vient encores de plus dangereux 
du costé de Hollande. Le père gênerai les voyant ainsi 
troublés, et en souspçon comme ils se monstroient ces 
jours passés et sont encores, nous a dict souvent que 
les Hollandois font grand préjudice à nos affaires. 

M. le président Richardot s'est fort informé du voyage 
de M. de Saincte Aldegonde en France. Ce marchand 
meslé, dont M. de Buzenval vous a escrit, par nostre 
opinion leur donne des advis. M. de Saincte Aldegonde 
et de Bellievre ayans esté long temps avec lui, c'est le 
plus madré homme que je cognoisse et des plus dan- 
gereux de sa paroisse. Monsieur, ces gens de Ligue ont 
ung but, et pour y parvenir, ils vendront père et mère, 
et Jésus Christ mesmes. il leur seroit fort difficile de 
nous tromper; car nous ne nous y fierons pas. 

La despesche que nous faisons au roy, si elle sera 
rejettee , vous la pouvés tenir pour la dernière que re- 
cevrés de nous touchant ceste negotiation. Nous ne nous 
trouvasmes jamais plus empeschés en affaire ; car et 
M. le légat et le père gênerai des cordeliers et les am- 
bassadeurs estoient entrés en tel souspçon de nous , 
que l'heure a esté que nous tenions tout à faict ceste 
negotiation rompeue et abandonnée , et ces gens du 
tout resoleus de n'avoir rien à faire avec nous; ce nous 
a esté ung merveilleux tourment et embarras d'esprit 
avec beaucoup de peine, de souci et d'ennui, et de 
patience. Nous sommes sortis de ce mauvais et espi- 



2/\o LETTRE 

lieux passage; mais il seroit trop dangereux d'y retour- 
ner ; si Ton refuse ce que nous escrivons, il se fault re- 
souldre à la guerre; et estans nos ennemis plus prests 
que nous ne sommes à mettre leur armée en campaigne , 
îe meilleur conseil que sa majesté peult prendre est 
que, sans s'arrester plus longuement en Bretaigne, il 
revienne en ceste frontière au plus tost que faire se 
pourra, où presque il n'y a place, Amiens ni Peronne 
qui neantmoins n'est pas trop bonne, exceptées, que 
l'ennemi ne prenne en huict jours. 

Vous verres, par la despesche, qu'ils se sont des- 
partis de ce que par deux fois ils nous ont faict offrir 
que l'on ne feroit entreprise les ungs sur les aultres. 

Nostre despesche est si ample que nous ne nous 
estendrons sur le faict de la negotiation ; seulement 
vous pryerons nous de nous faire tant de faveur, que 
de vous employer à ce que ce courrier ne soit longue- 
ment arresté à la court. 

S'il porte response qui contente ces gens , cela 
nous aidera à mieulx faire le service de sa majesté; si 
la response sera aultre, au moins il portera la volonté 
du roy à M. le connestable, de l'ordre qu'il doibt tenir 
à conserver ceste frontière. Donnés nous congé de nous 
en retourner, ou ne le donnés pas, pour nostre regard 
nous obéirons à ce qui nous sera commandé; mais nous 
ne pourrons pas arrester les ambassadeurs d'Espaigne. 
Et sur ce nous nous recommandons bien, etc. 

Du 26 mars 1598. 



AU ROY. 24l 

XCVIII. — * LETTRE 

De MM. de Bellievre et de Sillery au roj. 

Sire , ayant veu ce qu'il a pieu à vostre majesté de 
nous commander que missions peine de rendre capable 
M. le légat des raisons que mettent en avant vos sub- 
jects du pays de Languedoc , qui font profession de la 
relligion pretendeue reformée, par lesquelles ils esti- 
ment estre bien fondés à supplier vostre majesté de 
trouver bon que les lettres de représailles leur soient 
accordées par les cbambres mi parties contre ceulx du 
comté de Venisse , qu'on ne leur en fera. Sire , les 
affaires où nous nous trouvons en ce lieu, dont l'es- 
prit de M. le légat est merveilleusement travaillé , 
eussent requis que l'on n'y adjoustast poinct l'ennui de 
ceste poursuite , et avons esté en peine comme pour- 
rions couvrir le propos audict sieur légat sans faire pré- 
judice à vostre service , sçachant assés les plaintes 
qu'il en a faictes , et quelle est en cela son opinion ; 
mais force est d'obéir à ce qu'il plaist à vostre majesté 
de nous commander. Nous lui en avons parlé en la 
meilleure sorte qu'il nous a esté possible. Il nous a 
dict qu'il en a desjà esté adverti; mais qu'il est telle- 
ment travaillé des aultres affaires qui s'offrent ici, 
qu'il remettoit à nous en parler d'ici à quelques jours; 
sire, ledict sieur légat se plaint infiniment de ceste 
poursuite, et nous a dict qu'ayant vostre majesté ac- 
cordé au pape une cbose qu'elle ne vouldroit avoir 
refusée au moindre comte qui ait souveraineté en Italie, 
qu'il se promet que vostre majesté ne rompra poinct 

MÉM. DE DuPLESSIS-MoRNAY. ToME VIII. IO 



2^2 LETTRE 

sa promesse déclarée par les lettres patentes, qui est 
selon le droict des gens, pour contenter en une si im- 
portune demande ceulx de la relligion, au préjudice 
de l'honneur du pape qui porteroit impatiemment 
d'estre jugé par ces chambres mi parties; car il esti- 
mera que ceulx qui jugeront du desni de justice, de 
ses officiers , jugeront de lui mesmes, et qu'il ne pour- 
roit supporter en façon du monde de dire que les sub- 
jects de sa saincteté, pour estre plus foibles que ceulx 
de vostre majesté, en souffriront plus que les aultres. 
Ledict sieur légat dict qu'il estime et s'asseure que sa 
majesté leur commandera , comme estant leur roy , et 
qu'elle se fera obéir en ce que le pape le pryera pour 
la raison , et n'a voulleu prendre pour excuse ce que 
nous avons dict des accords qui ont esté faicts ci 
devant, ayant respondeu que les papes ont esté con- 
traincts de souffrir que leurs subjects , pour se redimer , 
ayent contribué de grosses sommes à M. de Lesdi- 
guieres, qu'il ne s'ensuit pas pour cela qu'ils approu- 
vent telles contributions, ni qu'ils les veuillent tous- 
jours souffrir. Quant à ce que nous avons dict de l'in- 
commodité du voyage jusques en vostre court, que 
la mesme raison auroit lieu pour les subjects du duc 
de Savoye, de M. de Lorraine, et aultres aulxquels 
vostre majesté ne permet que l'on exerce la rigueur 
que l'on demande contre ceulx du pape, sire, nous 
n'avons pas veu qu'en ce faict on puisse faire changer 
d'opinion audict sieur légat; et, pour nostre regard, 
nous désirerions fort, pour le bien de vostre ser- 
vice, qu'il pleust à ceulx de ladicte relligion de se 
modérer en ceste demande qui leur importe de si peu , 
et presque ne peult servir qu'à altérer la bonne vo- 
lonté du pape. 



AU ROY. 9.43 

Ledict sieur iegat est en allarme des advis qu'il a de 
ce qu'il plaist à vostre majesté accorder de nouveau à 
ceulx de ladicte relligion; il nous a souvent parlé, et 
avons peine de parer à ce coup; nous avons tousjours 
faict profession de désirer la paix en ce royaulme , et y 
avons servi de nostre pouvoir et les ungs et les aul- 
tres, desirons qu'il n'y eust qu'une relligion, comme 
il est fort à désirer; mais puisque les choses sont re- 
duictes à ces termes, que l'on ne peult subsister sans 
la paix , il est plus expédient de se resouldre par ce 
qui est du salut de Testât, que par ce qui est de nos 
désirs. Cela ne nous empeschera pas de dire que la 
moitié se trouvera enfin estre plus que le tout, que 
ceulx de ladicte relligion considèrent que ce qui leur 
est maintenant accordé ne sera pas approuvé de tous , 
qu'il y pourra avoir des contradictions, si oultre la 
cause publicque le pape se sentira offensé en son par- 
ticulier a cause de ces représailles. Ce faict particulier 
fera peult estre qu'il parlera de ce qui est de la cause 
publicque avec plus de véhémence , soubs la bonne 
correction de vostre majesté; nostre opinion seroit que 
l'on resoleust maintenant de députer quelques bons et 
notables personnages pour adviser avec les députés 
du pape à décider lesdicts différends qui sont entre vos 
subjects de ladicte relligion et les habitans dudict 
comté, et que par ensemble ils formassent ung advi^ 
qui seroit approuvé et auctorisé tant par sa saincteté 
que par vostre majesté, des moyens qu'il fault tenir 
pour faire cesser les plaintes et empescher les desordres 
entre les subjects des deux estats. 

Sire , nous supplions le Créateur de, etc. 

Du 26 mars 1598. 



244 LETTRE DE M. DUPLESSIS 

XCIX. — * LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A sa femme. 

M' amie, je plains le grand abord de Saulmur, qui 
ne peult que t'incommoder de ta maladie. Dans peu de 
jours nous y aurons le grand conseil qui y doibt rési- 
der pendant que le roy sera en Bretaigne. Là dessus , 
j'ai mandé à M. Charron qu'il se haste et apporte 
toutes nos pièces, et comme préparé pour faire vuider 
nostre procès de Bruzac et les aliénations de Perigord. 
Ce ne sera pas tout perdre. J'ai commencé à enfourner 
nos principaulx affaires de bonne sorte; mais il fault 
de nécessité estre ici, parce qu'on est sur les grands 
coups , et fie toi à moi que je ne laisserai passer oc- 
casion de te voir. M. de Savoye a pris Aiguebelle, et 
reduict à mauvaise composition M. de Crequy, qui la 
venoit secourir. Il est prisonnier, mené à Thurin, et 
ses gens dévalisés. L'histoire en seroit longue; mais à 
mesme instant M. Lesdiguieres a recouvré la perte et 
Thonneur, ayant pris d'escalade le fort de Barrault, que 
M. de Savoye avoit faict à l'entrée du Daulphiné, où 
il a tout taillé en pièces, sauf le gouverneur, et pris 
huiet canons. La difficulté sera à le garder, parce que 
le duc tient la campaigne. C'est tout ce que je sçache. 
Je t'embrasse de tout mon cœur. 

D'Angers, 27 mars 1598. 



A MADAME DUPLESSIS. 2/|5 



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C. — . * LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A sa femme. 

M'amie, Pizieux arriva hier au soir. J'ai esté bien 
aise de l'ordre que tu as donné à la réception, de 
MM. les ambassadeurs ; mais il fault que telles choses 
se fassent sans travailler son esprit, mesme sur ces 
agitations d'humeur. M. Dujon est d'advis que tu te 
fasses saigner du bras droict en la basilique ; mais si tu 
m'advertis du temps , il m'a promis d'y estre, ce que je 
ferai aussi volontiers; mais nous sommes au fort de nos 
affaires particuliers, car nous continuons à travailler 
aulx assignations pour les garnisons de la relligion , 
sur quoi je veulx compter parler de 3o,ooo livres aussi. 
Nous embarquons celle des fortifications et aultres; 
si m'ennuyera il prou de te voir avant que d'aller à 
Nantes , et n'en perdrai l'occasion. Le roy sera ici 
dimanche entre ci et là ; nous verrons ce qu'auront 
faict les parties de Sainct Phal. Tu auras veu l'es- 
cuyer. Du cordonnier je n'en ose rien remuer ici, 
parce que je ne m'y fie pas. Il fault le reserver à quand 
l'on besoignera tout ouvertement. Tu as eu trop de 
soing de nous envoyer de l'argent. On nous asseure 
de jour en jour la partie de M. de Schomberg. Je crois 
qu'elle ne manquera poinct. Je crains que la veneue 
de M. de Bouillon ne te fasse peine, surtout mets ton 
esprit en repos. Je t'embrasse , m'amie , de tout mon 
cœur. 

D'Angers, ce 27 mars 1598. 



^4^ LETTRE DE M. DUPLESSIS 

CI. — * LETTRE DEM. DUPLESSIS 

A sa femme. 

M'amie, M. Dujon devoit t'aller voir aujourd'hui: 
il avoit des affaires, et avoit remis à demain matin. Son 
malheur a voulleu que , revenant ce soir à son logis , 
il a esté chargé par des voleurs de cappe , qui l'ont 
blessé en danger de perdre ung œil , s'il n'est déjà per- 
deu. Il en a blessé quelqu'ung dont on pourra descou- 
vrir les complices , à quoi on travaille. J'y ai grand 
regret, et particulièrement à ton occasion. Je te prye, 
m'amie, de songer à quelque aultre expédient pour ta 
sanlé , etc. Moi, je m'arresle fort, s'il y a moyen, à 
faire venir M. Petit. J'ai deffendeu à ton fils d'aller de 
nuict pour quelque cause que ce soit, ce que j'observe 
aussi de mon costé. Je pense avoir asseuré aujourd'hui 
la partie de 3o,ooo livres, en sorte que nous en serons 
payés en trois années, esgalement sur la mesme nature 
de nos garnisons, et sans qu'on ait à passer par la 
chambre des comptes. MM. de Rhosny et d'Incarville, 
celui ci nommeement m'y faict fort bon office. L'af- 
faire des fortifications est aussi en train : il les fault 
lous deux achever parfaictement ; mais à peine pourra 
ce estre en ce lieu, car le roy y arrive demain, et M. de 
Mercœur y est aujourd'hui avec madame et sa fille. Ce 
sera, à mon advis, pour aller bienlost à Nantes, si la 
veneue des ambassadeurs anglois ne nous retient, ce 
que je ne pense pas. Je persiste neantmoins, si tu n'as 
advis contraire, de t'envoyer Bourville. M. de Bouillon 
a passé au port de Lorgcs, et delà est allé trouver le 



A MADAME DUPLESSIS. M7 

roy au Verger. M. le cardinal cle Joyeuse est ici. Il y 
auroit plaisir de faire quelque chose avec lui pour 
Verrier avec M. d'Epernon aussi et nostre procès, et 
pour ce je cherche accès à quelqifung de ses confidens 
serviteurs. Je t'ai escrit comme je haste M. Charron 
sur la veneue de MM. du grand conseil à Saulmur. Il 
fault faire en nos affaires ce qui se peult sans perdre 
temps. Aujourd'hui nous avons conféré avec M. de 
Merle , portant la parole pour tous les créanciers de 
Navarre. Ils semblent voulloir prendre bon et bref che- 
min , et nous les y aiderons. Nous sommes aussi en bon 
train pour nos garnisons de la relligion, où j'ai soing 
particulier de ce qui nous touche; 81. 63. nous tire-^ 
ront de tout cela; mais je joue au plus seur. J'ai faict 
arrester ce matin un g estât de secrétaire de la maison 
de France au conseil, pour M. Perillan , dont le roy 
m'avoit accordé ung brevet du premier vacant pour 
lui depuis deux jours ; mais je doubte s'il nous réussira , 
parce qu'ils ne sont poinct réputés vaquer quand on 
en a servi vingt ans. Il est allé trouver le roy pour se 
l'asseurer autant qu'il pourra. Tout en somme iroit 
bien si j'avois le contentement que tu revinsses en 
bonne santé , dont je prye Dieu de tout mon cœur. Je 
me confie que, pour l'amour de moi, tu n'y oublies 
rien; surtout il te fault dépouiller, autant que le monde 
peult le permettre , de sollicitudes et d'appréhensions 
que je sais que tu es plus pour moi que pour toi. Je 
n'ai rien de ce que veult faire nostre homme; je pres- 
serai le roy «à son retour, et sur cela prendrai conseil 
avec Dieu. Je t'embrasse , m'amie, de toute mon affec- 
tion. 

D'Angers, ce 28 mars 1598. ' 

M. de Schomberg a commandé à Dartiems de payer 



M# LETTRE DE M. DUPLESSIS 

les 5oo livres, et s'est fasché qu'ils ne le feussent en- 
cores. J'ai obteneu le quartier, c'est à dire les deux 
mois et demi pour la garnison, selon j'en eus de ceste 
année. On enlevé les expéditions. Je ferai aussi ordonner 
pour le pont Souchard. 

CIT. —* LETTRE DE M. DUPLESSIS 
A sa femme. 

M'amie, depuis ma lettre escrite, j'ai receu celle que 
tu m'as escrite par Estienne, que je renvoyé aussitost. 
J'ai persuadé à M. Dujon de t'aller voir, ce qu'il faict. 
Je ne sçais si nous pourrons gaigner de le retenir; pour 
moi , j'attends ici demain le roy , pour le faire resouldre 
selon que Sainct Phal auroit obéi ou non. Cependant 
ne te mets poinct en peine, car je ne vais poinct que 
bien accompaigné, et rarement le soir. Je fais aussi 
estât que Bourville t'ira voir au mesme instant que 
ira à Nantes, pour dérober les premiers temps qui se 
passeront sans pouvoir faire grands affaires. Je prye 
Dieu, m'amie, qu'il nous bénie en iceulx, et surtout 
nous donne en santé achever nos jours ensemble. 

D'Angers, ce 28 mars 1598. 



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CIII. — * LETTRE DE M. DUPLESSIS 
A sa femme. 

M'amie, je t'ai escrit amplement de tous nos affnires, 
qui s'acheminent autant que je pourrai ; mais pour le 
principal , le roy n'arrive que demain , et ceste entre- 



A MADAME DUPLESSIS. 'Mg 

veue de M. de Mercœur l'occupera ung bon jour. Je 
n'y perdrai temps. Ton nepveu est reveneu, que j'ai- 
merai bien. Je lui ai recommandé de me voir souvent. 
Nostre fils' et lui hanteront MM. le comte Henry de 
Rohan , de Chastiîlon , etc. Je plains ta santé , encores 
que je n'y voye quelque amendement pour l'inconvé- 
nient arrivé à M. Dujon, que je t'ai escrit; il ne fault 
parler de ses secours de longtemps. Advise si M. de 
Colombieres ou Chesneau , qui est ici, peulvent sup- 
pléer la place ; mais je m'arreste volontiers sur M. Petit, 
et te prye d'y penser. Ce qu'on t'a dict que madame la 
duchesse s'estoit blessée ne se trouve véritable : elle en 
a eu peur. On n'a veu jamais rien de si contrict que 
M. de Mercœur. Nos orgueils sont rabatteus à bon 
escient. Il pourra aller au devant du roy. Nostre fils 

dr 
e voir ceste rencontre, qui y sera accompaigne 

des sieurs de La Ferriere, de La Vignole et aultres des 
nostres : mon nepveu sera aussi de la partie. Nous avons 
receu aujourd'hui les 5oo livres de M. de Schomberg. 
Ils ne pouvoient manquer, mais c'est autant de faict. 
Pour ceulx de Nantes, il fault attendre M. Perilleau, 
qui est allé trouver le roy pour son affaire, afin qu'il 
retire une quittance qu'on a à Saulmur, sans laquelle 
on ne peuît rien faire ; si nous lavions , Pizieux iroit 
aussitost à Nantes. M. de Bels , nostre triennal, m'a 
promis de payer la garnison d'ung demi mois, et plus 
tost d'aller emprunter l'argent à Tours. Il sçait qu'or- 
donnance nous a esté accordée pour les trois premiers, 
revenant de dix à deux et demi que nous recevrons dans 
an. Delà en avant nous serons payés selon Testât qui 
sera dressé pour les garnisons de la relligion , à quoi 
je veillerai pour le bien public, et nostre. 81. 63., ce 
me semble , nous remet encores longs jours , mais nous 



'-±5o LETTRE DE M. DUPLESSIS 

n'y perdrons rien , parce que nous ne laissons de gai- 
gner temps en nos affaires. Je ferai ordonner que les 
réparations du pont Souchard seront prises ailleurs que 
sur nous, et au reste asseurerai, aidant Dieu, nos prin- 
cipaulx affaires que nous pouvons solidement disposer 
pour nos enfans ce que tu sais estre mon but. Quant à 
mes allées et veneues, je te prye , ne t'en mets en peine. 
Je te considère plus que toules choses; mais je ne ferai 
rien, aidant Dieu, qu à propos et seurement. Sçachant 
aussi que tu es si asseuree de mon amitié, que tu ju- 
geras toujours que ce que je ne ferai pas, je ne le pour- 
rai faire. Je t'embrasse, m'amie, de tout mon cœur. 

D'Angers , ce 29 mars 1 598 , au soir. 



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CIV. — * LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A sa femme. 

M'amie, je t'escrivis hier au soir. Je t'envoye exprès 
ce porteur pour te porter ce que M. Dujon a faict pour 
toi, et ai ouvert ce qu'il m'a baillé clos, afin d'avoir 
contentement de voir ce qui t'est ordonné. Aujourd'hui 
se signent les articles du traicté de Bretaigne. Des ce 
soir, madame de Mercœur part pour aller quérir son 
mari. M. Hesperien t'aura dict toutes les nouvelles. 
Je t'embrasse , m'amie, de tout mon cœur. 

D'Angers , ce 29 mars 1 598 , à dix heures du matin. 

J'enverrai l'escuyer lundi à Tours, s'il y a encores 
lieu. Il ne s'est peu plus tost. Je cherche aussi le rolle 
de la grand'chambre de Rennes, pour sçavoir devant 
qui M. de Launay Blavon despose. 



A MADAME DUPLESSIS. s5l 



CV. — * LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A sa femme. 

M'amie, j'ai receu tes lettres du 3o , par le Basque. 
Je plains une si longue continuation de inaulx, et l'in- 
convénient de Dujon qui est veneu mal à propos. On 
espère qu'il ne perdra poinct l'œil. M. de La Pviviere 
s'offre fort à moi pour t'aller voir exprès , adjoustant 
qu'il ne croit rien aulx mémoires, mais principalement 
a la vue du patient; mande moi si tu l'auras agréable, 
car il m'a semblé que tu le refusois. Le roy arriva hier 
au soir bien tard. Ce jour a esté occupé à l'entretene- 
ment et audience des ambassadeurs d'Angleterre. Le 
roy cependant a confirmé à M. de Bouillon ce qu'il 
avoit promis pour mon affaire. J'espère qu'il lui en 
sera parlé demain par M. de Villeroy de la bonne sorte, 
nommeement pour m'en resouldre premier que partir 
d'ici. Sa majesté part de jeudi ou vendredi , doibt sé- 
journer peu à Nantes, voir quelques villes du pays, 
puis au plus tost retourner vers Paris, et semble que 
ses affaires le veullent ainsi. Mets ton esprit en repos 
pour moi et pour nostre fils; car, avec l'aide de Dieu, 
nous sommes bien assistés ; nous y prenons fort garde. 
J'ai aujourd'hui salué MM. le duc de Mercœur et car- 
dinal de Joyeuse; je presse les expéditions de mes par- 
ties et des fortifications, car je les veulx asseurer à 
poinct nommé. M. d'Jncarville m'y est fort bon ami; 
Pizieux partira demain pour la partie de Nantes. Je 
prépare Le Goux à nous trouver de l'argent pour le 
besoing. Je t'envoye des lettres qui font mention de 



2 5a LETTRE DE M. DUPLESSIS, etc. 

M. Charron , auquel j'ai despesché ung exprès pour le 
haster, et de M. de Bellujon; des que M. de Lusson 
sera à Nantes, il partira pour s'en retourner à Blaye, 
et Pizieux pour aller en Guyenne. En mesrae temps, 
si 81. 63. disoit vrai, il nous tireroit de beaucoup des 
importunités, surtout, je le pense, pour ta santé et 
pour nostre conservation que je désire, autant ou plus 
que jamais, pour ta consolation et la mienne. Je fais 
response à M. d'Orval. Tu ne me mandes poinct s'il t'a 
rien dict de Villarnoul. Je t'embrasse, m 'amie, de tout 
mon cœur. 

D'Angers, ce dernier mars i5g8. 

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CVI. -—* PROJET 

De lettre à écrire par le roj au parlement de Paris > 
envoyé h M. Duplessis pour le revoir. 

De par le roy, nos amés et feaulx : La longueur des 
troubles qui ont affligé ce royaulme a apporté en icelui, 
entre aultres maulx , ung tel mespris de nostre aucto- 
rité et de la justice , que plusieurs ont cru qu'il estoit 
loisible à ung chacung d'exercer ses passions et de 
commettre toutes sortes de crimes impuneement. Ceulx 
là principalement sont tombés en ceste erreur, qui, 
estant nés durant lesdicts troubles, n'ont eu cognois- 
sance de la vraie révérence et obéissance que les Fran- 
çois souloient porter à leurs roys et aulx loix du 
royaulme, dont sont adveneus plusieurs accidens pu- 
blics et privés , que nous n'avons peu jusques à présent 
éviter ni corriger selon nostre désir, à cause du sup- 
port qu'ont tousjours trouvé les auteurs de tels crimes 
envers les factieux et leurs adherens, lesquels ont re* 



PROJET DE LETTRE. l53 

cueilli, embrassé et couvert tous malfaicteurs qui ont 
eu recours à eulx pour s'en servir et fortifier en leurs 
pernicieux desseings ; mais , puisque Dieu nous a faict 
la grâce d'achever de purger nostre royaulme des fac- 
tions, nous n'avons rien plus à cœur que de restablir 
nostre auctorité et justice en leur entière force et di- 
gnité : pour à quoi donner commencement , nous vous 
escrivonsla présente, par laquelle vous sçaurés qu'ayant, 
l'année passée , commandé aulx sieurs de Schomberg 
et Duplessis Mornay (la qualité desquels vous estasses 
cogneue) de prendre cognoissance et s'entremettre des 
affaires de nostre duché de Bretaigne, lors travaillé 
diversement entre la crainte de la guerre et l'espérance 
de la paix, de laquelle nous estions entreteneus; nostre 
cousin le comte de Brissac, inareschal de France , et nos- 
tre lieutenant gênerai au duché de Bretaigne, estant ve- 
neuen nostre ville d'Angers (a) oùs'estoit aussi rende u 
ledlct sieur de Schomberg y Vung et V aultre ensemble , 
le sieur de La Rochepot, gouverneur de nostre pays 
d'Anjou y animent envoyé pryer ledict sieur Duplessis 
qui es toit en nostre ville de Saulmur dont il est gou- 
verneur, de se transporter en ladicte ville pour ad- 
viser et conférer ensemble des affaires dudict pays 
de Bretaigne ou il se s eroit incontinent acheminé, dési- 
reux de nous servir en ceste occasion , comme il a tous- 
jours faict en toutes autres très fidèlement et à nostre 
grand contentement. Le jour mesme (j?) ou le lende- 
main qu'il feut arrivé en ladicte ville , (c) retournant 
(d) du logis dudict sieur de La Rochepot ou ils avoient 
esté ensemble avec lesdicts sieurs , il feut assailli de 
guet à pens par les rues, en plein jour et aulx yeulx 
d'ung chacung, par le sieur de Sainct Phal, non pour 
toute aultre cause que pour avoir veu certaines lettres 



3 54 PROJET 

escrites en lieu duquel nous avions lors toute occasion 
de nous desfier, lesquelles lui avoient esté envoyées 
par les officiers de nostre ville de Montreuil Bellay, 
qui les avoient (e) oslees au porteur d'icelles (/*) pour 
la mesme jalousie, afin d'en ordonner et faire ce qu'il 
jugeroit estre à propos pour nostre service, dont son 
affection naturelle et la charge que nous lui avons 
donnée en ladicte ville de Saulmur et aulx environs, 
l'obligeoient d'avoir soing et prendre cognoissance , et 
rnesme d'en user comme il feit, de sorte qu'il ne s'atten- 
doit à rien moins qu'à debvoir tomber en peine, pour 
nous avoir faict ce service. Neantmoins ledict sieur de 
Sainct Pliai , sans avoir esgard aulx qualités et mérite 
dudict sieur Duplessis , qui a cest honneur que d'estre 
de nos plus anciens serviteurs, de nostre conseil d'es- 
tat, capitaine de cinquante hommes d'armes de nos or- 
donnances, et gouverneur de ladicte ville de Saulmur, 
qu'il avoit esté mandé par lesdicts sieurs de Brissac, 
de Schomberg et de La Rochepot (g"), il estoit en 
ladicte ville exprès pour nos affaires , que ledict sieur 
de Sainct Phal estoit beau frère dudict mareschal de 
Brissac et proche parent dudict sieur de La Rochepot, 
à l'instance (h) desquels ledict sieur Duplessis s'estoit 
acheminé en ladicte ville, et qu'il n'avoit peu faire moins 
pour son debvoir à nostre service, que de prendre 
cognoissance de cesdictes lettres, comme il lui avoit 
représenté sur le champ , jusques à lui offrir (/) de lui 
en faire raison par les armes , s'il ne s'estimoit satisfaict 
de ce qu'il lui en disoit , l'auroit neantmoins obsédé et 
offensé en sa personne , avec telle violence et oultrage 
que, sans la résistance qui lui feut faicte par aulcungs 
de ceulx qui suivoient ledict sieur Duplessis, il l'eust 
assassiné tout à faict, de quoi estant adverti , nous 



DE LETTRE. 2 55 

receusmes le desplaisir et mescontentement que mérite 
ung tel attentat commis contre nostre auctorité, et en 
la personne d'ung de nos plus fidèles serviteurs , pour 
la seule considération de nostre service, qui feut cause 
qu'ayant sceu que ledict mareschal de Brissac s'estoit 
chargé de la personne dudict sieur de Sainct Phal, et 
avoit promis de le nous représenter, nous despes- 
chasmes devers lui ung exempt de nos gardes exprès, 
par lequel nous lui commandasmes de lui délivrer et 
remettre entre les mains ledict sieur de Sainct Pliai, 
pour le mettre et garder dedans nostre ehasteau de 
nostre ville d'Angers, de quoi ledict sieur mareschal 
s'estant excusé, combien que nos lettres feussent très 
expresses , nous lui aurions depuis réitéré le mesme 
commandement, par le mesme exempt de nos gardes, 
à quoi il n'auroit non plus Wisfaict qu'au premier; et 
comme nous avions jà resoleu nostre acheminement 
par deçà, nous nous promettions que, y estans arrivés, 
ledict sieur de Sainct Phal nous seroit représenté par 
ledict mareschal dont , à ceste fin , nous aurions faict 
commandement très exprès à ses pnncipaulx parens, 
leur faisant entendre combien nous estions à bon droict 
offensés, premièrement de l'oultrage faict par lui au- 
dict sieur Duplessis , et secondement de sa contumace 
et désobéissance ; mais pour cela nous n'y aurons peu 
gaigné dadvantage. Quoi voyant et considérant com- 
bien il importe à nostre service que tels mespris de 
nostre auctorité et commandement soient reprimés , 
après avoir mis ce faict en délibération avec nos cousins 
les mareschaulx de France, qui sont près de nous, et 
jugé avec eulx debvoir estre traicté et puni comme 
ung crime très énorme et ung attentat faict à nostre 
auctorité , pour la seule considération de nostre ser- 



2 56 PROJET 

vice, nous avons advisé vous en renvoyer et commettre 
la cognoissance, afin d'y pourvoir par la voye de la 
justice comme il convient , au moyen de quoi nous 
vous mandons et ordonnons, sur tant que vous affec- 
tionnés , la conservation de nostre auctorité , et estes 
obligé de faire justice à nos subjects, d'embrasser vive- 
ment la punition de ce crime , et y user de toute la 
diligence et seureté requise , afin que nous soyons sa- 
tisfaicts , et que l'exemple qui s'ensuivra serve à l'ad- 
venir de règle et de terreur à tous aultres ; car en vain 
employerions nous nos armes pour nous faire recog- 
noistre et obéir par les provinces de nostredict royaul- 
me, comme Dieu les a encores favorisées à présent en 
celles de Bretaigne, si elles n'estoient secondées par 
nos officiers, aulxquels nous avons confié l'administra- 
tion de nostre justice pour reprimer l'audace et témé- 
rité de ceulx qui commettent semblables forfaicts. Par- 
tant nous vous recommandons derechef d'en faire 
vostre plein debvoir; mais d'autant que nous avons 
recogneu que nos officiers de la justice du siège de 
ceste dicte ville d'Angers, où ce délit a esté commis, 
ont faict peu de compte et debvoir d'y pourvoir, comme 
ils estoient teneus de faire, et que nous n'avons pas 
occasion d'espérer qu'ils fassent mieulx à l'advenir, 
nous voulions que vous commettiés et envoyés exprès 
sur les lieux l'ung des conseillers de nostre court de 
parlement pour en informer; et , si c'est chose que vous 
ne puissiés faire si promptement qu'il est nécessaire 
pour en faire la justice aussi diligemment que nous le 
vous mandons, vous adviserés d'y employer les officiers 
du plus prochain siège, comme sont ceulx de nostre 
ville de Tours, afin que la justice s'en ensuive telle 
qu'il est nécessaire pour reparer et chastier l'injure et 



DE LETTRE. 1^ 

offense faicte à nostrc nuctorité en la personne dudict 

sieur Duplessis, et obvier aulx accidens que l'impunité 

d'ung tel acte pourroit engendrer, tant pour la suite 

que pour l'exemple et conséquence d'icelui, dont il est 

certain qu'il feust jà sorti des effects très préjudiciables 

à nostre service, si ceulx qui y ont interest n'eussent 

esté reteneus en la révérence de nos commandemens 

et de l'affection qu'ils portent au bien de nos affaires. 

Henry. 
Donné à Angers, le . . avril i5o,8. 

Corrections et additions f aides a ceste lettre par 
M. Duplessis Mornaj. 

(a) En place des mots soulignés ? Usés : S'y se- 
roient aussi rendeus, partant ensemble de Saulmur, 
lesdicts sieurs de Schomberg et Duplessis Mornay, à la 
pryere de nostredict cousin le mareschal de Brissac , 
lequel desiroit communiquer avec eulx des affaires de 
nostre province de Bretaigne , tant de la paix que de 
îa guerre. Ledict sieur Duplessis à ce convié par lettres 
de mondict cousin à lui envoyées par gentilhomme 
exprès, sur lesquelles il se seroit aussitost transporté 
en nostredicte ville d'Angers, estant. 

(b) Au lieu des mots soulignés , Usés : Le lende- 
main 1 octobre. 

(c) Adjoustès: Ayant conféré tout le matin ensemble 
de nosdicts affaires, allé disner de compaignie chés le- 
dict sieur de La Hochepot, lors se trouvant ledict sieur 
Duplessis peu accompaigné, et ne se doubtant de rien. 

[ci) Au lieu des mots soulignés, Usés : De son logis , 
feut. 

(e) Au lieu de ces mots : Ostees au , Usés : Prise sur le. 

(f) Adjoustès : Sur le chemin de Mirebeau. 

MÉM. DE DUPLF.SSIS-MORNAY. TûME VIIT. I H 



a 58 PROJET DE LETTRE. 

(g) Laissés seulement : Ledict sieur de Brissac. 

(h) Duquel. 

(i) Adjoustès : Par plusieurs fois. 



CVII. —* LETTRE DE M. DE VILLEROY 

A MM. de Bellievre et de Sillery. 

Messieurs, La Fontaine arriva hier au soir ici avec 
vos lettres, que j'ai toutes leues au roy ce matin devant 
qu'il ait donné audience à M. Cécile, qu'il a veu après 
disner. 

Je ne vous cèlerai poinct que vos despesches Font 
mis en grande peine, principalement sur deux poincts. 
Le premier est celui de M. de Savoye; et laultre, le 
refus qu'ils font de donner temps à la royne d'Angle- 
terre et à messieurs les estais d'entrer en ce traicté par 
une cessation d'armes. 

Sa majesté dict, sur le premier article, que M. de 
Savoye a perdeu le fort de Barrault, comme je vous ai 
escrit; de sorte qu'il est de présent en sa disposition ; 
qu'elle a appris au retour du sieur de Champron, 
qu'elle avoit envoyé devers La Fortune, que ledict di*c 
n'a auîcune part avec lui, s'estant jette entre les bras 
de M. le mareschal de Biron ; et , quant à Berre , sa ma- 
jesté a sceu aussi depuis peu que ledict duc y a moins 
de pouvoir qu'il ne pense, et que celui qui y com- 
mande despend daultres plus que de lui; partant sa 
majesté dict qu'il lui seroit plus dommageable d'ac- 
cepter l'offre qu'ils nous ont faicte, à cause de la dé- 
molition dudict fort de Barrault, que s'ils n'en faisoient 
poinct, ne pouvans avaller ce desboire du délaisse- 
ment du marquisat, soubs prétexte d'ung arbitrage. 



LETTRE DE M. DE VILLEROY, etc. l5g 

Que si ce poinct lui touche au cœur, l'aultre le tra- 
vaille encores plus; car sa majesté dict que l'on veult 
accabler ses amis et alliés à forces d'armes, en faisant la 
paix avec elle ; quelle a toujours dict à M. le légat et 
au gênerai des cordeliers qu'elle demandoit le sien , et 
que ses alliés feussent compris en la paix, comme elle 
ne voullant les abandonner; chose que du commence- 
ment on lui a dict que Ton trouvoit bonne; mesme 
vous lui avés escrit que vous estimés que, aussitost 
que l'on proposeroit ladicte suspension d'armes ou 
trefve , qu'elle seroit accordée; et sa majesté voit main- 
tenant que Ton l'a refusé , afin de la surcharger de 
honte et reproche envers ses alliés, et non seulement 
leur manquer de foy, mais aussi estre faulteur de leur 
ruvne; encores veullent ils tirer de nous une ratifica- 
tion des articles accordés, et en conséquence d'icelle 
ung serment public, ung mois devant que de com- 
mencer à nous rendre nos places, afin de mieulx effa- 
roucher nosdicts alliés, et leur courre sus devant que 
de nous rien rendre, et par mesme moyen leur donner 
occasion de se plaindre de nostre foy, devant que nous 
en ayons tiré aulcung profict. 

Messieurs, je vous dis que le roy perdra plustost, je 
ne dirai les villes que l'on parle de lui rendre, mais son 
estât, que de faire une telle lascheté. Vous sçavés que 
sa majesté a tousjours conjoinct les deux poincts sur 
lesquels elle a approuvé ceste negotiation, non pour 
s'assujettir aulx volontés desdicts alliés refusans la rai- 
son , mais pour faire les choses avec honneur; ce que 
les ungs ont dict qu'ils procureroient, et les aultres 
qu'ils estoient contens de faire ; et toutesfois leurs 
députés sont veneus sans pouvoir suffisant pour y com- 
prendre nos alliés, et veullent nous engager en ce 



26o LETTRE DE M. DE VILLEROY , etc. 

traicté, sans leur donner Je loisir d'y penser et se re- 
souldre. De sorte que le commencement de nostre repos 
sera celui de la ruyne de nosdicts alliés , desquels nous 
avons esté favorablement assistés contre nos ennemis, 
qui seuls en feront leur profict à nostre honte. Le roy 
dict qu'il aime mieulx conserver sa foy et sa réputa- 
tion , que de recouvrer ses places au prix de l'ung et 
de l'aultre. Je vous ai bien voulleu escrire par la 
présente , en attendant que l'on vous renvoyé ledict 
Lafontaine. 

Demain doibvent arriver ici les députés de Hollande , 
lesquels nous voulions ouïr devant que de vous ren- 
voyer ledict courrier. Entre ci et là, nous pourrons 
aussi avoir advis de celui que vous aviés envoyé en 
Espaigne; car Lafontaine m'a dict qu'il l'a rencontré 
entre Orléans et Paris, pour sçavoir s'il a rapporté les 
pouvoirs qu'il estoit allé quérir, tant pour traicter avec 
nosdicts alliés que pour rendre Blavet. 

Au reste, je vous dirai que M. de Mercœur est ici 
aussi privé qu'ung aultre. Nous faisons estât d'aller à 
Nantes jeudi, n'y demeurer que quattre jours; et, 
après avoir pourveu au blocquement de Blavet, retour- 
ner vers la Seine, et mesme en Picardie; car nostre 
rapprochement de ce costé là ne pourra estre que très 
utile et très nécessaire, soit que nous fassions la paix 
ou non. 

Ce sera tout ce que je vous escrirai pour le présent , 
vous pryant me donner advis de la réception de la 
présente, comme de celles que je vous ai escrites par 
la poste, les 17, 21 , 22, 26 et 23 du présent mois, 
pryant Dieu de tout mon cœur, monsieur, etc. 

Du dernier mars 1598. 



LETTRE DE M. DUPLESSIS, etc. 261 



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CVIIL— * LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A sajemme. 

M'amie, tu auras eu aujourd'hui de mes lettres bien 
amples, par MM. Duverger et Chenon. Depuis, le roy 
s'est resoleu de commander la despesche à son procu- 
reur gênerai. M. de Villeroy l'a faicte de bon style , et 
je tiens à quelque chose de plus par l'auctorité du roy. 
La Roche aussi est de retour, qui a rapporté les dépo- 
sitions de l'homme et de son valet , mais closes et scel- 
lées, et n'en ai peu avoir la copie. Est certain qu'il 
n'en a pas tant dit là comme il en avoit devisé entre 
ses amis en chemin. Il a descouvert ung aultre tes- 
moing, marchand de Vitray, qui dict de bonnes choses 
que je ferai ouïr, et de ce pas en escris. Le roy ne 
part d'ici de ceste sepmaine, à cause des ambassadeurs. 
Tu auras maintenant veu M. de Buzenvah Je lui envoyé 
demain nostre fils au devant, bien accompaigné, avec 
ung carrosse pour l'amener. Nos affaires vont leur train 
tant que je puis. [\o. 25. 87. 32. opinion d'envoyer 
madame de Beau fort a Blois ; ce n'esloit pas pour la 
faire longue 4°« 80. â3l. J'ai faict conférer Pizieux 
avec des gens qui entendent que c'est du change nom- 
meement d'Ecosse. Ils n'estiment qu'on puisse rien 
faire à Nantes contre Poulain , si ce n'est de gré à gré, 
jusqu'à ce qu'on ait nouvelles sur ses lettres ; on aura 
pourveu ou non, nous y enverrons encores demain. Je 
n'escris point encores à M. de Pierrefite pour ce coup. 
Je vois qu'il a envie de donner ung traict ici pour son 
affaire de Chastillon. Les députés des Pays Bas passés 



161 LETTRE DE M. DUPLESSIS 

et messieurs du grand conseil arrivés, je n'y vois de 
difficulté, pourveu que ce soit pour peu de jours. Tu 
m'en manderas ton ad vis, comme aussi de M. de La 
Rivière. Je t'embrasse, m'amie, de tout mon cœur. 

D'Angers, ce i e r avril 1698. 



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C1X. — * LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A sa femme. 

M'a.mie, j'ai receu tes lettres par M. d'Aersens, non 
les aultres par le lacquais de madame de Rohan. Je 
loue Dieu que tu ayes quelque amendement; mais il 
fault , avec aide de Dieu , gaigner jusques à santé , à quoi 
je sçais bien que ma présence t'aidera fort; mais je 
désire extresmement voir une clarté dans nos affaires, 
et tant y a qu'il m'ennuye plus que tu ne sçaurois 
croire. Le roy est resoleu que Sainct Pliai sera pour- 
suivi roidement par la justice. M. de Schomberg , 
voyant sa désobéissance contre ce qu'il s'estoit promis, 
y a vertueusement parlé : si moings il s'y feust attendeu, 
la vérité est bien que nous en feussions plus avant. 
M. de Villeroy fera la despesche à chaux et à sable, 
ainsi qu'en avons conféré. Reste à moi neantmoins à 
rechercher les aultres moyens, en quoi je ne veulx rien 
oublier, et pour ce me despescherai de la court le 
plus tost que je pourrai. J'ai bien acheminé le faict 
des fortifications. Si. 63. nous sera ung grand abrégé. 
Nous sommes sur Testât de nos garnisons, où nous 
travaillons pour huict ans, et importe que j'y aye bien 
l'œil. Le roy part la sepmaine prochaine pour Nantes. 
Pizieux s'y en va pour les 56o livres^ et pour me retenir 



A MADAME DUPLESSIS. 263 

logis. Il sera bien que lundi au soir mon bateau soit 
ici, non mes cbevaulx ; car je n'en aurai besoing que 
pour mon retour. Je pense que pour peu de jours il 
aura mieulx valleu que je ne t'aye poinct escrit; car 
nous sommes au fort de tous nos affaires , sur lesquels 
il ne fault pas laisser refroidir nos amis. Il me tardera 
prou que je ne te voye, mais tu auras tous les jours 
de mes nouvelles et moi des tiennes. Je t'embrasse, 
nTamie , de toute mon affection. 

D'Angers, ce 2 avril 1698, à dix heures du soir. 



CX. — * LETTRE J3E M. DUPLESSIS 

A sa femme. 

M'amie, je responds par celle ci à plusieurs de tes 
lettres que j'ai receues toutes ensemble. Nostre cousin 
de Yillebon en a voulleu estre le porteur, qui s'en va 
voir sa première belle mère. M. de Villeroy faict la des- 
pesche au parlement, bonne et forte. Je pense qu'elle 
sera portée par un g valet de chambre du roy exprès \ 
nous l'avons consultée ensemble. Je tasche de faire que 
l'homme soit investi dans sa maison; mais depuis que 
le roy est deçà , il s'arreste peu en ung lieu. Je doubte , 
par celles de madame de La Roche , que cest homme 
ait esté foible ; on s'en servira comme on pourra. 
Pour les aultres qui sont à ouïr, suffira lorsque la com- 
mission de la court viendra. Nous acheminerons les 
aultres affaires lentement , selon la nature de ceste 
court. Pizieux est allé à Nantes, et ai faict escrire pour 
avoir response de Benoist. Il ne tarde de partir pour 
Bourdeaulx avec M. de Lusson. J'ai esté fort aise de voir 



264 LETTRE DE M. DUPLESSIS, etc. 

M. de Buzenval. Madame la princesse faict force ex- 
cuses. Je J'ai encores peu veue. Je pleure la mort de 
M. de Madailîan, et vouldrois bien que nous peussions 
quelque chose pour ses enfans. 81. 63. nous apportoit 
de grandes facilités à bien faire, et nous soulageroit de 
plusieurs importunités; si Marbaut voyoit M. de La Ga- 
chere, il n'y oublieroit rien. M. de La Vergne me doibt 
amener ung aultre créancier, advocat de cette ville , qui 
promet bonneste composition. M. de Pierrefite arriva 
hier au soir; je suis fort en peine de la garnison, et j'y 
ferai travailler aujourd'hui. Nous avons ici affaire à ung 
homme qui nous les rend ainsi crainctifs et rudes ; ce 
n'est pas ce que le triennal m'avoit promis. J'accorde 
volontiers l'appoinctement au Poirier. Pour Barrion, je 
verrai ce qui s'y pourra faire. Dujon se portera bien 
pour la vie, mais il est incertain de l'œil , et plustost en 
pis qu'en mieulx. Il fault voir plus clair au faict de 
M. de Villarnoul , lequel toutesfois n'est à rejetter. 
Quant à l'aultre, il y a long temps que semblable pro- 
position m'avoit esté faicte. Tout m'est supportable, 
fors l'incommodité de ta santé; et me tarde que tu n'ayes 
nouvelles de M. Petit pour t'en resouldre. Je fus hier 
voir M. Cécile , de qui je feus fort favorablement receu. 
C'est tout, sinon que je t'embrasse de tout mon cœur. 

D'Angers, ce 3 avril i5g8. 



CXI. — * LETTRE 

De MM. de Bellievre et de Sillery a M. Villeroj. 

Monsieur, nous despeschasmes le courrier La Fon- 
taine, le 26 de ce mois, avec une bien ample despesche 
sur tout ce qui se presentoit es affaires que nous traie- 



LETTRE, etc. J.(rj 

tions. Il n'est depuis surveneu chose digne de vous 
estre escrite. M. le prevost des marchands nous a donné 
advis du passage de M. Cécile , et comme il a publié 
par Paris, et lui a soubteneu par plusieurs raisons, 
que si le roy veult croire au conseil de la royne d'An- 
gleterre, il est maintenant en son pouvoir de ruyner 
le roy d'Espaigne, et l'accroistre de ses beaulx pays du 
costé de deçà. Je m'asseure que ledict sieur prevost 
vous en aura tout autant escrit, et la response qu'il lui 
a faicte; et vous et nous avons eu aultresfois quelques 
charges, mais ce n'a pas esté nostre coustume de par- 
ler si advantageusement du faict de nos charges. 

Cest hoste de Gascoigne qui prend son arbalestre 
pour tuer un g lièvre pour vostre disner, attendes qu'il 
revienne; endurés la faim cependant, et à son retour 
vous n'aurés que des oignons. 

Nous sommes en peine de ce que nous escrit ledict 
sieur prevost, qu'ils n'ont poinct de nouvelles à Paris 
de l'arrivée des ambassadeurs de Hollande. Ce retarde- 
ment ne peult estre qu'ung jeu joué par ordonnance 
de la royne d'Angleterre, qui estime que ces longueurs 
feront naistre quelque accident, lequel, veuillons ou 
non, nous mettra à la guerre, estant bien difficile de 
contenir longuement telles forces que se trouve mainte- 
nant avoir le cardinal d'Autriche , sans qu'il se fasse quel- 
que entreprise. Et, sur ce propos, nous vous dirons que 
le colonel Galati nous escrit d'Amiens qu'ils ont advis 
que l'armée des Espaignols est passée par Arras , et a 
pris le chemin de Peronne. Ici nous n'en avons enten- 
deu aulcune chose; estant nostre opinion que cepen- 
dant que le cardinal d'Autriche aura espérance que ce 
traicté de paix se peult resouldre , il n'entreprendra 
pas aiseement sur les places du roy, sçachant que telle 



^6(5 LETTRE 

chose ne pourroit, sinon altérer la bonne volonté de 
sa majesté, et que, faisant la paix, il fauldroit rendre 
ce qu'il auroit occupé. Ledict cardinal est teneu pour 
prince bien advisé, et qui n'entreprendra rien légère- 
ment, ne nous pouvans assés estonner de l'opinion de 
ceulx qui ont voulleU dire de par delà qu'il suscitoit 
les difficultés qui nous ont esté proposées ici par l'am- 
bassadeur de Savoye, afin d'estre quitte des promesses 
qu'il a faictes de restituer les places. Ceulx là, à mon 
advis, voient fort mal clair aulx affaires de deçà, si tant 
est qu'ils disent ce qu'ils pensent. La bonne fortune et 
establissement de ce cardinal despend principalement 
de faire ceste paix; se continuant la guerre auparavant 
qu'il soit establi, le roy d'Espaigne peult changer d'ad- 
vis, et, ce qui est plus vraisemblable, pourra finir ses 
jours. Ce prince estant mort , il n'est pas à croire ( et 
c'est l'opinion desEspaignols)que son successeur souffre 
que les Pays Bas soient démembrés de la domination 
d'Espaigne. Ces raisons sont si fortes que c'est sans 
apparence de raison de dire que ce cardinal traverse la 
negotiation de ceste paix, par le moyen des importunes 
demandes de l'ambassadeur de Savoye. Ores, monsieur, 
si l'on vous donne ces souspcons du costé de delà, l'on 
donne ici d'aultres à nostre préjudice, que le roy ne 
veult poinct de paix. Jusques à présent nous avons payé 
de raisons les ambassadeurs d'Espaigne; mais si la res- 
ponse que nous apportera La Fontaine ne sera resoleue, 
nous prévoyons que ces gens là prendront la longueur 
pour refus; estans armés comme ils sont, et nous ici, 
comme vous sçavés que nous le sommes , la meilleure 
resolution que sçauroit prendre le roy seroit d'appro- 
cher toutes ses forces de ces quartiers, et pourvoir à 
bon escient à la conservation de ceste frontière. 



A M. DE VILLEROY. 267 

Par nostre précédente , nous le vous «avons escrit 
assés expresseement , et le vous escrivons derechef, 
parce que nous estimons que le service du roy requiert 
que vous vous resolviés ; que ces gens ne tarderont à 
se resouldre. Nous prenons peine à nous esclaircir de 
]a vérité de l'advis que nous donne ledict colonel Ga- 
lati, que les forces des Espaignols approchent du costé 
de Peronne. Jusques à présent nous n'en avons peu 
descouvrir aulcune chose. Nous en avons conféré avec 
le père gênerai des cordeliers, qui nous a dict qu'il n'en 
croit rien ; et en mesme temps nous a monstre une 
lettre qui lui a esté escrile par ung cordeîier espaignol 
qui s'est trouvé au siège d'Amiens, et maintenant a esté 
ordonné pour servir auprès des Espaignols qui sont des- 
cendeus à Calais. Par ceste lettre , il appert qu'ils ont 
faict les pasques aulx logis qui leur feurent ordonnés au 
sortir de Calais; et ne parle aulcunement qu'on les aye 
mandés pour marcher. Et ceste après disnee le père 
gênerai nous est veneu voir pour nous dire que ce ma- 
tin il a parlé au président Richardot, pour entendre ce 
qu'il lui vouldroit dire touchant cest advis. Si ledict 
sieur Richardot lui a voulleu dire la vérité ou non, nous 
nous remettons à ce qui en est. Ce qu'il nous en a rap- 
porté , est que ledict président Richardot l'a asseuré 
qu'il n'a aulcung advis que le cardinal d'Autriche ait 
faict assembler ses forces , ni marcher du costé de Pe- 
ronne ; et, pour son regard, qu'il estime qu'il n'en est 
rien. Pour tout cela nous ne laisserons de nous en in- 
former, et advertirons M. le connestable de ce qu'en 
pourrons apprendre. Nous attendrons le retour du 
messager par lequel nous lui avons escrit que pour le 
présent n'aurions peu resouldre avec ces ambassadeurs 
que durant ce traicté on n'entreprendroit de surpren- 



'±68 LETTRE 

dre les places l'ung de l'aultre. Suivant ce que La Fon- 
taine nous rapportera, nous en remettons le propos ou 
laisserons les choses en Testât qu'elles sont. 

Nous accuserons la réception de vostre despesche 
du 17 de ce mois, que nous receusmes le mesme jour 
que M. Ragazzon arriva , qui nous a rendeu vostre 
lettre du 21. La Fontaine vous a porté nostre response 
à vos lettres du 14, et avons accusé la réception de vos 
lettres des 3 et du 7. ïl est impossible à dire combien 
M. le légat s'est senti consolé au rapport que ledict sieur 
Ragazzon lui a faict de la bonne volonté que le roy lui 
porte ; aussi ledict sieur Ragazzon se loue infiniment 
de tant de courtoisie qu'il a receue de vous. Il a ici faict 
ung fort bon et digne rapport des affaires du roy, dont 
il escrit au pape par commandement de mondict sieur 
le légat. 

Quant à ce que vous escrivés de M. Séraphin, nous 
sommes très marris que ceste desfaveur lui soit adve- 
neue. S'il n'y aura moyen de fléchir les volontés du 
pape, nous estimons que si le roy lui donnera ung bon 
evesché, et l'employera en son conseil, que sa majesté 
tesmoignera à toute la chrestienté sa gratitude et re- 
cord des bons services dudict sieur Séraphin , qui est 
personnage de grande expérience , très docte et très 
vertueux. 

Par ce que nous avons peu comprendre d'ung dis- 
cours qui nous a esté faict par M. le légat , il semble 
que le principal désir qu'a le pape est d'unir tous 
les potentats chrestiens à s'opposer contre le Turc ; 
et pourra estre qu'il ne tardera d'en faire parler au 
roy. 

M. le légat nous redoubla hier la plaincte des repré- 
sailles que Ton accorde, au préjudice de ceulx d'Avi- 



A M. DE VILLEROY. 9.69 

gnon, et du respect que le pape mérite qu'on lui porte. 
Par La Fontaine nous en avons escrit au roy. 

M. Taxis, attendant le retour de nostre courrier, est 
allé jusques à Bruxelles. Il a dict avoir eu advis que sa 
femme estoit à l'extrémité. Nous croyons plustost que 
c'est pour informer le cardinal de ce qui s'est passé en 
ceste negotiation. 

Le marquis de Lullin , ambassadeur de Savoye , est 
aussi allé à Bruxelles voir sa femme, qui est la veufve 
du feu comte d'Egmont. Ils doibvent estre ici de retour 
dedans huict jours. 

M. le baron de loux nous escrit que M. de Montpen- 
sier veult ici envoyer pour les affaires qu'il a avec 
M. de Savoye. Nous ne sçaurions empescher qu'il ne 
despense son argent à faire ici venir celui des siens 
que bon lui semblera; nous sçavons assés que cest am- 
bassadeur ne lui fera aulcune response qui le satisfasse. 
Si M. de Montpensier nous envoyera quelques mé- 
moires , nous ferons pour son service ce qui despendra 
de nous. 

Les advis que nous bailloit ledict baron de Joux tou- 
chant les affaires de Daulphiné, ne se sont trouvés que 
trop vrais; et celui qui disoit que tout s'y portoit bien, 
et que M. de Savoye se vantoit d'avoir plus de forces 
qu'il n'avoit à nostre advis, ne se donnoit pas grande 
peine si M. de Lesdiguieres se perdoit ou non. Vous 
cognoissés l'humeur et les divisions du pays ; le mal est 
que le service du roy en souffre. Il y a long temps que 
nous avions les mesmes advis , et eussions fort désiré 
que Ion y eust peu pourvoir. Le Daulphiné , le Lyon- 
nois , le pays de Dombes , et ce que l'on a conquis en 
Bresse, nous doibvent bien donner à penser. Il n'y a 
presque poinct de forces pour le roy , il y a une très 



270 LETTRE 

mauvaise intelligence entre les chefs; tout y est plein 
d'envie et de confusion. Le bon Dieu, par sa grâce, 
nous veuille bien consoler et bien assister. 

Monsieur, comme nous voullions bailler à la poste 
cesle despesche, le courrier que ces ambassadeurs ont 
despesché en Espaigne est reveneu. 

Vous sçaurés , par la lettre que nous escrivons au 
roy, qu'il en a apporté les pouvoirs que nous avons 
demandés. 

Nous accuserons par ceste ci la réception de deux 
des vostres despescbes datées du mesme jour 26 du 
mois passé. Nous ne sçaurions assés vous remercier du 
soing qu'il vous plaist avoir de nous; vous le faictes 
pour le service du roy; si recognoissons nous en toutes 
vos lettres des marques particulières de vostre bonne 
volonté en nostre endroict, dont nous vous demeure- 
rons très obligés. 

Nous avions sceu le malheur arrivé à M. de Crequy; 
c'est une lourde perte. On nous avoit escrit la revanche 
qu'en a eue M. de Lesdiguieres; mais nous avions peine 
à le croire, jusques à ce que nous en ayés donné la 
certitude. Comme vous dictes, M. de Lesdiguieres se 
mesle , et a bon escient, d'exécuter nostre traicté; si 
avés vous peu juger par nos despescbes que nous y 
avions pensé, comme doibvent bons serviteurs du roy, 
et que nous avions faict venir a quelque sorte de rai- 
son l'ambassadeur de M. le duc de Savoye, qui ne sça- 
voit rien de ceste nouvelle. 

Qui s'arreste aulx petites choses ne parviendra ja- 
mais aulx grandes ; tenons bien , et suivons ceste 
maxime. 

C'est une bien bonne nouvelle que M. de Mercœur 
ait signé le traicté, et que la veille de Quasimodo il deust 



A M. DE VILLEROY. 271 

arriver à Angers, qui est le mesme jour que vous at- 
tendiés M. Cécile. Vous estes en peine qu'Angers ne 
soit pas assés grand pour le loger; il est Anglois , et 
lui fault plus de satin qu'à ung aultre pour lui faire 
ung pourpoinct. Nous espérons que M. le commandeur 
Taxis sera de retour de Bruxelles dans ung jour ou 
deux; cependant nous nous recommandons, etc. 

Du 3 avril i5()8. 



««k.»--»..-»» 



CXII. — * LETTRE 

De MM. de Bellievre et de Sillery au roy. 

Sire, estant ici de retour, le courrier que les am- 
bassadeurs d'Espaigne ont despcsché par devers leur 
maistre, et par vostre permission , a passé et repassé 
par vostre royaulme. Nous n'avons voulleu faillir d'en 
donner advis à vostre majesté, et lui dire que le prési- 
dent Richardot nous a asseuré que ledict courrier a 
apporté les pouvoirs signés de la main du roy d'Es- 
paigne, et scellés en bonne forme, tels que nous leur 
avons demandés pour traicter, tant avec les députés du 
roy, de la royne d'Angleterre, que ceulx des Provinces 
Unies, si tant est qu'ils veuillent entendre et estre 
compris en ce traicté de paix, qui se negotie avec 
vostre majesté; il nous a dict qu'ils sont en la mesme 
forme, et contiennent les mesmes clauses que celui qui 
concerne vostre majesté, dont nous lui avons envoyé 
copie. Toute la despescbe a esté envoyée à M. le car- 
dinal d'Autriche, qui est à Bruxelles. Ledict sieur Ri- 
chardot attend pour demain ou après demain le retour 
du sieur Taxis 3 qui partit d'ici huict jours y a, par 



272 LETTRÉ 

lequel il espère avoir toutes nouvelles et certitude de 
la volonté dudict cardinal. Nous avons opinion qu'ils 
nous feront voir lesdicts pouvoirs pour en avoir la lec- 
ture, comme ils feirent ci devant de ceulx qu'ils avoient 
ici apportés pour traicter avec lesdicts députés, s'ils s'y 
feussent trouvés avec nous ; et des lors ils nous dirent 
qu'ils ne bailleroient poinct la copie de leurs pouvoirs, 
si ce n'est aulx ambassadeurs se trouvant presens pour 
traicter avec eulx, jugeant qu'il y alloit trop avant du 
service et de l'honneur de leur maistre de bailler copie 
de leurs pouvoirs à ceulx qui n'ont poinct de bonne 
volonté de traicter. 

Nous avons demandé audict sieur Richardot des 
nouvelles de la santé de leur maistre; il nous a dict que 
toutes choses sont en repos en Espaigne; que ce cour- 
rier qu'ils ont despesché, ayant dict au maistre de la 
chambre qu'il desiroit fort voir son roy, ledict roy le 
feit entrer en sa chambre , où il dict qu'il le veit avec 
ung fort bon visage, le teint vermeil; le prince estant 
auprès de lui teste nue, et madame l'infante d'ung 
aultre costé, qui tous deux se portoient bien; que le 
roy d'Espaigne, se tournant vers madame l'infante, lui 
dict en souriant : « Regardés , regardés ce courrier que 
M. le cardinal nous a despesché. » Sire , par l'asseurance 
que nous donne ledict sieur Richardot, il semble que 
nous pouvons escrire à vostre majesté que ledict car- 
dinal a les pouvoirs tels que nous les avons demandés 
pour traicter avec ladicte royne d'Angleterre et Pro- 
vinces Unies , qui est ung tesmoignage du soing que 
vostre majesté a voulleu avoir d'eulx, et c'est chose 
qui peult servir au repos de la chrestienté; mais, n'ayant 
volonté de traicter, comme la pluspart tient qu'ils n'en 
ont poinct, ils pourroient se prevalloir de ceste cour- 



AU ROY. 273 

toisie au préjudice des affaires de vostre majesté , se 
declarans de voulloir traicter pour tenir ceste nego- 
tiation en longueur, à quoi ils buttent principalement 
par tout ce que nous comprenons de leurs actions, et 
apprenons des propos dont ils se descouvrent en plu- 
sieurs lieux, qui nous sont souvent rapportés. 

La royne d'Angleterre se promet qu'il est impos- 
sible , si cest affaire est teneu en longueur, qu'il ne 
naisse quelque accident, qui fera que, veuille ou non 
vostre majesté, elle sera contraincte de continuer la 
guerre avec l'Espaignol. C'est le seul moyen qui lui 
reste pour empescher que vostre majesté ne recouvre 
Calais , ce qu'elle crainct comme la mort, ce que vostre 
majesté juge trop mieulx pour sa grande prudence, et 
que Dieu , qui l'a bonoré de tant de grâces, l'a establi 
roy de France pour conserver ses subjects en paix , 
repos et félicité , et non pour assouvir les mauvaises 
volontés de ceulx qui estiment que l'asseurance de leur 
félicité despend de la ruyne des François et abaisse- 
ment de vostre couronne. Ces considérations, sire, 
nous font de plus en plus louer le sage et prudent ad- 
vis qu'a ci devant pris vostre majesté de procurer et 
moyenner de son pouvoir une bonne paix pour ses 
confédérés, voullant neantmoins et nous ordonnant, 
attendeu la longueur dont jusques à présent ont usé 
vosdicts confédérés , d'envoyer leurs ambassadeurs pour 
traicter la paix ; ce qui ne peult estre que fort suspect 
à tous ceulx qui en jugent sans passion , et non moins 
préjudiciable à vos affaires, qu'il soit par nous passé 
oultre à signer le traicté avec lesquels ambassadeurs 
d'Espaigne et de Savoye, si tant est que nous demeu- 
rions d'accord avec eulx des justes demandes que 
vostre majesté a commandé de leur faire. En cela, sire, 

MÉiwr. de DurLE.ssis-MoRNAY. Tome yiii. 1 8 



274 LETTRE, etc. 

le moindre retardement et longueur ne peult estre que 
bien fort dommageable ; car le terme accordé pour la res- 
titution de tant de places , et qui vous sont de si grande 
importance , ne court que du jour que nous aurons 
de part et d'aultre signé l'accord, et remis entre les 
mains de M. le légat. 

Sire , nous avons voulleu aussi scavoir dudict sieur 
président Richardot si ce courrier a apporté le contresi- 
gné dudict seigneur roy dEspaigne touchant la restitu- 
tion de Blavet. Il nous a asseuré que ledict contresigné 
est dans la despesche qui a esté portée audict sieur 
cardinal , et qu'il sera entièrement satisfaict , et de 
bonne foi, à tout ce qui a esté par eulx promis. Ayant 
sceu la volonté de vostre majesté sur la despesche que 
lui a portée le courrier La Fontaine, nous obéirons 
très fidèlement à tout ce qu'il lui aura pieu nous or- 
donner. 

Sire, nous supplions le Créateur, etc. 

Du 3 avril i5g8. 



CXIIL — * LETTRE DE M. DE VILLEROY 

A MM. de Bellievre et de Sillery. 

Messieurs , je vous ai escrit une lettre par la voye 
de la poste , depuis l'arrivée ici du courrier La Fontaine , 
comme je vous ai escrit et envoyé par la mesme ad- 
dresse plusieurs aultres devant sa veneue, de la récep- 
tion desquelles vous ne m'avés donné aulcung advis, 
dont je suis en peine. 

Je vous ai mandé, par ma dernière datée du dernier 
de mars, comment la royne avoit receu et pris la des- 



LETTRE l)E M. DE VILLEROY, etc. ^5 

pesche apportée par ledict La Fontaine , duquel , ayant 
sceu qu'il avoit rencontré par delà Orléans le courrier 
envoyé en Espaigne- avec le passeport du roy, nous 
avons esté depuis tousjours attendans de vos lettres , 
comme nous faisons encores, pour sçavoir s'il a rap- 
porté ce pouvoirpour traicter avec la royne d'Angleterre 
et pour faire rendre Blavet, qu'il estoit allé quérir; car 
nous ne pouvons rien advancer ici avec les ambassa- 
deurs de ladicte royne sans cela, et sommes estonnés 
que nous n'en ayons eu de vous aulcung advis encores, 
veu le temps qu'a peu arriver à Vervins ledict courrier, 
qui a dict, en plusieurs lieux par où il a passé, ou 
celui qui l'accompaignoit, qu'il portoit pour la paix la 
carte blanche. On me l'a escrit d'Orléans. M. Cécile, 
qui a desjà eu deux ou trois audiences, dict que sa 
souveraine est preste de traicter, quand elle cognoistra 
que c'est à bon escient que Ton le veult faire. C'est 
pourquoi il est nécessaire que nous sçachions si l'on a 
apporté ledict pouvoir ; car sans cela nous ne pou- 
vons rien advancer avec ledict Cécile. Esclaircissés 
nous en donc, je vous prye, au plus tost. 

Ceulx d'Hollande arriveront ici aujourd'hui. M. de 
Buzenval est veneu devant, duquel nous avons appris 
qu'ils sont plus bandés à la guerre qu'à la paix ; toutes- 
fois, peult estre qu'ils changeront de conseil, quand 
ils auront entendeu, la resolution du roy , mesme si 
ladicte royne ne s'y conjoinct, de quoi nous vous 
esclaircirons ; mais je vous supplie nous escrire plus 
souvent par les postes ordinaires que vous n'avés faict 
depuis quinze jours, afin que nous sçachions comme 
tout va; car, en vérité, cela peult plus servir que je 
ne vous puis escrire. M. de Retz est allé prendre pos- 
session de la ville et chasteau de Nantes, où le roy dict 



276 LETTRE DE M. DE VILLEROY, etc. 

qu'il s'acheminera lundi. Cela estant, nous mènerons 
avec nous lesdicts ambassadeurs. Et prye Dieu , etc. 

Du 4 avril i5$8. 



CXIV. — * LETTRE DE MADAME DE ROHAN 
A madame Duplessis. 

Madame , ce porteur vous dira ce que je sçais des 
nouvelles de deçà, bien que je crois que vous en soyés 
assés advertie. D'ailleurs je vous dirai seulement pour 
les miennes particulières, que la présence de M. Du- 
plessis me rejouit en toutes façons, me promettant que 
si mes affaires se doibvent faire, elles se feront par son 
moyen; et, s'il ne s'y faict rien, je n'aurai poinct de 
regret de n'y avoir essayé ce que j'aurai peu , croyant 
que ce qui ne s'y fera poinct ne s'y pourra. Mes filles 
ont eu beaucoup de regret de ne vous avoir poinct 
veue en passant , ni mesrne de n'avoir peu avoir com- 
modité d'envoyer sçavoir de vos nouvelles. Mais le peu 
de gens qu'elles ont, dont encores lors elles ne peurent 
disposer, les empescha d'avoir ce contentement. Remet- 
tant toutes aultres nouvelles à ce porteur, je vous sup- 
plierai, madame, faire tousjours estât asseuré de moi, 
comme vostre obéissante et affectionnée à vous servir» 

Catherine de Partiienay, 
D'Angers, ce 4 avril 1598. 



LETTRE DE M. DUPLESSIS, etc. 277 

CXV. — * LETTRE DE M. DUPLESS1S 

A sa femme. 

M' amie, je sollicite tant que je puis les ordonnances 
pour les garnisons; car la volonté du receveur n'est 
pas bonne; mais le principal desordre vient d'ici, où 
on préfère la nécessité qu'on y ressent à la nostre. J'ai 
plainct surtout la peine que tu en reçois ; mais il y sera 
pourveu , premier que je les laisse en repos une fois 
pour toutes. Nostre despesche se faict ; M. de Villeroy 
n'y oublie rien. L'homme n'est poinct chez lui; mais 
se cache chés ses amis, tantost en une maison, tantost 
en l'aultre. Je prends advis, et mesme avec MM. les 
presidens , de l'ordre qu'on aura à tenir pour la justice, 
mesme pour ung solliciteur. Pour le surplus, le roy 
approuvera ce que je ferai. Il fauldra prendre du loisir 
pour y vaquer. J'ai escrit à M. de La Ganetiere affir- 
mativement , car on le trouva parti. Je t'envoye ung 
mémoire d'une aultre debte que m'a baillé M. le pré- 
sident Vergne; il s'offre de composer. Il me tarde fort 
que je n'aye nouvelles de M. Petit; car il est impos- 
sible que tes douleurs de teste continuelles ne te tra- 
vaillent fort. De 81. 63. je vois ce que tu m'escrit 
par M. Benoist ; ce sont tousjours remises ; mais pa- 
tience , il ne nous en disent rien. Nous ne partons que 
mercredi. Je t'embrasse, m'amie, de tout mon cœur. 
D'Angers , ce 6 avril i5g8 , au matin , en haste. 



278 LETTRE DE M. DUPLESSIS, etc. 

CXVI. — ^LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A sa femme. 

M'amte, je pense que nous aurons aujourd'hui nos- 
tre ordonnance pour la garnison, et qu'il y sera pris 
meilleur ordre pour Tadvenir. J'ai veu la despesche 
que faict M. de Villeroy, où il ne manque rien. Je t'en 
enverrai copie au premier jour; mais il la fault tenir 
secrète. M. de Bouillon m'a parlé par deux fois, me 
conseillant d'adviser aulx moyens d'en sortir, et s'of- 
frant d'en parler au roy, pour resouldre avec MM. les 
mareschaulx par où il en fauldroit passer. Il ne m'a 
poinct dissimulé ce que j'apperçois bien aussi, que c'es- 
toit à l'instance des parens offrant de l'abandonner, 
s'il ne faisoit ce qui seroit jugé raisonnable. Je lui ai 
respondeu que l'on ne m'avoit pas donné subject de 
penser à cela, car je ne voullois pas traverser le chemin 
de la justice où nous sommes. Je haste nos affaires tant 
que je puis; mais les publics accrochent les particu- 
liers, et tout se faict ici lentement. Il me tarde pour 
que je te soulage en tes maulx. M. de Mouy arriva 
hier au soir ici, que j'ai esté fort aise de voir. Je l'ac- 
commoderai avec M. de Villeroy. 81. 63. nous vien- 
droit bien à propos en beaucoup de sortes. Je t'em- 
brasse, m'amie, de tout mon cœur. 

D'Angers, ce 7 avril 1698. ' 



LETTRE, etc. 279 

GXVII. — * LETTRE 

De MM. de Bellievre et de SUlerj a M. de Villeroy. 

Monsieur, par nostre despesche du 3 de ce mois, 
nous avons faict response aulx deux vostres du 16 du 
mois passé ; par ceste nous faisons response à vos deux 
lettres des 20, et dernier cludict mois. Nous vous di- 
rons en premier lieu , que M. Taxis est de retour de 
Bruxelles, qui nous a asseuré d'avoir les pouvoirs du 
roy dEspaigne pour traicter avec la royne d'Angle- 
terre et les Provinces Unies, qui sont en la mesme 
forme qu'est celui qu'ils nous monstrerent, et dont 
nous avons envoyé copie au roy pour traicter avec sa 
majesté. 

Ils n'estiment pas que ce feust l'honneur de leur 
maistre d'envoyer à la royne d'Angleterre et Provinces 
Unies la copie desdicts pouvoirs; mais le président 
Richardot et ledict Taxis asseurent sur leur honneur 
de les avoir ; qu'aussitost que les ambassadeurs de la- 
dicte royne et Provinces se présenteront en ceste con- 
férence, qu'ils les leur communiqueront, comme est 
la coustume entre ambassadeurs qui les recevront à 
bras ouvert , et leur bailleront tout raisonnable con- 
tentement au jugement du roy mesmes et de ses servi- 
teurs; pryeront sa majesté d'y voulloir interposer son 
auctorité , et donner le tort à celui qui l'aura. Nous les 
avons pryés, pour donner plus de contentement au roy 
et adoulcir l'aigreur des humeurs de ceulx de Hollande, 
de leur accorder des à présent une trefve de six mois 
ou trois pour le moins; ils ont dict que l'accord de 



280 LETTRE 

ceste trefve , au lieu cTadvancer la paix la reculeroit , 
et que se confians en ceste trefve ils ne feroient compte 
de venir en ceste conférence pour traicter de la paix ; 
mais que , s'ils se resouldront d'y venir, ils traicteront 
de toutes choses gracieusement avec eulx; ils ne se 
sont voulleus obliger à la trefve , mais bien nous en 
ont ils donné bonne espérance , si tant est qu'ils se 
résolvent devenir en ceste conférence, à quoi, mon- 
sieur, il semble que le roy les doibt conforter, s'ils ont 
envie de traicter. Il semble que pour ce regard ils 
seront satisfaicts. S'ils n'ont poinct envie de traicter, 
nous ne voyons pas qu'il soit fort à propos de remuer 
le faict de ceste trefve ; nous avons affaire à gens qui 
voyent fort clair en leurs affaires, qui se défient des 
Hollandois, et ne croiront qu'aulx effects. 

Nous avons veu par vostre lettre , qu'au lieu où vous 
estes l'on est en peine de trois choses , l'une que les 
ambassadeurs dEspaigne n'ont pas voulleu accorder 
une trefve de six mois à ladicte royne et Provinces ; 
l'aultre que l'on demande au roy la ratification du 
traicté, ung mois après que les articles auront esté 
signés, et après cela le serment; le troisiesme poinct 
concerne le refus que faict M. de Savoye de rendre au 
roy le marquisat de Saluées. 

Quant est de la trefve , nous en avons eu bonne es- 
pérance , jusques à ce qu'il a falieu conclure le traicté, 
et ne doubtons poinct qu'ils ne la leur eussent offerte, 
comme ils ont faict au roy, s'ils feussent veneus traicter. 
Quand ils l'ont offert, le roy ne l'a pas voulleu ; l'ayant 
de nouveau offerte, ou surseance d'entreprise, estans 
entrés en souspçon que le roy ne voulloit pas la paix, 
à cause de ce que nous rapporte La Fontaine, s'aug- 
mentant la deffiance, ik changèrent d'advis, et ont esté 



A M. DE VILLEROY. 28 1 

plus fermes à nous refuser la trefve que nous deman- 
dions pour ladicte royne et Provinces. La Fontaine qui 
vous porta nostre lettre, qui vous donnoit l'espérance, 
porta aussi au mesme voyage une aultre lettre qui 
contenoit le refus. 

Si avons nousdesbatteu cest article fort obstineemenl, 
ce que pour response ils nous ont dict, est que la dicte 
trefve ne leur estoit poinct demandée par leurs enne- 
mis , qui ne se declaroient pas seulement de voulloir 
traicter; au contraire ceulx des Provinces Unies se 
declaroient de ne voulloir en aulcune sorte entendre à la 
paix , et partant que le conseil de leur offrir la trefve ,' 
seroit très honteux et très dommageable à leur mais- 
tre ; qu'ils ont faict leurs levées, se trouvent chargés 
d'une très grosse despense pour l'entretenement de 
leurs gens de guerre; que la raison ne veult pas que, 
pour faire plaisir à leurs ennemis , ils consomment leur 
armée , le temps et leur argent; disent que pour le re- 
gard desdictes provinces , ils sont veneus ici garnis de 
pouvoir suffisant pour traicter avec la royne d'Angle- 
terre, qui n'eust rien concîeu sans avoir telle ratifica- 
tion du roy catholique qu'elle eust sceu désirer; à 
quoi le cardinal d'Autriche s'obligeoit; que pour cest 
effect avoit despesché courrier exprès en Espaigne. 
Quand nous les avons requis d'accorder ladicte trefve 
pour le respect du roy , ils nous ont dict qu'en faveur 
du roy, ils ont accordé que si la royne d'Angleterre et 
estats se veullent resouldre à la paix dans six mois 
après la publication de ce traicté, ils seront receus et 
compris en ce traicté , soubstenant avoir par là suffisam- 
ment satisfaict à ce que le roy leur a faict dire , qu'il 
ne vouiloit traicter sans que ses confédérés feussenfc 
compris au traicté , ce qu'ils accordent volontiers ^ 



282 LETTRE 

et aultre chose leur a esté dicte de la part de sa 

majesté. 

Quant au second poinct, qui est sur la demande 
qu'ils font d'avoir la ratification ung mois après que 
les articles auront esté signés et remis entre les mains 
de M. le légat, que l'on juge ce que l'on a peu et 
deu faire. 

Le roy, par sa despesche du 16 febvrier, nous or- 
donne, estant d'accord de tous les poincts, de signer 
les articles, les remettre, et par la mesme despesche 
nous commande de faire instance que les places lui 
soient restituées ung mois après les articles signés. Si 
nous eussions peu estre d'accord de toutes choses, 
lorsque nous reçeusmes ladicte despesche, des le 18 
du mois passé ils eussent commencé a restituer les 
places, ce que vous n'estimés pas qu'ils eussent faict, 
sans avoir en main la ratification ; c'est le moins que 
l'on pouvoit faire que de leur donner du parchemin 
pour avoir de telles places; cela estant, nostre accord 
seroit bien plus public qu'il n'est. 

La Fontaine n'est pas de retour; et, quand il sera 
veneu , il fault negotier , signer et remettre le traicté , 
et après cela il y a encores ung mois; mais l'on dict 
que l'on oblige cependant le roy à ung serment, l'af- 
faire se publie, et il n'a rien en main. Il vous plaira 
de considérer nostre despesche; en leur baillant la ra- 
tification , ils sont teneus de nous bailler les ostages : 
cela est devant le serment ; depuis qu'ils auront la ra- 
tification , l'affaire est publié; estant le traicté pu- 
blic, comme leur peult on refuser le serment, sans les 
mettre en deffiance, et vous en danger de demeurer 
frustrés de vos places? et l'exemple et la nature de la 
chose ne permettroit pas que nous insistassions à leur 



A M. DE VILLEROY. 2 83 

refuser la ratification comme ils l'ont demandée, puis- 
que, suivant l'exprès commandement du roy , nous les 
requérions de ne faillir ung seul jour à la promesse 
qu'ils ont faicte de la restitution des places. Si vous 
voullés que l'affaire soit teneu plus longuement secret, 
ne baillant ratification, et ne faisant serment, il fault 
par nécessité que l'on se résolve a attendre plus lon- 
guement en la restitution des places. Si c'est le service 
du roy ou non, nous vous le laissons à juger. Leroy afaict 
envers ses confédérés tout ce que requiert l'office d'ung 
bon ami ; il les a advertis des long temps de la resolu- 
tion qu'il a prise de traicter le paix auparavant que 
d'entrer à traicter; il a voulleu qu'on lui accordast 
que ses confédérés seroient compris au traicté. Depuis 
trois mois en çà, on les attend en ce lieu, où ils 
n'ont faict compte de venir; il a faict obtenir les pou- 
voirs du roy d'Espaigne pour traicter avec eulx tels 
qu'ils peuvent désirer ; il leur faict accorder six mois 
pour estre compris en ce traicté, si tant est qu'ils le 
désirent ; il a ordonné à ses ambassadeurs de leur 
faire en ce traicté toute assistance , et en toutes choses 
raisonnables les favorisera de son auctorité ; que peu- 
vent ils, avec raison, demander dadvantage de leur 
ami, si ce n'est qu'ils soient resoleus, par le moyen de 
telles longueurs, faire en sorte que le roy demeure 
frustré de la restitution de ses places, engagé à per- 
pétuité en ceste guerre, se jouant le jeu sur son ta- 
blier, à la ruyne totale de ses bons subjects ; ce que ses- 
dicts confédérés ne doibvent pas voulloir s'ils sont ses 
amis; s'ils ne sont ses amis, on ne les doibt pas croire. 
Nous obmettions à vous dire que ledict sieur Taxis 
nous a asseuré d'avoir veu le contresigné de Blavet 
entre les mains du cardinal d'Autriche, qui asseure 



284 LETTRE 

que pour ce regard il n'y aura poinct de faulte, ni 

aussi en tout ce qu'ils ont ici promis pour le roy d'Es- 

paigne : il nous a aussi dict qu'il n'y a aulcung doubte 

que le mariage dudict cardinal ne soit concleu avec 

l'infante. 

Et quant à la cession des Pays Bas en faveur de ce 
mariage , que le roy d'Espaigne s'y monstre de plus en 
plus resoleu , ayant mesmement veu le consentement 
de toutes les provinces ; asseure aussi de la bonne 
santé du roy d'Espaigne, de l'inclination qu'il a à la 
paix; c'est ce que nous avons appris de ces ambassa- 
deurs avec lesquels nous avons esté ceste après disnee 
tout entière. 

Ledict sieur Taxis nous a dict que M. le cardinal 
archiduc supplie le roy d'une courtoisie qui est que , 
se resolvant ce traicté entre nous, il plaise à sa majesté 
nous envoyer ici quelques passeports , afin qu'il aye 
moyen d'escrire et se conserver en la bonne grâce de 
sa maistresse. C'est à vous aultres , messieurs, qui estes 
amoureux, à penser ce qui se doibt accorder à ung amou- 
reux ; si vous dictes que ce cardinal est ung sainct 
homme, qu'il ne se doibt mesler de telles choses, soub- 
venés vous de ce que disoit feu M. le cardinal de Bour- 
bon, le roy putatif, qu'il n'y a chaleur que d'ung jeune 
presbtre. 

Il reste à parler du troisiesme poinct qui est la res- 
titution du marquisat de Saluées ; excusés nous, mon- 
sieur , si nous vous disons que d'accepter l'arbitrage 
tel qu'il est proposé , n'est pas faire perdre ce marquisat 
au roy soubs prétexte dudict arbitrage : nous désire- 
rions qu'il feust desjà recouvert par la force; il peult 
survenir que Iç roy sera empesché ailleurs, comme eu 






A M. DE VILLEROY. ^85 

ee royaulme, depuis trente cinq ans en ça, il n'y a eu 
jamais faulte d'exercice. 

Le roy d'Espaigne s'entremettant en cest affaire pour 
la deffense de son gendre , la partie seroit assés forte , 
et se pourroit dire qu'il semble qu'il y a plus d'asseu- 
rance de recevoir bientost ledict marquisat par le 
moyen dudict arbitrage , que si on employera les ar- 
mes. Quand le roy dira au pape qu'il se soubmet à 
son arbitrage pour estre jugé selon les formes au 
droict, il est impossible au pape de le condamner en 
une si juste cause, et M. le légat et père gênerai ne 
font poinctde doubteque le roy ne gaigne sa cause par 
la sentence du pape, de l'exécution de laquelle on ne 
doibt doubter; car le roy d'Espaigne ne sçauroit hon- 
nestement soubstenir son gendre en une si mauvaise 
querelle , et le pape ne souffriroit que Ton se mocquast 
de son jugement ; et cependant le roy recouvroit les 
places qui lui sont occupées. Ores, monsieur, bien 
que nous ayons vivement desbatteu tout ce qui se peult 
dire pour la justice de la cause du roy, si est ce que 
voyant que Ton veult imprimer au roy une opinion 
pour aultre, il nous a semblé de vous en debvoir dire 
ce que nous en pouvons juger. 

Quant à M. le légat, il nous a dict par plusieurs 
fois qu'il seroit meilleur que ce marquisat feust sub- 
mergé en la mer, que si, à l'occasion d'ung si petit 
pays, qui ne peult valloir que quatorze mille escus à 
son maistre, Ja chrestienté sera privée de l'espérance 
qu'elle a conceue de jouir d'ung repos universel , qu'il 
a pieu à Dieu maintenant de mettre entre les mains du 
roy; nous remonstrant que le pape qui s'est si franche- 
ment employé pour persuader le roy d'Espaigne à. la 
restitution des places qu'il occupe sur ce royaulme ? 



i86 LETTRE 

se promet que le roy ne le vouldra pas esconduire 
d'une si saincte pryere qu'il lui faict de voulloir don- 
ner au bien public le mescontentement qu'il a conceu 
contre M. de Savoye ; ce qui pourroit nourrir et ac- 
croistre ung grand feu parmi toute la chrestienté; car 
remonstrant ledict duc à son beau père , que, traictant 
seul avec le roy, sa majesté lui a offert, dix mois y a , 
de condescendre audict arbitrage , non comme il l'avoit 
demandé, mais comme sa majesté l'a voulleu accorder 
et signer de sa main , il semble impossible que ledict 
roy d'Espaigne le peust abandonner , n'y presser plus 
avant pour le présent. 

Nous a dict en oultre ledict sieur légat, qu'il n'y a 
cbose en ce monde que sa saincteté affectionne tant 
que cest accord qui lui est à cœur plus que n'estoit le 
recouvrement de Ferrare; car sans Ferrare son estât 
pouvoit subsister; sans cest accord toute la cbrestienté 
court ung merveilleux danger ; que sa saincteté ne de- 
mandoit chose qui feust au préjudice, ni de l'honneur , 
ni des affaires de sa majesté: quant à l'honneur, la 
mesme raison, et le mesme interest se pouvoit dire et 
considérer il y a dix mois , quand sa majesté accorda 
ledict arbitrage , ce qu'elle n'eust faict s'il y feust allé de 
son honneur. 

Quant au bien des affaires de sa majesté , ce qu'on 
lui accorde de rendre est d'autre considération que n'est 
ce marquisat ; par cest accord , il n'est en aucune sorte 
prejudiciéaulx droicts qu'elle a audict marquisat de Sa- 
luées : on diffère seulement pour quelque peu de 
temps la dicte restitution de ce qu'elle estime lui deb- 
voir estre rendeu tout présentement ; et, quand il au- 
roit pieu au roy de consentir à ceste ouverture, nous 
n'aurions pas failli de déclarer et protester que c'est seu- 



A M. DE YILLEHOY. 287 

lement pour s'accommoder en la forme, afin d'advan- 
cer , ou de n'empescher la conclusion d'une bonne 
paix; mais que son intention est d'avoir ce qui lui ap- 
partient, et ne lui peult estre desnié. Monsieur, nous 
n'estimions pas qu'il escheust de vous escrire si ample- 
ment de ces affaires : vostre lettre nous en a donné le 
subject : comme nous vous avons dict par nos précé- 
dentes , il n'y a rien plus à disputer avec ces ambassa- 
deurs ; il fault prendre ou laisser , à quoi nous confirme 
ce que nous a dict M. le président Richardot en parlant 
du retour de nostre courrier; que s'il ne plaist au roy 
de trouver bon ce qu'ils nous ont peu accorder, ils 
n'ont rien plus à faire ici qu'à s'en retourner en leurs 
maisons. Nous pryons Dieu, monsieur, de voulloir 
inspirer et mettre au cœur du roy le conseil qui lui est 
plus utile. 

Nous ne pouvons que louer la resolution qu'a prise 
sa majesté , de ne différer plus long temps à appro- 
cher de cesle frontière de Picardie. 

Nous ne dirons pas que nous n'aimions la paix , et 
ne desirions de tout nostre cœur le repos du roy et' 
de son estât , et n'avons plus grande passion que de 
servir sa majesté selon ses volontés ; si la guerre con- 
tinue , il fauldra boire beaucoup de coup d'arquebuses 
avant que l'on ait pris par force ce que Ton consent 
de rendre par accord; oultre que, comme bons subjects 
nous aimons le roy , nous jugeons que la vie et la mort 
de ce rôyaulme dépendent de la conservation ou de 
la perte de sa majesté , qui ne va pas à la guerre par 
procureur. 

Nous toucherons ung aultre poinct, comme ceulx 
qui aimons et affectionnons en toutes choses le repos 
de Testât. Vous ne pouvés ignorer que le pape n'en- 



1 88 LETTRE, etc. 

tende avec ung merveilleux degoust ce que Ton ac- 
corde de nouveau à ceulx de la relligion , et pleust à 
Dieu que cela feust seulement à Rome, et que nous 
feussions tous assés sages en France ! Il n'y a rien qui 
puisse plus adoucir l'esprit du pape, et l'aigreur de 
ceulx qui veullent estre plus sages que les aultres, que 
le contentement que l'on recevroit de ceste paix. Toutes 
choses vous sont devant les yeux mieulx qu'à nous. 
Dieu, par sa grâce , veuille mettre le tout en bien ! 

Nous avions sceu ce qu'est adveneu en Daulphiné 
et Savoye : la prise du fort de Barrault nous a remis 
le cœur; si avés vous peu cognoistre que nous avions 
pensé à ce que pour ce regard pourroit advancer le 
service du roy. 

Nous estimons que les Savoysiens ne se monstreront 
pas si impudens que d'en voulloir demander la démo- 
lition ; c'est à sa majesté à faire de ce fort ce que bon 
lui semblera. 

Quant à La Fortune, nous estimons qu'il n'est que 
bien à propos pour le service du roy que ce soldat de 
fortune soit du tout abandonné de M. de Savoye. Il n'y 
a pas grande asseurance sur ce qu'ung tel galand a 
promis à M. le mareschal de Biron. 

Pour le regard de Berre, nous n'avons pas sceu 
qu'aultre que M. de Savoye ou le roy d'Espaigne se 
meslent d'en payer la garnison ; quoi que ce soit , estant 
celui qui y commande abandonné desdicts roy et duc, 
sa journée ne pourra pas beaucoup monter. Nous nous 
recommandons, etc. 

Du 7 avril i5g8. 



LETTRE DE M. DE PIERREFITE, etc. 289 

CXVIIL — * LETTRE DE M. DE PIERREFITE 

A madame Duplessis. 

Madame , nous pensions partir ce matin pour 
Nantes , mais le roi s'est ravisé de séjourner encores 
cejourd'hui. Les lettres pour le parlement sont faictes 
et fort bien. Apres avoir veu M. de Mouy, il m'a 
fort entreteneu de s'entremesler d'accord, avec de 
grandes protestations qu'il n'est poinct neutre, mais 
du tout à Monsieur, lequel il trouve peu disposé. Je 
n'ai encores eu loisir de lui en dire, à bon escient, 
mon' advis ce qu'il est d'y entendre, et me semble 
qu'il ne se peult trouver ung instrument plus propre 
pour faire comparoistre Sainct Phal , que mondict sieur 
de Mouy, lequel s'y gouvernera comme on vouldra. 
Sa maiesté avoit , comme vous scavés, commandé à 
MM. d'Avaugour et de La Rochepot de faire que ledict 
Sainct Phal se rendist au chasteau d'Angers; mais, à 
mon advis, fung d'eulx n'estoit aulcunement propre 
pour le lui conseiller. Je désire fort de vous voir hors 
de cest affaire, et le seul moyen est de le faire com- 
paroistre, et mondict sieur de Mouy est extresmement 
propre pour cela : aultrement j'y prévois une très 
grande longueur et péril de plus grand inconvénient. 
Je ferai ce que je pourrai pour le faire trouver bon à 
mondict sieur. On a teneu conseil, sur la demande de 
l'ambassadeur des Pays Bas, ce soir fort tard. Je ne sçais 
ce qui aura esté resoleu pour nostre affaire. On nous 
regratte tousjours quelque chose, et à ceste heure on 
vient diminuer la somme promise. J'espère toutesfois 

Mjém. de Duplessis-Morjvay. Tome vin. I Q 



290 LETTRE DE M. DE PIERKEFITE, etc. 

que nous en sortirons. Pour mon particulier, le sieur 

de Boumanfray est ici, avec lequel j'espère m'accorder 

aiseement. 

D'Angers, ce 8 avril 1598. 



CXTX. — * LETTRE DU ROY 

A MM. de Bellievre et de Siïlerf. 

Messieurs de Bellievre et de Sillery, j'ai différé de 
respondre à vostre despesche du 1 5 du mois passé, 
receue le 3o par ce porteur, jusques à ce que les dé- 
putés des provinces unies des Pays Bas feussent arrivés 
et que je les eusse ouïs, comme j'avois faict les am- 
bassadeurs de la royne d'Angleterre, ma bonne sœur 
et cousine, afin de vous faire ma response entière et 
parfaicte, comme vous trouvères par la présente; ores 
Jesdicts députés n'arrivèrent ici que le 4 de ce mois : je 
les vis le lendemain; mais il a bien falleu employer trois 
bons jours de temps à traicter avec eulx devant que 
j'aye peu fonder une bonne et solide résolution; car, 
à vous dire la vérité, je les ai trouvés au commence- 
ment si farouches et aliénés de la paix, qu'à grand 
peine ai je peu seulement les rendre capables de raison 
et nécessité , qui m'ont forcé de permettre que la nego- 
tiation en ait esté entamée, tant est grande l'appré- 
hension qu'ils ont du mal que peult apporter à leur 
estât le bruict d'icelle paix ; en quoi je puis dire que 
les Anglois les ont plustost fortifiés que desmeus, 
combien qu'ils m'ayent teneus et à plusieurs de mes 
serviteurs des langages tous contraires à cela, comme 
ceulx qui estans incertains de ce qu'ils veullent faire, 



LETTRE DU ROY, etc. 29 1 

ont pour but de nous faire nager ou noyer dans la mer 
de leur incertitude et irrésolution naturelle et arti- 
ficieuse, pour continuer à triompher de nos calamités 
et misères; de quoi je me suis plninct si vivement aulx 
ungs et aulx aultres, qu'enfin j'ai commencé à amollir 
aulcunement la dureté des ungs, et à disposer les 
aultres d'entrer en ladicte paix. Sur quoi est arrivé bien 
à propos vostre lettre du 3 de ce mois, par laquelle 
vous m'avés adverti de la réception du pouvoir pour 
traicter avec eulx, qui a esté apporté d'Espaigne par 
le courrier qui y avoit esté despesché; car en ayant 
adverti lesdicts Anglois, et leur ayant faict dire que je 
ne pouvois ni voullois retarder dadvantage ma reso- 
lution , cela les a esmeus , de façon qu'il semble main- 
tenant qu'ils se disposent d'envoyer à Vervins queî- 
qu'ung d'eulx pour voir ledict pouvoir duquel ils veul- 
lent que je croye qu'ils doubtent encores, pour ce que 
vous ne l'aviés encores veu , et prendre part au traicté 
qui s'y faict, duquel ils ont appris plus de nouvelles 
qu'ils n'en sçavoient par une despesché interceptée du 
cardinal d'Autriche au roy d'Espaigne, jettee en mer par 
ceulx qui en estoient chargés, laquelle a esté recueillie 
et peschèe par aulcungs pescheurs anglois, dont je n'ai 
sceu que ce qu'ils m'ont voulleu dire, qui est ce que 
vous verres par ung mémoire que je vous envoyé. Si 
lesdicts ambassadeurs ont volonté de traicter à bon 
escient et de bonne foi ou non , je n'en puis respondre; 
mais je ne doubte poinct qu'ils ne soient très marris 
que Calais me soit rendeu , et partant qu'ils ne fassent 
soubs main ce qu'ils pourront pour m'y traverser par 
une voye ou par aultre; c'est pourquoi il fault asseurer 
nos affaires devant qu'ils soyent par delà, si faire se 
peult. 



292 LETTRE DU ROY 

Quant à cetilx des Provinces Unies, j'ai à demi vaincu 
leurs députés , de sorte qu'ils ne se défendent plus que 
du commandement absoleu qu'ils ont apporté de leurs 
supérieurs de ne parler d'aultre chose que de la conti- 
nuation de la guerre; car ils recognoissent à présent 
que leurs moyens doibvent céder à nos nécessités, ou 
pour mieulx dire impossibilités, et leurs offres à nos 
raisons , et qu'ils empireroient par trop leur condition 
s'ils voulloient s'opiniastrer à soubtenir seuls le faix de 
la guerre, la France et l'Angleterre s'accommodans ; 
mais ils désirent que nosdictes raisons soyent repré- 
sentées à leurs supérieurs par aultres que par eulx , pour 
la craincte qu'ils ont d'estre mal veneus s'ils s'en char- 
geoient, et pour leur faire mieulx gouster et recevoir; 
de sorte que je prévois qu'il sera nécessaire que j'en- 
voye encores quelqu'ung en Hollande exprès pour cest 
effect , comme je ferai volontiers quand je cognoistrai 
le pouvoir faire utilement , et pour ce faire il est né- 
cessaire que je sois asseuré de la délibération des Es- 
paignols sur ceste ouverture; mais il est besoing sur- 
tout qu'ils me donnent le loisir de traicter ce faict avec 
eulx, en s'abstenans de faire aulcung acte d'hostilité 
contre eulx, durant trois ou quattre mois que l'on 
pourra employer en ce voyage , de peur d'irriter dad- 
vantage les esprits de ceulx desdictes provinces , et 
pour donner plus de créance à mes raisons; les- 
quelles engendreroient en eulx ung desespoir plustost 
qu'ung esprit de reconciliation, si, lorsqu'elles leur 
seront proposées, ils se voyent assaillir par lesdicts 
Espaignols , et abandonnés de moi et de ladicte royne 
d'Angleterre. 

J'ai bien considéré les raisons qui nous ont esté allé- 
guées par les députés dudict cardinal contre ladicte 



A MM. DE BELLIEVRE ET DE SILLERY. 293 

cessation d'armes ; mais l'accordans à moi, et non aulx- 
dicts estats, tant s'en fault qu'elle leur soit honteuse 
que je tiens pour certain qu'elle leur sera honorable et 
utile; car quelle plus grande gloire peult acquérir ung 
prince que d'user de bonté envers ses subjects, et les 
raddresser au droict chemin de leur debvoir, quand ils 
en sont desvoyés , par doulceur plustost que par la ri- 
gueur des armes? Vous sçavés que je m'en suis bien 
trouvé d'avoir practiqué ce remède ; et pouvons dire 
que le roy d'Espaigne s'est très mal trouvé d'en avoir 
usé jusques à présent aultrement. Je sçais bien que nos 
peuples n'estans de mesme naturel, il fault aussi les 
traicter et se comporter envers eulx diversement; mais 
aussi fault il considérer que les saisons ne sont pas 
tousjours semblables, ni les peuples d'une mesme vo- 
lonté; quand ceulx desdictes provinces qui ont vescu 
assés heureusement que le roy d'Espaigne a faict la 
guerre en France , sçauront que je me suis accordé 
avec lui , et que la royne d'Angleterre est en termes 
d'en faire autant, que je leur conseillerai de prendre 
ce mesme chemin , et qu'ils cognoistront pouvoir ac- 
quérir du repos par mon moyen, et qu'ils y seront en 
mesme temps conviés de plusieurs aultres endroicts, et 
mesme par la debonnaireté dudict cardinal, qui doibt 
estre leur seigneur , il fault espérer qu'ils changeront 
de propos , comme ont jà faict d'opinion leursdicts 
députés qui sont ici ; ou au contraire il est à craindre 
que, si on entreprend de les avoir par la force, ils 
prennent des conseils désespérés , et qu'estans puissans 
comme ils sont , au lieu de les subjuguer , on les fortifie ; 
et pour estre les evenemens des armes si incertains qu'ils 
sont, joinct que ce dernier remède ne peult fuiraudict 
cardinal, quand l'aultre ne lui succédera heureuse- 



294 LETTRE DU ROY 

ment; mais il ne recouvrera jamais l'occasion de pro- 
ficter de l'aullre, s'ils rejettent celle qui se présente; 
ils opposent à cela les deniers qu'ils employent à en- 
tretenu* leurs gens de guerre, lesquels ils ne veullent 
consommer inutilement , ni les grandes forces qu'ils 
ont assemblées avec le long temps, et d'autant plus 
qu'ils ne recognoissent aulcune inclination à la paix de 
la part desdicts estats des Provinces Unies. A quoi je 
responds qu'il est quelquesfois expédient pour sortir 
d'affaires de perdre ou se relascher de quelque chose, 
pour ne faciliter et ne perdre l'espérance d'ung profict 
si advantageux que seroit celui de la réconciliation des- 
dictes provinces avec eulx , s'ils la peuvent obtenir, 
contre lesquels ils ont ci devant employé et consommé 
tant d'années, d'armes et de sommes de deniers, sans 
en pouvoir venir à bout, encores qu'elles feussent 
beaucoup plus foibles qu'elles ne sont, et qu'elles ne 
peuvent estre plus abandonnées et délaissées de toutes 
parts qu'elles estoient lors. Dadvantage, quelle honte 
me sera ce que j'abandonne tout à faict , et du premier 
coup, lesdictes provinces, de sorte que ce commence- 
ment de la paix que je ferai avec mes ennemis et les 
leurs, contre lesquels ils m'ont fidèlement et coura- 
geusement assisté , soit le commencement de leurs tra- 
vaux , et ung acheminement à leur ruyne! Ceste consi- 
dération me touche au cœur plus vivement que je ne 
vous puis escrire , et d'autant plus que je vois que 
leurs députés s'estans laissés esbranler à mes raisons , 
me font espérer que leurs supérieurs en pourront faire 
de mesme par mon entremise , les choses estans con- 
duites avec prudence et modération ; ce n'est pas 
comme s'ils estoient obstinés et irréconciliables; car 
en ce cas je serois suffisamment deschargé de les aban- 



A MM. DE BELLTEVRE ET DE SIIXERY. 295 
donner, après m'estre mis en debvoir de les rendre 
capables de la raison ; et fault que je ne vous die que 
je ne me vois tomber, par le refus que vous ont faict 
lesdicts Espaignols de la cessation d'armes que vous 
avés proposée , en la fosse pleine de honte et de re- 
proche , en laquelle j'ai preveu des le commencement 
que me feroit tresbucher ceste negotiation, qui est 
l'abandon et séparation honteuse de mes alliés; à quoi 
trop de personnes ont conspiré , comme ils continuent 
encores de faire avec moins de prudence, ce me semble, 
que d'utilité pour eulx ou pour le public ; car si tant 
est que nostre sainct père ait intention de liguer en- 
semble les princes de la chrestienté pour faire la guerre 
au Turc , il fault qu'il commence par une paix géné- 
rale ; car si la guerre dure en quelque endroict, ou 
elle en engendrera d'aultres , ou chascung par jalou- 
sie conservera et mesnagera en soi ses moyens et ses 
forces sans s'en desgarnir, et permettre qu'elles servent 
ailleurs; au moyen de quoi il est nécessaire que ledict 
cardinal accorde ladicte cessation d'armes, s'il a autant de 
volonté de la paix qu'il en faict de démonstration. Vous 
sçavés le fruict que j'ai recueilli des trefves et surseances 
d'armes que j'ai quelquefois accordées en ce royaulme 
contre mes subjects rebelles. Ce peu qu'il hazardera en 
cela facilitera et asseurera du tout nostre accord , et en 
produira peultestre ung aultre qu'il n'acquerra de long 
temps à prix d'argent , ni à la poincte de l'espee. 

Je vous prye de remonstrer toutes ces raisons aulx- 
dicts députés, y adjouster encores celles dont vous 
pourrés vous adviser , ramentevoir à M. le légat ce 
que je lui ai tousjours dict sur ce subject, et pareille- 
ment au père gênerai des cordeliers, et vous soubvenés 
des espérances que vous m'avés données ci devant de 



2C>6 LETTRE DU ROY 

la facilité d'obtenir ceste surseance, quand elle seroit 
demandée, sans laquelle peult estre je ne me feusse 
pas tant engagé que j'ai faict audict traicté; et sur ce, 
dire aulxdicts légat, gênerai et députés qu'en me con- 
tentant sur ce poinct, vous aurés charge d'accorder 
tous les aultres, ainsi qu'il en suit, et de dresser en 
forme et de signer, des à présent, les articles de nostre 
accord , pour estre mis entre les mains dudict sieur 
légat, ainsi qu'il est proposé. 

Premièrement, j'approuve les articles concernans 
la restitution des places qui m'appartiennent avec tout 
ce qui en despend, suivant vostre mémoire du il\ feb- 
vrier, et ma response sur icelui portée par ma lettre 
du 14 mars, et partant que les deux mois dans lesquels 
on promet d'accomplir ladicte restitution , commen- 
cent à courir du jour de la signature desdicts articles 
déposés, ainsi que dict est, entre les mains dudict 
légat; que la ratification en soit baillée et les ostages 
livrés ung mois après la signature, afin de me donner 
plus de loisir de joindre mes alliés en ce traicté avec 
moi , comme je prétends et espère de faire. 

Quand les ostages auront esté livrés, je veux bien 
faire le serment que l'on désire de moi , entre les mains 
de ceulx que ledict cardinal d'Autriche députera; mais 
aussi je vouldrois estre asseuré d'estre remis dedans 
mesdictes villes, ou pour le moins dedans Calais et 
Ardres, par où on doibt commencer trois, quattre , 
six ou huict jours au plus après ledict serment preste, 
sans attendre que lesdicts deux mois soient du tout 
expirés, parce que je ne vous puis celer, voyant 
mesmes qu'ils font difficulté d'accorder ladicte sur- 
seance d'armes , que je tie sois en grande deffiance 
qu'ils désirent de moi toutes ces démonstrations d'ac- 



A MM. DE BELL1EVRE ET DE SILLERY. 297 
Cord, plus pour intimider et desunir mes alliés d'avec 
moi que pour effectuer leur promesse* car, comme ils 
sont gens qui font fort peu de compte de leur parole 
et réputation, où il va de leur profîct, je doibs crain- 
dre qu'après qu'ils m'auront faict faire le sault, qui 
me séparera d'avec mes amis , qu'ils fassent naistre 
des difficultés en ladicte restitution qui me privent 
d'icelles ; au moyen de quoi faictes tant qu'ils l'abrè- 
gent au moins pour une partie desdictes villes, pour 
la seureté des aultres. 

Et cependant qu'ils réduisent la garnison de Blavet 
à deux ou trois cens hommes au plus, après la signa- 
ture desdicts articles , et je ferai accommoder de navires 
les gens de guerre qui en sortiront, pour les transpor- 
ter en Espaigne , et non aulx Pays-Bas , de peur qu'ils 
fassent quelque mauvaise rencontre par les chemins , 
ou que mes alliés ne me reprochent le passage des- 
dictes forces, à la charge aussi qu'ils donneront les 
seuretés nécessaires pour le renvoi desdicts vaisseaux 
et navires. 

Mais vous pryerés de ma part mon cousin le légat, 
puisqu'il a tant enduré et travaillé pour faire la paix , 
qu'il ne s'esloingne de ma frontière que ladicte resti- 
tution ne soit faicte , ou du moins commencée, ainsi 
que dict est ; car comme sa présence asseurera gran- 
dement l'exécution d'icelle, aussi son esloingnement 
m'en mettroit en grand doubte, lui disant que j'espère 
estre si près de lui dedans ce mois, qu'il n'aura pas 
grand chemin àfaire pourme trouver, non plus que les 
députés que ledict cardinal d'Autriche envoyera pour 
recevoir mondict serment. Ores je rne promets tant 
de l'amitié dudict sieur légat y qu'il ne me refusera 
ce temps pour me rendre jouissant du fruict qu'il 



^9 8 LETTRE DU ROY 

m'aura procuré ; vous l'en pryerés donc très instam- 
ment. 

Quant au faict du duc de Savoye , je suis content 
pour le bien de la paix , accorder que nostre sainct 
père le pape sera arbitre de tous les différends que j'ai 
avec lui , suivant mon escrit du [\ de juin 1697, aulx 
charges et conditions portées par vostre lettre du 4 de 
mars , y adjoustant ce qui est nécessaire pour les offi- 
ciers qui m'ont servi en Piedmont, et au marquisat de 
Saluées, suivant ùng mémoire que je vous ai envoyé, 
et dont je vous renvoyé encores le double , parce que 
vous ne m'avés adverti de la réception d'icelui , et que 
mes aultres subjects qui ont des biens en ses terres, et 
les siens qui m'ont servi en ceste guerre soient aussi 
traictés comme il demande que le soient les miens 
qui l'ont servi, au nombre desquels j'entends que ma 
cousine, l'admirai de Chastillon, soit comprise et nom- 
mée, afin de la tirer de la perplexité en laquelle elle 
est reduicte pour le seul respect de mon service; par- 
tant vous en ferés instance. 

Vous n'oublierés pas de comprendre ceulx de Ge- 
nève audict accord, et nos aultres alliés et amis que 
vous sçavés y avoir interest, afin qu'ils puissent jouir 
du bénéfice d'icelui. 

J'entends aussi qu'en accordant ce que dessus au- 
dict duc de Savoye , qu'il me rendra Berre franche- 
ment et quittement, et sans aulcune démolition de la 
place, ni des fortifications d'icelle, suivant vostre lettre 
du 1$ de mars. Il est vrai que je vouldrois qu'il abre- 
geast le terme qu'il demande de deux mois, à ung, ou 
à six sepmaines, pour tant plus tost recevoir des effects 
de sa foy et de ses promesses ? de quoi je me remets 
à vous. 



A MM. DE BELUEVRE ET DE SILLERY. 299 
Quant au fort de Barrault, je prétends le retenir et 
garder, puisque je l'ai si bien et loyaulment acquis, et 
qu'il est basti sur mon fonds. Partant il ne sera besoing 
d'en parler, non plus que de la démolition de la tour 
de Charbonnières; mais ne sera que bon d'y faire em- 
ployer le desadveu du capitaine La Fortune pour 
Seure, encores qu'il soit prest à s'accorder, et me quit- 
ter du tout la place, comme m'a escrit depuis deux 
jours mon cousin le mareschal de Biron. 

Puisque lesdicts Espaignols ne veullent bailler que 
quattre ostages pour asseurer la susdicte restitution 
de mes places, il fault s'en contenter, et demander de 
qualité et de service , et qu'il y ait deux Espaignols , et 
entre aultres l'admirai d'Aragon. Je me remets à vous 
du choix des aultres, dont vous me donnerés advis; 
comme il fault accorder, si l'ung desdicts ostages de- 
cedoit devant l'entière restitution desdicles places, 
qu'ils m'en livreroient ung aultre, aussi à mon choix, 
afin que nous demeurions tousjours nantis de ce gage 
jusques à ladiete restitution. 

Je vous répéterai derechef que je serai très marri et 
en grande peine s'ils continuent à me refuser ceste sur- 
seance d'armes que je leur demande pour l'Angleterre 
et les estats des Provinces Unies, pour les raisons ci 
dessus deduictes ; car je ne vois pas que je me puisse 
développer honorablement de l'alliance que j'ai avec 
eulx , si je n'obtiens ce délai. Puisque la royne déclare 
qu'elle veult traicter des a présent, et que les députés 
des aultres ne me désespèrent d'y pouvoir disposer leurs 
supérieurs, ce sera en ma faveur et considération, et à 
mon instance, que ladiete surseance sera accordée, et 
non de ladiete royne ni desdictes provinces; de sorte 
que tant s'en fault qu'elle soit honteuse au roy d'Es- 



3oq LETTRE DU RCTÏ 

paigne, pour n'avoir esté demandée par les aultres; 
que comme il m'obligera par icelle à faire que les aultres 
l'acceplent , elle lui sera honorable; il fault espérer 
aussi qu'elle lui sera très utile, et principalement au- 
dict cardinal , pour favoriser ses prétentions; d'autant 
que lesdicts estats l'accepteront plus tost, voyant que je 
leur respondrai de l'observation d'icelle, et que ma foi 
y sera engagée. Et fault espérer que ce commencement 
d'adoulcissement les acheminera à la reconciliation que 
doibt désirer ledict cardinal, pour faciliter et asseurer 
son establissement aulxdicts pays, si tant est que le roy 
d'Espaigne contineue en ce desseing, dont je vois que 
les Anglois et les Hollandois doubtent plus que jamais. 
Partant je vous prye mettre peine de nous en esclair- 
cir, afin de m'en advertir; car comme on ne voit en- 
cores aulcungs préparatifs du mariage et passage de 
l'infante , plusieurs infèrent de là que le bruict a esté 
publié pour nous tromper tous. Ores , j'ai si à cœur le 
délai pour mes alliés , que je vous prye derechef de 
l'obtenir; car, sans cela, je ne puis me deslier d'avec 
eulx sans faire tort à ma réputation et à ma foi ; et 
comme je ne puis me persuader qu'ils le me refusent , 
j'ai tant faict que j'ai reteneu auprès de moi lesdicts 
ambassadeurs jusques au retour de ce courrier, sans 
toutesfois leur rien dire de ma demande pour celer 
vostre response , et me resouldre avec eulx de ce que 
je ferai; car s'il ne me rapporte le traicté resoleu avec 
la surseance d'armes, ou pour le moins de tout siège 
de place, j'embrasserai les offres qu'ils me font, qui 
sont à la vérité suffisantes pour esbranler le courage 
d'ung prince qui seroit moins affectionné au bien pu- 
blic et au contentement du pape que moi. 

J'entends aussi que l'article qui concerne nos subjects 



A MM. DE BELL1EVRE ET DE SILLERY. 3oi 

qui ont servi lung et l'aultre parti soit couché en termes 
generaulx , suivant l'ouverture que vous en avés faicte, 
et sans que le sieur Antoine Perez ni aultres en soient 
exceptés, pour les raisons que vous avés remonstrees, 
qui importent par trop à ma dignité et réputation. Par- 
tant, ne consentes aulcunement qu'il soit faict mention 
de ladicte exception; mais, hors cela, j'approuve que 
vous accommodiés ledict article comme vous jugerés 
estre pour le mieulx. 

Je vous en dis autant pour les rançons et délivrance 
de ceulx qui sont à la chaisne , et aultres prisonniers 
de part et d'aultre. 

Mais je n'approuve aulcunement l'article par lequel 
ils veullent conserver les fermiers des biens des absens, 
pour les raisons que vous leur avés dictes. 

Vous avés bien faict aussi d'avoir rejette la demande 
qu'ils ont faicte pour les officiers qu'ils ont establis aulx 
places par eulx occupées. 

Et pour le regard de la comté de Charolois, je ne 
veulx rien changer de ce que je vous en ai escrit ci de- 
vant. 

Je serai tousjours très aise de gratifier ladicte infante 
comme ledict cardinal , pourveu que ce ne soit au 
dommage de ma couronne et de ma réputation , etc. 

Mais la demande qu'ils ont faicte pour le prince 
d'Orange est raisonnable, et ne peult estre refusée aul- 
cunement. 

J'approuve aussi la resolution prise pour achever 
d'exécuter le précèdent traicté, et vuider tous nos aultres 
différends. 

Mais , puisque le contresigne pour la restitution de 
Blavet a esté apporté d'Espaigne, obtenés, s'il est pos- 
sible , que le terme de trois mois qu'ils ont demandé 



302 LETTRE DU ROY 

pour l'exécution d'icelui soit abrégé , afin que nous 
sortions du tout des affaires que nous avons ensemble 
le plus tost que nous pourrons. 

J'approuve pareillement que l'article conteneu en 
vostre mémoire du si5 mars, pour la réservation de 
nos droicts, actions et prétentions, soit couché ainsi 
qu'il est escrit en icelui. 

Pour le regard de la renonciation aulx intelligences 
que j'ai avec mes alliés, ne permettes qu'il en soit faict 
mention expresse par ce qui sera de présent escri.t, mais 
que le tout soit référé au traicté de l'an 155g., 

MM. de Bellievre et de Sillery, vous pouvés juger, 
par la présente, en quel debvoir je me mets pour à ce 
coup conclure et terminer ladicte paix; et partant, que 
mes prospérités ne me transportent poinct, ni toutes 
aultres offres qui me peuvent estre faictes par dessus 
le terme de la raison et du bien public; ce que vous 
ferés entendre et valloir par delà , comme il est néces- 
saire pour ma réputation et mon service, principale- 
ment envers ledict sieur légat. Mais, si vous ne pouvés 
obtenir ladicte surseance d'armes pour trois ou quattre 
mois, faictes au moins qu'ils promettent qu'ils n'assié- 
geront aulcunes places desdicts estats des Pays Bas de 
deux mois, afin qu'au moins j'aye recouvert mes places 
devant qu'ils en viennent là ; et je ferai que lesdicts 
estats me feront la mesme promesse; et en cas qu'ils 
vous accordent pour mesdicts alliés l'une et l'aultre des 
demandes susdictes, je trouve bon que vous resolviés 
et signiés des à présent les articles du présent traicté, 
et qu'ils soient mis en depost entre les mains dudict 
sieur légat, afin qu'ils soient concleus et arrestés du 
tout , et que l'on n'y puisse plus rien adjouster ni 
changer. 



A MM. DE BELLIEVRE ET DE SILLERY. 3o3 

Quoi faisant , vous n'oublierés à nommer et com- 
prendre en iceulx les anciens et modernes amis, alliés 
et confédérés de ceste couronne , en la forme et manière 
accoustumee, entre lesquels il me semble qu'il ne fault 
pas oublier le grand duc de Toscane, et d'en faire men- 
tion en termes honorables, pour les raisons que vous 
pouvés mieulx juger. 

Je trouve bon aussi qu'il soit accordé, quand lesdicts 
articles seront signés, qu'il ne sera rien entrepris sur 
nos places de part et d'aultre, afin de nous délivrer de 
la jalousie que nous avons; toutesfois il fauldra que 
cela soit encores teneu secret, à cause de nosdicts alliés; 
et suffira que vous en advertissiés mon cousin le con- 
nestable, comme vous ferés incontinent que vous serés 
d'accord. 

Je vous envoyerai les passeports qu'ils demandent 
quand je sçaurai que lesdicts articles seront accordés ; 
et partant , vous m'en advertirés en toute diligence, 
afin que j'en sois faict certain , devant que je congédie 
lesdicts ambassadeurs, qui pressent fort leur retour, et 
se monstrent très mal contens de mon inclination à la 
paix. 

Celui d'Angleterre parle d'envoyer le commissaire 
qu'il a mené avec lui, soubs prétexte de voir le pouvoir 
apporté d'Espaigne; s'il le faict, vous en serés advertis. 
Cependant j'aurai ce plaisir que vous voyiez ledict pou- 
voir, afin que, si vous n'en pouvés avoir la copie, vous 
me puissiés mander ce qu'il contient; car ledict ambas- 
sadeur faict semblant de ne croire pas qu'il soit arrivé. 

Au reste, j'ai tant faict que mes subjects de la relli- 
gion pretendeue reformée se sont despartis de l'instance 
qu'ils faisoient pour le jugement des lettres de repré- 
sailles contre ceulx d'Avignon et du Comtat; de sorte 



3o4 LETTRE DU ROY, etc. 

qu'aultreque moi n'en ordonnera, comme il a esté pro- 
mis à sa saincteté, dont vous advertirés ledict sieur lé- 
gat , lui disant que je mettrai tousjours peine de lui faire 
cognoistre par effect, en toutes occasions, combien a 
de pouvoir sur moi le respect que je porte à nostre 
sainct père, et l'affection que me porte ledict sieur lé- 
gat, lequel j'espère recevoir bientost. J'ai délibéré de 
reprendre le chemin de Picardie , et m'y rendre dedans 
ce mois, et plus tost si je puis; car je recognois avec 
vous que ma présence par delà est plus nécessaire 
qu'ici. Mais je vous prye derechef de me renvoyer ce 
porteur en toute diligence, et advancer le plus que vous 
pourrés la conclusion du présent traicté et accord; car 
puisque j'ai déclaré et faict sçavoir à mes alliés que je 
suis resoleu de traicter , il en fault franchir le sault, 
pour ne tomber aulx grands inconveniens très dange- 
reux et honteux que nVapporteroit une irrésolution; et, 

pryant Dieu, etc. 

Du 9 avril i5g8. 



CXX. — * LETTRE DE M. DE VILLEROY 

A MM. de Bellievre et de Sillerj. 

Messieurs, les grands affaires ne se font pas sans 
grande peine; vous en conduises ung qui est le plus 
important à toute la chrestienté, et à ce royaulme en 
particulier, qui s'est jamais présenté, et le plus diffi- 
cile et espineux. Nous en avons ici esprouvé quelque 
chose depuis l'arrivée de ce courrier ; mesmes depuis 
que l'on a envoyé à M. Cécile, ambassadeur d'Angle- 
terre, le paquet surpris, duquel nous envoyons l'ex- 
traict. Ladicte despesche contenoit plusieurs aultres 



LETTRE DE M. DE VILLEROY, etc. 3o5 

choses qu'ils ne nous ont pas monstrees, dont je vois 
qu'ils ont plus grande allarme; de quoi je mesoucierois 
bien peu si nos affaires estoient faicts : mais, à la vé- 
rité, il nous en peult arriver beaucoup de préjudice , 
estans incertains du succès de nostre negotiation. 

Vous apprendrés , par la lettre du roy, la dernière 
resolution de laquelle je ne pense pas que sa majesté 
se départe, quoi qui en puisse arriver; de sorte que si 
la despesche que vous nous ferés sur iceîie ne la con- 
tente , je prévois qu'elle prendra parti avec ces mes- 
sieurs, lesquels offrent plus qu'ils ne peuvent porter 
pour rompre ledict accord. Partant, donnez ordre, s'il 
vqus plaist , que nous sçacbions au plus tost la reso- 
lution que vous prendrés, afin que nous ayons loisir de 
traicter avec lesdicts ambassadeurs, et que nous ne de- 
meurions à terre entre deux selles. Sa majesté est par- 
tie d'ici pour aller à Nantes, et m'a laissé derrière pour 
faire partir ledict courrier. Elle y arrivera samedi, où 
lesdicts ambassadeurs la suivront, et je partirai demain 
pour la suivre, si Dieu plaist. 

J'ai parlé du faict des Suisses, et faict toutes les des- 
pesches que Ton a demandées , tant pour le domaine 
que pour la rente de Bretaigne, et les edicts qui leur 
ont esté affectés. Je continuerai encores à les assister 
de tout mon pouvoir, et parce que je sçais que M. Gau- 
las et Baduel vous advertissent de tout ce qui se passe 
pour ce regard, je ne vous en ferai redicte. Mais vous 
sçavés qu'il ne s'en est gueres falleu que le roy n'eust 
envoyé par delà M de Sancy, pour vous fortifier en 
vostre negotiation, principalement pour obtenir ceste 
surseance dont il est question; mais lui mesmes s'en est 
excusé, craignant d'y estre inutile. Toutesfois, si vous 
jugés qu'il en doibve advenir aultrement , je vous prye 

MÉM. DE. DUPLESSIS-MORNAY. ToMR VIII. 20 



3o6 LETTRE DE M. DE YILLEROY, etc. 

de m'en donner ad vis. J'ai receu vos lettres du 2 5, 26 

et dernier de mars, et la dernière du 3 du présent. 

Sur la plaincte que vous nous avés faicte des exac- 
tions que Ton faict par delà contre les cabaretiers et 
aul très semblables, nous avons despesché une déclara- 
tion de surseance de l'exécution de toutes les commis- 
sions extraordinaires, réservées aulcunes nommées par 
la déclaration, qui importent au service du roy, entre 
lesquelles on a oublié celle des Suisses, dont le peuple 
sera soulagé. C'est pour response à vostre lettre du 16 
de mars, qui a fort demeuré par les cbemins; pryant 
Dieu, etc. 

Du 9 avril 1698. 



CXXI. — * LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A sa femme. 

M' amie , nous arrivasmes hier en ceste ville de 
Nantes, prévenant le roy d'ung jour, que nous avons 
laissé à Ancenis, afin cfestre bien logés; à quoi j'ai 
trouvé que Pizieux avoit donné très bon ordre, et 
Youldrois de bon cœur que ta santé peust te donner 
les moyens d'y. participer , tandis que la clarté que je 
désire voir en nos affaires me retiendra ici, encores que 
ce sera pour t'aller voir au plus tost que je pourrai. Il 
me tardera fort que je sçache l'amendement que tu 
auras receu du régime de M. Petit, mesme de la 
saignée; mais pour la drogue de 81. 63, il n'en 
fault pas faire la première espreuve. Pizieux t'escrit 
de l'affaire de change; je ne puis rien adjouster aulx 
aultres. Je pense que M. Niotte t'aura porté provision 



LETTRE DE M. DUPLESSIS, et0 . 3(>7 

pour la garnison de laquelle deux mois nous serons 
moins travaillés. C'est ung des miracles de ce temps , 
qu'à peine se trouve il ici ung homme de la Ligue, 
tant chacung en a honte. C'est certes une belle 
ville , surtout pour l'assiette ; mais qu'ils avoient mal 
ménagée pour la deffendre. i. 63. 80. 11. 1. 58. 3 10. 
57. 4- 9- 7°- v - î ^°- JI - 84* ? mais en l'accommodant 
aulx 4o« 2&t 99. 11. 83. autant que faire se pourra. 
Renouvelle aussi la 3 12. 92. 84. 64- 33. v. i36. , pour 
nous aultre ce qui n'est que 4- no. Le valet de chambre 
partit d'Angers avec les lettres dont tu as eu copie, 
et desquelles je l'aurai authentique, accompaignees 
de semblables aulx gens du roy , tant en corps qu'en 
particulier à ung chacung. Le roy lui en dict sa volonté 
de bouche en assés forts termes. Je t'embrasse, m'amie, 
de tout mon cœur. 

De Nantes, ce 11 avril i5g8. 

Je suis en peine que tu ayes faulte d'argent. Mes- 
dames de Rohan sont arrivées ici d'hier avec cent 
gentilshommes Poictevins, la pluspart de la relligion 
et de nos amis. Mon cousin de Mouy est ici; les sieurs 
de La Ferriere, de La Vignolle, Tesseran, etc., qui ne 
bougent d'avec moi. Ne te mets en peine de nous 
pour la seureté. 

CXXII. — ^LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A sa femme. 

M'amie , je t'avois escrit quant j'ai receu les tiennes 
du 8, par ung messager de Rouen. A bon droict tu 
t'ennuves , et en tes douleurs et en mon absence, et 



3o8 LETTRE DE M. DUPLESSIS 

je ne suis pas sans en porter ma part; mais j'ai 
estimé qu'il falloit user de l'occasion, et certes avec 
plus grande resolution que jamais d'achever nos jours 
ensemble , et de procurer que ce puisse estre avec 
quelque repos. Je t'ai escrit par le Basque, où je suis 
de tous nos affaires. Tu auras veu aussi la despesche 
qui a esté envoyée par ung valet de chambre exprès 
au parlement. Je suis resoleu, dans peu de jours, de 
demander congé au roy, pour me donner tout entier 
à ce qui despend de cest affaire. Seulement je serai 
bien aise de remporter avec moi les assignations de la 
somme que nous avons dediee au mariage de vnos 
filles, et Testât de nostre garnison tel qu'il doibt de- 
meurer; ce qui, à mon advis, ne peult gueres tar- 
der. Quant à l'ouverture qui t'a estonnee , elle n'a 
poinct eu de suite, parce que je l'ai arrestee; et, 
quand elle en eust deu avoir, ce n'eust esté ni de par 
moi ni en ma présence. Le contract aussi , dont tu es 
en peine , n'est poinct signé de Boinville. Ce qui me 
fasche de tout cela , c'est que je vois que tu t'affliges 
des maulx aulxquels nous ne pouvons remédier. Ce 
qui n'est pas pour amender ta santé. Ores, m'amie , 
je te verrai, aidant Dieu, plus tost que tu ne penses, 
et lors t'en ferai reproche. Mets ton esprit en repos en 
Dieu. Je suis de ton advis pour le mariage de nostre 
niepce. D'Amberville nous sera en descharge ; nous 
adviserons à nostre première veue à ce que nous au- 
rons à y faire. J'ai cogneu le père du gentilhomme qui 
avoit du bien honnestement selon le pays. Je fais 
chercher du bezoard ici , car il ne s'en est poinct 
trouve es coffres du roy , parce qu'à ce que M. Be- 
ringhen m'a dict, ses médecins n'en usent poinct. 
Nous t'enverrons aussi des grenades. M. de Lusson 



A MADAME DUPLESSIS. ÔO§ 

part dans trois jours, à qui je ferai faire une forte re- 
charge par M. de Caiignon. Le roy disne demain à 
Cbassay, et couche ici. Pizieux t'escrit du faict de 
Poulain. Il a esté mal mesnagé , mais il en fault sortir. 
M'amie , je te baise de tout mon cœur. 

D'Angers (1) , ce 11 avril 1 598 , au soir. 



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CXXIIT. — * LETTRE DE M. DE PIERREFITE 

A madame Duplessis. 

Madame , j'ai , parlant à M. d-e Mouy, teneu tout 
ce mesme langage que m'escriviés lui avoir dict, et 
suis fort bien de vostre advis , qu'il n'est à propos 
qu'il s'addresse à M. Duplessis; mais bien qu'il en peuït 
communiquer de lui mesmes avec les aultres parens , 
pour se rendre au lieu où le roy a ordonné. Je ne fais 
poinct de doubte que les effects du parlement ne soient 
ung bon moyen pour le haster, sans lequel je ne 
pense pas que les parens que j'ai veus ici soient propres 
pour le réduire à ce poinct, et ne cognois que mon- 
di'ct sieur de Mouy qui à mon jugement le puisse 
faire ; encores je ne sçais si , attendeu les mauvais 
conseils qu'on lui peult avoir donnés, il en pourra venir 
à bout. Mondict sieur de Mouy m'a advoué qu'il estoit 
fort pryé de madame de Chavigny, M. le comte de 
Montgommery et du sieur de La Planche , qui est à 
Sainct Phal , de s'entremettre de cest affaire. Il a ici 
receu lettres dudict Sainct Pliai , qui le pryoit et con- 
juroit fort de l'aller voir, ce qu'il a faict, m'en ayant 
premièrement parlé. Je lui conseillai de n'en parler 

(l) Erreur; écrite de Nantes comme la précédente, 



3io LETTRE DE M. DE PIERREFITE 

nullement à M. Duplessis, ni à homme quel qu'il 
feust, ce qu'il m'a promis de faire, combien qu'il eust 
auparavant aultre intention. Il me jura n'en avoir 
parlé à personne. Nous verrons, par son retour, ce 
qu'il aura fait; et, quoi que soit, je m'asseure que 
monsieur ne fera rien contre l'honneur : et si par la 
poursuite des parens il se faisoit quelque ouverture 
mal à propos, il vauldroit mieulx se retirer pour 
quelque temps. Je ne crois pas toutesfois que le roy 
les voulleust escouter au préjudice de l'honneur de 
mondict sieur. Nostre edict est concleu ; il est vrai 
qu'on nous retranche quelque chose de la somme ac- 
cordée, mais tout ne laisse d'estre bien. Les ambas- 
sadeurs d'Angleterre et des Pays Bas viennent en ceste 
ville, et pressent d'estre despeschés. Je crois que le 
conseil du roy est fort proche à la paix d'Espaigne. Je 
ne pense pas qu'on assiège Blavet; et, quand ainsi 
seroit, il me semble que M. de Bours n'y debvroit 
aller. En finissant ceste lettre, sa majesté est arrivée 
ici. Les habitans sont allés au devant d'icelle , ont 
dressé ung bataillon avec dix enseignes et des enfans 
perdeus, le tout assés mal ordonné, combien qu'ils 
feussent assés braves. Ils ont enchéri le taffetas blanc 
pour faire des escharpes. Et depuis, M. de Mouy es- 
tant de retour , m'envoya quérir. Il me dict qu'il avoit 
trouvé Sainct Pliai bien disposé , qu'il falloit com- 
mencer par le faire venir trouver le roy. J'insistai qu'il 
se debvroit rendre au chasteau d'Angers, et non ail- 
leurs ; que de lui bailler des gardes, c'est chose qu'on 
faict aulx moindres querelles pour empescher le com- 
bat , combien qu'il n'y ait poinct eu de supercherie. 
Il avoit advisé d'en parler au roy. Je m'y opposai ; et 
en son deffault il desiroit qu'ung aultre en parîast, et 



A. MADAME DUPLESSIS. 3ï I 

me nomma le comte de Montgommery, qui est allé 
voir Sainct Phal. Je ne me voulleus charger d'en parler 
à M. Duplessis, et lui conseillai de n'en parler poinct 
lui mesmes, et lui dict que ses ouvertures ne me sem- 
bloient bonnes. Enfin , il s'y trouve fort empesché. 
Je prye Dieu qu'il nous bénie en cest affaire et toutes 
les aultres que nous avons ici , et qu'il vous donne , 
madame, en santé, heureuse et longue vie. 

A Nantes, ce i3 avril 1698. 



I W *. «'«-'*,-«. ^ 



GXXIV. — * LETTRE 

De MM. de Bellievre et de Sillerj a M. de Villeroj, 

Monsieur, depuis le partement de La Fontaine, 
qui feut le 26 du mois passé, nous vous avons escrit 
les 3 et 8 de ce mois d'avril, et accusé la réception de 
toutes vos lettres , dont il semble par vostre despesche 
du 4? que nous receusmes hier au soir seulement, que 
vous soyés en peine , mais principalement de ce que 
n'avés esté par nous adverti de ce qu'a apporté le cour- 
rier qui est reveneu d'Espaigne , dont nous vous avons 
faict deux bien amples despesches, aulxquelles atten- 
dons response, et n'y pouvons pour le présent adjouster 
a u 1 cime chose. Il n'eust pas esté possible que, lors de 
vostre dernière lettre, datée du [\ de cedict mois, 
eussiés sceu de nous ce qu'a apporté d'Espaigne ledict 
courrier, qui n'arriva ici que le dernier du mois passé; 
ces ambassadeurs mirent ce jour à voir leurs despes- 
ches ; le lendemain, noussceusmes ce dont nous escri- 
vismes, et en traictasmes l'apres disnee chés M. le lé- 
gat. M. Richardot asseuroit que les despesches avoient 



3 1 2 LETTRE 

esté apportées, non qu'il les eustveues, disant que le 
tout avoit esté envoyé au cardinal d'Autriche ; nous 
vous escrivismes ce que nous en apprismes, et estant 
de retour de Bruxelles, M. le commandeur Taxis qui 
nous asseura d'avoir porté avec lui les pouvoirs signés 
du roy d'Espaigne, pour traicter avec la royne d'An- 
gleterre et ceux des estats; nous vous en fismes tout 
incontinent une despesche qui partit d'ici le 8. Nous 
estimons qu'à présent vous aurés receu et l'une et 
Faultre de nos despesches, nous ayant escrit M. Louvet 
qui vous a envoyé en diligence celle du 8, estant, 
comme vous nous avés escrit, l'incertitude de ces pou- 
voirs, la seule cause qui nous retardoit de negotier 
avec l'ambassadeur d'Angleterre, vous demeurés main* 
tenant satisfaicts pour ce regard , et a la royne d'An- 
gleterre occasion de sçavoir gré au roy du soing qu'il 
a pieu à sa majesté avoir d'elle, car sans l'instance et 
fort expresse que nous avons faicte d'avoir lesdicts 
pouvoirs, et que sans cela nous ne pouvions entendre 
à aulcung traicté, il est certain que ce n'estoit pas 
l'intention du roy d'Espaigne de signer le pouvoir 
pour traicter avec la royne d'Angleterre; car, à ce 
que nous comprenons, il desiroit fort pour divers res- 
pects que nous conclussions ce traicté sans elle. Ores, 
les choses sont en lestât que le roy les a demandées, 
tant pour le regard desdicts pouvoirs que du contre- 
signe de Blavet; il ne reste plus en cest affaire, si ce 
n'est que si ladicte royne et estats veullent traicter, 
qu'ils déclarent par effect quelle est en cela leur in- 
tention; car, toutes choses considérées, il semble que 
la longueur dont il sera usé en cest affaire tombe prin* 
cipalement sur les coffres du roy, s'il ne se faict poinct 
de paix; c'est ce que désire la royne d'Angleterre, et 



A M. DE VILLEROY. 3l3 

encores plus ceulx des Provinces Unies; quant aulx 
Espaignols, ils la désirent, mais ils n'ont rien lasehé 
des villes qu'ils doibvent restituer ; cependant que 
nous en disputons , ils en demeurent garnis ; leur ar- 
mée se trouve debout; cependant que nous sommes 
irresoleus, ils peuvent surprendre l'une de nos villes, 
ou nous l'une des leurs : l'ung et l'aultre de ces acci- 
dens peult estre cause de rompre ce traicté; peult sur- 
venir la mort du roy d'Espaigne , de l'infante , du 
cardinal , changement de volonté et aultres choses 
semblables : bref, tels accidens qui peuvent advenir 
durant ces longueurs pourroient estre cause que le 
roy demeurera frustré de la restitution de tant de 
places dont il peult estre maistre en peu de temps; si 
nous retardons à conclure ce traicté , ce que nous 
avons dict qui nous prejudicieroit, peult servir aulx 
desseings de la royne d'Angleterre , qui sont principa- 
lement d'entrer dans Calais , et que nous en demeu- 
rions excleus; le but de ceulx des provinces ne tend 
pas à nous faire perdre Calais; mais, à quelque prix 
que ce soit qui nous doibve advenir, ils regardent à 
ce qui leur est plus proche, qui est de se saulver, en 
moyennant par leurs offres que nous demeurions con- 
tinuellement en guerre avec eux : le roy par sa grande 
prudence considère ces choses trop mieux que nous; 
mais puisqu'il a pieu à sa majesté de nous commettre 
cest affaire, nostre debvoir nous oblige d'en dire li- 
brement ce que nous en pensons, et que nous y voyons. 
Ces considérations nous doibvent mouvoir à avoir l'œil 
ouvert, se déclarant ladicte royne et provinces ne voul- 
loir entendre à ce traicté, qu'à ceste occasion sur cer- 
taines considérations , le roy ne demeure pas frustré 
de ce qui lui est certain et asseuré , se résolvant à con- 



3j4 lettre 

dure ce traicté comme cela se doibt, et par quels 
honnestes moyens, nous espérons que, parla première 
despesche , nous recevrons sur ce commandement du 
roy, et de nostre part nous y penserons fort soigneu- 
sement. 

Nous sçavons le respect qui se doibt porter aulx 
traietés de confédération , nous sçavons aussi que so- 
ciété n'est pas servitude. Le roy Henry VIII d'Angle- 
terre estoit joinct d'ung fort traicté avec l'empereur 
Charles V contre le roi François I er et son royaulme. 
Quand ledict roy feut faict prisonnier à Pavie, crai- 
gnant ledict roy d'Angleterre que se faisant l'empereur 
maistre de la' France, il ne lui feust par trop formi- 
dable et dangereux voisin , il se despartit de ceste con- 
fédération, et se joignit avec la France pour empescher 
sa totale ruyne, et si il y avoit toutes ces clauses de 
traicter ni paix ni trefve l'ung sans Paultre ; pareil 
traicté de confédération feut depuis faict entre lesdicts 
princes, avec mesmes clauses, quand ledict empereur 
feit la paix de Salions traictee à Crespy; il avoit faict 
passer la mer au roy d'Angleterre; se voyant pressé 
de la nécessité des vivres et de maladies, il resoleut la 
paix avec le roy François , reservant que le roy d'An- 
gleterre y seroit compris ; à quoi neantmoins il ne se 
vouîleut resouldre, et demeurasmes en guerre avec 
lui. Ces exemples, monsieur, nous enseignent comme 
ces deux grands princes, qui ont esté teneus fort pru- 
dens et des plus advisés de leur siècle, en ont usé 
quand pareilles occasions se sont offertes. L'honneur 
des princes consiste principalement à sçavoir conser- 
ver leurs estats ; comme les choses semblent estre dis- 
posées, c'est l'interest des Espaignols de traicter avec le 
roy; mais s'il advient qu'ils ayent pareil ou plus grand 



A M. DE VILLEROY. 3i5 

interest de traicter avec les Anglois, croyés, monsieur, 
qu'ils feront comme les marchands, qui vont là où ils 
estiment qu'il y a le plus de profict ; il fault donc bien 
penser, nous remettant à traicter en compaignie des 
Anglois, qu'en voulant faire leurs affaires, nous ne 
perdions les nostres : ce n'est pas que nous n'estimions 
qu'il faille faire le dernier effort pour leur donner, et 
à ceulx desdictes provinces tout le contentement qui 
se peult, si l'affaire passe par devant nous, nous nous 
y employerons fort franchement, et nous y comporte- 
rons si vivement qu'ils auront occasion d'en remercier 
le roy : c'est le service de sa majesté qu'ils soient con- 
servés , et qu'en usions de la sorte. 

Nous avons parlé ceste après disnee à MM. le prési- 
dent Richardot et commandeurTaxis , et avons remis en 
avant le propos qu'il seroit bon qu'ils se résolussent 
d'accorder quelques mois de trefve à ladicte royne d'An- 
gleterre et Provinces Unies , afin de leur donner plus de 
volonté d'entendre à ce traicté; en usant aultrement , 
au lieu de parler de paix, il fault qu'ils pensent à la 
guerre; ils nous ont dict qu'on les trouvera tousjours 
disposés à servir et s'accommoder à tout ce qui peult 
advanceria paix; et nous ont parlé tellement touchant 
le faict de ceste trefve , qu'il nous semble avoir peu 
recueillir de leur dire que si ladicte royne et provinces 
se resouldront de venir ici pour traicter de paix, que 
sans difficulté ils se resouldront à leur accorder la 
trefve pour quelque temps , si tant est qu'ils se résol- 
vent de la demander ; et vous dirons que nostre opi- 
nion est que, s'ils tenoient pour resoleu de nostre part 
ce qu'ils nous ont proposé pour parvenir à ceste paix 
avec le roy, nous aurions plus de moyen de les per- 
suader. 



3i6 LETTRE 

Et touchant ladicte trefve et aultres choses dont 
nous les requerrions pour les accorder avec ladicte 
royne et estats , lesdicts sieurs Richardot et Taxis nous 
ont renouvelle avec fort grande instance la pryere de 
M. le cardinal archiduc, à ce qu'il plaise au roy lui 
faire ceste faveur que d'accorder qu'il puisse escrire 
en Espaigne pour ses affaires particuliers , ayant une 
maistresse de telle qualité , qu'il désire sur toutes 
choses lui tesmoigner combien il désire estre conservé 
en sa souvenance ; que s'il plaist à sa majesté de le gra- 
tifier en cela de la faveur qu'il lui demande, il lui en 
demeurera extresmement obligé. Il desireroit que le 
passeport feust pour l'ung de ses courriers ; mais si 
c'est chose qui soit suspecte au roy de laisser passer 
par son royaulme ung courrier qui parte d'auprès de 
lui , il se contentera que l'on baille son paquet à ung 
courrier françois qui le portera jusques à Iron , et at- 
tendra la response qui lui sera envoyée d'Espaigne 
pour la porter en ces quartiers; il aimeroit mieulx 
que son courrier passast pour lui porter la nouvelle 
de ce qu'il aura veu; mais qu'il se contentera de ce 
qu'il plaira au roy lui accorder, soit l'ung ou l'aultre; 
qu'il ne fault craindre qu'il escrive chose qui soit au 
préjudice des affaires du roy, car il sçait assés que 
si on veult ouvrir ses lettres, qu'on le pourra faire. 
Us nous ont tellement pressé de faire ceste pryere, 
que nous ne l'avons peu refuser; il semble que le feu 
soit à la maison. 

Nous leur avons parlé de l'indiscrétion de leur cour- 
rier, qui a semé partout qu'il portoit la carte blanche 
de la paix, dont ils ont monstre d'estre très marris, et 
remonstré qu'il ne fault croire qu'il ait eu charge 
d'Espaigne de faire une telle faulte , estant plustost le- 



A M. DE VILLEROY. 3i7 

mal des affaires d'Espaigne, de ce qu'on les tient trop 
cachés à ceulx qui les doibvent sçavoir, que de commet- 
tre une telle sottise que d'en parler à ung tel galand , 
comme est ce courrier , qui s'est meslé de parler de ce 
dont il ne sçavoit rien du tout. A ce que nous enten- 
dons, ce mesme courrier a dict les mesmes choses et 
les mesmes sottises en la ville de Paris, et ailleurs où 
il a passé; et ceulx qui sçavent que c'est de telles gens 
s'en mocquent, si est ce pourtant que tels langages ne 
peuvent nuire. 

Les maistres des postes sont curieux à demander des 
nouvelles , et ce fol a esté si indiscret et si mal advisé 
à leur en dire beaucoup plus qu'il n'en sçavoit. Nous 
nous recommandons bien , monsieur , etc. 

Du i3 avril i5g8. 



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CXXV. — * LETTRE DU ROY 

A MM. de Bellievre et de Sillerj. 

MM. de Bellievre et Sillery , je vous escris la pré- 
sente pour vous donner advis de mon arrivée en ceste 
ville, et de la possession que j'ai prise par icelle de la 
réduction en mon obéissance de mon duché de Bretai- 
gne, afin que vous vous resjouissiés de ma part avec 
mon cousin le cardinal de Florence , légat de nostre 
sainct père le pape, comme à celui que je recognois 
avoir bonne part à ceste mienne prospérité ; aussi veulx 
je qu'il croye que son contentement me sera tousjours 
aussi cher que le mien propre, comme j'espère lui 
dire moi mesmes bientost ; car je fais compte de par- 
tir de ce pays dedans la fin de ce mois au plus tard 



3i8 LETTRE DU ROY 

pour m'en retourner en Picardie, où je commencerai 
des demain à faire acheminer une partie des forces que 
j'ai amenées par deçà, et y en laisserai encores assés 
pour bloquer et tenir en subjection ceulx de Blavet, 
en attendant la conclusion du traicté , pour lequel vous 
estes par delà , duquel je désire plus que jamais voir 
une bonne fin pour le repos de la chrestienté, et le 
particulier de mon royaulme. Partant , je vous prye 
en advancer la conclusion tant qu'il vous sera possible , 
suivant ma dernière despesche, portée par le courrier 
La Fontaine que je vous ai envoyé en partant de ma 
ville d'Angers , me faisant sçavoir de vos nouvelles plus 
souvent que vous ne faictes; vos dernières sont du 3 de 
ce mois :.il importe grandement à mon service que je 
sois adverti souvent du progrès de vostre negotiation. 

Les ambassadeurs d'Angleterre m'ont faict dire de- 
puis le partement dudict La Fontaine estre resoleus de 
s'acheminer eulx mesmes à Vervins , pour entrer en ce 
traicté pour leur maistresse , chose que je leur ai faict 
entendre que je ne puis trouver que très bonne; mais 
je cognois bien qu'ils sont en peine comme ils auront 
à se conduire envers ledict sieur légat, quand ils se- 
ront arrivés par delà ; car comme ils ont appris par les 
lettres interceptées, dont je vous ai donné advis que les 
ambassadeurs du cardinal d'Autriche ont charge ex- 
presse entre aultres choses de faire instance du resta- 
blissement en Angleterre de l'exercice de la relligion 
catholicque, ils appréhendent la rencontre dudict légat 
sur ce subject , et craignent que l'on les accroche à ce 
poinct , ayans remarqué par lesdictes lettres interceptées 
que l'on n'a pas grande envie de leur amitié ; pour 
ceste cause , ils m'ont faict parler de transférer en 
quelque lieu , entre Calais etBoloigne, leur conférence 



A MM. DE BELLIEVRE ET DE SILLERY. 3(Cj 
avec lesdicts députés dudict cardinal , se persuadans 
que ledict légat aussi bien aura à plaisir de ne l'y trou- 
ver poinct , et le gênerai des cordeliers aussi ; sur quoi 
je leur ai faict dire que je ne pouvois me passer de la 
présence de lung ni de l'aultre pour la conclusion de 
ce qui rne concerne , d'autant qu'il importait que le 
pape ayant commencé et poursuivi ceste negotiation , 
demeurast comme pleige et caution de ce qui y seroit 
conveneu , ce qui n'adviendroit, si lesdicts légat et gê- 
nerai l'abanclonnoient , et que j'estimois estre très dif- 
ficile de les remuer ailleurs, à cause de leur aage et 
de leur indisposition, après avoir tant séjourné et 
perdeu de temps audict Yervins , à l'occasion seule 
et sur l'attente desdicts Anglois, joinct que mes affaires 
n'avoient besoing d'une telle prolongation et remise 
de la resolution dudict traicté, comme l'apporteroit 
le changement et remuement de ladicte assemblée , 
estant mesmes la saison si advancee qu'elle est, et pour- 
roit estre aussi que le but des Anglois seroit aussitost 
de la retarder que de la terminer, comme ceuîx que je 
ne me puis persuader avoir à plaisir que l'on me res- 
titue mes villes , et principalement celle de Calais, en- 
cores qu'ils n'en ayent faict jusques à présent aulcune 
démonstration ; mais je vois bien qu'ils ont faict une 
grande allarme de vostre procédure depuis qu'ils ont 
veu les lettres interceptées ; car depuis ils ont changé 
de langage, et déclaré ouvertement voulloir traicter, 
et pour cesteffect aller audict Vervins ; mais, à mon ad- 
vis, pour m'obliger de ne conclure mon accord sans 
eux, esperans , estans sur les lieux, de la traverser ou 
retarder , de façon que ayant de part et d'aultre assem- 
blé nos forces, il surviendra quelque nouveauté qui 
favorisera leur desseing. C'est pourquoi il fault arrester 



3so LETTRE DU ROY 

nos articles le plus tost que nous pourrons , suivant 
ce que je vous ai escrit par leclict La Fontaine , à quoi 
je commencerai à préparer lesdicts Anglois le mieulx 
qu'il me sera possible , afin qu'ils ne s'en effarouchent 
tout à faict ; car je désire aider à les mettre en repos 
aussi bien que moi ; mais je n'entends pas gaster mes 
affaires pour leur considération, le salut de mon peu- 
ple m'eslant plus cher que toute aultre chose. Lesdicts 
Anglois arrivent ici aujourd'hui ; s'ils me font quel- 
que ouverture, vous en seres incontinent advertis. Ce- 
pendant vous ferés vostre profîct de ce que je vous 
escris avoir descouvert de leur intention, et me don- 
nerés vostre advis sur tout. 

Je suis en beaucoup plus grande peine des estais 
des Pays Bas que des aultres ; car tout le faix de la guerre 
leur tombera sur les bras, soubs lequel je crains qu'ils 
succombent du premier coup; c'est pourquoi j'ai tant 
désiré et désire encores obtenir la cessation d'armes , 
dont je vous ai escrit par ledict La Fontaine, et vous 
prye encores de vous y employer vivement : toutesfois 
si vous n'en pouvés venir à bout , ne différés pour cela 
de conclure nostre marché ; mais obtenés pour le 
moins qu'il soit donné temps audicts Anglois et estats 
des Pays Bas de traicter , et advisés qu'en cela les 
choses passent à ma descharge le plus que faire se 
pourra; et advisés s'il sera à propos de convenir et 
excuser l'advancement de ce que vous aurés faict sur 
l'indisposition dudict sieur légat, sur la jalousie que les 
Espaignols ont pris de la longueur de vostre negotia- 
tion , sur la prospérité de mes affaires par deçà, et 
l'arrivée ici desdicts Anglois et Hollandois , et sur l'im- 
patience audict Vervins d'ung plus long séjour des 
ungs et des aultres; car il ne fault poinct doubter que 



A MM. DE BELLIEVRE ET DE SILLERY. 3a i 
ce que nous ferons ne soit poinct descouvert, et que 
les ungs et les aultres ne m'en attaquent, et ne s'en plai- 
gnent vifvement , combien qu'en vérité ils soient seuls 
cause de ce qui en adviendra , pour le peu de compte 
qu'ils ont faict des advis que je leur ai donnés dudict 
traicté, et d'y envoyer leurs gens à temps comme ils 
debvoient et pouvoient faire : advertissés moi en dili- 
gence de tout ce que vous ferés , et recommandés le 
secret audict sieur légat , afin qu'il oblige lesdicts Espai- 
gnols, et fassent qu'ils l'observent tant que faire se 
pourra, et si vous tombés d'accord avec eulx, n'ou- 
bliés à pourvoir à la seureté de nos places frontières, 
et d'en donner advis à mon cousin le connestable, ainsi 
que je vous ai escrit par ledict La Fontaine. Je prye 
Dieu, etc. 

Du 14 avril i5o,8. 

CXXVL — * LETTRE DE M. DE VILLEROY 

A MM. de Bellievre et de Sillery. 

Messieurs, comme je voullois faire partir la despes- 
che que je vous envoyé, j'ai receu la vostre du 7 du 
courant, laquelle j'ai incontinent portée au roy , qui 
a pris plaisir à la lecture; et comme sa majesté vous 
resoleut etesclaircit bien particulièrement de son inten- 
tion sur les trois poincts desquels vous discoures par 
vostredicte lettre, tant par celle ci que par celle que 
La Fontaine vous a portée, il ne me reste qu'à vous 
addresser le passeport que vous avés demandé pour 
favoriser les amours de M. le cardinal d'Autriche, que 
sa majesté a volontiers accordé comme celle qui a es- 

Mém. de Duplessis-Mornay. Tome viti. 2 l 



322 LETTRE DE M. DE VILLEROY, etc. 

prouvé que vault ceste passion , nous asseurant qu'il 
n'en sera abusé, et qu'il ne sera délivré que vous 
n'ayés vostre compte ; ce sera tout ce que je vous escri- 
rai , remettant le reste à ladicte lettre du roy ; et sur ce , 
messieurs, je pryerai Dieu , etc. 

Du 14 avril 1698. 



CXXVIT. — * LETTRE 

De MM. de Bellievre et de Sillery au roy. 

Siki: , nous receusmes hier, sur les huiet heures du 
soir,, la despesche de vostre majesté du 9 de ce mois, 
par laquelle il lui a pieu de nous faire entendre la finale 
resolution sur tous les articles de l'accord qu'elle nous 
a commandé de traicter avec les ambassadeurs d'Es- 
paigne et de Savoye. Ce matin nous avons veu M. le 
légat et le père gênerai des cordeliers, aulxquels nous 
avons vivement faict entendre la grande bonté que 
vostre majesté monstre, s'accommodant en tout ce qui 
concerne ce traicté au désir de noslre sainct père le 
pape. Nous n'avons rien obmis de ce que avons estimé 
de pouvoir dire pour les rendre bien capables de vostre 
saincte intention, du grand soing qu'a eu vostre ma- 
jesté de disposer à la paix les ambassadeurs d'Angle- 
terre , et spécialement ceulx des Provinces Unies, qui 
sont veneus en vostre royaulme avec toute aultre 
charge que de traicter de paix. Nous ne leur avons pas 
teu comme franchement vostre majesté leur a déclaré 
sa résolution de voulloir entendre à la paix , .et le pru- 
dent conseil qu'elle leur a baillé de prendre la mesme 
resolution; ce qui auroit eu tel pouvoir sur eulx, qu'ils 



LETTRE AU ROT. 323 

se seroient déclarés, que pour leur regard ils ne se mons- 
treroient pas aliénés d'entendre à ung bon accord , et 
laissoient seulement de venir ici en ceste conférence , 
pour ce que leur pouvoir ne s'estendoit pas à cela; ce 
qui auroit ineu vostre majesté de prendre resolution 
d'envoyer ung personnage notable de sa part aulxdictes 
Provinces , pour les persuader à la paix , en quoi sa 
peine seroit inutile; si cependant qu'elle leur conseille 
l'accord , le cardinal archiduc entreprendra de les for- 
cer par les armes. Pour ceste cause , vostre majesté 
desireroit qu'en sa faveur on leur accordast une trefve 
de quattre mois, afin que durant ce temps cest affaire 
se peust traicteravec la dignité et douleeur qui est re- 
quise pour la conduire à une bonne et heureuse fin ; 
que , moyennant cela , et non aultrement ; nous avions 
pouvoir de conclure et. de signer le traicté suivant ce 
que ci devant a esté advisé entre nous. 

Nous avons a mesme fin traicté, ceste après disnee , 
avec les ambassadeurs d'Espaigne, les choses fort Con- 
sidérables de part et d'auhre. Ils nous ©nt dict que 
pour le regard d'euîx trois, qui ont ici la charge de. 
ceste negotiation pour le roy d'Espaigne et cardinal 
archiduc, ils nous declaroient, puisque vostre majesté 
trou voit bon de conclure présentement !e traicté, que 
leur opinion est que ledict sieur cardinal s'accommo- 
dera à ce que vostre majesté lui faict demander par 
nous touchant ladicte trefve, et ce, pour trois mois 
seulement; mais que leurs pouvoirs ne s'estendent pas 
de resouldre les affaires de eeulx qui ne sont pas ici 
veneus pour traicter ; qu'ils en escriroient audict sieur 
cardinal par courrier exprès; mais à ce qu'il n'advienne 
aucune longueur ni contrariété au conseil lorsqu'il en 
sera délibéré, ils ont resoleu que l'ung d'eulx partiroit 



3^4 LETTRE 

d'ici par les postes des trois heures du matin , et seroit 
ici de retour samedi prochain avant midi , nous pryant 
de prendre ce délai en bonne part ; car il n'y auroit 
faulte qu audict jour nous aurions response , et ne fai- 
soient poinct de doubte que vostre majesté n'en de- 
meurast satisfaicte. C'est, sire, ce que nous avons peu 
advancer en cest affaire. Entre ci et samedi, nous vac- 
querons à dresser le traiclé , et faisons estât que ledict 
jour de samedi nous despescherons à vostre majesté le 
courrier qui nous a apporté sa despesche , n'ayant 
voulleu faillir de lui donner cependant cest advis par 
la voye ordinaire des postes. 

Et aussi de l'advertir de l'instance que leur avons 
faicte de voir les pouvoirs qui leur ont esté envoyés 
pour traicter avec ladicte royne d'Angleterre et Pro- 
vinces , en quoi ils ont faict grande difficulté, remons- 
trant qu'ils craignent que l'on prenne la chose en moc- 
querie, qu'on leur fasse monstrer leurs pouvoirs, et 
puis que Ton die qu'on ne se soulcie poinct de traicter 
avec eulx. Ils nous ont faict serment de les avoir ici , 
et d'estre prests de les monstrer quand les aultres am- 
bassadeurs seront prests de monstrer les leurs. Nous 
les en avons pryé si instamment, comme de chose qui 
nous est fort expresseement commandée par vostre 
majesté , qu'enfin nous avons obteneu d'eulx qu'ils 
nous les ont monstres. Nous asseurerons vostre majesté 
de les avoir veus et leus d'ung bout à aultre, qu'ils 
sont signés de la main du roy d'Espaigne à Madrid , 
Je i 7 mars 1698, et lui dirons, pour chose vraie, qu'ils 
sont en aussi bonne forme et autant authentique que 
peult estre celui qui concernoit vostre majesté, dont lui 
avons envoyé ci devant le double. 

Nous leur avons dict qu'il s'est parlé en vostre court 



AU ROY. 3&§ 

qu'ung commissaire d'Angleterre, qui se trouve avec 
M. Cécile, pourroit ici venir pour voir ledict pouvoir, 
afin d'en asseurer la royne d'Angleterre. Ils nous ont 
dict que si ce commissaire viendra ici avec pouvoir de 
traicter avec eulx, monstrant son pouvoir, qu'aussi 
eulx monstreront le leur; mais s'il vient seulement 
pour voir leur pouvoir, qu'il fera chose mal a propos 
de penser obtenir d'eulx chose qui seroit contre la 
coustume et la dignité d'ung si grand roy comme est 
le roy d'Espaigne. 

Quand nous leur avons demandé s'il y a quelque 
doubte en ce mariage dudict cardinal avec madame 
l'infante, ou à la cession des Pays Bas, ils nous ont 
dict que c'est contre toute apparence de raison d'en 
doubter. Pour nostre regard , nous ne pouvons com- 
prendre que la chose puisse estre révoquée en doubte. 

Sire , nous supplions le Créateur, etc. 

Du 14 avril 1698. 

CXXVIII. — * LETTRE 

De MM. de Bellievre et de Sillery a M. de Villeroy. 

Monsieur, nous avons travaillé ce matin et toute 
ceste après disnee, à ce qu'il a pieu à sa majesté de 
nous escrire et commander, par sa despesche du neuf- 
viesme, que le courrier La Fontaine nous a apportée. 

Nous ne vous ennuyerons et importunerons de plus 
longue lettre; il n'y a pierre que nous n'ayons ici 
remuée, afin de rendre en tout le roy content et satis- 
faict. Nous estimons que sa majesté recognoistra en, 
toutes choses avec quel zèle et avec quelle affection 
nous la servons en ceste negotiation. 



3^0 LETTRE, etc. 

Nous avons espérance de vous renvoyer La Fontaine 
des samedi prochain , qui vous portera la certitude de 
toutes choses. Voyant la peine en laquelle vous estes 
avec ces ambassadeurs, tant pour le faict des pouvoirs 
que la trefve qui s'accordera pour la royne d'Angle- 
terre et pour les estats des Provinces Unies , nous 
avons advisé de faire courir ceste despesche , et escrir 
vous à M. Louvet, s'il ne se présente occasion de faire 
porter diligemment ceste despesche, que plustost il 
vous envoyé l'ung de ses garçons. Excusés, monsieur, 
la négligence de ceste lettre ; la journée nous a lassés. 
Monsieur, accordant le cardinal la trefve à la royne 
d'Angleterre et Provinces, il sera de besoing que le roy 
s'asseure d'eulx qu'aussi de leur costé ils l'observeront;. 
Nous nous recommandons bien , etc. 

Du 14 avril i5q8. 



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CXXIX. — * LETTRE 

De M. le procureur gênerai du parlement de Paris 

au roy. 

Sire, suivant le commandemant qu'il a pieu à vostre 
majesté nous faire sur ce qui s'est passé entre M. Du- 
plcssis, nous avons présenté vos lettres à vostre court 
de parlement, et obteneu commission d'elle pour in- 
former, addressante aulx juges, que vostre majesté a 
trouvé bon. Nous la renvoyons par ce présent porteur, 
vostre valet de chambre, afin qu'elle soit mise entre 
les mains de celui que vostre majesté commandera , 
pour en poursuivre l'exécution, en laquelle et en tous 
vos aultres commandemens nous apporterons tout ce 



LETTRE AU ROY. $2 7 

qui sera de nostre debvoir, avec autant de dévotion 

que nous pryons le Créateur vous conserver, sire, en 

santé très heureuse et longue vie. Vos très humbles, 

très obeissans et très fidèles subjects et serviteurs , 

De La Guesle, Marion. 
Du 20 avril i5g8. 



CXXX. — * LETTRE DE M. DE YILLEROY 

A MM. de Bellievre et de Sillery. 

Messieurs, Louvet nous à faict tenir de Paris ici, 
par homme exprès, vostre despesche du \l\ de ce mois; 
si bien que nous l'avons receue très à propos le 19 au 
soir, avec laquelle j'ai trouvé celle du i3 adressante 
à moi; et d'autant que je vous ai adverti par la nostre 
du \[\ de ce mois, que j'ai aussi faict tenir audict Lou- 
vet, par homme exprès, de la réception de vostre 
précédente du 8 , je ne vous eu ferai redicte. Vous 
sçaurés maintenant que nous comptons les heures du 
retour de La Fontaine, ayant appris par vostre dernière 
que vous esperiés le faire partir samedi dernier, nous 
estant advis qu'il a desjà trop demeuré par les chemins; 
de sorte que nous commençons à avoir opinion qu'il 
sera surveneu quelque difficulté qui aura accroché les 
affaires et retardé sa despesche; de quoi d'ailleurs nous 
disons que vous nous auriés adverti si cela estoit; car 
vous sçavés combien il nous importe que nous soyons 
asseurés du succès de vostre negotiation , devant que 
sa majesté donne congé aulx ambassadeurs de la royne 
d'Angleterre et des estats, lesquels nous ne retenons 
et n'avons reteneu depuis qu'ils ont veu la despesche 
prise de M, le cardinal d'Autriche au roy d'Espaigne , 



)2 8 LETTRE DE M. DE V1LLER0Y 

de laquelle je vous ai donné advis , que par artifice et 
contre leur volonté; de sorte que sans doubte ils nous 
escliapperont dedans ceste sepmaine ; et si, entre ci et 
là, nous n'avons certitude de vostre accord, M. de Bar- 
nevelt acquerra réputation du bon prophète; car il a 
faict tout ce qu'il a peu pour nous faire croire que ces 
messieurs qui traictent avec vous vous tromperont en 
la conclusion de vostre traicté, et en l'exécution et ac- 
complissement d'icelui, comme ceulx qui font profes- 
sion et gloire d'abuser tous ceulx qui traictent avec 
eulx. Toutesfois ils n'auront rien du nostre , combien 
que le profict qu'ils tireroient de nous avoir faict mal 
contenter nos amis, et rompre paille avec eulx, ne se- 
roit de petite importance, comme vous pouvés mieulx 
juger. 

Ores nous touchons à la veille d'estre esclaircis de 
l'ung ou de l'aultre, par où vous pouvés juger avec 
quelle impatience nous attendons vostre courrier; et 
parce que j'espère qu'il arrivera devant que vous rece-f 
vies la présente, je ne vous en dirai dadvantage. 

A présent que l'on parle plus librement de la paix , 
et de l'opinion que chacung a que vostre negotiation 
la nous donnera, chacung aussi qui estime avoir inte- 
rest se recommande et faict instance que l'on asseure 
ce qui le concerne. Je vous envoyé sur cela certains 
mémoires que sa majesté m'a commandé vous faire te^ 
nir et recommander de sa part; l'ung est pour la du- 
chesse d'Arscot , et l'aultre pour madame la princesse 
d'Orange. Vous verres ce qu'ils contiennent; et vous 
prye faire pour iesdictes dames tout ce que vous pour- 
rés. Je n'ai pas dict à ceulx qui parlent pour elles que 
je crains que leurs mémoires vous arrivent trop tard, 
car il n'est pas raisonnable qu'on en sçache tant. 



A MM. DE BELLIEVRE ET DE SILLERY. ^9 
M. de Bouillon demande aussi que par où le traicté 
de l'an f 559 ^ est ^ i * ct ment i° n de ^ a maison de La 
Marck, il soit dict seulement que le roy prend et tient 
en sa protection les sieurs de Sedan, sans spécifier la- 
dicte maison. C'est à la fin dudict traicté , en l'article 
qui faict mention des amis et alliés de la couronne de 
France, où il demande que ce changement soit faict, 
dont sa majesté désire qu'il soit rendeu content si faire 
se peult; estant très mal satisfaict du comte de Maule- 
vrier, pour une nouvelle entreprise qu'il a tentée sur 
le chasteau de Sedan, en laquelle nous avons appris que 
les Espaignols debvoient avoir plus de part que lui, si 
elle feust réussie aussi bien qu'elle a esté faillie ; car 
ceulx de dedans en avoient advis, de façon que ceulx 
qui la faisoient y ont tous esté tués ou pris; il ne s'en 
est saulvé que deux. M. le comte de Maulevrier aussi 
se levé trop tard pour surprendre sa partie; et ne 
croirai jamais que cela arrive que le monde ne ren- 
verse. 

J'ai charge encores de vous recommander la déli- 
vrance sans payer rançon de M. de Crequy, prisonnier 
de M. de Savoye, lequel n'a encores composé de sadicte 
rançon. Le roy affectionne cela pour le respect de ceulx 
qui y ont interest; que M. de Savoye ne doibt désespé- 
rer de son amitié pour avoir bien servi le roy, s'il veult 
gaigner celle de sa majesté , comme il vous plaira re- 
monstrer de bonne sorte et manière à son ambassa- 
deur. 

Je vous envoyé aussi quelques paquets en espaignol, 
qu'Edmond, secrétaire d'Angleterre, m'apporta hier de 
la part de leur ambassadeur. Ils sont escrits par certains 
prisonniers espaignols qui sont en Angleterre, ainsi 
qu'il me dict. Yoyés les, s'il vous plaist, devant que de 



33o LETTRE DE M. DE VILLEROY 

les délivrer aulx ambassadeurs d'Espaigne; car j'ai dict 
audiçt Edmond que je le vous escrirois. 

Je vous envoyé le passeport qui vous a esté demandé 
de la part dudict sieur cardinal d'Autriche, pour en- 
voyer en Espaigne ; de sorte qu'il ne me reste rien à 
vous escrire. L'offre accoustumee de mon service et de 
mes bien humbles recommandations; pryant Dieu, etc. 

Du 11 avril i5g8. 



CXXXI. — * LETTRE DE M. DE VILLEROY 

A M. Duplessis. 

Monsieur, Guichard est arrivé ce matin avec les 
lettrés et la commission que je vous envoyé , dont je 
nai voulleu parler au roy devant que d'avoir vostre 
advis, pour sçavoir à qui il vous semble que nous en 
debvons faire escrire; car il fault que ce soit personne 
qui en ait soing. Ores Guichard m'a rapporté de bouche 
que M. le procureur gênerai lui avoit dict que la lettre 
du roy ne s'expliquoit pas assés, sans en esclaircir dad- 
vantage; de sorte que je comprends encores moins son 
dire. Tant il y a qu'il a encores la commission pour infor- 
mer que je vous envoyé, de laquelle il vous eust esté aussi 
bon qu'il eust iàict lui mesmes l'addresse, et qu'il l'eust 
accompaignee de lettre fort expresse^ comme d'une 
chose que sa majesté a à cœur; car qui s'en chargera 
par deçà? Il seroit mai séant que le roy en sollicitas!; 
l'exécution , ou mandast à quelqu'ung de s'en char- 
ger ; car cela seroit hors des formes ordinaires de la 
justice et du parlement. Vous m'en manderés, s'il vous 
pi ai s t, vostre advis, que je veulx y suivre cîe tout mon 






A. M. DUPLESSTS. 33 1 

pouvoir. Le roy clict qu'il partira mardi pour aller à 
Rennes, où il ne pourra demeurer moins de six jours, 
et trois à aller et deux à revenir; car il laissera ici ces 
daines, de sorte qu'il sera obligé de repasser à Angers. 
Les affaires sont quasi encores aussi incertains de toute 
part qu'ils estoient à nostre partement. Jeudi dernier, 
nos Anglois s'en sont allés, qui n'ont diminué nos in- 
certitudes, dont je vous asseure que je crois l'esprit en 
repos. , 

De Nantes, le a5 avril 1598. 



CXXXIL — * LETTRE 

De MM. de Bellievre et de Slllerj au roj. 

Sire, considerans avec combien de raison et d'affec- 
tion vostre majesté nous ordonne, par sa despescbe du 
9 de ce mois, de faire derechef toute l'instance qui nous 
est possible envers les ambassadeurs d'Espaigne, afin 
que, se resolvant ce traicté de paix, le cardinal archi- 
duc accorde en faveur et considération de vostre ma- 
jesté , à vos confédérés la royne d'Angleterre et Pro- 
vinces Unies, une trefve de quattre ou trois mois pour 
le moins, durant lequel temps vosdicts confédérés pour- 
ront à loisir se resouldre s'il leur est plus expédient 
d'entendre à la paix ou de continuer la guerre. Sire, 
bien que nous eussions ci devant avec beaucoup de 
contention desbatteu ce poinct avec lesdiets ambassa- 
deurs, sans les avoir peu fléchir de consentir à ceste 
demande, si est ce que voyant ce dernier et si exprès 
commandement de vostre majesté, nous nous sommes 
resoleus d'v faire encores le dernier effort. Vovans les 



332 LETTRE 

trois ambassadeurs qui sont ici , que, nous estant accordé 
cepoinct, nous accordions de signer le traicté, ils nous 
ont dict que ce que nous leur demandons est, de telle 
conséquence, et si contraire à la resolution que ledict 
sieur cardinal a prise en cest affaire , qu'il n'est en 
leur pouvoir de nous accorder ladicte trefve sans son 
sceu et commandement; ce neantmoins nous decla- 
roient qu'eulx trois estoient d'opinion que ladicte trefve - 
debvoit estre accordée selon la demande de vostre ma- 
jesté , et qu'ils avoient bonne espérance que ledict sieur 
cardinal s'y accommoderoit; et pour la craincte qu'ils 
avoient qu'à la response qui se resouldroit sur leurs 
lettres, au conseil dudict cardinal, il n'y eust de la con- 
trariété, adviserent, pour faciliter l'affaire, que le pré- 
sident Richardot se transporterait à Bruxelles par de- 
vers ledict cardinal , où il s'achemina mercredi 1 5 de 
ce mois, d'où il est retourné samedi dernier. Il feit en- 
tendre par le père gênerai, à M. le légat, la response 
qu'il remportoit, qui est que ledict sieur cardinal est 
du tout resoleu à la paix, veult qu'ils signent les arti- 
cles ainsi qu'ils ont esté resoleus entre nous; et, pour 
le regard de ladicte trefve, que ledict sieur Richardot 
a rapporté qu'il s'est trouvé au conseil dudict cardinal 
une merveilleuse contrariété, tellement que, quelque 
chose qu'il ait sceu dire , l'opinion contraire l'auroit 
emporté ; se fondans qu'oultre la perte du temps et 
consommation de leurs moyens, il alloit trop avant de 
l'honneur du roy catholique d'offrir la trefve aulx Hol- 
landois, qui ne la demandoient pas, et avoient dict de 
nouveau que, du vivant dudict roy, ils ne feroient'ni 
paix ni trefve ; et qu'il estoit sans doubte que vostre 
majesté, qui estoit satisfaicte en toutes ses aultres de- 
mandes , qui sont de si grande importance , ne rom- 



AU ROY. 333 

proit pas pour si peu de chose , ayant plus que satis- 
faict à tout ce qu'en telles choses elle peult estre obli- 
gée à ses confédérés; les ayant depuis ung an exhor- 
tés d'entrer en la paix , obteneu qu'ils y seront amia- 
blement receus; que le roy d'Espaigne a envoyé tous 
les pouvoirs pour traicter avec la royne d'Angleterre et 
Hollandois; que vostre majesté a désiré, et de plus qu'il 
est accordé par les articles que nous avons resoleus , 
que si dans six mois ils y veullent estre compris, ils y 
seront receus. Tellement, sire , que ledict sieur Richar- 
dot a esté ici renvoyé avec ceste response : Que vostre 
majesté ne romproît poinct pour cela. Il s'est trouvé en 
ce conseil beaucoup d'Espaignols, qui sont marris du 
desmeinbrement des Pays Bas d'avec l'Espaigne; entre 
aultres il y a don Diego dlbara , qui n'est pas ung meil- 
leur François à Bruxelles qu'il s'est monstre ci devant 
estant dans vostre ville de Paris. C'est la façon de ceulx 
qui veullent rompre ung bon affaire de dire à leur 
maistre, et tascher de le persuader, qu'une chose s'ac^ 
cordera aiseement, bien qu'ils ne doubtent poinct qu'il 
soit impossible de l'obtenir. Sire, M. le légat ayant eu 
cest advis , il nous manda de l'aller trouver; nous feit 
le récit de ce que dessus, et nous demanda conseil, et 
quel estoit nostre advis en cest affaire. Nous dismes que 
nous ne pouvions avoir aultre advis que d'advertir 
vostre majesté de la response qu'auroit rapportée ledict 
sieur Richardot ; que nous avions commandement ex- 
près de lui renvoyer en toute diligence le courrier qui 
nous a apporté sa despesche; ce que nous avions dif- 
féré de faire, esperans en chose si raisonnable que Ion 
nous feroit une meilleure response; mais puisque nous 
nous trouvions frustrés de nostre opinion, contre l'es- 
pérance et presque certitude que nous avoient baillée 



534 LETTRE 

les ambassadeurs d'Espaigne, que cest affaire passeroit 
selon nostre désir; nous ne pouvions, ne debvions re- 
tarder plus longuement d'advertir vostre majesté de ce 
à quoi s'estoit resoleu le cardinal d'Autriche, afin 
qu'estans encores auprès d'elle les ambassadeurs d'An- 
gleterre et des Provinces Unies, elle prist la resolution 
sur ceste response telle que Dieu lui conseilleroit pour 
le bien de ses affaires. Voyant M. le légat ce que nous 
lui avions respondeu, il manda ledict père gênerai, au- 
quel nous fismes vifvement entendre la justice des de- 
mandes de vostre majesté, et lui dismes avec douleur 
la juste occasion qu'elle auroit de se plaindre de ce re- 
fus, qui ne se pouvoit fonder en raison qui feust va-* 
lable. Le pryasmes de faire entendre le tout aulxdicts 
ambassadeurs d'Espaigne, que nous requérions très jus- 
tement de nous faire entendre la resolution dudict car- 
dinal, dont nous délibérions sans plus différer advertir 
des le soir mesmes vostre majesté, par le courrier qui 
nous a apporté sa despesche. Ledict gênerai alla trou- 
ver lesdicts ambassadeurs , et nous feit les excuses de 
M. Richardot, qui est vieil, et estoit las d'avoir coureu 
la poste, et se trouvoit en peine de nous faire ceste 
response, nous pryans, attendeu qu'il estoit nuict, de 
voulloir avoir patience jusques au lendemain matin 
qu'ils nous verroient en nos maisons, et nous feroient 
entendre comme toutes choses ont passé; à quoi nous 
nous accommodasmes , ne pouvans faire aultre chose. 
Le lendemain, 19 de ce mois, estans ensemble, ledict 
sieur Richardot nous feit ung long récit de la ferme 
resolution dudict sieur cardinal à la conclusion de ce 
traicté, et observation de tout ce qui aura este promis, 
des raisons qui le mouvoient de supplier vostre majesté 
de l'excuser s'il ne s'accommodoit à ceste trefve; à quoi, 



AU ROY. 335 

sire, nous respondismes tellement que , par ce que nous 
en pouvions juger, ils feurent contraincts de céder à nos 
raisons. M. Taxis prit la parole, et dict qu'es difficultés 
adveneues sur les despesches de vostre majesté, on au- 
roit mis en avant de proposer au'tres moyens plustost que 
de rompre l'affaire; qu'il en falloit faire de mesme en 
celle qui se présente ; et, après avoir essayé si nous nous 
pouvions relaseher en quelque chose, et veu que nous 
demeurions fermes, il a proposé si nous aurions agréa- 
ble que le père gênerai retournast par devers M. le car- 
dinal d'Autriche, pour lui faire entendre que n'estions 
resoleus de signer le traicté s'il ne s'accommodoit en 
quelque sorte au désir de vostre majesté touchant ceste 
trefve; et que, de leur part, ils en escriroient de si bonne 
encre qu'ils destromperoient ceulx qui veullent persua- 
der audict cardinal que vostre majesté ne rompra poinct 
pour cela. Sire, jugeans que ces ambassadeurs procè- 
dent de bonne foi en cest affaire, nous n'avons pas es^ 
timé de debvoir rejetîer ceste ouverture; y adjoustans 
ceste condition, que Ton use de diligence à nous faire 
response, ils ont dict que nous la pourrions avoir dans 
quattre jours; nous pryans instamment de restreindre 
le terme de trois mois que nous demandons, à deux, 
afin que, nous rendans nos places, ils voyent aussi que 
les Hollandois ne se prevallent poinct du secours de 
vostre majesté; ne nous vouîlans celer qu'il leur vient 
de mauvais advis du costé de la Hollande; qu'ils sont 
asseurés du secours de vostre majesté, sitost qu'elle aura 
recouvert ses places; ce que les Espaignols font fort 
sonner aulx oreilles dudiet cardinal, qui est nouveau 
en ce maniement d'affaires, et crainct les rapports qui 
en peuvent estre faicts au roy catholique son oncle. A 
ce, sire, nous avons respondeu comme nous debvons; 



436 LETTRE 

et, comme nous en estimons, ils en sont demeurés sa- 
tisfaicts; et, pourresponseà ce qu'ils nous ont demandé 
de restreindre le terme de la trefve à deux mois, nous 
avons respondeu ne le pouvoir faire; mais, pour mons- 
trer audict sieur cardinal que, de la part de vostre ma- 
jesté, on cherche de lui donner tout le contentement pos- 
sible, on accordera qu'il ne se parle de trefve, puisqu'ils 
estiment que c'est chose qui prejudicie à l'honneur du 
roy catholique ; mais que l'on se contentera qu'il soit 
dict que , de trois mois , ils ne feront siège ni entreprise 
sur les places que tiennent ceulx des Provinces Unies; 
et vostre majesté moyennera que ceulx desdictes pro- 
vinces lui feront la mesme promesse. Comme lesdicts 
ambassadeurs sortoient d'avec nous, ledict père gêne- 
rai nous est veneu voir pour conférer de cest affaire. Il 
est resoleu, suivant ceste ouverture, de faire le voyage 
de Bruxelles, où il ira en diligence, avec promesse de 
nous advertir promptement de la response du cardinal 
par courrier exprès. Il se monstre homme d'entende- 
ment et de valeur , et est parti d'ici bien resoleu de 
n'obmettre rien de tout ce qui se peult pour advancer 
cest affaire. Il porte une bien longue lettre de M. le lé- 
gat audict cardinal, qui le prye très instamment, au 
nom du pape, de se monstrer facile à contenter vostre 
majesté , suivant ce qui lui en sera représenté par le- 
dict père gênerai, duquel nous nous sommes diligem- 
ment enquis de la cause qui pouvoit mouvoir ledict 
cardinal à se rendre si entier à refuser ceste trefve. Il 
nous a dict que ce propos a esté souvent traicté entre 
nous; ce qu'il en a peu descouvrir dudict sieur Richar- 
dot, oultre la perte du temps et de l'argent qui se faict 
cependant, et ce qui a esté dict de l'honneur, est que 
Jes t Hollandois leur ont faict faire de très mauvais rap- 



AU ROY. 337 

ports; qu'ils sont asseures du secours de vostre majesté 
aussitost qu'elle aura recouvert ses places; que, pour 
son regard , il a vostre majesté en toute opinion de 
preudhomme et de prince très généreux et très véri- 
table, et qu'ainsi il se soubtiendra devant le conseil du- 
dict cardinal et partout ailleurs. Nous lui avons dict 
que l'on peult prendre certain tesmoignage et preuve 
de la sincérité de vostre majesté par toutes ses actions 
passées; et en l'affaire qui se présente, si elle eust eu 
la moindre volonté de contrevenir à sa promesse, elle 
ne se feust pas rendeue si difficile à entrer en ce traicté, 
et en resouldre les articles comme elle a faict: qui eust 
voulleu tromper, on eust tout accordé pour haster la 
conclusion du traicté et restitution des places qu'ils ont; 
et voyent de quel pied vostre majesté et ses ministres 
y ont marché jusques à présent; que si malicieusement 
on semé quelques bruicts pour mettre le cardinal en 
souspçon, il sera, à nostre advis, si prudent, qu'il 
considérera que ce sont ennemis ; que cela vient 
de ceulx qui craignent de se perdre, et sont comme 
l'homme qui est en danger de se noyer. Il n'y a rien 
qu'il n'essaye avec despens de qui que ce soit pour se 
saulver. Sire, ledict père gênerai a esté contrainct de 
faire plus long séjour en son voyage que nous n'espé- 
rions; ce qui nous faict craindre que vostre majesté 
n'ait trouvé mauvais d'avoir esté si long temps sans nos 
lettres; nous craignions d'ailleurs de tomber en une 
plus grande faulte , lui escrivant seulement l'incertitude 
de ceste negotiation; et M. le légat et nous avons souf- 
fert une douleur extresme de ceste longueur, qui nous 
mettoit en doubte de l'événement. Ledict père gênerai 
nous a enfin rapporté la resolution dudiet cardinal, qui 
est qu'en faveur et contemplation de vostre majesté, il 

MÉM. DE DïTPLESSIS-MoRNAY. ToME YIH. I e ! 



338 LETTRE 

accorde à la royne d'Angleterre et Provinces Unies ces- 
sation d'entreprises sur leurs places, et actes d'hosti- 
lité, pour deux mois, à compter du jour que le traicté 
de paix sera par nous signé. A quoi il n'entend estre 
obligé auparavant quil sçache s'ils ont accepté son 
offre , ou que vostre majesté lui déclare de l'accepter 
pour eulx. Nous avons longuement desbatteu pour avoir 
le troisiesme mois, mais il nous a esté du tout impos- 
sible. Si les ambassadeurs de Hollande sont encores en 
vostre court, et aussi celui d'Angleterre, ou qu'ils ayent 
donné la parole a vostre majesté de faire pour eulx ceste 
promesse, sera le bon plaisir de vostre majesté de nous 
renvoyer incontinent ce courrier, à ce que nous en 
advertissions ces députés, qui le pourront faire sçavoir 
audict cardinal dans ung jour. Nous espérons que ce 
traicté de paix pourra estre signé et remis entre les 
mains dudict sieur légat le premier jour du mois pro- 
chain; et partant, que vosdicts confédérés, s'ils approu- 
vent ceste cessation d'armes, en pourront jouir les mois 
de mai et de juin prochains. 

A dadvantage ledict cardinal ne s'est voulleu ac- 
corder sur ce qu'il dict estre si informé de la mauvaise 
volonté des Hollandois , que s'il avoit accordé trefve 
ou cessation d'armes, qui durast après la restitution 
des places, ils ne fauldroient pas de trouver quelque 
invention pour faire croire à vostre majesté que c'est 
lui qui leur a rompeu la trefve , qu'il désire vostre 
bonne grâce, et en fera tant de preuves qu'elle en de- 
meurera asseuree, et qu'il la prye de prendre en bonne 
part ce qu'il a peu accorder touchant ceste cessation 
d'armes, ce qu'il a faict seulement pour le respect 
qu'il veult porter à vostre majesté. Nous louons Dieu , 
sire, d'avoir peu en ceste occasion satisfaire au juste 



AU ROY. 339 

désir de vostre majesté, qui a obteneu pour la royne 
d Angleterre que le roy catholique s'est resoleu de 
traicter avec elle, estant expresseement conteneu au 
pouvoir qu'il a signé de sa main pour traicter avec 
ladicte dame, qu'il a resoleu ledict pouvoir sur ce que 
le roy de France a déclaré de ne voulloir entrer en 
aulcung traicté , sans que ladicte royne y soit com- 
prise ; aussi à nostre remonstrance le pouvoir pour 
traicter avec les Provinces Unies a esté envoyé plus 
ample que celui que ces députés avoient ici apporté. 

Nous avons aussi obteneu que ladicte royne d'An- 
gleterre et estats seront compris au traicté , si dans 
six mois ils demandent y estre receus. 

Vostre majesté leur a de plus moyenne ladicte ces- 
sation d'armes pour deux mois , qui se pourra pro- 
longer, si le cardinal cognoistra que c'est à bon es- 
cient que ces gens veullent traicter. Par cela vos 
confédérés ressentent les fruicts de la bonté de vostre 
majesté, qui eust peu ravoir toutes ses places six mois 
y a, sans qu'elle a voulleu respecter leur amitié et 
pourvoir à leurs commodités, quelque hazard et dom- 
mage qui en peust advenir a ses affaires. Sire, nous 
avons en toutes choses mesnagé mieulx qu'il nous a 
esté possible le pouvoir qui nous a esté donné; et, 
grâces à Dieu , encores qu'il nous feust permis de 
signer le traicté , encores que la trefve nous feust re- 
fusée, nous avons tellement desbatteu ce faict que 
vostre majesté demeure en cela servie comme elle nous 
a commandé. Dieu , s'il lui plaist , nous fera la grâce 
qu'elle agréera nostre humble service que nous conti- 
nuerons avec toute fidélité, tant qu'il nous laissera en vie. 

Nous ferons response à ce qu'il plaist à vostre ma, 
jesté de nous escrire touchant le sieur Cécile. Sire, 



34o LETTRE 

nous n'attendons pas que sa veneue en ce lieu ap- 
porte aulcung bien à vos affaires; mais puisque vostre 
majesté l'a convié d'y venir pour nostre advis le meil- 
leur est qu'il en fasse comme bon lui semblera, et 
plustost on lui doibt monstrer que l'on désire qu'il 
vienne qu'aultrement; et s'il s'y resouldra, et qu'en 
soyons ad vertis, nous pryerons les ambassadeurs de 
l'attendre, ce que desjà ils nous ont promis de faire. 
Quant à M. le légat, il ne faict pas estât de le voir, 
et de ce que nous pouvons juger, on n'est pas pour 
leur parler de remuer anlcune chose en Angleterre au 
faict de la relligion. Ce sera à nous à penser qu'il ne 
puisse faire le mal qu'il vouldroit ; estant le traicté 
signé, comme nous espérons qu'il sera dans quattre 
jours , sa journée ne monstrera pas beaucoup. Nous 
avons pryé cculx avec lesquels nous negotions de tenir 
le traicté secret; si par faulte d'aultrui il en advient 
aultrement, les excuses ne nous deffauldront pas d'avoir 
si longuement attendeu les députés de vos confédérés; 
parlerons de l'indisposition et du mescontentement de 
M. le légat d'avoir esté ici teneu sans rien faire si 
long temps, dont il dict que procède en grande partie 
son indisposition ; que les prélats qui l'assistent lui 
ont reproché que nous l'avions ici arresté par trop 
de temps contre la dignité du pape, que nous les avons 
attendeus pour traicter des le mois de janvier, et avons 
faict pour eu!x ce qui se pouvoit en leur absence; 
ledict sieur légat, estant ce traicté signé, se resoult 
d'aller en la ville de Rheims, ayant à la vérité beau- 
coup souffert en ce long séjour de Vervins, il ne sera 
esloingné de nous, et arrestera , pour le bien de vostre 
service, jusques à ce que l'exécution de la restitution 
des places soit achevée ou bien advancee. 






AU ROY. 3/n 

Nous sommes obligés de dire à vostre majesté qu'il 
s'est fort franchement employé en cest affaire, et deb- 
vons rendre le mesme tesmoignage audict père gê- 
nerai, jugeant M. le légat que vostre majesté fera 
chose digne de sa bonté, si elle escrira au pape le 
contentement qu'elle a du grand debvoir qu'a faict 
ledict père gênerai à advancer ceste paix; à quoi, avec 
la bonne permission de vostre majesté, nous adjous- 
terons que s'il lui plaira de favoriser de sa recomman- 
dation, à ce que sa saincteté le veuille honorer de la 
dignité de cardinal, comme nous avons enlendeu estre 
son intention , elle acquerra beaucoup d'obligation sur 
ledict père gênerai, qui est homme de valeur, et qui 
a bien mérité de vostre service. 

Sire, nous n'estimons pas que ce soit vostre service 
de changer ce lieu de Vervins pour mettre ceste con- 
férence en ung aultre lieu près de Calais; il ne seroit 
pas aisé de remuer M. le légat , et il peult beaucoup ser- 
vir à favoriser l'exécution de la restitution desdictes 
places. 

Le traicté lui doibt estre remis dans quattre jours, 
signé de tous les ambassadeurs qui sont ici, de France, 
Espaigne et Savoye. Il a esté ad visé, pour plus de 
seureté, que des maintenant il sera dressé et remis 
audict sieur légat en la forme qu'il doibt estre ratifié 
par nos maislres , et partant la paix est teneue pour 
faicte et concleue des le jour que le traicté sera signé ; 
mais d'autant que c'est chose qui sera teneue secrette 
d'ici à ung mois, que les ratifications seront baillées, 
a esté advisé qu'il se pourra escrire aulx gens de 
guerre qui sont sur la frontière, que, pour aulcunes 
bonnes occasions, ils ne fassent courses sur l'ennemi de 
quinze jours, ni entreprises sur leurs places, renou- 



342 LETTRE 

vellant ceste deffense pour aultres quinze jours, qu*on 
sera au mois que la ratification doibt estre baillée et 
la paix publiée, mesmement que vostre majesté sera 
saisie des ostages , et ne seroit possible de tenir l'affaire 
secret; nous en advertirons M. le connestable, qui en 
advertira les gouverneurs , et aultres qui ont les places 
et la campaigne. 

Il plaira aussi à vostre majesté d'en faire donner 
ad vis à M. de Lesdiguieres , d'autant que nous avons, 
par mesrae moyen , resoleu le traicté de paix «avec le 
député de M. de Savoye, ne le pouvant faire lung 
sans l'aultre; et qu'estant ledict sieur de Lesdiguieres 
asseuré du costé de M. de Savoye, qu'il n'entreprendra 
rien sur toutes les places où il commande pour le ser- 
vice de vostre majesté, et qu'il ne fera aulcung acte 
d'hostilité; qu'il en sera de mesrae à l'endroict dudict 
sieur duc , dans ung mois qu'il aura faict observer 
ceste cessation d'armes, sa majesté lui commandera 
son bon plaisir sur la publication de la paix. Il est 
aussi requis que les gouverneurs de Provence, de 
Lyon, qui en advertira celui de Dombes et de la pro- 
vince de Bourgoigne, en soient advertis. 

Apres que le traicté aura esté signé, nous en don- 
nerons advis , et en advertirons aussitost et tout in- 
continent vostre majesté, et en toute diligence, et 
mesme de ce que nous aurons peu negotier sur quel- 
ques aultres poincts de toutes vosdictes lettres. 

Nous pryons Dieu, sire, de faire la grâce à vostre 
majesté qu'elle jouisse et possède longuement et heu- 
reusement de ceste bonne et honorable paix et accord , 

et qu'il vous donne, sire, etc. 

Du 26 avril 1698. 



A M. DE VILLEROY. 343 



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CXXXIII. — * LETTRE 

De MM. de Bellievre et de Slllerj a M. de Vdleroy. 

Monsieur, vous nous accusés de ne vous escrire 
assés souvent; les despesches que vous avés receues , 
après vos lettres escrites , ont peu respondre pour nous. 
Maintenant nous vous confessons que nous vous en avons 
donné beaucoup d'occasion , estant ici de retour La 
Fontaine, d'autant que nous demeurions en incerti- 
tude si la trefve vous seroit accordée ou non, nous 
ne feusmes pas d'advis de le vous renvoyer, sans vous 
donner asseurance de ladicte trefve, sans laquelle il 
ne nous estoit permis de signer les articles, ou du 
refus qui nous en auroit esté faict, voullant le roy 
fonder sur cela la resolution qu'il prendroit en ses af- 
faires. Les trois ambassadeurs d'Espaigne , qui sont ici , 
nous en donnèrent si bonne espérance que nous te- 
nions , comme faisoit aussi M. le légat et le père gê- 
nerai, la chose comme faicte ; et à l'instant, le if\ de 
ce mois, nous feismes une despesche qui feut mise sur 
les postes, et escrivismes à M. Louvet de la vous faire 
tenir par ung de ses garçons, ce qu'il nous escrit 
avoir faict. 

Au retour de M. le président Richardot, nous nous 
sommes trouvés en une merveilleuse confusion , crai- 
gnans que cest affaire ne feust du tout renversé. Nous 
avons remué le ciel et la terre pour la remettre, de 
vous escrire le mal sans le remède ou le faict ou failli ; 
nous craignons de mettre le roy en une grande peine, 
et faire plus de mal mettant vos esprits en ceste in- 



344 LETTRE 

certitude, que si nous vous laissions sans nos lettres 
trois ou quattre jours dadvantage, et de ce nous en 
avons esté tellement pryés par M. le légat, que s'il en 
feust adveneu du mal, il le nous eust imputé. 

Monsieur, avec beaucoup de regret, nous avons 
faict ceste faulte, mais çà esté pour en éviter une plus 
grande. Par la despesche du roy, vous verres comme 
le tout est passé. 

Nous vous pryons de nous renvoyer au plus tost 
le courrier avec la response du roy, sur l'acceptation 
de la trefve pour la royne d'Angleterre et Hollandois, 
d'autant que jusques alors le cardinal n'entend d eslre 
obligé ; ils nous ont dict que ceulx des Provinces Unies 
arment fort à Nimegues pour faire entreprise, que 
le cardinal est bien délibéré de les recevoir. Dieu nous 
doint à tous la paix, et de faire nostre profict de tant 
de grâces que nous recevons de sa bonté; il est impos- 
sible à dire les ruses dont usent les Hollandois pour 
faire rompre ce traicté , faisant courir par Bruxelles 
de bien mauvaises lettres à nostre desadvantage. Il se- 
roit à propos quand quelqu'ung, abusant de la liberté 
françoise, parle au roy de ces affaires, qu'il receust une 
response qui servist à faire perdre les souspçons où 
l'on met le cardinal. 

Si en ce grand affaire nous obmettons ung seul 

poinct de la prudence, nous nous mettons en danger 

évident de perdre ce que nous tenons à la main. Nous 

nous recommandons bien , etc. 

Du 26 avril 1698 



A M. DE VILLEROY. 3Zj5 

CXXX1V. — * LETTRE DE M. DE BELLIEVRE 
A M. de Villeroy. 

Monsfeur, je vous fais ceste lettre à part, touchant 
ce que vous escrivés à M. de Sillery, et à moi, du 
voyage de M. de Sancy en ces quartiers. 

Quant à l'occasion du voyage elle est cessée, comme 
vous voyés, par la despesche que nous faisions au roy , 
vous asseurant que je suis bien marry que plus tost il 
n'en a esté parlé. J'ai toute occasion d'aimer et hono- 
rer M. de Sancy , et de désirer sa bonne compaignie. 
Je désire en cela tout ce qu'il désirera , et vous responds 
que M. de Sillery a la mesme volonté. En cest esloingne- 
ment de la court que nous peult il mieulx arriver et 
advenir que de vivre avec ung personnage de valeur 
que nous aimons et sommes obligés d'aimer? Nous 
laissons donc ce jugement à ce que vous deux trouvè- 
res le meilleur. Il sera question d'envoyer par devers 
le cardinal et en Espaigne , pour recevoir le serment; 
en l'aultre paix de l'an i55(), le cardinal de Lorraine, 
MM. le mareschal de Sainct André et de Morvilliers 
feurent députés pour recevoir le serment de ce roy 
catholique. M. de Sancy en peult estre l'ung. Consi- 
dérés si c'est chose où il veuille servir. 

Il y a ung aultre faict qui nous met en peine; vous 
sçavés que M. le connestable faisoit estât d'estre em- 
ployé en ce traicté; M. le mareschal de Biron s'est 
déclaré à quelqu'ung de mes amis, que le roy lui à 
dict qu'il l'y voulloit employer. Vous jugés assés que 
M. de Sillery et moi nous avons deu désirer que ces 
grands personnages soyent nommés au traicté, comme 



346 LETTRE DE M. DE BELLIEVRE 

a esté faict en celui de Tan 1 559; ma * s ^ a natur e de 
la chose n'a permis qu'ils se soyent trouvés en ceste 
negotiation; car ils faisoient trop de lustre pour laisser 
croire aulx Anglois et Hollandois que l'on ne faisoit ici 
qu'esbaucher la matière, et vous dis en vérité que, 
selon mon petit jugement qui eust manié ce traicté 
aultrement qu'a esté faict, suivant les bons advis qui 
ont esté pris pour le roy, qu'il y avoit danger trop 
évident, ou que l'on ne feist rien du tout, qui estoit 
le but des Anglois et Hollandois , ou que tout le fruict 
de ce traicté feust tombé en l'escuelle de la royne d'An- 
gleterre; ce qu'encores elle espère obtenir par l'élo- 
quence du fils de son grand lliresorier. Pour vous en 
dire l'opinion de M. le légat, il n'estoit pas d'advis 
que l'on envoyast ici des grands du royaulme, non pas 
pour ce qu'il n'aye opinion que M. le connestable ne 
désire la paix , mais disoit le cardinal Albert en voul- 
dra aussi envoyer, et peult estre seront ils d'une 
humeur si difficile qu'au lieu d'accommoder les af- 
faires ils les gasteront, et y auroit peult estre telle 
jalousie pour les précédentes que la feste se gasteroit. 
Nous ne le voulleusmes pas escrire; car il eust peu 
sembler que nous n'eussions pas voulleu voir ici M. le 
connestable, duquel je puis dire qu'estant à Lyon t lui 
parlant du service du roy, il m'a tousjours faict plus 
d'honneur que je ne puis mériter ; à quoi qu'il plaise 
au roy de se resouldre en cest affaire , nous tiendrons 
la main à ce qu'il soit trouvé bon par les aultres, et 
n'en advienne reculement au service de sa majesté ; 
jugés seulement de ce qui est le plus expédient; et 
pour vous dire à quoi j'en suis, je vouldrois desplaire 
à personne, mesmes à ceulx que j'honore et doibs ho- 
norer; jugés, estant resoleu et signer ce traicté par 



A M. DE VILLEROY. 34y 

aultres, comme on mettrait leurs noms. Vous estes si 
bon médecin que vous trouvères remède à ceste maladie. 

M. de Montpensier estime que, traictant avec M. de 
Savoye , nous pourrons aiseement obtenir qu'il lui laisse 
Chastillon et quelques aultres places qu'il a occupées 
sur lui en la Bresse, et ce pour le recompenser et satis- 
faire de grandes ruynes que les armées dudict duc ont 
faictes en son pays, de bombes durant ces dernières 
guerres. Son conseil est d'advis que c'est chose qui 
s'obtiendra facilement en faveur du roy ; ce que je crois, 
pourveu que le roy le veuille acheter aulx despens de 
son marquisat de Saluées. 

M. le mareschal de Balagny nous demande advis de 
ce qu'il doibt pryer le roy de nous commander de faire 
instance. Il désire avoir quelque recompense pour la 
perte qu'il a faicte de Gambray. Je le désire aussi; 
mais en cela je suis despourveu de conseil; aultre res- 
ponse ne lui ai je peu faire. Je vous envoyé la lettre 
qu'il m'en a escrite, je lui désire tout bien; mais, s'il 
n'aura aultre bien que celui que les Espaignols lui 
veullent faire, il ne fault pas que sur ceste espérance il 
liaulse son train. 

Les princes d'Espinoy nous ont faict escrire par 
M. le connestable , etc. 

Le comte Amoral d'Egmont nous faict aussi parler 
pour estre remis en ses biens ; c'est chose que nous 
désirerions pouvoir faire; il se fault resouldre par ce 
qui se peult. Attendant le retour du père gênerai , j'avois 
commencé la lettre; depuis son retour nous avons pris 
resolution de finir et de concleure l'affaire tout d'ung 
coup , comme vous verres par la lettre que nous en 
escrjvons au roy. Je vous baise , etc. 

Du 26 avril 1598. 



348 LETTRE DE M. DE VILLEROY 

CXXXV. — * LETTRE DE M. DE VILLEROY 

A MM. de Bellievre et de Sillerj. 

Messieurs, le 19 de ce mois nous receusmes, par 
ung des gens de Louvet, vos lettres du i/J, aulxquelles 
je feis response le 11 par la mesme voye. Depuis nous 
avons tousjours attendeu La Fontaine, lequel vous 
nous promettiés faire partir des le samedi d'après 18 
mai. Il ne comparoist poinct encores, dont je suis en 
peine; car je crains qu'il soit surveneu chose qui ac- 
croche la résolution de vostre traieté. Toutesfois je 
veulx croire que si cela esloit, que vous n'auriés plainet 
vostre peine ni celle d'ung courrier pour nous en 
donner advis, cognoissant, et vous ayant aussi escrit , 
combien l'incertitude de ce faict nous importe. Il est 
vrai que si vous nous y laissés plus long temps, ce ne 
sera sans donner subject au roy de s'en plaindre, et 
augmenter nostre soulci ; car nous avons esté con- 
traincts de despescher et licentier les ambassadeurs 
d'Angleterre et de Hollande, parce qu'ils ont voulleu 
s'en retourner, et n'a esté possible de les retenir dad- 
vantage; les ungs et les aultres s'en sont allés très mal 
contens : ceulx là, parce qu'ils voulloient nous obliger 
à ne resouldre et conclure nostre accord sans eulx, 
sans aultrement nous asseurer de leurs volontés, ni du 
temps qu'ils feroient trouver leurs députés en l'assem- 
blée pour traicter ; et les aultres , parce qu'ils s'atten- 
doient de nous porter à la guerre, et nous leur avons 
faict cognoistre que nous les voullions porter à la paix 
avec nous; et , comme ils nous ont dict qu'ils n'avoient 



A MM. DE BELLTEVRE ET DE SILLERY. 3^9 

pas pouvoir de ce faire , sa majesté a pris résolution 
de renvoyer devers leurs supérieurs le sieur de Bu- 
zenval , pour les y persuader, si faire se peult, suivant 
ce que nous vous avons escrit par nostre despesche 
du c) de ce mois. Les choses estant en tels termes, je 
vous laisse à penser où nous nous trouverions , si à 
présent on rompoit par delà avec vous, et quelle peine 
nous aurions de regaigner avec les ungs et les aultres 
nostre première créance; car, bien que nos intérêts en 
la poursuite de la guerre nous rejoignent, ce ne pour- 
roit estre toutesfois avec telle confiance et assenrance 
que devant, qui est le seul mal que nous avons tous- 
jours crainct debvoir advenir de vostre negotiation et 
des bruicts de paix qui ont esté publiés. Ores, soit 
que nous debvions boire ce calice ou non, je vous dis, 
comme je vous ai jà escrit, qu'il nous importe fort 
d'en estre esclaircis , et mis hors de doubte bientost 
pour donner ordre en nos affaires en une sorte ou 
aultre. 

Le roy doibt partir demain pour aller à Rennes. Il 
demeurera en ce voyage douze ou quinze jours, et re- 
viendra après ici pour prendre les dames, et nous 
acheminer du costé de Paris. Cependant nous ferons 
partir, des jeudi prochain, des environs de Rennes, 
sept ou huict mille hommes de pied , accompaignés de 
cavallerie, pour retourner en Picardie, par la Nor- 
mandie, qui est le plus court et droict chemin; mais 
lesdictes gens de guerre ne pourront arriver au plus 
tost qu'à la fin de mai. Ce sera le temps aussi que sa 
majesté pourra arriver à Paris, ou je vouldrois avoir 
payé chose qui me feist faulte , et qu'elle feust desjà 
arrivée, tant j'estime sa présence et son approchement 
par delà nécessaire. 



35o LETTRE DE M. DE VILLEROY 

Quand ces ambassadeurs d'Angleterre arrivèrent , 
ils ne nous partaient que d'attendre l'arrivée du pou- 
voir que l'on avoit envoyé quérir en Espaigne , pour 
envoyer en rassemblée et traicter , nous parlant de la 
continuation de la guerre en termes qui nous fai- 
soient croire qu'ils n'avoient aulcune envie de s'y en- 
gager plus avant; mais, quand ils ont sceu que ledict 
pouvoir estoit arrivé, et qu'il a esté question de se 
resouldre , ils nous ont déclaré que le pouvoir que leur 
souveraine leur avoit donné de traicter estoit restrainct 
au consentement de ceulx des estats des Provinces 
Unies, de sorte qu'ils ne pouvoient rien faire sans 
eulx ; et , voyant qu'ils n'avoient charge de s'engager 
en ceste négociation, ils estoient d'advis de continuer 
la guerre, pour laquelle ils offroient d'envoyer au roy 
six mille hommes payés , mesme pour reprendre Ca- 
lais; à quoi, si nous ne voullions entendre, ils ont dict 
qu'il falloit donc qu'ils retournassent en Angleterre 
pour faire lever ladicte restriction, pour pouvoir en- 
trer en traicté sans lesdicts estats , et sont partis sur 
cela le 2 5 de ce mois , ayant pris leur chemin par Caen. 
Ils ont faict ce qu'ils ont peu pour tirer parole du roy 
de n'arrester cependant ses conditions devant leur re- 
tour d'Angleterre , qu'ils ont dict debvoir estre dedans 
ung mois ou dix jours après; mais sadicte majesté n'a 
voulleu leur donner ceste parole là, oui bien d'entre- 
tenir les choses en estât, que, s'y présentant dedans 
ce temps là, ils trouveroient encores la porte ouverte 
pour y entrer et y estre receus. Sur cela , ils m'ont faict 
bailler, par escrit , les articles qu'ils prétendent pro- 
poser s'ils traictent, lesquels ils m'ont pryé de vous 
envoyer, afin que vous preniés la peine d'en discourir 
comme de vous mesmes avec les ambassadeurs d'Es- 



A MM. DE BELLIEVRE ET DE SILLERY. 35 1 

paigne, pour, s'il est possible, descouvrir leur inten- 
tion sur iceulx , et nous en donner advis. Je vous en- 
voyé donc ledict mémoire pour faire cest office, si 
vous pouvés; car sa majesté l'aura bien agréable : si- 
non en user comme vous jugerés estre pour le mieulx; 
car sa majesté ne veult retarder ni gaster ses affaires 
pour eulx ni pour aultres, comme je vous ai escrit 
par nostre despescbe du \[\ de ce mois, que j'ai ad- 
dressee par exprès a Louvet pour vous faire tenir, au 
conteneu de laquelle nous nous arresterons. 

J'ai bien recogneu que lesdicts Anglois ne s'atten- 
dent de rendre aulx Espaignols les places que les 
estats leur ont engagées, et qu'ils gardent, disant que 
s'il fault qu'ils les quittent, ce doibt estre à ceulx qui 
les leur ont baillées , après qu'ils auront esté remboursés 
de leurs aelvanees, qu'ils font monter bien hault; et 
semblent qu'ils ayent appris, parles lettres intercep- 
tées dont je vous ai donné advis, quel est le but sur ce 
desdicts Espaignols. Quant à rnoi, je vois que lesdicts 
Anglois feront toute sorte de diligence , offres et efforts 
pour traverser vostre traicté envers lesdicts Espai- 
gnols, puisqu'ils n'y ont rien gaigné avec nous, afin 
d'avoir Calais, où gist toute leur ambition. S'estant 
gouvernés ici avec tant de dissimulation et artifice 
grossier, toutesfois que nous avons moindre occasion 
d'en bien attendre que jamais ; partant il vous plaira 
d'y prendre garde ; et vous asseure que si vous pouviés 
advancer la restitution de ladicte ville de Calais , vous 
fériés beaucoup pour le roy et pour le royaulme. Il 
me semble qu'il vauldroit mieulx se passer de moindre 
nombre d'ostnges pour les aultres, et advancer la red- 
dition dudict Calais. Toutesfois, je vous dis cela comme 
de moi mesnies, et le remets à vostre meilleur advis; 



352 LETTRE DE M. DE VILLEROY, etc. 

mais je vous supplie de nous faire sçavoir de vos bonnes 
nouvelles, et me continuer , etc. 

Du 28 avril 1698. 



CXXXVI. — * MEMOIRE 

De quelques poincts touchant Je traîcté d'entre la 
royne d'Angleterre et le roy d Espaigne. 

Que les anciens traictés d'amitié, privilèges et li- 
bertés qui feurent conveneus entre le feu roy Hen- 
ry VI II son père et l'empereur Charles V, comme duc 
de Bourgoigne, soyent renouvelles, avec abolition de 
toutes les contraventions qui y ont esté faictes de- 
puis le commencement des règnes de ladicte royne et 
roy. 

Et que les subjects de ladicte dame royne puissent 
avoir libre trafic en tous les pays du roy d'Espaigne , 
sans qu'ils soyent recherchés ni molestés en leurs per- 
sonnes ou bien par l'inquisition ecclésiastique, si ce 
n'est qu'ils donnent cause apparente de scandale. 

Aussi que les traictés et commerces soyent renou- 
velles et restablis, qui feurent anciennement entre 
l'Angleterre et le Portugal , avant que le royaulme de 
Portugal feust annexé aulx Espaignes. 

Que toutes les prises et déprédations faictes de part 
et d'aultre, soit par mer ou bien par terre, soyent 
mises en oubli, et que tous les prisonniers qui n'au- 
ront poinct composé pour leurs rançons soyent restitués 
de chaque costé. 

Que ledict roy rembourse la royne des deniers qu'elle 
presta en l'année 1^77 aulx estats qui se tenoient à 



MEMOIRE. 353 

Bruxelles, à l'instance et requcste de ses ambassadeurs, 
pour l'argent nécessité et pour le grand besoing de ses 
affaires. 



GXXXVII. — * LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A M. de Lomenie. 

Monsieur, je feus fort marri de ne vous avoir veu 
premier que partir. J'avois eu congé du roy , auquel 
j'avois dict sommairement mes raisons; mais je le pris 
sans cérémonie, parce que mon malheur m'oblige a 
cacher mes voyages, mesme au milieu des amis de mon 
ennemi. J'avois sceu que messieurs de la court de par- 
lement envoyoient commissaire pour informer de l'at- 
tentat faict contre moi, et vous sçavés encores que je 
ne me déclare pas partie; qu'aultre que moi, bien que 
soubs main , n'administrera les preuves. C'est à quoi je 
travaille et plus soigneusement , parce qu'on tasche à 
les me faire desperir. Aussi , s'estant passé six mois 
depuis une playe si cuisante sans grand progrès , tous 
momens m'y sont et doibvent estre chers, maintenant que 
j'y vois quelque voye ouverte; car la vérité est que je 
ne vis pas aussi peu qu'au feu. Je ne vous veulx d'ail- 
leurs sceller que je crois voir que de mes plus intimes 
amis à bonne intention s'entremettent d v ung accord , 
auquel il m'est mal séant d'estre ni postulant ni com- 
muant, directement ou indirectement, dont cependant 
je ne pourrois éviter Je blasme , conversant à toutes 
heures si priveement ensemble , que je ne dissimulerai 
poinct à M. de Villeroy. Ores, le roy ne doibt trouver 
estrange que je sois ou chatouilleux, ou frémissant en 
une si sensible playe; doibt au contraire désirer, aimant 

MÉM. DE DUPLF.SSTS-MORNAY. ToMF, VIII. 2 3 



354 LETTRE DE M. DUPLESSIS, etc. 

mon honneur, comme il lui a pieu tesmoigner, qu 5 iî 
y soit recogneu tout entier. Ce que je vous dis, parce 
que quelqu'ung m'a escrit que sa majesté avoit esté 
offensée que je ne l'avois reveue depuis mon congé , et 
laquelle je vous supplie de faire entendre ma raison , 
et que rien ne me faict plus désirer de sortir de cest 
affaire, soit par son auctorité, soit par telle occasion 
que Dieu m'en présentera , que le regret de m'en voir 
moins capable de lui faire service ; car vous n'ignorés 
pas, oultre l'impatience d'esprit, que je ne puis estre 
en court qu'extraordinairement accompaigné, et par 
conséquent sans une despense que je ne puis longue- 
ment porter. Faictes moi donc ce bon office après tant 
d'aultres. Et sur ce, monsieur, je salue humblement 
vos bonnes grâces , et prye Dieu vous avoir en sa 
saincte garde. Vostre humble et affectionné ami à 
vostre service , Duplessis. 

De Saulmur, ce 29 avril 1698. 

Je vous prye me marquer ce qui se sera passé de la 
part du roy avec M. le mareschal de Brissac; car je ne 
pense avoir moins de subject de me plaindre de lui 
que de son beau frère. 



CXXXVIII. — * LETTRE DU ROY 

A MM. de Bellievre et de Sillery, 

MM. de Bellievre et de Sillery, je ne puis demeurer 
plus long temps en la peine en laquelle je vis depuis 
huict jours par faulte d'estre adverti de vostre négocia- 
tion ; car les dernières lettres que j'ai receues de vous 
sont du 14, par lesquelles vous m'asseuriés que vous 



LETTRE DU ROY, etc. 355 

me despecheriés le samedi d'après, qui estoit le 18, le 
courrier La Fontaine avec la resolution entière de nos- 
tre traicté , auquel il sembloit par vostre lettre qu'il ne 
debvoit plus avoir de difficulté ; mesmes vous me don- 
niés espérance que le délai de trois mois que j'ai de- 
mandé pour donner loisir aulx Anglois et Hollandois 
d'entrer en ce traicté, seroit accordé : toutesfois non 
seulement ledict La Fontaine n'est pas encores arrivé, 
mais je n'ai receu ung seul mot d'advis de l'occasion de 
son retardement, ni de Pestât de vostredicte negotia- 
tion ; sur cela les Anglois et Hollandois qui estoient 
ici s'en sont retournés très mal satisfaicts de moi ; 
ceulx là pour croire que j'ai faict et arresté mon ac- 
cord sans eulx , ayant appris par la despesche intercep- 
tée , tombée entre leurs mains, de laquelle je vous ai 
donné advis , que vous estiés entrés en matière des le 
mois de febvrier, plus avant qu'ils ne s'estoient pro- 
mis ; et de ceulx ci pour s'estre trouvés trompés de 
Testât qu'ils avoient faict de me porter à la guerre , 
quand ils m'auroient représenté leurs raisons , et faict 
offre de leurs forces et moyens, tant y a qu'il ne m'a 
esté possible de les retenir plus long temps. Vous ayant 
faict advertir particulièrement par le sieur de Villeroy 
à quels termes j'en suis demeuré avec eulx à leur parte- 
ment ; partant , je ne vous en ferai redicte ; mais je 
vous dirai que depuis je me suis trouvé merveilleuse- 
ment empesclié à resouldre ce que je doibs faire des 
forces que j'ai ici sur les bras ; car, s'il fault continuer 
la guerre, il fault que j'en dispose aultrement que si 
j'avois la paix. Cependant mon peuple est mangé, mes 
deniers sont consommés ; je perds le temps; l'ennemi 
fortifie Blavet à furie; j'offense mes confédérés , et 
perds le credict de toutes parts sans les aultres incom- 



356 LETTRE DU ROY , etc. 

modités et desadvantages que m'apporte une telle in- 
certitude, de laquelle je crois que vous n'estes pas 
moins desplaisans que moi mesmes ; mais ce n'est pas 
des difficultés et longueurs avec lesquelles ceulx aulx- 
quels vous avés affaire , vous entretiennent que je me 
plains; c'est de quoi vous me laissés si long temps 
ignorans de ce que vous faictes et des termes où 
vous en estes avec eulx ; c'est donc pourquoi je vous 
envoyé ce courrier, lequel je vous prye me renvoyer 
en toute diligence pour me délivrer de ceste anxiété 
qui est plus grande que je ne la vous puis représen- 
ter par escrit, et doresnavant ne faictes faulte de m'es- 
crire par la poste de deux jours l'ung ; quand vous 
n'auriés à me faire aultre chose que Testât de vostre 
disposition , pour le moins sçaurai je qu'il ne sera rien 
surveneu de nouveau, dont je doibve estre en peine. 
Je prye Dieu, etc. 

Du dernier avril i5o,8. 



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CXXXIX. — * LETTRE DE M. DE VILLEROY 

A MM. de Bellievre et de Sillerj. 

Messieurs, vous avés peu cognoistre par nos lettres 
des i4 ? aa et 2 7 de ce mois la peine en laquelle nous 
tient l'incertitude de vostre negotiation, la vous ayant 
représentée particulièrement par icelles ; depuis elle 
est tellement accreue pour n'avoir receu ung seul mot 
d'advis de vous , que la patience avec laquelle nous avions 
attendeu jusques aujourd'hui l'arrivée de La Fontaine, 
nous est eschappee ; de sorte que l'on m'a commandé 
de vous despescher ce courrier avec la lettre qu'il vous 



LETTRE DE M. DE VILLEROY, etc. 357 

porte; quand la paix no se fera poirict, on ne s'en 
prendra pas à vous ; ear elle ne despend pas de vous ; 
et si nous ne nous pendrons pas pour cela; car, grâces 
à Dieu , nous n'avons pas faulte encores de courage , 
ni de moyens de nous deffendre , voire assaillir nostre 
emiemi , et le faire repentir de nous avoir abusé 
quand il l'aura faict ; ce n'est pas aussi là le subject 
de nostre plaincte ; elle est fortifiée sur ce* que vous 
nous laissés si long temps demeurer sans sçavoir à 
quoi vous en estes; car ceste incertitude est cause que 
nous ne pouvons pourveoir à nos affaires , comme 
nous ferions, si nous estions esclaircis de ce que vous 
faictes , vous pryans de croire que cela nous faict plus 
de mal que je ne vous puis représenter par escrit , 
avec ung tel desplaisir de sa majesté, qu'elle s'en 
prend à tout le monde; tirés nous en donc, je vous 
prye , et ne permettes à l'advenir que nous y retom- 
bions. Nous avons advis que ceulx de Blavet se forti- 
fient tant qu'ils peuvent. On nous escrit aussi de tous 
costés , et mesmes d'Italie , que les Espaignols ne nous 
parlent de paix que pour nous tromper, ne voullant 
faire aultre cbose que nous desunir d'avec nos confé- 
dérés , mesmes qu'ils traictent à part avec les Anglois ; 
tous ces advis, joincts aulx discours que nous faisons 
sur ce retardement dudict La Fontaine, et vostre si- 
lence, nous atterrent merveilleusement; toutesfois le roy 
a délibéré d'attendre encores en ce pays le retour de 
ce courrier, afin de se trouver à l'ouverture des estats 
de ce pays qui doibvent estre ensemble à Rennes le i5 
du prochain : nous ne laisserons à faire advancer en 
Picardie une partie des forces que nous avons amenées 
par deçà , lesquelles sa majesté suivra le plus tost qu'elle 
pourra ; mais elle est contraincte de demeurer quelques 



358 LETTRE DE M. -DE VILLEROY, etc. 

jours encores dedans le pays pour y establir les affaires 
à cause de Blavet. 

Au reste , je ne veulx finir la présente sans vous 
faire part de l'advis qui nous a esté donné de la reprise 
de Savarin par les chrestiens , ainsi que vous verres par 
la lettre d'Orlandin , maistre des courriers de Lyon, 
que je vous envoyé. Le mesme advis nous a este escrit 
de Venise. du 8 de ce mois pour tout assuré, le secré- 
taire de 1 empereur l'ayant faict entendre à la seigneurie. 
C'est le baron de Schaartzemberg qui a conduict et 
exécuté cet exploict. Je me recommande, etc. 

Du dernier avril 1598. 



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CXL. — * RELATION 

De ce qui se passa a la conférence pour la paix a 
Vervins , Van 1698, depuis le 6 febvrier jusques 
au i or mai; mise par escrit par le secrétaire du 
cardinal de Florence _, légat à latere du pape Clé- 
ment VIII. 

Le 6 febvrier 1698, nous partismes de Sainct Quen- 
tin, et joignismes le lendemain les députés de France; 
ceulx du cardinal d'Autriche, comme procureur du 
roy d'Espaigne, y arrivèrent le jour suivant; ils avoient 
avec eulx le gênerai des cordeliers, lequel ayant lettre 
du cardinal de Florence, légat de nostre sainct père 
en France , leur avoit assigné le jour de se trouver là. 
Ils feurent incontinent visités de la part du légat, par 
son maistre de chambre. Us estoient trois : le président 
Piichardot le premier; Taxis, chevalier de Sainct Jacques, 
le second; et ung cer!:aing audiencier du Pays Bas. 

Estans veneus saluer M. le légat, il les receut avec 



RELATION SUR LA PAIX. 35g 

grande démonstration de contentement et beaucoup 
de courtoisie, les faisant entrer dans sa chambre, où 
il leur parla avec zèle et charité, les exhortant à s'ac- 
commoder autant que leurs commission^ le pouvoient 
porter, et lever les difficultés qui se presenteroient, 
ayant esgard au service de Dieu et à l'honneur et 
satisfaction de sa saincteté, qui avoit tant travaillé à 
lier ceste conférence pour le repos et advantage des 
peuples soubmis à l'une et à l'aultre des deux cou- 
ronnes , dont on estoitveneu traicter la paix. Il s'offrit 
ensuite comme ministre de sa saincteté , et non comme 
arbitre ou comme juge. Le président Richardot res- 
pondit pour tous avec beaucoup de soubmission , lui 
tesmoignant qu'ils avoient une très grande confiance 
en lui, et s'asseurant fort expresseement que le roy 
d'Espaigne ne s'estoit porté à nommer le cardinal 
d'Autriche son procureur que pour complaire au 
pape , et que son altesse ne les avoit députés aussi que 
pour ce mesme subject ; leur ayant enjoinct de faire 
tout ce que M. le légat leur commanderoit , et qu'ils 
eussent à se fier en lui , le recevant non seulement pour 
entremetteur, mais mesme pour arbitre et pour juge. 

Le légat les remercia, sans se voulloir engager dans 
ces grandes offres qu'ils lui avoient faictes , se restrei- 
gnant à estre simplement médiateur. 

Il leur dépeignit le naturel noble et franc du roy de 
France , et leur feit scavoir les bonnes conditions de 
MM. de Bellievre et de Siliery, députés de sa majesté, 
afin qu'ils peussent se conduire avec plus de lumière 
en leur negotiation. Ces desputés partirent sur cela, 
et ceulx de France arrivèrent aussitost, qui dirent à 
M, le légat qu'ils estoient presls de faire tout ce qu'il 
lui plairoit de commander, que le roy leur avoit donné 



36o 



RELATION 



ordre de s'assembler quand bon lui sembleroit, et 
qu'ils prissent garde que rien ne se feist que par I'auc- 
torité du pape; ensuite ils lui touchèrent ung mot de 
la préséance , ce qui ne surprit pas le légat , parce 
que des Paris il avoit parlé de cela avec le gênerai des 
cordeliers, et depuis le propos s'en estoit renouvelle 
dans Sainct Quentin , sur quoi ils avoient tous deux 
l'esprit extresmement en suspens , et si fort partagé 
qu'ils attendoient que le temps y apportast quelque re- 
mède, songeant neantmoins cependant à trouver des 
expediens dont le légat ne manquoit point, ayant esté 
long temps ambassadeur; mais les propos fermes et 
resoleus que lui tint M. de Bellievre Festonnèrent 
grandement; lui disant qu'il ne voulloit poinct d'ac- 
commodement en ce qui estoit de la préséance, comme 
on en avoit usé au concile de Trente; qu'alors le car- 
dinal de Lorraine avoit misérablement trahi la France; 
qu ils estoient resoleus de se retirer plustost que de 
mettre ce poinct en compromis , et qu'il ne falloit 
poinct y chercher d'expédient. Il feit soubvenir le légat 
de la déclaration faicte à Home par le pape Pie IV, en 
faveur de la France, la maintenant en la possession 
cle la préséance, lui adjoustant qu'il estoit obligé de 
maintenir et deffendre ce que le pape avoit faict. 

Le légat usa sur cela de bonnes paroles, les asseu- 
rant que ce n'estoit pas son intention de leur faire 
rien perdre, et que peult estre les aultres se dispose- 
roient à céder, comme n'estans que députés du car- 
dinal d'Autriche. M. de Bellievre repartit qu'ils enlen- 
doient traicter avec les députés du roy d'Espaigne et 
non du cardinal d'Autriche. Le légat repartit que le car- 
dinal estoit procureur du roy catholique, et qu'ainsi 
3] pouvoit nommer des députés en sa place qui ne traie- 



SUR LA PAIX. 36 1 

teroient pas absolument au nom du roy catholique, 
mais comme personnes subdeleguees par le cardinal. 

Cela adoulcit aulcunement M. de Bellievre, qui dict 
qu'il falloit voir les pouvoirs avant que parler d'aultre 
chose, et sur cela prit congé avec M. de Sillery. Le 
légat s'enferma lors avec le gênerai , pour délibérer 
sur ceste difficulté, laquelle lui sembloit, comme elle 
estoit en effect, de grande importance; le cardinal lui 
dict que jamais les Flamands ne se disposeroient à 
céder absolument, et sur ceste inquiétude ils advise- 
rent de proposer l'expédient que voici : que l'evesque 
de Mantoue, comme nonce de sa saincteté, se trouve- 
roit aulx assemblées, et que le légat prenant sa place 
au bout de la table, le nonce seroit à sa droicte , et les 
François les premiers vis à vis de lui à la gauche, les 
Flamands prenans immédiatement leurs places au 
dessoubs du nonce, au nombre de trois, puisque l'au- 
diencier estoit nommé dans leurs pouvoirs. Quant au 
gênerai , il seroit au bas bout opposé au légat, lequel 
il envoya proposer cest expédient aulx parties, qu'elles 
acceptèrent toutes deux sans difficulté , chacune y 
trouvant son compte. 

Le jour suivant, qui feut le 9, le légat tint la pre- 
mière assemblée, où on ne spécifia poinct si les Fla- 
mands estoient députés d'Espaigne, du roy catholique 
ou du cardinal d'Autriche. A la vérité, les François 
parlans d'eulx , les nommèrent ambassadeurs du roy 
catholique, et les mesmes François feurent ceulx qui 
parlèrent les premiers, voullans en oultre que le légat 
dict en ceste première assemblée , en quel lieu cha- 
cung debvoit prendre sa place ; ce qui feut faict par le 
légat après avoir conféré avec les parties, car il pro,- 
cedoit avec grande circonspection. 



36S RELATION 

Estans donc tous assemblés sur les deux heures après 
midi, le légat feit ung discours fort approprié au sub- 
ject, leur représentant combien saincte et nécessaire 
estoit l'œuvre pour laquelle sa saincteté les avoit con- 
viés et sollicites à s'assembler; quelle grande consola- 
tion elle en recevroit, et quelle espérance on debvoit 
prendre d'ung bon succès, veu qu'on ne se le pouvoit 
promettre aultre, eu esgard a la promptitude avec la- 
quelle ils s'estoient trouvés là, et à la grande confiance 
qu'ils tesmoignoient avoir les ungs des aultres. Il s'of- 
frit ensuite à tous les deux partis avec mesme affec- 
tion, promettant que comme le pape estoit et voul- 
loit estre père commun , son légat aussi ne seroit poinct 
plus d'ung costé que d'aultre, n'ayant poinct d'aultre 
but ni d'aultre fin que le service de Dieu et de toute 
îa chrestienté. Il feut respondeu qu'ils estoient très 
disposés à faire la paix, et qu'ils esperoient de la pou- 
voir conclure, non seulement entre les deux couronnes, 
mais mesme avec leurs confédérés; c'est à scavoir,avec 
l'Angleterre et les Pays Bas ; sur quoi il y eut ung fort long 
discours, avec beaucoup de confiance et de courtoisie 
entre les parties. Enfin la conclusion feut que le len- 
demain ils se monstreroient leurs pouvoirs les ungs 
aulx aultres, et qu'estant trouvés suffisans on passeroit 
oultre; et cela arresté, ils se retirèrent qu'il estoit desjà 
nuict. 

Le jour suivant on se rassembla , où le légat feit la 
proposition de ce qu'on debvoit traicter ; ils se com- 
muniquèrent réciproquement leurs pouvoirs qui es- 
toient tels : celui de France estoit très ample et libre ; 
celui d'Espaigne à la personne du cardinal d'Autriche 
estoit semblable, mais en langage espaignol, et le pou- 
voir que le cardinal donnoit à ses députés en françois. 



SUR LA PAIX. 363 

Celui du roy d'Espaigne ne parloit poinct aulx confé- 
dérés, mais celui des députés du cardinal leur donnoit 
la faculté de traicter la paix avec les confédérés. M. de 
Bellievre s'arresta là dessus, et monstra par bonnes 
raisons que leur pouvoir en ce qui touchoit les confé- 
dérés n'estoit pas suffisant, et qu'il ne le pouvoit pas 
accepter sans l'avoir communiqué au roy et à ses con- 
fédérés. Les Flamands respondirent que la royne d'An- 
gleterre estant en . guerre avec le roy d'Espaigne 
lorsque ces pouvoirs avoient esté expédiés, comme il 
ne sçavoit pas que le roy de France la voulleust com- 
prendre, il n'avoit pas aussi envoyé de pouvoir pour 
cela ; mais que le cardinal s'obligeroit bien de faire ra- 
tifier le roy d'Espaigne; et que, si besoing estoit, on 
despescberoit ung courrier en Espaigne qui en seroit de 
retour en peu de jours. Geste proposition ne pleut pas 
au légat, qui empescba avec dextérité cest envoi de 
courrier en Espaigne, disant qu'on pourroit traicter 
entre France et Espaigne, et venir à quelque adjus- 
tement. Taxis là dessus demanda permission à Richar- 
dot de parler, parce qu'il n'estoit que le second, et 
dict (peult estre avec trop de liberté) qu'eulx députés 
du cardinal voulloient traicter avec grande franchise, 
et dire nettement tout ce qu'ils avoient pouvoir d'ac- 
corder au roy de France, qui estoit de lui rendre non 
seulement les cinq places de Dourlans, Le Castelet, La 
Cappelle , Ardres et Calais, mais mesme Blavet, et 
cela sans aulcune restriction, sinon qu'on y procede- 
roit de la mesme façon qu'à la paix de Cbasteau en 
Cambresis. M. de Bellievre respondit , répétant ponc- 
tuellement la proposition , laquelle estant faicte sans 
aulcune reserve ? il l'accepta , en réitérant plusieurs 
fois les propres termes. Le président Richardot ? en- 



364 RELATION 

cores qu'il estimast que Taxis avoit passé ung peu 
trop avant, il n'usa neantmoins d'aulcune contradic- 
tion, et répéta plusieurs fois que la restitution se feroit 
selon les capitulations du traicté de Chasteau en Cam- 
bresis, à quoi les François ne contredirent nullement. 
Les députés d'Espaigne demandèrent ensuite deux 
choses: la première, que l'ambassadeur de Savoye eust 
ung passeport pour venir en Flandres avec quarante 
chevaulx, et qu'il lui feust permis d'intervenir en ce 
traicté pour, soubs laf protection du roy d'Espaigne, 
accommoder ses affaires en France; la seconde, qu'il 
peust venir quelqu'ung de la part du duc de Mercœur 
en ceste assemblée, avec seureté, pour faire son ac- 
commodement, et qu'à cest effect ils lui peussent es- 
crire et donner advis certain sur cela. M. de Bellievre 
ayant consulté avec M. de Sillery, respondit à la pre- 
mière demande, que, pour ce qui estoit de l'ambassa- 
deur de Savoye, ils auroient le passeport qu'on deman- 
doit, mais non pas pour ung si grand nombre de 
chevaulx; qu'ils le donneroient, ne l'ayant reteneu jus- 
ques à l'heure que pour ce que le roy leur maistre ne 
voulloit pas que l'affaire du duc de Savoye se traictast 
en l'assemblée, mais à part. 

Quant au duc de Mercœur, que, sans expresse com- 
mission et permission du roy, ils ne pou voient donner 
aulcune seureté ni passeport, parce qu'estant son vas- 
sal , il n'estoit pas digne de cest honneur; mais qu'on 
pouvoit laisser traicter cest affaire entre sa majesté 
et leclict duc, sans que personne s'en entremist. Les 
Flamands demeurèrent estonnés, et neantmoins il ne 
sembla pas qu'ils se souciassent beaucoup du duc de 
Mercœur, mais seulement qu'ils voulloient faire quel- 
que office pour lui. 



SUR LA PAIX. 365 

On demanda au légat ce que l'on feroit le lende- 
main; à quoi il respondit que l'on s'assembleroit à pa- 
reille heure, et qu'il falloit apporter le traicté de paix: 
faict à Chasteau en Cambresis, que l'on liroit article 
par article ., afin de resouldre les moyens qu'on tien- 
droit pour faire la restitution. Cela feut accepté , et les 
députés se retirèrent, laissant le légat en espérance de 
bon succès. 

Le jour suivant ils se rendirent à l'heure donnée, et 
le légat ayant proposé qu'on feist lecture de la paix, 
M. de Bellievre dict qu'il avoit de nouveau considéré 
leur pouvoir, et qu'il persistoit en son opinion que 
celui du cardinal n'cstoit pas suffisant en ce qui tou- 
choit les confédérés; que le roy de France ne pou voit 
avec honneur passer plus avant sans le consentement 
de ses confédérés; que pour ce subject il estoit néces- 
saire qu'il en escrivist à sa majesté, pour sçavoir comme 
elle et ses confédérés recevroient ceste proposition , 
ceulx des Pays Bas se trouvant lors auprès de sa ma- 
jesté , on attendoit de jour à auître ung secrétaire 
d'Angleterre qui pouvoit bien desja estre arrivé. Il re- 
marqua que le deffault de pouvoir suffisant aulx dé- 
putés en ce qui touchoit les confédérés, estoit de no- 
table préjudice au roy de France, et que, présumant 
qu'ils l'auroient, il avoit consenti que le légat tinst 
ceste assemblée, de laquelle s'ils estoient tousjours ex- 
cleus , ils n'avoient point besoin d'aultre prétexte pour 
abandonner ses interests, et piqua là dessus avec dex- 
térité ses adversaires; il parla poseement, obscuree- 
ment, et avec quelque équivoque. C'est ung fin vieil- 
lard et fort advisé. Richardot , qui ne l'avoit pas bien 
entendeu, lui feit response avec beaucoup de chaleur, 
disant qu'il leur sembloit qu'on leur faisoit grand tort, 



366 RELATION 

veu qu'on les avoit amenés en une assemblée sur ung 
affaire qui s'estoit traicté assés de mois auparavant , 
pour que sa majesté très ehrestienne sceust au vrai si 
les confédérés voulloient ou non entrer au traicté de 
paix, et neantmoins qu'ils n'avoient encores peu ap- 
prendre quelle estoit leur intention , qu'ils estoient 
toutesfois prests de traicter avec eux, ne pensans pas 
qu'il y allast de l'honneur du roy d'Espagne, et qu'ils 
estoient veneus exprès pour sçavoir quelle estoit sur 
cela l'intention du roy très chrestien et des confédérés. 
Il se plaignit de ne pouvoir rien obtenir de, ce qu'ils 
demandoient ni pour le duc de Savoye, ni pour le duc 
de Mercœur, et qu'il lui sembloit que c'estoit une es- 
trange façon de procéder. Le légat voyant qu'on com- 
mençoit à hausser la voix , et qu'on n'avoit pas bien 
entehdeu M. de Bellievre, qui peult estre n'avoit pas 
voulleu qu'on l'entendist mieulx , interrompit la dis- 
pute, disant qu'ils ne s'entendoient pas, et répéta le 
discours de M. de Bellievre, lequel en substance con- 
tenoit que les pouvoirs, en ce qui concernoit les con- 
fédérés, estoient bien suftlsans d'une part; mais que, 
craignans que ce qu'on offroit ne suffist pas, c'est à 
sçavoir de faire promettre au cardinal que îe roy d'Es- 
paigne ratifieroit, il avoit voulleu le faire sçavoir à son 
roy , puisque l'affaire estoit en aultre terme , attendeu 
que le roy de France avoit tousjours expresseement 
commandé qu'il ne sefeist poinct d'assemblée, si on n'y 
apportoit des pouvoirs suffisans, mesme à l'esgard des 
confédérés. Gela dict, le légat se tourna vers le gêne- 
rai, et lui ordonna de faire entendre à l'assemblée ce 
que le roy de France lui avoit dict sur ce particulier. 

Le gênerai confirma tout ce que le légat avoit dict , 
et répéta tout l'affaire en ce qui concernoit ce chef 



SUR LA PAIX. 367 

des confédérés; cela appaisa les députés d'Espaigne, 
qui dirent que , pour ce qui estoit des Hollandois 
(car ils nomment ainsi les estais), ils avoient en main 
de quoi leur donner toute satisfaction ; mais qu'à Fes- 
gard de l'Angleterre , il leur sembloit que ce qu'ils 
avoient offert debvoit suffire; que sa majesté catho- 
lique n'avoit poinct deu donner procuration pour 
traicter de paix avec l'Angleterre pour ce qu'au mesme 
temps que le roy d'Espaigne donnoit le pouvoir de la 
faire avec la France, la royne d'Angleterre l'attaquoit 
avec une armée, et que l'honneur de sa majesté catho- 
lique ne souffroit pas de donner des pouvoirs de faire 
la paix avec une personne inférieure pendant qu'elle 
lui faisoit la guerre , et sans qu'elle l'en requist. Les 
François ne dirent poinct s'ils acceptoient ou non ces 
excuses; mais ils parlèrent plus doulcement. Le lëgat 
ne desiroit nullement qu'on en vinst jusques à ce par- 
ticulier d'envoyer ung courrier en Espaigne; et pour 
cela il moyenna que les députés d'Espaigne trouvassent 
bon qu'on escrivist au roy de France , espérant en ce 
que beaucoup de choses se proposent pour plus grande 
seureté , et non pas avec une déterminée rosolution 
de les faire passer de la sorte. Voyant donc ung peu 
les esprits plus tranquilles, il feit que la paix de Gam- 
bresis feut leue par l'audiencier. Elle estoit en langue 
françoise , et feut leue en ceste mesme langue; mais 
le légat l'avoit traduicte en italien , ce qui la lui fai- 
soit entendre. Il n'y eut pas grande difficulté par ce 
traicté , sur les moyens de faire la restitution. La reso- 
lution feut prise du consentement des deux partis ? 
quoique M. de Bellievre ne voulleust pas consentir en- 
tièrement quant au temps, que Calais et Ardres se- 
roient rendeues deux mois après la ratification du roy 



3G8 RELATION 

de France, lesquels commenceroient à courir du jour que 
la paix seroit jurée par sa majesté très chrestienne , et 
que les trois aultres places, Dourlans, Le Castelet et 
La Cappelle se rendroient dans trois mois ou environ ; 
car le temps n'en feut pas si expresseement déterminé; 
que toutes les cinq places seroient données au roy de 
France avec toutes leurs améliorations ; que le roy 
d'Espaigne satisferoif tous les soldats qui estoient de- 
dans mutinés ; que l'artillerie qui y estoit y seroit 
laissée par les Espaignols ; que Blavet se demoliroit. 
Mais, pour ce qu'il falloit ici plus de temps, ils ne 
voulleurent pas estre pressés, et demandèrent qu'on 
le leur donnast suffisant pour faire venir les contre- 
seings d'Espaigne , parce que celui qui commandoit 
en ceste place n'en retireroit pas aultrement sa gar- 
nison , ni n'en permettroit la démolition. Les François 
demeurèrent fort contens de ce traicté ; et, pour l'ob- 
servation de tout ce que promettoient les Espaignols, 
demandèrent des ostages au choix du roy très chres- 
tien , jusques à ce que les cinq places feussent resti- 
tuées, et Blavet clesmoli. Ils feurent promis, quoique 
avec ung peu de difficulté. A la fin, M. de Bellievre 
s'adoulcit encores qu'il restast quelque difficulté au 
subject de l'artillerie; ce qui feut de plus important, 
feut que les François prirent asseurance qu'on traictoit 
tout de bon. On arresta que pour le lendemain on ne 
s'assembleroit poinct , parce qu'ils voulloient avoir du 
temps pour escrire à leur roy, et lui despescher ung 
courrier. Les Espaignols sortirent les premiers; et le 
légat, les voyant ung peu en suspens, leur demanda 
qu'il leur peust parler le jour suivant en particulier, 
ce qu'ils promirent volontiers. Il parla après cela long- 
temps à MM. de Bellievre et de Sillery; lesquels lui 



SUR LA PAIX. 369 

dirent qu'il l'asseurnst que la royne d'Angleterre ne gas- 
teroit rien, et qu'il ne trouvast pas mauvais qu'on 
attendist la response du roy. Ils parlèrent avee liberté 
de la royne, et répétèrent ce qu'ils a voient dict en 
l'assemblée , que le roy de France n'esloit poinct soub- 
mis à la royne d'Angleterre, et que les affaires ne pas- 
seroient pas à sa fantaisie. Ils pryerent ensuite le légat 
de donner ordre au secret de ceste negotiation, ayant 
l'œil sur ceulx mesmes qui ne se trouvoient pas en 
l'assemblée, parce qu'ils scavoient bien qu'on escrivoit 
à Paris et ailleurs beaucoup de choses, lesquelles vrayes 
ou faulses, avoient porté et portoient encores grand 
préjudice à ceste negotiation. Le légat, trouvant cest 
advertissement bon , prit cest expédient après que 
les François feurent sortis, de parler aulx prélats de 
sa suite qu'il voyoit tous les jours, fort curieux de 
sçavoir ce qui se passoit, et leur dict qu'ils feroient 
bien d'avoir leurs plumes reteneues pour beaucoup 
de respects, et particulièrement pour ce qu'ils ne sca- 
voient pas bien ce qu'ils escrùvoient , et ne laissoient 
pas de pouvoir faire beaucoup de mal aulx affaires, 
escrivant le vrai ou le faulx; qu'il sçavoit bien que 
leurs nouvelles et leurs spéculations, qu'ils avoient dict 
et escrit à Sainct Quentin, avoient nui grandement; 
qu'ils s'abstinssent de le faire doresnavant, l'impor- 
tance en estant plus grande que jamais; qu'il ne lui 
seroit pas difficile de sçavoir ceulx qui y contrevien- 
droient, comme il ne lui avoit pas esté par le passé, 
et qu'il leur protestoit que s'ils contrevenoient à ce 
qu'il leur disoit, il leur rendroit de très mauvais offices 
vers sa saincteté, pour le service de laquelle il nau- 
roit respect de qui que ce feust. Il n'y eust pas ung 
d'eulx qui lui repîiquast rien; mais chacung s'alloit 

Meai. de Dupeessis-Morjîay. Tome viit. $4 



3jO RELATION 

imaginant de ce que le légat avoit voulleu parler, ne 
le pouvant apprendre de leur propre conscience, parce 
que le légat parla généralement à tous sans s'addresser 
particulièrement à pas ung. Il en feurent fortfnschés, 
et en feirent grande plaincte. 

Le jour suivant , les Espaignols vinrent trouver le 
légat, estant fort en peine de ce qu'ils croyoient que 
les François ne voulloient pas la paix; et si ils en 
avoient desjà fait leur plaincte au gênerai des le ma- 
tin , oullre ce dont ils s'estoient faict entendre dans 
l'assemblée, de quoi il avoit donné advis au légat. Es- 
tans entrés, il les asseura par beaucoup de raisons que 
les François desiroient certainement la paix, et qu'ils 
estoient contens des conditions proposées, comme ils 
avoient peu voir. Aussi que sans doubte il leur estoit 
plus préjudiciable de ne la pas faire qu'à eulx Espai- 
gnols, veu que ceste assemblée qu'ils avoient faicte, 
avoit donné de la jalousie à tous leurs confédérés ; 
qu'il croyoit que ce que M. de Bellievre apportoit de 
la difficulté sur leurs pouvoirs en ce qui regardoit l'An- 
gleterre, n'estoit que pour mettre a couvert l'honneur 
de son roy, selon qu'on pouvoit conjecturer des pro- 
pos qui avoient esté teneus en l'assemblée, et à lui 
en particulier ; qu'ils ne debvoient pas trouver es- 
trange que les François voulleussent escrire en court, 
comme il avoit esté arresté, veu que l'affaire avoit 
changé de face , puisqu'eulx n'avoient pas apporté des 
pouvoirs pour le faict des confédérés , tels que les 
avoit désirés et demandés absolument le roy de France ; 
qu'ils pouvoient remarquer qu'on cherchoit les moyens 
de n'avoir poinct besoing de despescher en Espaigne , 
attendeu que les François l'en sollicitoient , et qu'ils 
taschoient d'abréger le temps de la restitution des 



SUR LA PAIX. 371 

places. Avec telles et semblables raisons du légat, les 
députés d'Espaigne demeurèrent satisfaicts, et lui de- 
mandèrent ce qu'il lui sembloit de l'affaire de Savoye. 
Il feit response que les François souffriroient qu'on en 
parlast, mais qu'ils ne voulloient pas entretenir le 
traicté précèdent , parce qu'ils voulloient ravoir le 
marquis de Saluées, et qu'ils ne voulloient pas traicter 
en commun les interests des deux couronnes avec ceulx 
de Savoye. Les députés remercièrent fort le légat, et 
se retirèrent très satisfaicts , ainsi que l'apprit depuis 
le gênerai. 

Le treiziesme jour de l'assemblée ne se tint poinct, 
parce que M. de Bellievre avoit pris médecine, etc. 

Le lendemain matin il y en eut plus tost, afin qu'on 
ne s'estonnast pas de ce manquement que pour aultre 
chose; car, en effect, on attendoit pour prendre reso- 
lution la response du roy, qui estoit depuis peu allé 
à Fontainebleau. On y traicta que la paix se faisant 
entre les deux couronnes, ceulx là y feussent teneus 
pour compris , que les roys auroient engagé aulx mau- 
vaises grâces de l'une ou de l'aultre, comme aussi du 
cardinal d'Autriche, si le roy catholique lui donnoit 
la Flandres. Le légat feit ceste proposition à la réqui- 
sition des Espaignols, et elle feut acceptée par les 
François sans aulcune difficulté. Les députés du car- 
dinal prirent congé les premiers, et les François de- 
meurèrent. Le légat tascha de sçavoir d'eulx ce qu'ils 
esperoîent de la response du roy très chrestien ; il lui 
feut respondeu qu'ils l'esperoient bonne. Le légat re- 
partit : Il ne se peult qu'elle ne soit telle, puisque vous 
avés tout ce que vous demandés. Ils répliquèrent 
qu'il estoit vrai , mais qu'ils desiroient pourtant qu'on 
restreignist le temps des restitutions. Le légat leur 



372 RELATION 

dict : Vous désirés qu'on abrège, et neantmoins vous 
tenés suspendeue l'assemblée, proposant qu'il est né- 
cessaire de despescher ung courrier en Espaigne pour 
ce qui touche l'Angleterre. Ils dirent qu'ils ne pen- 
soient pas que cela deust empescher le traicté, ni re- 
tarder la conclusion ; neantmoins qu'ils ne pouvoient 
parler avec certitude, tout despendant de la response 
de sa majesté, de laquelle ils esperoient fort bien. 
Le légat dict qu'ils ne debvoient plus craindre qu'on 
ne procedast en cest affaire tout de bon ; ils feirent 
response qu'ils s'en tenoient asseurés , et pryerent de 
nouveau le légat de faire que le temps des restitutions 
feust plus brief, disant que leur roy estoit souspçon- 
neux, et qu'il n'estoit pas bon de le tenir en ceste 
jalousie, estant partis sans qu'on eust arresté si l'as- 
semblée tiendroit le lendemain , et le gênerai n'en 
ayant rien dict le matin au légat, sinon qu'au cas qu'il 
y en eust ou deust avoir il le lui feroit sçavoir. Sur 
ung peu d'indisposition causée par la néphrétique, le 
légat se meit au lict, où il ne feut pas plustost que 
les députés arrivèrent ; il crut qu'ils estoient veneus 
pour le visiter, et pour cela il les feit entrer. Ung peu 
après le gênerai lui vint dire que ceulx d'Espaigne ve- 
noient aussi pour s'assembler; le légat se plaignit lors 
de ce qu'on ne lui avoit pas fait sçavoir plus tost, et se 
voulleut habiller vistement, pour ce que leur donnant 
audience dans le lict, l'ordre de la séance se con- 
fondoit entièrement. Les François ne voulleurent ja- 
mais permettre qu'd se levast, estant bien aises qu'il 
n'v eust poinct d'assemblée , et le gênerai se chargea 
d'em pencher les aultres d'entrer , ce qu'il feit facilement. 
Le légat entretint fort au long les François, et le len- 
demain, qui estoit le i3 du mois, donna pareille au- 



SUR LA PAIX. 37*3 

dience aulx Espaignols. Il tenoit pour asseuré qu'il ne 
restoit aulcune difficulté pour concleure, sinon que 
les François ne voulloient pas que le duc de Savoye 
intervinst au traicté , et les Espaignols ne le desiroient 
pas laisser derrière ; que les François voulloient ra- 
voir le marquisat de Saluées, et le duc de Savoye ne 
le voulloit pas rendre, et de plus, qu'ils demandoient 
qu'on abregeast le temps de la restitution des places , 
et les Espaignols dictoient qu'ils ne le pou voient faire, 
c'est où en estoit l'affaire ; cependant qu'on atten- 
doit la response de la court de France, qui ne pou- 
voit plus gueres tarder. Le légat avoit appris de don 
Pietro Ursino que le duc de Savoye lui avoit dict qu'il 
ne rendroit poinct le marquisat de Saluées pour faire 
la paix; mais bien qu'il chercheroit tous les aultres 
moyens de s'accommoder avec la France, lui adjous- 
tant qu'il sçavoit bien que le légat estoit d'advis de la 
restitution du marquisat. Ores, cela estoit une pure 
imagination du duc , parce que le légat , depuis la 
guerre, n'en avoit jamais parlé, sinon à l'heure; et si il 
n'avoit pas dict que le duc deust rendre le marquisat, 
mais seulement que les François le voulloient ravoir, 
et si lorsqu'il ledict le duc ne le pouvoit pas sçavoir. 
Cela ne laissa pas de donner quelque desplaisir au 
légat; mais il ne cessa pour cela de s'employer, de 
tout son possible , à ce que le duc feist son accommo- 
dement. 

Cependant M. de Beliievre se trouva mal, et le 
courrier ayant tardé son retour jusques au 20, il n'y 
eut poinct jusques là d'assemblée; mais le légat s'oc- 
cupoit durant ce temps a oster les jalousies et les sousp- 
çons qu'avoient les Espaignols , et se servit en cela du 
gênerai; lequel, bien qu'il lui semblast que les Fran- 



074 RELATION 

cois ne partaient pas assés franchement (ce qui lui 
donnoit souspçon ), feit neantmoins cest office sur l'as- 
seurance que lui donnoit le légat. Que si le légat eust 
procédé avec plus d'ardeur en cest affaire , et qu'il 
n'eust usé de patience, il l'eust ruyné, parce que ou 
il se seroit monstre partial , ou il auroit souffert 
que les parties intéressées eussent tout gasté entre elles 
par les deffiances réciproques où elles estoient, qu'on 
les voulloit tromper. Le légat leur ostoit tousjours 
ces ombrages, estant asseuré qu'on traictoit sincère- 
ment, et avec desseing de concleure la paix. Ce feut 
pourquoi il ne voulleut jamais consentir au conseil que 
beaucoup lui donnoient, sans en estre requis, de tes- 
moigner quelque mescontentement du procède du roy 
très chrestien , et de quelques aultres , parce qu'il 
jugea tousjours que la patience et îa neutralité con- 
duiroient heureusement ung si grand affaire. 

Pour la reprendre , l'histoire porte que le jour d'après 
la veneue du courrier les députés de France vinrent 
des le matin trouver le légat, et lui dirent que leur 
roy estoit tousjours en la mesme disposition de faire la 
paix, et qu'il acceptoit les conditions comme elles 
avoient esté traictees, sans y rien changer; mais qu'il 
ne pensoit pas qu'on se peust dispenser de despescher 
ung courrier en Espaigne , afin que le roy catholique 
donnast ung pouvoir suffisant pour faire aussi la paix 
avec l'Angleterre; que c'estoit chose que sa majesté 
a voit tousjours demandée comme nécessaire, parce 
que la promesse du cardinal , de faire ratifier le roy 
d'Espaigne , n'estoit pas suffisante, comme il avoit esté 
dict. Que le roy ne voulloit pour cela arrester le traicté 
là dessus, qui se pouvoit cependant advancer entre 
les deux couronnes , en touchant les articles séparée- 



SUR LA. PAIX. 375 

ment, et selon qu'ils seroient accordés par les parties, 
les signans après tous ensemble; et que, jusques à ce 
que la response feust veneue d'Espaigne, on les despo- 
seroit entre les mains de M. le légat, qui auroit soing 
de les conserver et tenir secrets. 

Ils s'estendirent fort sur les louanges du pape, et 
remercièrent, au nom du roy , le légat des peines qu'il 
prenoit et de la patience qu'il avoit; adjoustans qu'ils 
ne demandoient rien dadvantage; à l'esgard des estats, 
pour ce qui avoit esté traicté sur cela suffisoit; qu'au 
surplus, ce courrier estoit en toute façon nécessaire, 
puisqu'il debvoit apporter le contreseing de Blavet r 
pour pouvoir exécuter ce qui avoit esté arresté. 

Ils lui feirent aussi entendre qu'ils desiroient fort que 
les députés d'Espaigne feussent bien informés de tout 
cela avant que Ton vinst à l'assemblée, afin qu'ils ne 
feissent pas difficulté d'envoyer le courrier; ce qu'ils 
ne pouvoient d'ailleurs refuser, ayans offert en pleine 
assemblée de le faire partir et retourner en peu de 
jours. Le légat donna part de ce que dessus aulx dépu- 
tés d'Espaigne, par le gênerai, arrestant que le jour 
suivant ils se trouveroient tous à l'assemblée. Il sur- 
vint quelque petit desordre lorsque cbacung s'y deb- 
voit acheminer , parce que les François n'entroient pas 
pour donner temps au légat de parler aulx aultres 
avant leur arrivée, ne sçachans pas qu'ils avoient esté 
informés de tout, et les Espaignols attendoient jusques 
à ce que les François feussent passés les premiers. Le 
légat s'estant apperceu de cela , les feit pryer de venir ; 
ce qu'ils feirent. 

Les spéculatifs s'imaginèrent là dessus qu'il y avoit 
différend pour les rangs, et le publièrent ainsi; ce qui 
n'estoit pourtant nullement vrai. Toute la compaignie 



376 RELATION 

se trouvant assemblée , M. de Bellievre exposa , avec 
plus de doulceur qu'il n'avoit de coustume, la response 
du roy très chrestien, en la mesme façon que le légat 
la leur avoit faict entendre. Les Flamands l'escouterent 
attentifvement, et ayans discoureu entre eulx, ils re- 
partirent fort courtoisement , acceptans la response 
qu'on leur venoit de faire. Ils demandèrent temps jus- 
ques au lendemain pour resouldre l'affaire du courrier. 
Ils parlèrent au duc de Mercœur, taschans de traicter 
pour lui , et de lui faire donner advis ; ce que les Fran- 
çois refusèrent, et l'affaire ne passa pas oultre. On parla 
aussi du duc de Savoye; les François ne s'esloingnerent 
pas de traicter avec lui , ce qu'ils avoient refusé d'aul- 
tresfois; mais ils estoient comme persuadés des raisons 
du légat qui les y avoit portés. L'assemblée se sépara 
là dessus jusques au lendemain, ou les Flamands, qui 
avoient pris temps pour respondre, acceptèrent entiè- 
rement la response du roy très chrestien, tant pour 
dresser les articles et les souscrire que pour les dépo- 
ser entre les mains du légat; ils dirent qu'ils avoient 
des lettres au cardinal pour expédier le courrier en 
Espaigne , et qu'il estoit desjà prest pour cela ; mais 
puisqu'on avoit adjousté à ceste despesche de faire 
venir d'Espaigne les contreseings pour la démolition de 
Blavet , il estoit besoing qu'on prist sur cela de nou- 
velles lettres du cardinal , ce qui se feroit prompte- 
ment, et qu'ensuite ils despescheroient le courrier tant 
pour cest affaire que pour le pouvoir nécessaire à 
l'esgard de l'Angleterre. Les François demeurèrent très 
satisfaicts, et le légat accepta la consignation et la garde 
des articles, après qu'ils auroient esté agréés par les 
parties. Les François sollicitèrent la veneue de l'ambas- 
sadeur de Savoye, laquelle ils n'avoient poinct jusques 



SUR LA PAIX. 377 

là tesmoigné désirer. On arresta qu'on commencèrent 
à dresser les articles, et pour cest effect on ne s'as- 
sembla pas le jour suivant , qui estoit le s3 , afin qu'on 
eust eu ce temps pour les mettre par escrit. 

Les François commencèrent à estre plus faciles qu'ils 
n'avoient esté auparavant; d'où on peult conjecturer 
qu'ils avoient eu de plus amples commissions. Quant 
au duc de Mercœur, les Espaignols faisans de nou- 
velles instances pour lui, il feut resoleu de différer 
pour quelque temps à parler de son traicté, estant 
teneu pour certain qu'il se soubmettroit au roy très 
chrestien , ou mesmes qu'il l'avoit desjà faict. 

Le jour de surseance passé , on s'assembla le 24 du 
mesme mois. Les François y récapitulèrent tout ce 
qu'on avoit traicté ; c'est à sçavoir qu'on dressast des 
articles tels qu'on peust avoir une bonne et durable 
paix, avec toutes les asseurances dont on pourroit 
convenir, levans tous les empeschemens qui se pour- 
roient rencontrer. Ils demandèrent qu'on restreignist 
' le temps de la restitution des places à ung mois seule- 
ment; dirent que le roy très chrestien auroit désiré 
avoir toute l'artillerie qui y estoit , ou au moins la 
moitié, et qu'il falloit se despescher de signer les ar- 
ticles , afin de les mettre , comme on avoit conveneu , 
entre les mains du légat. Richardot feit response qu'on 
ne pouvoit abréger le temps de la restitution, parce 
qu'ils ne pensoient pas pouvoir donner plus tost les 
ordres nécessaires pour cela, veu qu'il y avoit dans 
les places des soldats mutinés, qu'il estoit raisonnable, 
pour maintenir la réputation de leur roy, de chastier 
en quelque façon; qu'ils ne voulloient ce temps là que 
pour satisfaire pleinement à tout ; que debvans rendre 
les places, leur advantage estoit de le faire plus tost 



I 

^7 8 RELATION 

que plus tard , tant pour se descharger de despense 
que pour divers aultres respects qu'il estoit aisé de 
s'imaginer, les inlerests du cardinal y estans visibles. 
Les François ne se contentoient pas de cela; au con- 
traire, ils remonstroient que pour la paix de Cambray 
il n'y avoit eu qu'ung mois de temps pour semblables 
restitutions, et demandoient qu'on abregeast le terme 
au moins de quinze jours. Les Espaignols estoient 
inexorables; mais le légat et le gênerai, s'interposans 
pour accommoder l'affaire, feirent en sorte qu'ayant 
esté parlé au précèdent de rendre les cinq places a 
deux fois, c'est à sçavoir Calais et Ardres dans deux 
mois, et les trois aultres ung mois après, il feut arresté 
que toutes les cinq seroient rendeues dans les deux 
premiers mois ; et ce feut la conclusion de ce différend. 
Quant à Blavet, il y avoit aussi de la difficulté pour le 
temps dans lequel on en debvoit oster la garnison et 
démolir les fortifications. Les François trouvèrent long 
le terme de trois mois , et les aultres n'en voulloient 
rien rabattre. Le légat, voyant ces difficultés, parla à 
tous et avec des raisons pleines d'efficaces, feit com- 
prendre aulx François qu'ils ne pouvoient doubter de 
l'affaire deBlavet, parce que les cinq places leur estans 
rendeues pour faire la paix, il n'estoit pas vraisem- 
blable qu'on feist après difficulté de demander Blavet, 
parce que les Espaignols ne trouveroient pas leur 
compte, ayans restitué ces villes, à se reserver Blavet, 
sans avoir la paix. 

Tous demeurèrent contens de ce qu'il avoit dict; et, 
quant à la démolition de Blavet, on demeura dans le 
terme de trois mois, avec parole de laquelle on se 
contenta, que, si faire se pouvoit, on l'accourciroit. 
L'on concleut aussi que le temps des deux mois com- 



SUR LA PAIX. 379 

menceroit à courir du jour qu'on signeroit les articles; 
et que dans ce temps la paix entre les deux couronnes 
seroit jurée par le roy de France et par le cardinal 
d'Autriche; et qu'après on en fourniroit la ratification 
du roy d'Espaigne. L'on parla du duc de Savoye, et 
les François demandèrent de nouveau qu'on feist venir 
son ambassadeur. Le légat donna jour ensuite pour 
l'assemblée; et, quant au différend qui estoit pour l'ar- 
tillerie, les François n'y peurent rien gaigner, encores 
qu'ils en demandassent une partie de courtoisie. 

Tout cela feut ainsi arresté sans qu'on en deust plus 
parler, sinon par les articles. 

Le i5 se passa sans assemblée, bien qu'elle y eusk 
esté assignée, parce que le courrier de Bruxelles ar- 
riva avec lettres et les contreseings qu'on attendoit ; 
ce que les Espaignols voulleurent faire voir aux Fran- 
çois, et pour cela les feurent trouver; de sorte que la 
journée se passa toute à cela. On feit les expéditions; 
et, le lendemain , on despescha le courrier en Espaigne , 
la couverture de la despesche portant le sceau du légat, 
avec l'addresse au nonce de sasaincteté, résidant auprès 
du roy d'Espaigne, parce que les François ne voul- 
leurent pas qu'il traversast la France soubs le nom du 
roy d'Espaigne , bien qu'il n'y eust rien du légat en 
tout le paquet que la couverture. 

Le 26 , on tint l'assemblée en laquelle les François 
demandèrent que Cambray feust remis en neutralité, 
comme il estoit avant qu'il feust retourné entre les 
mains d*es François. On disputa beaucoup sur cela sans 
rien resouldre, bien qu'il pareut assés que du temps 
de Charles Quint la forteresse estoit entre ses mains ; et 
si on croit pour certain que la garde des portes dépen- 
dent de lui. On parla aussi des François qui estaient 



38o RELATION 

du parti contraire au roy, aulxquels on desiroit qu'on 
pardonnast, et qu'ils feussent remis dans leurs biens. 
A quoi M. de Bellievre feit quelques fortes oppositions, 
comme de dire que c'estoient vassaulx du rov de 
France, duquel seul ils debvoient recevoir leur grâce, 
et non par l'entremise du roy d'Espaigne, auquel ils 
n'avoient rendeu nul service , estant simplement des 
fugitifs. Neantmoins il ne se rendit pas opiniastre , le 
nombre en estant petit, et n'y ayant que M. d'Aumale, 
duquel on n'avoit pas confisqué les biens , qui feusl de 
grande considération, etc. 

Le légat crut qu'on ne debvoit plus tenir d'assemblée 
que l'ambassadeur deSavoyenefeustveneu,lasubstance 
des choses estant arrestee entre les deux couronnes, 
de craincte qu'en retouchant ces mesmes choses on ne 
prist occasion de nouvelles difficultés. De sorte que sur 
la fin de l'assemblée , on trouva bon de n'en faire plus 
jusques à la veneue de cest ambassadeur; lequel arriva 
le jour d'après , et feut receu des Espaignols avec un g 
grand honneur. Richardot et Taxis lui feurent au de- 
vant à cheval , et le mirent entre eulx deux ; chose 
qui lui grossit le courage plus qu'il ne debvoit; car 
l'assemblée se debvant tenir le lendemain , il n'v voul- 
loit pas céder à l'audiencier, pretendans de seoir au 
dessus de lui. 

Le gênerai le feit sçavoir au légat, lequel ne s'en 
voulleut poinct mesler, disant qu'ils vuidassent entre 
eulx ce différend, puisqu'ils estoient une mesme chose. 
Le gênerai , par le moyen d'ung de ses moines qui 
l'avoit servi à Vervins, envoyé exprès pour y servir le 
duc de Savoye , feit en sorte que son ambassadeur se 
contenta d'estre vis à vis du légat, au bas bout de la 
table, à la main gauche du gênerai. 



SUR LA PAIX. 38 r 

Et le matin suivant, avant l'heure de l'assemblée, 
il alla saluer le légat; le salua de la part du duc son 
maistre, lui tesmoignant beaucoup de confiance. La 
conclusion de son discours feut que le duc de Savoye 
desiroit la paix , nonobstant la guerre ouverte ; qu'il 
avoit l'escrit et les lettres du roy à ce subject , et qu'il 
esperoit que sa majesté entretiendroit l'accord faict de 
se remettre de tous les différends au pape. Le légat ne 
voulleut pas venir beaucoup au particulier, ne le ju- 
geant pas à propos en ceste première conférence par ce 
qu'il avoit appris des François. Il croyoit qu'ils pre- 
tendoient n'estre pas obligés à maintenir ce qui s'estoife 
traicté auparavant avec Savoye; et pour ce, il prya 
l'ambassadeur de Savoye de voulloir faciliter les af- 
faires, et ne pas tesmoigner estre si ferme en ses 
propositions , de craincte de tout rompre. 

Le mesme jour il y eut assemblée, en laquelle le 
légat eut bien de la peine à réduire l'ambassadeur de 
Savoye à voulloir faire ses propositions et rechercher 
les François, ce qu'enfin il lui persuada. Il feit sa pro- 
position en la mesme forme que lui avoit dict le légat. 
M. de Bellievre respondit et commença son discours 
par cotter les obligations que la maison de Savoye 
avoit à la France, et nommeement depuis François I er ; 
remarqua beaucoup de bienfaicts , et l'honneur des 
alliances qu'elle avoit receu des roys très chrestiens; 
puis parla de leur droict et possession du marquisat 
de Saluées, et de la façon qu'il avoit esté occupé par 
le duc de Savoye. Il discoureut ensuite des pourpar- 
lers et propositions de paix qui avoient esté faictes, 
monstrant qu'il n'avoit teneu qu'au duc de Savove 
qu elle n'eust esté concleue , et qu'il pretendoit que 
son roy n'estoit plus teneu à l'observation de ce qui 



3^ 2 RELATION 

avoitesté autrefois traicté; mais il n'exprima pas cela 
nettement, ne se laissant pas absolument entendre. Il 
se tourna là dessus vers M. de Sillery, lui disant que, 
puisqu'il avoit negotié le particulier de cest accom- 
modement, qu'il en fëist son rapport. M. de Sillery 
asseura que le roy très chrestien avoit proposé de re- 
mettre au pape les différends qui restoient depuis le 
premier traicté concernant le marquisat de Saluées, 
la restitution du Cenlal et le Chasteau Daulphin, avec 
les aultres places nouvellement occupées, sur les- 
quelles de part et d'aultre il y avoit des prétentions. Il 
dict que le duc de Savoye, ou son ambassadeur Jacob, 
n'a voit pas voulleu accepter ce parti là, sans parler de 
deux lettres, Tune du duc de Savoye et l'aultre du 
roy de France, qui sont de grande importance. Par la 
première, le duc tombe d'accord de remettre au pape 
tous les différends; et par la seconde, le roy se faiet en- 
tendre qu'il y consentiroit, et ce au temps que la guerre 
estoit ouverte. L'ambassadeur de Savoye, qui avoit 
ouï faire mention de ces lettres, soit qu'il n'en feust 
pas bien informé, soit qu'il ne s'en souvinst pas, n'en 
parla poinct en la response qu'il feit à M. de Sillery; 
au contraire, confirmant que tout ce qu'avoient dict 
MM. de Beîlievre et de Sillery estoit véritable, toute 
rassemblée jugea qu'il n'avoit pas bien deffendeu sa 
proposition, d'en demeurer aulx termes du premier 
traicté. L'ambassadeur de Savoye se retira le premier, 
qui ne voulloit jamais sortir ni entrer avec ses adhe- 
rens, n'ayant pas une entière confiance en eulx ; et après 
lui les Flamands, n'ayant plus rien à dire, s'en allèrent 
aussi. Les François demeurèrent les derniers avec le 
légat, fort contens, parce qu'il leur sembloit d'avoir 
mis l'ambassadeur de Savoye dans la confusion. 



SUR LA PAIX. 383 

Le soir mesme et le lendemain matin, les Espaignols 
et l'ambassadeur de Savoye feurent trouver ce frère 
cordelier dont nous avons parlé , qui estoit malade à 
Vervins, où il estoit de la part du duc de Savoye , et 
se nommoit frère François de Martinengue , lequel , 
comme mieulx informé, leur donna les lettres susmen- 
tionnées , et ung fort long discours , par lequel on 
voyoit que, depuis l'an i ioo jusques à François I er , le 
duc de Savoye, qui lors, et long temps depuis, estoit 
seulement nommé comte, et non duc de Savoye, avoit 
esté continuellement recogneu des marquis de Saluées 
pour leur supérieur, et lui avoient juré hommage. Le 
marquisat ayant esté possédé par les roys de France , 
seulement depuis François I er , ils mirent ces pièces 
ensemble ; et l'ambassadeur de Savoye , tout fier de 
ceste descouverte, les porta au légat, lequel les veit, 
et n'esleva pas le courage de l'ambassadeur; mais aussi 
ne lui voulleut il pas rabattre, de peur qu'on se defiast 
de lui. Il lui conseilla d'en parler le lendemain dans l'as- 
semblée. L'ambassadeur en feit difficulté , prétendant 
que les François debvoient estre les premiers à faire 
leurs demandes ; à quoi ils estoient resoleus de ne con- 
descendre jamais. L'ambassadeur de Savoye s'estant 
ainsi retiré, le légat feit de sorte, par l'entremise du 
gênerai, qu'il se modéra ung peu. Les Espaignols arri- 
vèrent les premiers à l'assemblée avec l'ambassadeur 
de Savoye , et Richardot receut de ses mains les pa- 
piers. On tomba d'accord que le légat entameroit le 
propos, en disant que l'ambassadeur de Savoye avoit 
encores beaucoup de choses à dire. Sur cela, il parla 
et rapporta ce que contenoient les papiers. Les Fran- 
çois ne contredirent poinct aulx lettres; et M. de Sil- 
lery , qui en avoit copie en main , die* qu'elles estoient 






384 RELATION 

véritables, et qu'il avoit faict celle du roy, mais qu'elle 
estoit conditionnée. Sur ce, quelques difficultés. L'am- 
bassadeur de Savoye demanda qu'il lui feust permis de 
parler françois pour pouvoir plus facilement dire son 
faict, et ainsi tous commencèrent à parler françois, 
examinant l'ung après l'aultre tous les mots de la lettre 
au roy très chrestien. M. de Bellievre dict que le roy 
pretendoit n'estre plus teneu à aulcung traicté , ni au 
conteneu de sa lettre, parce qu'elle n'avoit pas esté 
acceptée en temps , et que la guerre s'estoit faicte de- 
puis, qui avoit rompeu toute sorte de traicte. Richardot 
dict, là dessus, que le mot de capture, par la voye des 
armes , faisoit voir assés le mauvais procédé. M. de 
Bellievre se mit en colère là dessus , et répliqua que 
jamais la France n'avoit rien faict que bien à propos. 

Comme tous ces discours se tenoient en françois, 
le légat ne les entendit pas, et ne dict mot, comme 
aussi feii ent les parties qui demeurèrent dans le silence 
assés long temps. Le gênerai , voyant que la bile estoit 
esmeue , et craignant qu'on en vinst à de plus fascbeux 
termes, dict au légat qu'on pouvoit finir pour ce jour 
là. Le légat , faisant reflexion sur ce que le gênerai ve- 
noit de dire, encores qu'il n'eust pas entendeu tout ce 
qui s'estoit passé, dict que telles disputes estoient ac- 
compaignees de plus d'aigreur que d'équité; et peu 
après se leva, et rompit l'assemblée, après que M. de 
Bellievre eut dict à l'ambassadeur de Savoye que le 
jour suivant il s'expliquast de ce qu'il voulloit pour le 
duc son maistre, afin qu'il en peust escrire au roy. Ce 
qu'il prononça fort esmeu , et s'en alla avec M. de 
Sillery. Les Espaignols et l'ambassadeur de Savoye de- 
meurèrent; et le légat, s'estant bien faict dire tout ce 
qui s'estoit passé , en feit remonstrance à Richardot , 



SUR IA PAIX. 385 

qui receut bien la réprimande, advouant qu'il croyoit 
avoir failli. Le légat leur dict qu'ils n'avoient pas rai- 
son de voulloir que le roy cle France feust obligé en 
son honneur, et dans les voyes de justice. Sur cela, 
l'ambassadeur de Savoye s'en alla ; et les Flamands 
estant demeurés, l'affaire feut examiné de plus près, 
et avec ceste conclusion, que, soit qu'il y eust obliga- 
tion ou non, on n'useroit plus de ce terme, et qu'il 
n'en seroit plus parlé. Ils voullurent obliger le légat à 
proposer les conditions; de quoi il ne se chargea pas, 
disant qu'oui tre qu'il ne pouvoit pas mettre en avant 
des propositions desquelles il ne feust asseuré , il ne 
voulloit pas aussi tesmoigner prendre aulcung parti. 
Ils prirent bien ces raisons, et s'en allèrent, avec réso- 
lution de ne plus user de ce mot d'obligation. Le gêne- 
rai estoit en peine, craignant que ces paroles ne cau- 
sassent une rupture, et se plaignit fort de Richardot, 
qui s'estoit eschappé de la sorte. Le légat lui donna le 
courage et ordre d'aller le lendemain matin trouver les 
François, et qu'il apportast tout le remède possible a 
ce desordre surveneu. Il y feut; et, bien qu'ils eussent 
du ressentiment de ce qui s'estoit passé , si n'avoient ils 
pas volonté de rompre , et conclurent qu'on ne parle- 
roit plus de tout cela ; mesme M. de Sillery, à qui il parla 
hors la présence de M. de Bellievre, lui donna quelque 
lumière d'accommodement. Le gênerai, s'en estant re- 
tourné vers le légat, se soulagea fort. La pensée de ce 
qui s'estoit passé lui avoit donné une mauvaise nuict; il 
ne les eut gueres meilleures pendant tout le temps de 
ce traicté , estant tousjours en craincte sur la moindre 
difficulté, à laquelle il remedioit de tout son possible. 

Le 3 de mars au matin, les Espaignols et l'ambassa- 
deur cle Savoye s'accordèrent de demander en grâce, 

MÉM. DE DurLESSIS-MoRWAY. Tojis VIII. 2 5 



386 RELATION 

et, en faveur du roy des Espaignes , à celui de France, 
parlant à ses députés , qu'il lui pleust de remettre les 
différends qui pourroient naistre entre sa majesté et le 
duc à sa saincteté; et sur ceste resolution, on teint 
l'assemblée, les François ayant eu advis de tout. Là, 
le légat dict en peu de mots que les députés françois 
s'estoient chargés des dernières lettres pour y respon- 
dre qu'on avoit laissé passer ung jour, afin qu'on peust 
mieulx digérer les affaires qui se presentoient entre la 
France et la Savoye ; qu'il desiroit que les François 
disent ce qui leur sembloit de ces lettres. M. de Bel- 
lievre monstra , avec beaucoup de puissantes raisons, 
que sa majesté très chrestienne n'estoit pas obligée par 
la rigueur, ni par l'équité , ni par sa parole , à faire ce 
qui estoit porté par sa dernière lettre; et dict, entre 
aultres choses, qu'il s'estoit passé dix mois sans que 
]e duc de Savoye y eust faict response; et que, bien 
qu'il eust envoyé depuis quelques mois son ambassa- 
deur au cardinal d'Autriche, il ne debvoit pas envoyer 
en Flandres pour cela, mais vers le roy; car, encores 
qu'il y eust guerre ouverte, il n'eust pas manqué de 
passeports pour venir trouver seulement sa majesté; 
aussi qu'il avoit peu donner son consentement par 
lettre , et faire que l'on procedast en l'affaire avec les 
instrumens publics qui estoient nécessaires pour don- 
ner ung commencement à l'arbitrage. L'ambassadeur 
de Savoye feit response qu'il comprenoit bien que le 
roy n'estoit en façon quelconque obligé ni par raison 
ni par parole; mais que neantmoins il demandoit ceste 
grâce à sa majesté très chrestienne au nom du duc son 
maistre , qu'il lui pleust agréer les conditions portées 
par sa lettre, qui sont telles qu'on remit au jugement 
du pape tout le différend, et particulièrement la ques- 



SUR LA PAIX. 387 

lion si on suivroit ou non le traicté souscrit par M. de 
Sillery. Les François contredirent à cela, et protes- 
tèrent que cela estoit mal proposé , puisque , par la 
lettre du roy, on ne voyoit poinct ceste particularité, 
n'y ayant rien de précis , qu'encores falloit il qu'ils lui 
escrivissent , de ceste demande générale, de se remettre 
au jugement du pape, ne pouvant pas se resouldre sur 
cela sans nouveau pouvoir , puisque la demande estoit 
nouvelle; mais que sans doubte, s'ils lui faisoient en- 
tendre ceste demande particulière, sa majesté la re- 
butteroit, espérant qu'au contraire elle agreeroit le 
compromis gênerai de tous les différends. Apres quel- 
ques répliques, les députés espaignols se retirèrent à 
part avec l'ambassadeur , et disputèrent quelque temps. 
Le gênerai , voyant qu'ils ne s'accordoient pas , feut 
vers eulx , et tesmoigna du ressentiment de ce qu'ils 
varioient sur ce dont ils estoient demeurés d'accord 
avec lui. 

L'ambassadeur de Savoye dict, quand ils feurent tous 
retournés à l'assemblée, qu'il se contentoit qu'on de- 
mandast au roy la remise , ou compromis gênerai , et 
remercia le légat de son entremise , le pryant de conti- 
nuer jusques à ce qu'on eust obteneu le consentement 
du roy très chrestien. Les François se chargèrent d'en 
escrire à leur roy, et d'en attendre la response , ce qui 
feut pris ; de sorte qu'on creut aiseement qu'ils estoient 
seurs qu'il n'y auroit poinct de difficulté. Le légat, 
voyant les choses reduictes à bon poinct, parla en 
ceste sorte : 

Illustrissimes seigneurs, puisqu'il a pieu à Dieu 
qu'une si pieuse et si saincte affaire soit portée à si 
bon terme , qu'on peult dire que la paix est faicte , les 
deux couronnes estans d'accord , et le duc de Savoye 



388 RELATION 

après avoir surmonté tant de difficultés qui se sont 
trouvées, à présent que l'assemblée délibérera pour 
conclure et terminer tous les differens : je vous sup- 
plie, messieurs, de considérer les périls qu'il y a de 
prolonger la conclusion d'ung si bon œuvre, et d'ung 
bien si gênerai à toute la cbrestienté. Je vous dirai 
qu'il y a beaucoup de personnes qui interviennent en 
ce traicté, la vie desquels est du tout nécessaire pour 
sa perfection. Ce sont princes dont il y en a quelques 
ungs d'aage, et les aultres qui sont tous les jours dans 
les périls de la guerre. De plus, les séditieux et malins 
hérétiques, usurpateurs du bien d'aultrui , ne cessent 
de faire tout leur effort, et d'user de toute sorte d'ar- 
tifice pour empescher ici le service de Dieu. Croyés 
moi, messieurs, que le démon vole par tout pour se- 
mer la zizanie, ne pouvant pas recevoir ung plus rude 
coup que celui ci, il fournit à ses partisans le feu, la 
flamme , le poison, et la cruauté pour empescher ceste 
paix , et mettre la guerre en sa place. Je ne puis m'em- 
pescher que je ne m'estende sur ce propos , et qu'avec 
le plus de reteneue qu'il m'est possible, je ne vous 
advertisse que ceulx qui doibvent mettre la main à la 
plume le fassent nettement, afin qu'il ne soit poinct 
besoing d'en venir aulx répliques ; que ceulx qui 
doibvent travailler en cest affaire le fassent courageu- 
sement , afin d'oster tous intrigues, et qu'il ne reste 
plus de doubte : commencés à penser au lieu , au temps , 
et à la façon de dresser le compromis nouveau ; escri- 
vés au roy comme il en a esté traicté par deçà. Le zèle 
me faict parler; le mal que j'appréhende me faict insis- 
ter, le bien que j'espère me porte à vous donner ces 
advertissemens : comme serviteur et ministre , je 
vous fais ceste instance au mieulx qu'il m'est possi- 



SUR LA PAIX. 389 

ble, et avec toute l'affection que je doibs. Les Fran- 
çois lui respondirent les premiers, lui disans qu'il ne 
doubtast poinct qu'attendant la response, ils ne per- 
droient pas le temps; qu'on dressoit les articles entre 
la France et l'Espaigne, et qu'ils les reduiroient à tel 
poinct qu'il ne resteroit plus qu'à les signer. Ils de- 
mandèrent tous au légat son advis sur le temps du 
compromis , et si pendant icelui il y auroit paix ou 
trefve entre France et Savoye. Il feit difficulté de 
dire son opinion. Neantmoins, sur l'instance qu'on lui 
en feist avec pryere, il dict que son sentiment estoit 
qu'on feist le compromis le plus libre qu'on pourroit 
entre les mains du pape. Que le temps feust de six 
mois qui se peust prolonger par sa saincteté jusques à 
ung an; qu'on feist la paix plus tost qu'une trefve des 
l'heure mesmes, si on le jugeoit possible, et que pen- 
dant le terme du compromis, les choses demeurassent 
au mesme estât qu'elles estoient, chacung retenant ce 
qu'il possedoit, et promettant d'observer et exécuter 
tout ce qui seroit jugé par le pape. Tout cela feut re- 
ceu avec joye, et ne feut en rien contredict : on pro- 
posa si l'on debvoit des l'heure licentier les gens de 
guerre, et de quelle façon on conserveroit les places. 
Les François respondirent que, quant aulx gens de 
guerre, il ne falloit pas tout congédier en ce commen- 
cement, et le légat dict que les places se conserve- 
roient ad arbitrium boni vire , et ainsi l'assemblée se 
sépara ; toutes les parties demeurans très satisfaictes du 
légat et du gênerai. 

Il se trouva après beaucoup de difficultés à accom- 
moder les affaires de Savoye avec son ambassadeur , 
parce qu'encores qu'il eust consenti de se remettre de 
toutes les difficultés au pape, et mesmes qu'il l'eust 



390 RELATION 

ainsi demandé , il faisoit neantmoins difficulté de lais- 
ser les choses en Testât qu'elles estoient , et desiroit 
que durant l'arbitrage on eust restitué au duc son 
maistre Sainct Jean de Maurienne. 

Cela ne feut pas accepté des François , alleguans 
beaucoup de raisons pour lesquelles on ne le pouvoit 
faire; et, pour mieulx disposer l'ambassadeur , on re- 
soleut de ne poinct tenir l'assemblée le 4 mars ; enfin , 
il se contenta de se remettre sans aulcune reserve au 
jugement du pape. 

Le jour d'après, on despescha ung courrier au roy , 
et depuis on demeura beaucoup de jours , attendant 
la response, sans que pendant ce temps on tinst d'as- 
semblée , ni l'on proposast les articles. Il vint de 
Flandres des advis aulx députés espaignols qu'apporta 
ung secrétaire, par lesquels on leur faisoit sçavoir que 
le roy de France donnoit des paroles seulement pour avoir 
le temps de se mettre en estât de bien faire la guerre: le 
légat chercha les moyens de leur oster ceste opinion , et 
avec beaucoup de raison leur persuada le contraire ; 
d'auître costé, les François commencèrent à doubter qu'il 
y eust quelque tromperie ou quelque entreprise , estant 
arrivés par mer, à Calais , quatre mille cinq cens Espai- 
gnols et huict cent mille ducats; sur cela les François feu- 
rent trouver le légat , pour sçavoir s'il croyoit que les Es- 
paignols voulleussent brouiller, et pour tascher à des- 
couvrir s'ils avoient quelque desseing. Le légat tascha 
de leur oster toutes ces deffiances , disant que la ve- 
neue des Espaignols estoit une suite des ordres donnés 
il y avoit beaucoup de mois ; de sorte qu'elle ne pou- 
voit estre prise pour une contravention de paix , pour 
ce que quand ils estoient partis d'Espaigne, on n'y 
pouvoit pas encores avoir nouvelle que les députés feus- 



SUR LA PAIX. 3gi 

sent assemblés , et qu'il ne croyoit pas qu'il y eust rien 
de tel à appréhender , puisque l'affaire estoit entière- 
ment en la main du cardinal Albert, auquel il im- 
portait extresmement que la paix seconcleust, parce 
que aultrement il ne recevroit pas en dot la Flandres, 
et ne pourroit jamais espérer de succéder par le moyen 
de sa femme à tant de royaulmes et d'estat; neant- 
moins que chacung prist garde à soi , pour ce que n'y 
ayant ni paix ni trefve, chacune des parties pouvoit 
faire ce qu'elle estimeroit lui estre plus advantageux. 

Les François s'appaiserent au discours du légat , et 
quelques jours après ils receurent des lettres de la court, 
qui estoit à Angers, par lesquelles ils apprirent de M. de 
Villeroy que le duc de Mercœur avoit envoyé sa femme 
trouver le roy pour faire ses accommodemens , et que 
l'on croyoit que sa majesté très chrestienne feroit ses 
pasques dans Nantes. Cest advis feut confirmé de Paris 
par plusieurs personnes; ce qui feit que le légat s'es- 
tonna moins que le courrier ne feust pas encores de re- 
tour; car il s'estoit passé assés de temps pour estre re- 
tourné commodeement. Neantmoins il estoit en quel- 
que deffîance , pour ce qu'on escrivoit de Paris qu'il 
estoit veneu d'Angleterre ung ambassadeur très bien 
accompaigné; de sorte qu'il ne se pouvoit asseurer, en- 
cores que les François dissent, que cela ne pouvoit en 
rien altérer le traicté de paix; quand bien les nouvelles 
qu'ils ne croyoient pas eussent esté vraies, qui disoient 
que la royne d'Angleterre avoit faict de grandes offres, 
pour ce que son ambassadeur n'avoit voulleu negotier 
avec personne , encores que le roy eust ordonné qu'il 
s'arrestast à Paris, et qu'il traictast avec le connestable 
et quelques aultres, attendeu qu'il ne voulloit pas qu'il 
feist le voyage de Bretaigne, pour ne le pas laisser ap- 



3(p RELATION 

procher des hérétiques de France, de craincte de quel- 
que sédition. 

Les choses estans en ces termes, et le roy avec une 
armée en Bretaigne , le légat estoit en inquiétude à 
cause des longueurs; et encores qu'il feust resoleu à la 
patience, contre l'opinion de quelques ungs, il n'estoit 
pas pourtant sans appréhender. 

Pendant ce temps, il feut attaqué de sa colique né- 
phrétique. Une lettre du 5 , veneue de Flandres , le 
travailloit encores , qui portoit que le cardinal Aldo- 
brandin estoit subitement parti de Ferrare pour aller 
à Rome , ce qui donnoit subject de craindre qu'il ne 
feust surveneu quelque accident de maladie au pape ; 
et encores que la lettre de Flandres, qui estoit du nonce 
qui y residoit, feust datée du 5 de mars, et que le lé- 
gat en eust une aultre du cardinal Aldobrandin du 20 
febvrier, par laquelle on voyoit qu'il n'avoit pas lors 
desseing de partir qu'après les festes, il ne s'ensuivoit 
pas qu'il neust peu changer d'advis. Il y avoit eu assés 
de temps, quoique très court, pour que ceste nouvelle 
différente peust estre veneue de Flandres. 

Pendant ce temps, l'incertitude de la conclusion du 
traicté travailloit le légat; considérant tous les subjects 
de deffiance qui naissoient, il fondoitson espérance sur 
ce que vraisemblablement le roy desiroit de faire res- 
ponse , à cause que l'accord du duc de Mercœur n'estoit 
pas encores faict. 

Comme on estoit en ceste grande attente de la response 
de sa majesté , elle arriva le 19 au soir, portée par le 
mesnie courrier. La matinée suivante , le légat n'en 
sceut poinct le particulier, parce que lui et les Fran- 
çois estoient occupés au service du jour de la Passion; 
mais ils lui demandèrent audience ? qu'ils lui donnèrent 



SUR LA PAIX. 3[p 

après le disner. Estans arrivés , ils répétèrent avec de 
fort belles paroles ce qui s'estoit traicté au nom du roy; 
ils remercièrent le légat des grandes peines qu'il se 
donnoit pour le bien de la paix, et lui présentèrent ]es 
lettres de créance de sa majesté, par lesquelles le roy 
disoit avoir remercié sa saincteté, par sa response, de 
la grande affection et persévérance avec laquelle cest 
affaire estoit traicté. Ils entrèrent après au particulier» 
confirmans toute la negotiation entre France et Espai- 
gne, par l'entremise du cardinal d'Autriche. Us se plai- 
gnirent pourtant de ne pouvoir obtenir l'artillerie et 
places qui leur debvoient estre rendeues, comme aussi 
de n'avoir peu conserver la neutralité de Cambray. Et 
puis ils vinrent à parler avec beaucoup de ressenti- 
ment du procédé du duc de Savoye, repetans toutes 
les injures que son altesse avoit faictes à la couronne 
de France, et les mauvais moyens qu'il avoit teneus en 
traictant de paix du temps de son ambassadeur Jacob; 
que le comte d'Auvergne, faisant sa reconciliation avec 
le roy, les avoit descouverts ; que , traictant avec ung roy 
puissant, et qui avoit l'obéissance de tous ses estats, il 
debvoit negotier comme inférieur, mesmement après 
que le duc de Mercceur avoit faict son accord, sa femme 
ayant desjà soubscrit des articles qui portoient qu'il 
abandonneroit le gouvernement de Bretaigne; que le 
roy lui donneroit trois cent mille escus et cinquante 
mille livres de pension, et qu'une sienne fille unique de 
sept ans seroit donnée en mariage à César Monsieur, au- 
quel on donneroit le gouvernement de Bretaigne; qu'il 
ne restoit à ces articles, le roy les ayant desjà signés et 
agréés, que la signature du duc de Mercceur, qui estoû 
attendeu de jour à aultre à Angers, où le roy estoit. 
Apres ceste digression, ils revinrent à leur premkï 



394 .RELATION 

discours, et dirent enfin que sa majesté n'avoit pas le 
compromis agréable; non pas qu'elle n'eust toute con- 
fiance en Clément VIII , mais pour ce qu'elle croyoit 
qu'il y alloit de son honneur, après s'estre accommo- 
dée honorablement avec les Espaignols , de faire son 
accord avec la Savoye dans ung si grand desadvantage, 
compromettant de ce qui lui appartenoit; oultre cela, 
qu'il n'avoit pas asseurance de la vie du pape; et que, 
s'il venoit à manquer avant que d'avoir donné son ju- 
gement, il pourroit avoir ung successeur qui ne lui se- 
roit pas confident, et lequel neantmoins il n'oseroit pas 
refuser, pour ne le pas mescontenter et se le rendre 
ennemi des le commencement de son pontificat. Ils di- 
rent encores assés d'aultres choses qu'il n'est pas be- 
soing de rapporter, pour n'estre pas essentielles. Enfin 
ils se mirent à pryer le légat avec beaucoup de soub- 
mission qu'il n'abandonnast pas pour cela l'entreprise, 
et qu'il persistast à procurer quelque satisfaction au 
roy ; qu'il ne desesperast pas pour cela des affaires, et 
qu'il pourroit trouver quelques moyens d'accommode- 
ment, ayant assés d'auctorité pour disposer les parties 
à ce qui lui sembleroit à propos. Ceste response ne 
contenta pas le légat en ce qui regardoit le particulier 
de Savoye; et, s'en plaignant, leur répliqua qu'il ne 
sçavoit quel parti proposer aulx Espaignols ni au Sa- 
voyard, qui estoit tout rebuté de la façon avec laquelle 
il avoit esté receu par l'ambassadeur du grand duc. Que 
sans doubte il se rendroit suspect (et peult estre l'estoit 
il desjà) d'estre partial pour la France; qu'ils n'avoient 
pas deu se charger d'en escrire en court , veu le succès, 
après avoir donné espérance que le roy trouveroit bon 
ce qui s'estoit traicté; que l'affaire n'estoit plus en son 
- entier; que les Espaignols estoient en grande deffiance, 



SUR LA PAIX. 3q5 

voyans le roy armé avec quatorze mille hommes d'in- 
fanterie qu'il soudoyoit tousjours ; se doubtans qu'il 
voulloit accommoder ses affaires , et se mettre en bon 
ordre pour faire la guerre, et cependant les entretenir 
de paroles; que le duc de Savoye n'estoit plus en Testât 
précèdent, parce qu'il estoit veneu nouvelle à son am- 
bassadeur qu'il avoit pris la vallée de Maurienne et la 
ville de Sainct Jean , avec grande perte des trouppes 
de Lesdiguieres, et d'ung fort qu'il avoit construict en 
ces quartiers là ; et que Crequy, son gendre, avoit esté 
pris prisonnier par le duc de Savoye, avec quattre ca- 
pitaines. Les François répliquèrent qu'ils n'avoient ap- 
pris ceste nouvelle que dans Vervins; mais que, quand 
elle seroit véritable , ce n'estoit rien , pour ce que la 
vallée de Maurienne et Sainct Jean n'estoient pas choses 
qui se peussent deffendre , estans ouvertes à quiconque 
estoit maistre de la campaigne; ainsi que tout cela n'au- 
roit pas la suite que l'on pensoit, veu que Lesdiguieres 
reprendroit tout, et mettroit le duc de Savoye en pire 
estât qu'au précèdent. Le légat ne gousta pas ces rai- 
sons; et, sur l'instance que lui faisoient les François 
qu'il trouvast quelque accommodement, il ne jugea pas 
à propos d'en proposer aulcung, et les convia de faire 
quelque ouverture. Estans fort pressés par le légat , ils 
dirent que l'on pourroit desposer le marquisat entre les 
mains de quelque prince , nommant mesme sa sainc- 
teté. Le parti ne pleut pas, pour divers respects, au 
légat ; il ne le resprouva pas , et il n'y consentit pas 
aussi. 

Apres quelques propos, on feit venir ie gênerai, le- 
quel, entendant la resolution de sa majesté à l'esgard 
de Savoye , eut mauvaise opinion de l'affaire. Les Fran- 
çois donnèrent beaucoup de bonnes paroles, et con- 



396 RELATION 

eleurent qu'il falloit presser l'affaire, disans que si il 
ne se concluent clans deux jours, c'en estoit faict, et 
qu'il n'en falloit plus parler. Le gênerai dict qu'il ne 
seavoit pas ce l'on pouvoit traicter, eulx ne specifians 
poinct jusques où et à quoi sa majesté très chrestienne 
consenliroit. Les François dirent qu'il estoit bon de 
dormir là dessus, et que le lendemain matin on parle- 
roit de nouveau , et peult estre il s'ouvriroit quelque 
parti. Le gênerai estant demeuré avec le légat, ils réso- 
lurent que le premier iroit trouver les ungs et les 
aultres , taschant d'adoulcir les Espaignols et de tirer 
dadvantage des François; lesquels, au sortir de ehés le 
légat, feurent visiter les Espaignols, à qui ils parlèrent 
fort courtoisement, de sorte qu'ils ne comprirent nul- 
lement par leurs discours où alloit l'affaire. Le gênerai 
les alla tous voir; et lui feut dict par les François qu'il 
estoit nécessaire d'adoulcir le roy, qui estoit fort indi- 
gné contre le duc de Savoye; et que le moyen de le faire 
estoit de lui restituer quelque chose de ce que le duc 
tenoit, et, du reste, faire ung compromis au pape. Le 
gênerai leur demandant si, au cas qu'on feist condes- 
cendre l'ambassadeur de Savoye à quelque chose de 
plus , ils avoient pouvoir de conclure sans escrire en 
cour de nouveau , ils lui respondirent qu'il y fauldroit 
despescher, adjoustans qu'ils ne s'asseuroient pas que 
le roy acceptast ce qui seroit proposé. Le gênerai rap- 
porta le tout au légat, qui se fascha fort de ce qui s'estoit 
passé , et souspçonna qu'il y eust là dessoubs quelque 
stratagesme pour tirer de longueur sans rien faire, et 
que le roy voulleust raccommoder ses affaires, et puis 
rompre quand il les auroit entreteneus là tant qu'il au- 
roit jugé à propos, fondant ceste opinion sur quelques 
indices qu'il en avoit. Estans en ceste inquiétude 5 les 



SUR LA PAIX. 397 

Espaignols lui demandèrent audience, qui leur feut sur 
l'heure accordée. Estans veneus, ils feirent beaucoup de 
plainctes, et dirent qu'il leur sembloit qu'on se moc- 
quoit d'eulx, et qu'ils ne sçavoient plus que mander au 
cardinal, ni comment disposer la Savoye, ne voyant 
seureté sur chose quelconque ; qu'ils estoient veneus 
pour faire la paix , mais qu'ils n'eussent jamais creu 
d'estre traictés de la sorte ; qu'ils le venoient trouver 
pour prendre acte ; qu'il n'avoit pas teneu à eulx ni à 
leur maistre qu'on ne feust veneu à une conclusion , 
mais bien aulx François , afin qu'il peust faire foi à sa 
saincteté de ceste vérité. Le légat leur feit response 
avec beaucoup d'addresse ; et , pour les divertir du 
discours qui les portoit à la rupture, leur répéta tout 
ce qui s'estoit passé en cest affaire de la paix , monstrant 
que, de tous les costés, on avoit traicté réellement et 
sans fraude; qu'à la vérité les choses avoient quelque- 
fois changé, mais que jamais on n'avoit trompé. Qu'il 
cognoissoit fort bien ceulx avec qui on traictoit, et par- 
ticulièrement le naturel du roy de France, qui n'alloit 
pas seulement à l'utile , mais beaucoup plus à l'hon- 
neur, lequel sa majesté mesnageoit fort ; ce qui estoit 
aisé à voir, parce qu'il demeuroit d'accord de tout ce 
qui avoit esté traicté avec le roy d'Espaigne et le car- 
dinal d'Autriche; mais qu'il ne pouvoit souffrir qu'ung 
sien inférieur retinst son bien , et voulleust traie ter 
avec sa majesté avec tant d'advantage; qu'il ne sçavoit 
pas bien ce que les François pouvoient ou voulloient 
faire; mais que , quand on debvroit despescher ung 
aultre courrier , le temps pour avoir la response n'es- 
toit poinct si long, que quand ils le debvroient perdre, 
ils ne deussent l'attendre, ung chacung gardant cepen- 
dant ce qu'il tenoit. L\ leur feit comprendre que le roy 



398 RELATION 

de France ne pouvoit pas faire voler une armée contre 
la Flandres et le roy d'Espaigne; et que ce qu'il avoit 
de trouppes en Bretaigne n'estoit pas pour venir en Pi- 
cardie; la plus grande partie de ceulx qui servoient là 
sa majesté le faisoient plus pour se délivrer du duc de 
Mercœur que pour aultre respect. Les Flamands ne 
contredirent poinct à ces raisons , mais ils lui feirent 
instance qu'il feist paroistre quelque effect de son auc- 
torité; lui tesmoignans au reste beaucoup de respect et 
une grande créance; sur quoi ils prirent congé de lui. 
Le légat envoya quérir les François, et les pressa plus 
qu'il n'avoit jamais faict de lui dire ce qu'ils pouvoient 
faire. Ils lui respondirent que le roy ne leur avoit donné 
aulcung pouvoir de conclure quoi que ce peust estre 
avec le duc de Savoye, s'il ne restituoit le marquisat de 
Saluées ; mais qu'ils apprenoient de leurs amis qui 
avoient la familiarité du roy, que s'il adoulcissoit l'es- 
prit de sa majesté avec quelque restitution , ils espe- 
roient avec grand fondement qu'elle consentiroit à ung 
accord. Le légat leur demanda si , avec ceste condition , 
ils avoient plus d'espérance de succès qu'à Faultre pro- 
position. Ils respondirent qu'oui. Le légat leur protesta 
que s'il en alloit aultrement , qu'il publieroit qu'on lui 
auroit manqué de parole. Ils sarresterent à lui faire 
voir avec de puissantes raisons qu'ils avoient tousjours 
procédé avec vérité ; que c'avoit esté sans fraude , et 
qu'ils avoient désiré, comme ils desiroient encores, la 
paix; et puis prirent congé du légat, le laissans en 
meilleure humeur qu'il n'estoit auparavant. On parla 
depuis peu aulx Flamands , qui se plaignoient fort de 
ce que les François voulloient traicter, n'ayans pas de 
pouvoir, quoiqu'au commencement ils eussent dict le 
contraire. Neantmoins le gênerai feit tant avec eulx 



SUR LA PAIX. 399 

qu'ils consentirent , et aussi l'ambassadeur de Savoye , 
à la restitution de Berre, et qu'ung fort occupé par le 
duc de Savoye, près de Grenoble, feut démoli; qu'il 
ne protegeroit plus aussi ung certain La Fortune , qui 
tenoit une place dans la Provence ; après quoi on feroit 
suspension d'armes. Tous les différends se remettraient 
au pape, selon le traicté, et qu'on concilierait la paix. 
Ensuite qu'on feroit toutes les diligences possibles, et 
qu'on despescberoit le courrier au plus tost. 

Apres cela, les François feurent par civilité trouver 
les Espaignols , et traicterent ensemble fort au long, 
dressans les articles du traicté. Cependant le légat 
avoit l'esprit en grande inquiétude, se trouvant assés 
de personnes qui le mettoient dans les deffiances, lui 
asseurant que le roy ne vouîloit poinct la paix , et n'avoit 
jamais eu intention de la faire; qu'il s'accommoderait 
avec la royne d'Angleterre et les estats de Hollande, 
et puis se mocqueroit du légat , l'ayant teneu cinq mois 
hors de Paris, assés indignement pour lui et pour le 
pape; qu'il estoit donc temps qu'il veist clair en cest 
affaire et qu'il ne se laissast plus donner de vaines 
paroles. Tous ces propos estoient autant de coups qui 
pèrçoient le cœur du légat, et ce d'autant plus vive- 
ment qu'il ne se portoit pas bien, estant travaillé du 
mal de reins et d'une débilité d'estomach, il n'avoit 
personne que le gênerai sur qui il peust descharger 
son cœur, encores estoit il lui mesmes tqut ennuyé de 
tant de longueurs et de deffiances. Nonobstant tout 
cela le légat estoit resoleu de prendre patience, en 
quoi il ne pensoit pas faire de préjudice au pape, veu 
qu'il n'estoit pas seul en cela, les deux parties inté- 
ressées estant obligées à la mesme chose; il ne pouvoit 
croire, considérant le naturel du roy, d'estre trompé, 



4oo RELATION 

et finalement il ne hazardoit rien qui touchast le pape, 
duquel il sçavoit que le roy avoit besoing nécessaire- 
ment en d'aultres affaires; et que d'ailleurs certaine- 
ment sa majesté estimoit, aimoit et reverroit sa sainc- 
teté; de sorte qu'il n'y avoit poinct d'apparence qu'il 
lui voulleust faire ung affront; il consideroit que ce 
n'estoit pas le roy qui se retiroit du traicté, puisqu'il 
avoit tousjours dict qu'il voulloit ravoir le marquisat, 
et qu'il n'avoit jamais donné espérance d'aultre con- 
dition. Il avoit donc pris une ferme resolution de ne 
poinct rompre , d'attendre , de répliquer, de pryer, 
d'admonester et de persévérer, sans en venir aulx pro- 
testations que quelques ungs lui conseilloient ; Testât 
neantmoins auquel il se trouvoit estoit assés fascbeux, 
son espérance estoit en dieu, aulx pryeres du pape, 
en la sincérité du roy, au besoing des aultres, et en la 
confiance qu'avoient en lui toutes les deux parties qui 
s'y fioient entièrement, cognoissans sa neutralité et 
sa volonté exemptes de tout interest et de toute pas- 
sion. 

Les députés s'estans trouvés plusieurs fois ensemble, 
ayans recapitulé tout le passé, et de nouveau con- 
veneu avec l'ambassadeur de Savoye, on tint le s5 
l'assemblée devant le légat, en laquelle M. deBellievre 
rapporta tout ce qui s'estoit passé en l'affaire de Savoye, 
et répéta la première proposition qu'on avoit escrite au 
roy; laquelle, comme il dict, n'ayant pas esté acceptée 
par sa majesté, afin de ne pas rompre le traicté, on 
avoit conveneu de nouveau de renvoyer ung courrier 
au roy, avec lettres expresses , par lesquelles il estoit 
porté que le duc de Savoye offroit de rendre à sa ma- 
jesté, deux mois après la signature des articles, la 
place de Berre, de desmolir le fort d'auprès Grenoble 



SUR LA PAIX. 4<A 

et d'abandonner la protection du capitaine La For- 
tune, qui tient une place de la couronne de France 
dans la Provence, remettant tout le reste au pape, 
comme on avoit conveneu au précèdent. M. de Bel- 
lievre ayant fini , M. le légat demanda si tous consen- 
toient à ceia; ils respondirent qu'oui, et l'ambassadeur 
de Savoye le prya le mieulx qu'il peut d'y contribuer 
sa faveur: cela faict , cest ambassadeur se retira, et 
tous les aultres demeurèrent, discourans fort particu- 
lièrement sur beaucoup de poincts qui importaient 
auîx deux couronnes. Les François arresterent que, 
quand les articles seroient signés de toutes les parties, 
on les metlroit entre les mains du légat, mais qu'on 
tiendroit la paix secrette, et que tous demeureroient 
dans Vervins jusques a la conclusion; ils demandèrent 
aulx Espaignols qu'après la soubscription des articles, 
on ostast aussitost de Blavet la garnison espaignole 
superfleue pour la garde de la place; ce qui feut ac- 
cordé par eulx, en donnanrfar les François les barques 
et commodités requises pour les tirer de là; à quoi les 
François ayans répliqué qu'ils n'y estaient pas obligés, 
les aultres les en requirent de courtoisie, promettans 
de donner asseurance que les barques seroient rame- 
nées; les François promirent de faire leur possible 
pour l'obtenir, mais ils firent quant et quant paroistre 
qu'il n'y auroit pas grande difficulté; ils feirent tous 
leurs excuses au légat de ce qu'ils s'arrestoient si long 
temps , et lui faisoient souffrir tant d'incommodités en 
ce lieu là. Il repartit qu'il estait vrai qu'il souffroit, 
mais que c'estoit plus de l'esprit que du corps, et qu'il 
ne falioit pas prendre garde à cela, estant vrai que 
pour conduire à bonne fin ung si sainct ouvrage, il 
n'en partiroit volontiers de dix ans; mais il les remercia 

Méat, de Duplessis-Morwat. Tome viii. 26 



4oa RELATION 

tous au nom clu pape et au sien, de ce qu'il recog- 
noissoit bien qu'ils, cheminoient rondement et unani- 
mement tous , pour la conclusion de l'affaire ; sur 
quoi il tomba en une telle tendresse qu'on lui vit jetter 
des larmes. Il pressa l'expédition du courrier, et escfi- 
vit au roy une lettre pleine d'affection, le pryant avec 
beaucoup de raisons qu'il acceptast les conditions. Il 
la monstra aulx François qui en feurent fort satisfaicts. 
Il parla a tous deux a part, qui lui donnèrent bonne 
espérance, et lui dirent que la raison pour laquelle on 
voulloit tenir la paix secrette , estoit pour donner ceste 
satisfaction aulx confédérés, qu'ils eussent du temps 
pour y entrer, mais qu'encores qu'on en usast ainsi , le 
roy n'entendoit pas gaster les affaires en leur considé- 
ration. Ils parloient et avoient negotié en sorte qu'on 
pouvoit croire qu'ils avoient la conclusion en main ; 
neantmoins ils ne voulleurent jamais, ni en public ni 
en particulier , rien promettre ni dire qu'ils eussent 
aulcung pouvoir. 

Le lendemain matin, qui feut le 26 mars, le cour- 
rier partit avec le paquet pour le roy. Depuis son par- 
tement, les François receurent des lettres de M. de 
Yilleroy, par lesquelles il asseuroit qu'encores que la 
paix eust beaucoup d'ennemis, le roy perseveroit à la 
voulloir; et, depuis celles là, il en vint d'aultresqui ac- 
cusoient l'arrivée du courrier, et excusoient le roy de 
ce qu'il n'avoit pas encores faict response, asseurant 
que sa majesté n'avoit supersedé que sur l'attente des 
Hollandois, pour traicter avec eux; et, quanta l'An- 
gleterre , ils disoient qu'on avoit negotié avec l'ambas- 
sadeur de la royne qui estoit disposée à la paix. 

Le légat estoit cependant fort en suspens et fort tra- 
vaillé, espérant d'ung costé et craignant de l'aultre, 



SUR LA PAIX. 4o'3 

en ce qu'il lui sembloit que Testât des affaires chan- 
geoit, car le duc de Savoye avoit pris la Maurienne, 
faict beaucoup de prisonniers, et entre aultres Crequy, 
gendre de Lesdiguieres, avec vingt capitaines. Lesdi- 
guieres avoit despuis pris le fort de Barrault par force 
en une escalade , et le capitaine La Fortune s'estoit 
accordé avec le mareschal de Biron. Il ne restoit rien 
à faire du nouveau traicté, sinon la restitution de la 
place de Berre; les François donnoient bon courage, 
asseurans que tous ces accidens surveneus n'alteroient 
en rien l'affaire de la paix. D'aultre costé, ils se plai- 
gnoient qu'alors qu'on estoit le plus avant dans le 
traicté de paix , le duc de Savoye avoit faict de nou- 
velles entreprises. Les Flamands, d'aultre costé, di- 
soient que le roy voulloit faire ses affaires sur le pré- 
texte du traicté de paix, et qu'après les avoir faicts il 
recommencèrent la guerre, ayant desjà accommodé de 
ceste sorte les affaires de Bretaigne avec le duc de Mer- 
cœur, n'attendant que le temps pour rompre le traicté 
quand il le jugeroit à propos. 

Les ungs et les aultres alloient faire leurs plainctes 
au légat; et, bien que cela le faschast assés, il les ap- 
paisoit neantmoins par bonnes raisons , faisant voir 
aulx Flamands que le roy avoit beaucoup d'affaires 
bien importans, et qui le pressoient, aulxquels ils ne 
pouvoient remédier qu'en faisant la paix, que jusques 
a la fin il lui estoit impossible de croire qu'on le trom- 
past; qu'en tout cas il n'y avoit trefve qu'à quattre 
lieues aulx environs d'où ils estoient , et qu'on n'em- 
peschoit personne de penser à soi et de faire ses af- 
faires ; d'aultre costé, il asseuroit les François que le 
cardinal Albert ne feroit rien qui peust prejudicier à 
la paix, veu qu'elle lui estoit si advantageuse que 



4o4 RELATION 

par son moyen il gaignoit la Flandres, et l'infante pour 
femme, par le mariage de laquelle il pou voit aspirer 
au royaulme d'Espaigne, n'y ayant comme rien qui 
l'empeschast d'y parvenir. Il ne se peult dire combien 
le légat prit de peine en ce temps, qui feut de beau- 
coup de jours, après lesquels le courrier reveint d'Es- 
paigne, qui apporta les pouvoirs de traicter et accorder 
avec l'Angleterre, avec les contreseings nécessaires 
pour le demantellement de Blavet; le roy le sceut, et 
feit instance qu'on tinst les cboses secrettes à Vervins, 
se plaignans par ses lettres que le courrier avoit dict 
beaucoup d'impertinences en son passage par la France, 
c'est à sçavoir que la paix estoit faicte; et que si le duc 
de Savoye ne se voulloit accorder avec le roy d'Es- 
paigne, il l'abandonneroit : tous ces desgousts venoient 
au légat, lequel d'abondant entendoit semer de mau- 
vaises nouvelles de Paris dans sa maison, par lesquelles 
on donnoit advis que le roy se mocquoit du pape et 
du légat; cela l'afïligeoit, et neantmoins il demeuroit 
ferme, asseurant tantost l'une des parties, et tantost 
l'aultre; et véritablement ne se retiroient jamais d'au- 
près de lui qu'elles ne feussent en repos. 

Il tenoit tout l'affaire secret sans en rien commu- 
niquer à pas ung des siens, ce qui ne laissoit pas de 
lui donner de la peine, parce qu'ils l'importunoient 
sur cela de leurs plainctes, tant par personnes qui les 
lui rapportoient qu'en parlant mesme à lui. C'est une 
merveille qu'il ne lui survint poinct de maladie causeç 
par l'agitation qui lui venoit de tant de lieux , en ung 
affaire de si grande importance. 

Estant en toutes ces peines la nuict du \[\ d'avril» 
le courrier retourna ; le gênerai le sceut avant le légat, 
et le lendemain matin il lui en vint donner advis, sans • 



SUR LA PAIX. /jo5 

sçavoir quelle response il apportoit. Il sonda là dessus 
M. de Sillery; mais il n'en peut rien tirer : cela donna 
bien de la peine au légat , craignant que la royne ne 
persistast à voulloir ravoir le marquisat ; car il faisoit 
de mauvaises conjectures de ce que les François tar- 
doient à lui venir donner advis, et de ce qu'ils ne 
s'estoient voulleus descouvrir de quoi que ce feust au 
gênerai. 

Quelque temps les François veinrent trouver le lé- 
gat, et, avec ung long circuit de paroles, M. de Bel- 
lievre dict que le roy voulloit la paix, qu'il n'avoit 
poinct changé d'advis , et qu'il ne voulloit pas innover 
une seule syllabe en tout ce qui avoit esté concerté; 
qu'il acceptoit les conditions proposées pour le regard 
du duc de Savoye , c'est h sçavoir que la place de 
Berre lui feust rendeue , et que ses prétentions sur le 
marquisat de Saluées feussent remises au jugement du 
pape, comme on avoit arresté; mais qu'il voulloit, 
oultre cela, absolument, que le cardinal Albert feist 
une trefve de quattre mois avec l'Angleterre et avec 
les estats de Hollande , afin qu'ils eussent du temps 
pour convenir avec le cardinal de la paix dont il espe- 
roit venir à bout, encores que les Hollandois feissent 
tous leurs efforts pour faire continuer la guerre , et 
qu'il estoit content qu'aussitost que le cardinal auroit 
accepté ceste trefve, on feist la paix entre France, 
Espaigne et Savoye, et qu'on en signast les articles, 
qui seroient mis entre les mains du légat, pour n'estre 
publiée qu'après qu'on auroit veu ce qui arriveroit du 
surplus. 

Cieste response feut fort agréable au légat, et en 
rendit grâces à Dieu ; elle lui feut confirmée par une 
lettre du roy très chrestien, fort pleine et remplie 



4o6 RELATION 

d'affection et d'honneur, premièrement envers le pape, 
et puis à l'esgard de sa propre personne. 

Avant que les François se retirassent, il feit appeller 
le gênerai , et voulleut que M. de Bellievre repetast la 
mesme chose qu'il lui avoit desja dicte; le gênerai se 
chargea de l'aller faire sçavoir aulx députés du car- 
dinal Albert, archiduc d'Autriche, comme il feit, et 
ung peu après ils feurent trouver les François, ou ils 
convinrent après beaucoup de répliques que le pré- 
sident Richardot iroit rendre compte de la response 
du roy au cardinal, et rapporteroit la resolution de la 
trefve proposée. Il partit en poste le quinziesme d'avril, 
avant le jour. Ils ne donnèrent pas part de tout cela à 
l'ambassadeur de Savoye , de peur qu'il ne le divul- 
guast; de quoi il tesmoigna beaucoup de ressenti- 
ment; mais le légat l'appaisa, lequel sçavoit si bien 
faire, qu'ils demeurcient dans l'observation de ce qu'il 
leur voulloit persuader, sans que personne le contre- 
dist, l'aimant et l'estimant tous plus qu'on ne sçau- 
roit dire. 

Le retour du président feut le 18 avril à midi, et 
lors le gênerai le feut trouver, pour sçavoir quelles 
nouvelles il apportoit ; il lui dict que le cardinal n'a voit 
nullement voulleu accepter le parti de la trefve avec 
les Hollandois, pour ce qu'il y alloit de son honneur 
et de celui du roy d'Espaigne, de faire trefve avec des 
vassaulx rebelles, qui se vantoient partout qu'ils ne 
voulloient poinct de paix ni de trefve avec le vieulx 
roy d'Espaigne ; le président s'excusa de n'avoir peu 
obtenir dadvantage du cardinal , le pryant de reporter 
cela au légat , mais qu'il n'en parlast pas sitost aulx 
François; le gênerai s'en alla fort mal satisfaict trouver 
le légat, et lui feit rapport de tout ; cela le fascha in- 



SUR LA PAIX. 407 

finiment. Il consulta avec le gênerai ce qui se debvoit 
faire, pour ne pas rompre là dessus le traicié de paix. 
Apres beaucoup d'advis , ils se resoleurent d'envoyer 
quérir les François , et que le légat leur feist entendre 
priveement ceste response, leur demandant conseil de 
ce qui se debvoit faire, pour ne pas rompre. MM. de 
Bellievre et de Sillery tesmoignerent estre fort piques 
de ceste nouvelle, disans qu'ils avoient esté trompés, 
et qu'ils avoient trompé leur roy, ayant escrit à sa 
majesté sur les paroles des députés du cardinal, qu'ils 
avoient une espérance comme certaine d'obtenir la 
trefve , qu'ils ne pouvoient rien proposer, ni donner 
aulcung conseil; mais qu'ils estoientresoleus de rompre 
à Theure mesme, escrire au roy et partir, ne voullant 
plus ouïr parler de la paix , de laquelle ils estoient 
rebutés; que ce qu'ils avoient faict jusques là seroit 
sans doubte leur ruyne, puisqu'ils avoient trompé leur 
roy , encores que sans y penser et qu'ils l'eussent esté 
les premiers, le légat leur laissa jetter leur colère, 
et avec beaucoup de patience tascboit de les adouîcir. 
il leur dict que s'ils voulioient rompre , il ne les pou- 
voit pas empescber; mais qu'il estimoit, quanta lui, 
qu'il le falloit éviter; il leur proposoit quelques ou- 
vertures pour les entretenir , et laisser reposer leur 
bile. 

Cependant il feit venir le gênerai , lequel veneu rap 
porta tout ce qu'avoit dict le président Ricbardot , 
comme il Pavoit desjà faict entendre au légat. Il dict 
aussi aulx François qu'il leur estoit libre de rompre ; 
mais qu'il seroit tousjours temps, et qu'il n'estimoit 
pas qu'ils le deussent faire qu'ils n'eussent entendeu 
la response de la propre boucbe du président Ri- 
cbardot. M. de Bellievre s'allentit ung peu , disant que 



4o8 RELATION 

ce n'estoit pas à eulx à rompre , mais au roy ; qu'ils 
seroient bien aise d'avoir une response précise à l'heure 
mesme pour despescher ung courrier à sa majesté, 
qui a voit tousjours entreteneu ses confédérés pour 
s'accommoder avec eulx, au cas qu'on ne condescendist 
pas à la trefve; qu'au surplus ils ne desiroient pas qu'on 
les amusast pour estre ruynés auprès du roy, comme 
c'estoit peult estre le desseing des Espaignols ; qu'ils 
voulloient donc avoir response, et qu'eulx, estans allés 
faire la proposition, la civilité voulloit que les aultres 
leur vinssent rendre la response ; le gênerai respondit 
que cela estoit de la bienséance , mais que Richardot 
estoit vieil , et fort las d'avoir coureu la poste ; qu'il 
croyoit qu'on debvoit attendre jusques au lendemain, 
veu mesmement qu'il estoit desjà nuict. Les François 
ne voulloient poinct consentir à cela , et disoient affir- 
mativement qu'ils voulloient despescher sur l'heure 
mesme ung courrier. Le légat, voyant ceste resolu- 
tion, et d'aultre costé lui semblant que M. de Beîlievre 
s'adoulcissoit ung peu , proposa que le gênerai allast 
trouver les Flamands , et leur feist rapport de ce qui 
s'estoit passé avec M. le légat, leur disant que les Fran- 
çois ne voulloient pas attendre dadvantage , et qu'ils 
donnassent response. Le gênerai s'y en alla, avec pro- 
messe de retourner, aussitost leur dire ce qu'il auroit 
negotié, comme il feit. Cependant le légat tascha 
d'adoulcir les François, leur disant que le roy n'avoit 
pas subject de se plaindre ; qu'il ne s'agissoit pas de 
chose qui feust h mespriser, et qu'il falioit retarder la 
rupture le plus qu'on pourroit ; qu'il estimoit impos- 
sible qu'il ne se trouvast quelque moyen de surmonter 
l'empeschement qui se presentoit, lequel estoit fort 
léger, si on consideroit la substance et l'importance 



SUR LA PAIX. 409 

cle l'affaire ; qu'il sçavoit bien que les Flamands es- 
taient très desplaisans de cest accident, et que sans 
doubte leur procédé estoit franc , comme ils pourvoient 
croire que avoit esté aussi le sien , pouvant dire qu'il 
avoit travaillé de sorte en cest affaire; que pendant 
six mois il avoit esté comme en croix, qu'il sembloit 
qu'il estoit juste que si on debvoit rompre, cela se feit 
de sorte que sa saincteté ne se peust pas plaindre de 
tous , mais seulement de ceulx qui en estoient cause ; 
qu'on combattoit pour ung petit poinct d'honneur; 
qu'on trouveroit peult estre moyen d'accommoder, et 
qu'en tout cas, ayant cheminé droictement et ronde- 
ment en cest affaire , ceulx qui en estoient fort bons 
tesmoings estoient obligés par toutes sortes de consi- 
dérations à faire que le monde, qui juge des choses 
par les effects , cogneust ici la vérité , puisqu'il avoit 
servi le roy et le royaulme avec tant d'amour et d'af- 
fection. M. de Bellievre respondit qu'il avoit raison, 
et que c'estoit à quoi on ne manqueroit nullement, lui 
faschant extresmement que tant de peine et de soings 
qu'il avoit pris ne lui servist de rien. 

Sur cela le gênerai des cordeliers retourna , qui es- 
toit assés satisfaict. Il les prya de ne despescher poinct 
que le lendemain matin; et Richardot, se trouvant 
mal en effect; qu'au surplus on leur donneroit peult 
estre de telles raisons, qu'ils auroient moins de subject 
de se scandaliser; mais ils ne promirent pas pour- 
tant de ne poinct despescher. 

Le lendemain matin les Espaignols vinrent trouver 
le légat , et le pryerent instamment qu'il trouvast bon 
que le gênerai allast à Bruxelles , afin que le roy très 
chrestien eust ce qu'il leur demandoit , c'est à sçavoir 
qu'on feist une suspension d'armes pour trois mois. Le 






f\lO RELATION 

légat le permit, et escrivit au cardinal archiduc, le 
pryant d'affection de voulloir favoriser, et mettre fin 
au traiclé de paix, sans voulloir entrer en des con- 
sidérations qui n'estoient pas de grand advantage, et 
qui n'estoient nullement approuvées. 

Le gênerai partit, et feut tant en chemin qu'en la 
ville de Bruxelles jusques au 25 e , escrivit pendant ce 
temps une lettre à M. le légat, par laquelle il lui faisoit 
entendre et sçavoir accortement et adroictement que 
l'affaire aîloit bien. Estant de retour, il rapporta que 
le cardinal trou voit bon de donner sa parole pour le 
temps de deux mois , et non plus. Il y eut beau- 
coup d'allées et de veneues, et de contestations entre 
les François et les députés flamands. Enfin les Fran- 
çois et les aultres s'accordèrent à soubscrire les articles 
en la façon qu'il avoit esté arresté auparavant , sans 
faire aulcune mention des confédérés, et travaillèrent 
à accorder leurs escritures. Estant absolument d'accord 
sur tous les chefs, ils se donnèrent entre eulx la parole 
de faire la suspension d'armes avec les confédérés pour 
deux mois seulement , qui commenceroient à courir du 
jour de la ratification de la paix par les deux couronnes 
et la Savoy e. 

Cela ainsi arresté, le diable ne manqua pas de 
semer de nouvelles zizanies. Lorsqu'il falleut estendre 
lesdicts articles de la paix entre les deux couronnes, 
il survint là dessus beaucoup de difficultés, et quasi 
une rupture entière , parce que les députés françois 
voulloient, à cause du royaulme de Navarre, mettre 
tout expresseement que la prescription ne pourroit 
prejudicier au roy très chrestien de France, et les Fla- 
mands ne le voulloient pas consentir en aulcune façon, 
leur semblant que c'estoit altérer et faire tort aulx rai- 



SUll LA. PAIX. 4^1 

sons qui pouvaient estre acquises au roy dEspaigne , 
leur maistre, etc. 

On* alla et vint tant sur cela, qu'enfin les députes 
françois trouvèrent bon qu'on n'en parlast poinct du 
tout. Ils estendirent les articles, et contre la volonté 
et contre le gré du légat ils voulleurent envoyer, par 
courrier exprès, au cardinal Albert, disant que, comme 
il estoit si voisin et si proche, il sembloit qu'il y avoit 
trop d'incivilité et trop peu de courtoisie à ne l'en pas 
faire participant. 

On les renvoya donc; et, en attendant la response, 
on estendit les articles du traicté avec M. le duc de 
Savoye, où il y eut encores beaucoup de difficultés. 

Le légat se trouvoit lors plein de bonne espérance , 
estant asseuré par les parties qu'il ne pouvoit naistre 
aulcung inconvénient, neantmoins il craignoit, et d'ail- 
leurs il pensoit aulx moyens de despescber secrette- 
ment à Rome, selon que les François lui en avoient 
donné advis. Cela se passa ainsi entre le 27 e et dernier 
jour du mois d'avril; auquel jour, à midi, le courrier 
qui avoit esté envoyé à Bruxelles devers le cardinal 
archiduc, retourna avec lettres dudict cardinal ar- 
chiduc à ses députés, par lesquelles lettres il approu- 
Yoit tout ce qui avoit esté par eulx negotié sans y rien 
changer, sinon en chose de peu de conséquence, et 
ainsi on se mit à haster les escritures, et convenir en 
mesme temps en ce qui concernoit la Savoye, pour 
laquelle il y avoit de la difficulté , à cause de la res- 
titution des prisonniers, car l'ambassadeur de Savoye 
disoit que le duc, son maistre, en ayant beaucoup plus 
que les François, il entendoit qu'ils feussent mis à 
rançon, et les François en faisoient instance au con- 
traire, et disoient que, ayant esté conveneu avec les 



4*2 RELATION SUR LA PAIX. 

Espaignols qu'on restituèrent librement tous ceulx qui 
n'avoient poinct arresté leur rançon, sans avoir esgard 
au moindre ou plus grand nombre, on debvoit faire 
le mesme parti avec la Savoye. 

On différa sans conclure jusques au lendemain, qui 
feut le i er jour du mois de mai, où il survint beau- 
coup de difficultés, qui feurent toutes surmontées par 
le •respect que l'on porta au légat, lequel y eut assés 
de mal. Enfin estans tous assemblés devant lui, les 
articles feurent soubscrits, et mis entre ses mains pour 
estre teneus secrets pendant ung mois, si faire se pou- 
voit , et puis rendeus aulx parties avec ceste condi- 
tion, que si plus tost elles estoient d'accord de les 
retirer, il pleust les leur restituer. 

On despescha ung courrier pour en donner advis 
aulx deux roys, à quattre heures après midi, selon 
qu'on compte en France , les escritures n'ayant peu 
estre achevées le soir d'auparavant. Dieu soit loué de 
tout, qui par son infinie puissance et miséricorde feit 
tout cest affaire par les mérites de sa saincteté, et 
pour l'utilité générale de toute la chrestienté. 



L ^^.^ v% "V %*kf* 



CXLT. — * LETTRE DU ROY 

A MM. de Bellievre et de SUlerj. 

MM. de Belîievre et de Sillery , vostre lettre du 26 
avril , que j'ai receue ce matin , m'a délivré de la peine 
en laquelle je vous escrivis hier par courrier exprès , 
que m'avoit mis le long temps qui s'estoit passé depuis 
celle du 14, sans avoir receu d'aultres de vous pour 
les raisons portées par icelle ; mais ayant appris par 



LETTRE DU ROY, etc. 4i3 

celle ci les causes de vostre silence , et de ce qui s'en 
est ensuivi j'en demeure très satisfaict , et vous re- 
mercie du bon debvoir que vous m'avés faict pour me 
servir en ceste occasion si fidèlement et heureusement 
que vous avés faict. 

Vous avés esté advertis par les lettres qui vous ont 
esté escrites le 11 et 27 avril par la voye de Louvet, 
du départ des ambassadeurs d'Angleterre et d'Hollande, 
et comme il m'a esté impossible de les retenir dadvan- 
tage , ayans les ungs et les au 1 très faict contenance 
d'estre très mal centens de moi ; les premiers pour 
m'estre advancé de traicter sans eulx , et les aultres 
pour n'avoir peu me faire changer la volonté que je 
leur ai déclarée avoir de recouvrer mes places par la 
paix ; enfin , j'ai promis aulxdicts Anglois de ne ratifier 
de quarante jours les articles que vous aurés signés, 
dedans lequel temps ils m'ont aussi promis qu'ils re- 
tourneront avec la volonté de leur maistresse pour en- 
trer au traicté, ou pour s'en retirer du tout. Ce feut 
le il\ ou i5 dudict mois que je leur feis ceste promesse, 
pour laquelle toutesfois je n'entends pas de différer 
d'ung jour à faire mes affaires, ^i ce délai me peuît 
prejudieier ; car je n'ai que trop d'occasion de croire 
qu'il m'a esté demandé autant pour avoir le loisir et 
moyen de traverser et de rompre ladicte paix que pour 
la favoriser ; enfin , je me conduirai en cela comme je 
cognoistrai que les aultres se gouverneront en mon 
endroict , et qu'il sera utile pour mon service, lequel 
je veulx préférer à toute aultre considération. 

Et suis bien de vostre advis que nous ne debvons 
changer le lieu de l'assemblée, du moins que mes villes 
ne m'ayent esté rendeues, afin d'y estre assisté de lauc- 
torité de M. le légat et de sa présence ; mais j'espère 



4^4 LETTRE DU ROY 

estre si près de vous dedans ce temps là, que j'en pourrai 

conférer avec vous pour m'en resouldre par vostre bon 

conseil. 

Quant aulx Hollandois, je les ai trouvés sur la fin 
encores plus durs à la paix et difficiles à gouverner 
qu'au commencement, disans n'avoir aultre pouvoir 
que de m'offrir leurs forces pour continuer la guerre, 
si je m'y voullois resouldre , sans seulement me laisser 
aulcune espérance de les disposer à ladicte paix, jus- 
ques à m'avoir refusé leur parole sur l'observation de 
la trefve, dont je leur ai dict vous avoir commandé 
de faire instance en cas qu'elle feust accordée par le 
cardinal archiduc, voire mesmes une simple cessation 
d'enlreprise sur les places et actes d'hostilité de part 
et d'aultre; bien m'ont ils dict que je potivois, si bon 
me sembloit, envoyer quelqu'ung devers leurs supé- 
rieurs, pour leur en faire ouverture, à laquelle peult 
estre qu'ils sViccommoderoient pour ma seule considé- 
ration plus que pour leur commodité. 

Sur ceste incertitude, j'avois délibéré d'envoyer après 
eulx en leur pays le sieur de Buzenval , tant pour gai- 
gner ce poinct, que pour les exhorter et disposer à la- 
dicte paix , sans laquelle en vérité je n'estime pas qu'ils 
puissent subsister; mais je crains la longueur et incer- 
titude dudict voyage. C'est pourquoi je m'en vais des- 
pescher devers lui ung courrier exprès ( car je lui ai 
commandé aecompaigner lesdicts députés jusques à Pa- 
ris), par lequel je lui ordonnerai leur dire que, s'ils ne 
veullent ou peuvent me donner la foi et parole de 
leursdicts supérieurs sur l'observation de ladicte ces- 
sation, qui a esté accordée en ma considération avec 
toutes les peines et difficultés du monde, je n'entends 
pas m'y engager plus avant, et je vous escrirai après 



A MM. DE BELLIEVRE ET DE SILLERY. 4 1 5 

leur response; mais comme cependant je ne veulx abu- 
ser personne , vous dires aulx ambasseurs dudict car- 
dinal archiduc , que je n'cnlends poinct qu'ils demeu- 
rent obligés à l'observation de ladicte cessation, ni 
aussi eslre obligé pour lesdicts estast , sur ce qui a esté 
conveneu entre nous a ma pryere, jusques à ce que je 
les asseure que lesdicts estats l'ayent acceptée, les re- 
merciant de la bonne volonté que ledict sieur cardinal 
archiduc a voulleu me tesmoigner en cest endroict. 
dont j'espère me revancher bientost. 

Lespryans, au reste, de rTadjouster foi aulx advis 
qui leur sont donnés d'Angleterre et de Hollande pour 
ies faire entrer en deffiance de ma foi; car ce sont 
toutes inventions de gens qui portent envie à nostre 
accord, et qui n'obmettront aulcune sorte d'artifice 
pour le rompre. 

Il fault aussi qu'ils considèrent que je ne doibs dés- 
espérer personne de mon amitié, que nostre traicté 
ne soit accordé , et signé comme il doibt estre , leur 
disans qu'ils doibvent s'arrester aulx effects, et non 
aulx bruicts et paroles qui se publient. Ores, si vous 
avés suivi vostre project , ledict traicté aura esté au- 
jourd'hui signé et livré en forme audict sieur légat, 
dont je serai adverti avant que ce courrier arrive à 
vous; toutesfois si la chose n'estoit encores faicte, je 
vous prye de ne la différer et retarder plus après la 
réception de la présente ; car je veulx terminer ce 
faict pour le bien et repos de mon estât , sans m'arres- 
ter dadvantage aulx interests d'auîtrui, ayant suffisam- 
ment satisfaict pour ce regard au debvoir de ma foi. 

Mais faictes qu'ils envoyent en diligence à Blavet 
pour faire cesser les fortifications que continuent à 
faire ceulx qui sont dedans , et diminuer a deux cens 



4i6 . LETTRE DU ROY 

hommes , ainsi que je vous ai escrit , les quinze ou seize 
cens hommes qui y sont , afin que je ne sois contrainct 
de laisser une armée par deçà quand j'en partirai, 
pour les brider comme j'avois proposé de faire; car je 
serai très aise d'en estre deschargé; n'oubliés donc pas 
ce poinct , je vous en prye. 

Je partirai mardi prochain pour aller à Rennes, ou 
je mande les estats du pays au quinziesme de ce mois 
que j'avois premièrement convoques en ceste ville ; je 
fais estât d'y demeurer huict jours , et après repren- 
dre le droict chemin de Paris sans repasser par ici. 

Cependant je ferai advancer en Picardie par la Nor- 
mandie les regimens de Navarre et de Piedmont que 
j'avois amenés en ce pays, pour m'en servir en ce qui 
se présentera sur l'exécution de nostre accord. 

Au reste , je trouve très bon le conseil que vous avés 
pris cFadvertir mon cousin le connestable de deffendre 
à nos gens de guerre de faire des courses sur l'ennemi de 
quinze jours en quinze jours. J'eserirai aussi au sieur de 
Lesdiguieres , et aulx aultres de ce costé là qu'ils s'ab- 
stiennent d'entreprendre aulcune chose sur le duc de 
Savoye, qu'ils n'ayent aultre commandement de moi, 
estant asseurés de la part dudict duc de Savoye qu'il en 
usera de mesmes en leur endroict. 

Je n'oublierai pareillement à me louer à nostre sainct 
père le pape du père gênerai des cordeliers , et lui 
recommander son advancement, suivant le sage advis 
dudict sieur légat et le vostre ; mais il ne fault poinct 
doubter que l'on ne tienne la paix faicte sitost que le- 
dict sieur légat partira de Vervins pour se retirer à 
Rbeims ou ailleurs, comme vous m'avés escrit qu'il 
veult faire ; toutesfois je suis si jaloux de sa bonne 
santé , que si c'est chose qui soit nécessaire qu'il fasse 



A MM. DE BELLÏEVRE ET DE SILLERY. l\ 17 
pour la conservation d'icelle , je la préférerai tousjours 
à toute aultre ; partant, je me remets à ce qu'il en re~ 
souldra lui mesmes, après que vous lui aurés vifve- 
ment et de bonne sorte remonstré le bruict que en- 
gendrera sa retraite et son esloingnement, et ce qui en 
succédera, etc. 

Du i cr mai i5g8. 



CXLIL— * LETTRE DE M. DE VILLEROY 

A MM. de Bellievre et de Sillerj. 

Messieurs, La Fontaine, qui est arrivé ce matin, 
nous a tiré des limbes, où vostre silence nous avoit 
plongés; et vous dirai que toutes vos faultes vous sont 
maintenant remises, et tournées en grâce et mérite; 
achevés donc vostre ouvrage le plus tost que vous pour- 
rés, sans vous arrester ni amuser dadvantage aulx de- 
sirs et aulx fantaisies de nos voisins , aulxquels sa ma- 
jesté a eu trop d'esgard; car il est certain qu'ils portent 
envie à sa majesté dudict accord , et qu'ils feront ce 
qu'ils pourront pour le renverser. Jamais sadicte ma- 
jesté n'a peu persuader aulx Hollandois d'accepter ceste 
cessation d'armes que vous avés enfin obteneue en 
grande peine et soing pour eulx, ayant respondeu qu'il 
falloit s'en addresser à leurs supérieurs; de sorte que 
je plains fort le temps que vous y avés perdeu; toutes- 
fois le roy vous sçait très bon gré de ceste victoire , 
dont il ne faict pas peu de compte. Les ungs et les 
aultres sont demeurés si estonnés de nous, vous si en- 
clins et si resoleus à la paix et en si bons termes 
de sortir d'affaires, qu'ils n'ont sceu sur quelle des- 

MÉJVI. DE DlJPLESSIS-MoRNAY. ToME VIII. 2 J 



4i8 LETTRE DE M. DE VILLEROY 

marche ils debvoient se mettre, nous ayans faiet mille 
et mille sortes de propositions, principalement les 
Anglois, pour nous entamer et faire broncher; mais 
ils n'y ont rien gaigné , grâces au bon Dieu. 

Et vous prye ne croire pas que sa majesté fasse aul- 
cune chose qui lui puisse faire perdre avec raison le 
fruict que vous lui avés avec tant de soing et de peine 
cultivé, et de n'adjouster poinct de foy à ceulx qui 
pourroient donner par delà des advis et des impres- 
sions contraires à cela, comme je suis très certain et 
asseuré qu'il sera faict d'Angleterre et de Hollande, et 
peult estre aussi de nostre cour mesmes; car je vous 
asseure qu'il s'y trouve des dom Diego dlbara , pires 
peult estre pour la France que celui qui est à Bruxelles; 
mais il fault prendre bon courage, car nostre maistre 
est homme de bien, et est prince de foi et de juge- 
ment. Il n'entend pas qu'aultres que vous intervienne 
en ce traicté , principalement qu'il ne doibve estre pu- 
blié ; il dict qu'il vous verra devant que cela arrive, 
et vous asseure et certifie que c'est aujourd'hui son 
plus grand souci de sortir hors de ce pays pour s'ap- 
procher de vous. 

Ces trois dernières lignes serviront de response à 
une lettre particulière que M. de Bellievre m'a escrite 
sur ce subject, estant certain que, si vostre negotia- 
tion eust esté maniée par d'aultres et avec d'aultres 
que vous, les choses n'eussent succédé si heureuse- 
ment qu'elles ont faict. Il fault louer Dieu de tout, et 
vous remercier du bon debvoir que vous y avés faict. 

J'ai dict au roy ce que vous, M. de Bellievre, m'avés 
escrit, l'instance que font les gens de monseigneur de 
Montpensier , et M. le mareschal de Balagny. Sadicte 
majesté dict que vous fassiés ses affaires , et qu'estans 



A MM. DE BELLTEVRE ET DE SILLERY. i\ 19 
faicts, les aultres y prendront part avec ses aultres 
subjeets. Ce sera donc tout ce dont je vous supplierai, 
et aussi que vous nie teniés tousjours en vos bonnes 
grâces, etc. 

Du ier mai 1598. 

CXLIII. — * LETTRE 

De M. le duc de Bouillon à M. de Buzenval. 

Monsieur, j'envoye à M. Duplessis le project qui 
s'est faict pour sa querelle. Je désire fort qu'il y prenne 
une ferme resolution, ne pouvant les longueurs estre 
que desadvantageuses. Vous aurés sceu les nouvelles 
qui circulent des Cevennes. Il se remeue quelque chose 
du costé d'Italie ; mais je ne vois pas que le roy y voye 
encores bien clair. Le séjour de ces messieurs sera plus 
long qu'ils ne l'esperoient; s'ils peuvent partir, ce que 
l'on leur a faict espérer, et si vous l'attendes, vous 
vous tromperies encores, je parie. Envoyés moi, je 
vous prye, en toutes occasions de vos nouvelles , avec 
asseurance que je les recevrai comme le plus asseuré 
ami que vous ayés. Je vous baise les mains. C'est vostre 
humble ami à vous servir. Henry de La Tour. 

A Nantes, ce . . mai 1598. 



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CXLIV. — LETTRE DE M. DUPLESSIS 

A M. de Villeroy. 

Monsieur, depuis mes lettres du 29, est arrivé ici 
M. Erard. le 3o avril, avec celles qu'il vous a pieu 



4^0 LETTRE DE M. DUPLESSIS, etc. 

m'escrire du 1 5. Son indisposition l'aura peu retarder 
par le chemin. J'y recognois de plus en plus le soing que 
vous daignés prendre de ce qui me touche, dont vous 
me comblés d'obligation. J'ai considéré la despesche 
apportée par le sieur Guichard, laquelle je vous ren- 
voyé par ce porteur exprès, et estime qu'eust bien esté 
à désirer que messieurs les gens du roy eussent addressé 
la commission, y adjoustant leurs lettres. Cependant, 
puisqu'il ne s'est faict, je vous supplie, monsieur, 
d'adviser s'il seroit pas à propos que lcdict sieur Gui- 
chard mesmes la portast à M. le lieutenant gênerai de 
Tours , avec lettres du roy , par lesquelles l'exécution 
lui en feust recommandée; et par auîtres lettres au 
substitut du procureur gênerai à Tours. Je crains , si 
vous en reparlés au roy, sur ces propositions d'accord 
projectees à la sollicitation des parens qui se retrou- 
vent près de lui, que l'attente qu'on lui en donnera 
lui fasse suspendre la diligence, au lieu que ce seroit 
"de temps de la presser. C'est pourquoi , n'estant ques- 
tion que d'une dépendance du premier commande- 
ment de sa majesté, j'estime qu'il ne sera besoing de 
lui en parler. Vous voyés, monsieur, comme trop pri- 
veement je m'explique à vous de mes pensées. M. Erard 
part ce matin. MM. les députés des estats sont en 
nostre faulxbourg, que je m'en vais voir et les tiendrai 
en bonne bouche. Je suis en appréhension que les dé- 
putés du cardinal veuillent faire leur profîct du mes- 
contentement qui esclatera de l'ambassadeur d'Angle- 
terre; mais les grands affaires ne se font qu'en bazar- 
dant quelque chose. 

De Saulraur, le i er mai 1598. 



LETTRÉ DE M. MARBAULT, etc. 421 

CXLV. — * LETTRE DE M. MARBAULT 

A M. Duplessis. 

Monseigneur, j'ai receu celle dont il vous a pieu 
m'honorer, du 26 d'avril, par ung valet de pied de 
Madame. Je crois que vous aurés depuis receu plusieurs 
des miennes, vous ayant escrit par cinq divers messa- 
gers. J'ai veu M. de Montmartin, qui dict que M. de 
Brissac se promet une grande facilité en vostre affaire, 
et lui avoir dict qu'au lieu de la facilité qu'il y tro,u- 
voit, il pensoit qu'il y rencontreroit beaucoup de dif- 
ficulté, pour ce qu'une personne comme vous, ayant 
esté si griefvement affectée, ne se contenteroit pas de 
vent ni de parole, et qu'il l'a voit assés cogneu, lorsque 
vous estiés ici; mais il lui respondit que vous y faisiés 
de la difficulté, parce que vous vous en estiés allé mal 
content du roy, et ne cherchiés qu'une cause de mes- 
contentement. M. de Montmartin lui dict que vous 
n'aviés eu ici aulcung subject de mescontentement ; 
ains, au contraire, de vous contenter en la justice que 
le roy vous promet de l'oultrage receu. On ne lui parle 
plus de cest affaire là , à ce qu'il dict. Enfin ledict sieur 
mareschal ne trouve poinct de difficulté en cest affaire. 
Ils y attendent beaucoup de secours de M. de Rhosny. 
Je l'ai rencontré cejourd'hui au chasteau. Il s'est en- 
quis si j'avois veu M. de Bouillon, et ce qui avoit esté 
conveneu en l'assemblée de ces messieurs. Je lui dis 
que non; il me respondit qu'il y trouvoit matière de 
contentement. Il semble que le principal subject de son 
voyage ait esté pour essayer d'accommoder cest affaire. 



421 LETTRE DE M. M/YRBATJLT 

Il dict ne vous en avoir osé parler bien librement, de 
peur de vous atterrer, vous ayant trouvé si aigri en ce 
faiet , auquel , à la vérité , il est fort malaisé de s'adoul- 
cir; que, vous trouvant tous deux l'espee à la main, 
son espee tranche pour vous; mais qu'il lui seroit grief 
de voir à Paris, en Grève, l'effigie et l'arrest d'ung 
qui porte son nom et ses armes , ou lui voir faire une 
amende honorable, mené par le bourreau ; qu'il voul- 
droit avoir receu deux coups de baston de vous, et 
que vous feussiés satisfaict; en somme, qu'il fera ce 
que vous le ferés de faict et de parole ; que s'il demeu- 
roit ici, il s'asseuroit de le vous mener à Saulmur, 
pour en recevoir telle satisfaction que vous jugeriés, 
et puis vous l'ameneroit en ce lieu, pour vous rendre 
devant tout le monde celle qui sera jugée par MM. les 
maresehaulx; que jamais chose ne lui pesa tant que 
cest affaire, n'y ayant personne au monde à qui il ait 
tant d'obligation qu'à vous, et qui l'ait tant soubteneu 
et porté en ses afflictions que vous; qu'il ne sçait 
comme il se doibt gouverner, pour ce faict là, en vostre 
endroict ; estant une plnye si sensible, qu'il ne sçait 
quel remède y apporter, craignant de vous estre sus- 
pect. Je lui en ai parlé le plus sobrement qu'il m'a 
esté possible. Il m'en a teneu de si longs discours, qu'ds 
ne se peuvent escrire; mais, en somme, j'en recueille 
qu'ils craignent extresmement la poursuite qui se faict à 
la court de parlement, et que cela les fera haster d'es- 
sayer par tous moyens de vous contenter, comme de 
faict M. de Sours, ancien de la maison du roy, dict 
hier à M. de Cugy, lui disant le sçavoir de bonne part , 
et ne lui voullant aultrement nommer, que Sainct Phal 
feut adverti de vostre partement par ung de ses amis, 
qui lui conseilloit de vous rencontrer sur je chemin , 



A M. DUPLESSIS. 4^3 

accompaigné de ses amis, le plus qu'il pourroit en 
amasser; et du plus loin qu'il vous verroit, mettre 
pied à terre, et vous aller au devant vous supplier de 
lui pardonner l'offense qu'il a voit commise en vostre 
endroict, et de juger quelle satisfaction vous desiriés 
de lui, qu'il la vous rendroit en public, et la vous si- 
gneroit en tels termes que vous vouldrés; qu'il s'asseu- 
roit de faire plus par ce moyen que par tous les cora- 
mandemens du roy , qui est chose forcée , et que de 
faict il partit pour cela ; mais qu'il ne vous peut ren- 
contrer ni attrapper. On l'a dict aussi à M. de La Fer- 
rieres. Je crois que ce sont bruicts qu'ils font courre , 
afin de vous adoulcir, et pour sonder vostre intention. 
M. le mareschal de Rbetz a dressé le mémoire de ce 
qu'ils avoient resoleu ensemble debvoir estre faict pour 
vostre satisfaction; mais il estoit si mal dressé, qu'il ne 
se pouvoit plus, et a esté jugé par M. le mareschal de 
Bouillon n'y avoir subject de contentement, lequel l'a 
corrigé; et dict que si vous vous voulîés contenter 
d'une satisfaction de parole, il ne sçavoit qu'y adjous- 
ter. Il le doibt présenter au roy. M. de Lomenie m'a 
promis que lorsque sa majesté l'aura veu et faict mettre 
en la forme qu'il jugera , il m'en baillera copie. Ils 
s'estoient assemblés, lorsque le mémoire leur feut pré- 
senté. M. de Souvray y estoit, qui s'y est fort bien 
porté et passionné, ainsi que m'a dict M. le président 
Verniez, qui estoit d'advis que je l'en remerciasse, non 
toutesfois de vostre part, mais comme ayant sceu par 
lui le bon office qu'il vous y avoit rendeu; ce que je 
n'ai voulleu faire sans avoir vostre commandement, et 
que je doubte que vous approuviés ce qu'ils y font. 
M. de Bouillon s'est plainct à M. de Lomenie que vous 
ne lui aviés pas daigné escrire ung mot de cest affaire. 



4*4 LETTRE DE M. MARBAULT, etc. 

et qu'il ne sçait s'il y faict trop ou trop peu ; qu'il 
desireroit fort en sçavoir vostre volonté, pour vous y 
rendre les offices d'ami qu'il vous y a promis. J'avois 
reteneu ce messager , pensant vous mander de plus 
particulières nouvelles , M. de Lomenie m'ayant promis 
de vous escrire et de s'en informer, mesme de ce que 
le roy avoit dicjt à M. de Brissac ; il m'a tousjours remis 
d'heure en heure. Enfin , il m'a dict ce matin qu'il ne 
sçavoit que vous escrire , et qu'il n'avoit rien sceu. 
Pour le faict de Guichard , vous en estes maintenant 
bien informé; car je crois que M. Erard vous aura 
baillé le paquet de M. de Villeroy pour le demi mois 
qui reste de ce qui est payé , selon les estats du roy. Je 
n'en ai rien peu obtenir de M. d'Incarville; car il m'a 
dict que ce seroit aujourd'hui tout faict pour les gar- 
nisons avec MM. les députés, et qu'après nous pour- 
suivrions tout ensemble. Je supplie le Créateur vous 
donner en parfaicte santé longue vie. 

De Nantes , ce i" mai 1598. 

P. S. Monseigneur, je vous envoyé le mémoire qu'a 
dressé M. de Calignon, duquel je n'ai rien peu ap- 
prendre. 



CXLVI. — * LETTRE 

De MM. de Bellievre et de Sillery au roy. 

Sire, ayant negotié la cessation de tous actes d'hos- 
tilité pour deux mois, pour la royne d'Angleterre et 
Provinces Unies, nous renvoyasmes incontinent à vostre 
majesté le courrier La Fontaine pour lui en donner 
advis, et en quels termes nous estions pour le surplus 



LETTRE, etc. /|â5 

des articles de ce traicté de paix, tant avec les députés 
d'Espaigne que celui de Savoye. Depuis ce temps nous 
n'avons cessé de travailler pour mettre fin aulx difficul- 
tés qui restoient à resouldre , que , grâces à Dieu, nous 
avons surmontées. Avons conclcu et signé le traicté 
avec lesdicts députés, et remis entre les mains de M. le 
légat. Nous les avons pryés de tenir le tout secret jus- 
ques au jour que la ratification sera envoyée et les 
ostages deslivrés. Le traicté est mis en la forme qu'il 
doibt demeurer, sans que l'on n'y puisse adjouster ni 
diminuer. Nous pryons Dieu, sire, que vostre majesté 
puisse longuement et heureusement jouir de ceste paix, 
laquelle estant des maintenant concleue et arrestee 
avec les eslats de la majesté du roy catholique , et du duc 
de Savoye, et en estant différée la publication, pour 
l'effect que vostre majesté veult estre porté à ses con- 
fédérés, il est besoing que les gouverneurs, ou les 
lieutenans generaulx de vos princes , soient advertis 
de la cessation de tous aultres actes d'hostilité, qui 
a esté accordée de part et d'aultre, dont vostre ma- 
jesté a esté advertie par noslre précédente lettre et 
despesche. 

A quoi nous remettant , nous lui dirons que M. le 
légat nous a promis qu'il ne partira de ce lieu de Ver- 
vins sans que, premièrement, il ait sceu la volonté de 
vostre majesté. Il dict que si les députés d'Angleterre 
viennent ici , il n'y peult arrester avec son honneur ; 
mais que doulcement il se retirera à Rheims, sans que 
l'on s'apperçoive pour quelle occasion il le faict; et 
qu'il sera si près de nous, qu'il ne defauldra à servir 
en tout ce dont nous le requérons pour le bien de vostre 
service. Ce bon prélat est plein de zèle et d'affection 
envers vostre majesté , à laquelle il se sentira fort 



4^6 LETTRE 

obligé, si, escrivant au pape, elle l'honorera de son 
tesmoignage. 

Sire, nous venons de signer et remettre ledict traicté 
entre les mains dé M. le légat, et n'y a plus rien en 
dispute. 

Il nous reste seulement à resouldre quelques pbincts 
concernant les particuliers qui ne sont pas d'impor- 
tance. Nous envoyerons au premier jour à vostre ma- 
jesté le traicté, pour, s'il lui plaist, le nous renvoyer 
avec la ratification , estant le terme si court , que nous 
n'avons poinct de temps à perdre. Nous advertirons 
M. le connestable , suivant le commandement qu'en 
avons de vostre majesté, h laquelle nous pryons Dieu, 

sire, etc. 

Du 2 mai 1698. 



CXLVII. —* LETTRE 

De MM. de Bellievre et de Sillery a M. Villeroy. 

Monsieur, nous avons receu vostre lettre du 11 du 
mois passé , par laquelle avec beaucoup de regret nous 
avons veu la peine où vous estes, pour n'avoir eu de 
nos lettres depuis le if\ dudict mois. Par la nostre du 
16, vous sçaurés que si au lieu où vous estes vous 
avés esté en peine, nous avons esté ici en martyre. 

Nous vous avons escrit par La Fontaine , que tran- 
cheement la trefve que le roy demande pour les Anglois 
et Hollandois avoit esté refusée, et qu'estions sans es- 
pérance de l'obtenir ; et neantmoins le roy veult que 
nous fassions instance de l'avoir, et sans cela ne nous 
est donné pouvoir de signer les articles. Nous avons 
remonstré si vifvement qu'il ne falloit qu'ils rompissent 



A M. DE VILLEROY. 4 2 7 

à ceste occasion , y employons et rauctorité de M. le 
légat , et la diligence de M. le père gênerai, qu'enfin 
]es députés d'Espaigne ont dict que, s'ils avoient le pou- 
voir, ceste trefve nous seroit accordée. M. le président 
Richardot se resoieut d'aller à Bruxelles pour venir à 
bout de ceste demande. Il en revient avec ung court 
refus; et vous dirons que le père gênerai, qui depuis a 
esté à Bruxelles, nous a rapporté que les Espaignols 
veullent mal audict Richardot d'avoir faict ce voyage 
pour une telle occasion. Pour cela nous ne nous ren- 
dons pas; et, comme avés sceu , ceste charge retombe 
sur le père gênerai, qui s'en est bien acquitté, comme 
vous aurés veu par nostre despescîie du 26. Il fault 
quelque temps pour venir à bout de si grands affaires. 
Nous sommes hommes, et non pas- anges, pour faire 
ce qui est commandé en ung moment. Considérés la 
longueur qu'il y a eu aulx articles de M. de Mercœur et 
de ceuîx de la relligion , qui sont subjects; et nous 
avons ici affaire à nos anciens ennemis, qui sont fort 
rudes et desfians. Nous estimons, monsieur, que vous 
jugés que si le roy a eu quelque mesconlentement de 
ceste longueur, qu'au moins nous sommes dignes de 
compassion. 

Les ennemis ne nous ont pas laissé dormir les nuicts 
entières; et Dieu veuille qu'il ne nous en advienne pis! 
En ce faict nous n'avons perdeu une seule heure de 
ddigence. La Fontaine arriva ici le i3, à neuf heures 
du soir. Au mesme instant nous voyons vostre despes- 
che du 9 , qui est longue , et à la vérité des mieulx 
faictes qui se puissent dire. Le lendemain matin nous 
voyons M. le légat et le peie gênerai; l'aptes disner, . 
les députés d'Espaigne; et moyennons le parlement de 
M. Richardot, qui partit de ce lieu à deux heures après 



4^8 LETTRE 

la minuict. Ung jour après son retour, resoleusmes le 
parlement duclict père gênerai; et le jour mesme qu'il 
nous eut faict entendre ce qu'il remportoit dudict car- 
dinal archiduc, nous despeschasmes La Fontaine. Nous 
ne pouvons pas voir qu'aultres , quels qu'ils soient, 
eussent peu user de plus grande diligence. Si l'on dict: 
« Au moins nous debviés nous advertir que vous ne pou- 
viés rien faire, monsieur»; nous laissons à vostre meil- 
leur jugement si cela eust servi à advancer cest affaire. 
Si l'on se plainct que nous ayons failli en cela , on se 
plainct que nous ne vous ayons faict de plus grands 
ennuis que nous ayons senti en nos vies; et, avec l'en- 
nui , il eust peu advenir que ceste negotiation eust esté 
bien hazardee. Nous n'avons pas cessé jusques à ce que 
nous ayons mis la dernière main à ce traicté , que 
nous avons signé ce soir avec les trois ambassadeurs 
d'Espaigne et celui de Savoye , et à l'instant l'avons 
remis entre les mains de M. le légat, avec ung acte 
de la substance de celui que nous avons ci devant 
envoyé. 

Il ne reste aulcune chose à faire jusques à ce que 
vous nous aurés envoyé la ratification, que nous leur 
debvons fournir d'ici à ung mois; et eulx celle du car- 
dinal d'Autriche , et , par mesme moyen , les quattre 
seigneurs ostages qu'ils nous ont promis. 

Les ostages baillés, ils peuvent demander le serment 
au roy ; le serment faict , ils sont obligés d'entrer à la 
restitution des places, à quoi il fauldra tenir la main 
fort vifvement. Ils asseurent qu'il n'y aura poinct de 
faulte. Il fault aussi que, du costé du roy, chacung 
s'efforce de ne leur donner poinct de deffîance , ce que 
plusieurs ont essayé de faire, et mesmement les Hollan- 
dois, qui font soubs main courir des lettres à Bruxelles 






A M. DE VILLEROY. /p9 

pour donner occasion aurlict cardinal de se desfier du 
roy. Dieu aidant, nous n'obmettrons rien de ce qui 
peult servir à ce que la restitution de tant de places se 
fasse de bonne foi. Ce sont choses dont, de mémoire 
d'homme, les François n'avoient ouï parler; et n'a pas 
esté sans passer de mauvaises nuicts que nous avons 
surmonte tant de difficultés qui sont surveneues en 
ceste negotiation. Nous espérons que Dieu nous fera la 
grâce que le roy aura nostre service agréable. 

C'est chose que nous attendons de sa bonté. 

Nous vous avons escrit comme M. le légat s'y est 
dignement et vertueusement comporté. Le roy lui fera 
faveur si, en escrivant au pape, il lui tesmoignera le 
grand contentement qu'il reçoit des bons offices que le- 
dict sieur légat a faicts durant sa légation, pour l'ai- 
der à remettre son royaulme en repos et en meilleur 
estât qu'il y arriva , et surtout au faict de ce traicté. Il 
est très digne de ceste faveur. 

Nous vous avons aussi rendeu le tesmoignage que 
debvons au bon debvoir que le père gênerai a faict 
pour advancer et conduire à bon port toute ceste ne- 
gotiation. 

Mondict sieur le légat nous a dict que le pape recevra 
si grand contentement de ceste paix , qu'il estime que 
si le roy le requerra d'ung cardinal de plus, qu'il l'en 
gratifiera. 

Monsieur, au traicté il y a ung article qui contient 
que ceulx qui n'auront accordé de leur rançon seront 
mis en liberté sans payer rançon. Nous vous en avons 
voulleu advertir, afin si vous jugés qu'il soit à propos 
d'en advertir M. de Lesdiguieres, à ce que M. de Cre- 
quy et les aultres prisonniers ne soient hastés d'accor- 
der ; et sur l'accord que peult estre ils estimeroient 



43o LETTRE, erc. 

gracieux , et qui leur sera faict , s'ils ont le vent de 
cesle nouvelle , qu'ils ne mettent la main à la bourse; 
l'argent receu ne se rend pas aiseement. Il fault con- 
duire ce faict dextrement, sans descouvrir a quelle in- 
tention nous vous avons faict passer cest article. La vérité 
est que nous avons fort pressé cest ambassadeur qu'il 
fault que son maistre déclare la bonne volonté qu'il a 
de bien traicter les serviteurs du roy, afin d'acquérir 
les bonnes grâces du roy. Il nous a dict que ce qu'il 
passoit cest article n'estoit que pour cela; car il n'avoit 
pas opinion qu'ils eussent encores accordé. 

JNostre advis est que s'ils accordent après le traicté, 
qu'ils ne doibvent rançon; mais le danger seroit si on 
avoit toucbé leur argent. Sur ce nous pryons Dieu, etc. 

Du 2 mai i5o,8. 



CXLVIII. — * LETTRE DU ROY 

A M. de Lesdiguieres. 

M. de Lesdiguieres, vous avés esté adverti de la ne- 
gotiation de la paix qui se traicte à Vervins entre mes 
ambassadeurs et ceulx du roy d'Espaigne, et aussi ceulx 
du duc de Savoye. Les choses en ont passé si avant qu'il 
a esté accordé qu'il ne sera rien entrepris, ni faict aul- 
cung acte d'hostilité les ungs sur les aultres d'ung mois, 
à compter de cejourd'hui second jour du mois présent. 
Partant, je vous prye de le voulloir observer comme il 
fault de vostre costé; ledict duc de Savoye nous don- 
nant asseurance de faire le semblable du sien; et je vous 
feray sçavoir dedans ledict temps ce que vous aurés à 
faire là dessus pour mon service , me donnant advis 



LETTRE DTJ ROY, etc. 43l 

aussitost de la réception de la présente. Je prye Dieu, 

M. de Lesdiguieres , etc. 

Du i mai iôqS. 

CXLIX. — * ARTICLES 

Du traictè de paix , accordés le i mai i 5i)8. 

Au nom de Dieu le Créateur, à tous presens et ad- 
venir soit notoire : qu'ayant le royaulme de France et 
provinces unies des Pays Bas souffert de très grandes 
pertes, ruynes et désolations, à cause des guerres qui 
depuis plusieurs années ont continué, dont aussi se 
seroient grandement ressentis les royaulmes d'Espaigne 
et d'Angleterre , et pays de Savoye , durant lequel 
temps le commun ennemi du nom chrestien tenant nos 
maulx pour son occasion , en se prévalant de nos di- 
visions, auroit faict de très grands et très dangereux 
progrès et usurpations es provinces de la chrescienté , 
ce que considérant nostre sainct père le pape Clé- 
ment VIII de ce nom, désirant y apporter remède con- 
venable et couper le mal à la racine, auroit délégué 
en France l'illustrissime et reverendissime cardinal de 
Florence, Alexandre de Medicis, son légat et du sainct 
siège apostolique, par devers très hault, très excellent 
et très puissant prince Henri IV, par la grâce de 
Dieu roy de France et de Navarre, pour l'induire et 
persuader à une bonne paix , amitié et concorde avec 
très haut, très excellent et très puissant prince Phi- 
lippe II, par la mesme grâce roy catholique de Cas- 
tille, de Léon, d'Aragon, des deux Siciles, de Hieru- 
salem , de Portugal, de Navarre et des Indes, etc., 
auquel aussi sa saincteté auroit faict et faict faire par 



43$ ARTICLES 

son nonce et aultres semblables remonstrances et ex- 
hortations, et depuis ayant ledict sainct père esté ad- 
verti que ledict sieur roy catholique auroit remis le 
faict de ladicte paix, et à ces fins donné pouvoir à très 
hault et très puissant prince Albert, cardinal archiduc 
d'Autriche, son hepveu , pour la confiance qu'il a en 
lui , et pour l'avoir tousjo.urs cogneu très affectionné au 
bien de la paix , auroit envoyé par devers lui le révé- 
rend père frère Bonaventure Calatagirone , gênerai de 
l'ordre de Sainct François, pour lui faire sur ce en- 
tendre son désir, et ce qu'il auroit sceu de l'intention 
dudict sieur roy catholique, touchant ladicte paix , ayant 
le tout esté représenté par ledict père gênerai audict 
seigneur roy très chrestien, suivant la charge qu'il en 
avoît de sa saincteté, lesquels seigneurs roys, meus du 
zèle de pieté, de la compassion , et de l'extresme regret 
qu'ils ont et sentent en leurs cœurs, des longues et 
griefves oppressions qu'à l'occasion desdictes guerres, 
leurs royaulmes, pays et subjects ont souffertes et souf- 
frent encores à présent , ne voullant obmettre chose 
qui soient au pouvoir de bons princes , craignans Dieu et 
aimans leurs subjects, pour mettre et establir ung bon 
et asseuré repos en toute la chrestienté, et particuliè- 
rement es provinces dont il a pieu à Dieu leur com- 
mettre la charge, et mettant comme porte leur deb- 
voir en bonne et grande considération les très sages et 
paternels admonestemens de nostre sainct père, con- 
formans à iceulx , auroit exhorté leurs amis et confé- 
dérés de voulloir entendre avec eulx et se resouldre 
à une bonne paix, union et concorde, à l'honneur de 
Dieu, exaltation de son sainct nom, asseurance et 
tranquillité de toutes les provinces chrestiennes , et 
au soulagement et repos de leurs peuples et subjects. 



DU TRAICTÉ DE PAIX. 433 

et pour y parvenir, et icelle paix et amitié traider, 
conclure et arrester, auroient esté commis et depuiés, 
c'est à sçavoir, de la part dudict seigneur roy très 
chrestien, messire Pompone de Bellievre , chevalier 
sieur de Grignon, conseiller en son conseil d'estat, et 
messire Nicolas Brulart, chevalier sieur de Sillery, 
aussi conseiller dudict seigneur roy en son conseil 
d'estat, et président en sa court de parlement de Paris; 
et par ledict sieur cardinal archiduc, au nom dudict 
seigneur roy catholique, suivant le pouvoir a lui donné 
par ledict seigneur roy catholique , messire Jean l\i- 
chardot, chevalier, chef et président du conseil privé 
dudict seigneur roy et de son conseil d'estat, messire 
Jean Baptiste de Taxis, chevalier commandeur de Los 
Santos, de l'ordre militaire de Sainct Jacques, dudict 
conseil d'estat et du conseil de guerre, et messire 
Louis Verreiken, aussi chevalier audiencier, et premier 
secrétaire et thresorier des chartres dudict conseil d'es- 
tat, tous garnis de pouvoirs suffisans qui seront insérés 
en la fin des présentes , lesquels en vertu de leursdicts 
pouvoirs , en présence dudict sieur légat cardinal de Flo- 
rence, qui a longuement et très vertueusement travaillé 
à promouvoir ceste bonne paix et reconciliation , ont 
faict , concleu et accordé les articles qui ensuivent : 

I. Premièrement, est conveneu et accordé que le 
traicté de paix demeure concleu et resoleu entre les- 
dicts seigneurs roys Henry IV et Philippe II, confor- 
meement et en approbation des articles conteneus au 
traicté de paix faict au Chasteau en Cambresis, en 
l'an i559, entre feu de très haulte et très louable mé- 
moire Henry de France et ledict sieur roy catholique , 
et lequel traicté lesdicts députés, esdicts noms, ont de 
nouveau confirmé et approuvé en tous ses poincts, 

MÉM. DE DuPLESSIS-MoRNAY. ToME VIII. 9.8 



434 ARTICLES 

comme s'il estoit inséré de mot à aultre, et sans inno- 
ver aulcune chose en icelui ni es aultres precedens, 
qui tous demeurent en leur entier, sinon en ce qui y 
seroit expresseement dérogé par ce présent traicté. 

II. Et suivant ce , que doresnavant du jour et date 
du présent traicté entre lesdicts seigneurs roys, leurs 
enfans nés et à naistre, hoirs, successeurs et héri- 
tiers, leurs royaulmes, pays et subjects, y aura bonne, 
seure, ferme et stable paix, confédération et perpé- 
tuelle alliance et amitié, s'entr'aimeront comme frères, 
procurans de tout leur pouvoir le bien, l'honneur et 
la réputation l'ung de l'aultre, et esviteront tant qu'ils 
pourront loyaulment le dommage l'ung de l'aultre, ne 
soutiendront, ne favoriseront personne, quelle qu'elle 
soit, lung au préjudice de l'aultre, et des maintenant 
cesseront toutes hostilités, oublians toutes choses ci 
devant mal passées, quelles qu'elles soient, qui de- 
meureront abolies et esteintes, sans que jamais ils en 
fassent ressentiment quelconque , renonçant par ce 
présent traicté à toutes practiques , ligues et intelli- 
gences qui pourroient, en quelque sorte que ce soit, 
redoncler au préjudice l'un de l'aultre , avec promesse 
de ne jamais faire ni pourchasser par l'ung chose qui 
puisse tourner au dommage de l'aultre , ni souffrir que 
leurs vassaulx et subjects le fassent directement ou in- 
directement; et si aulcungs d'iceulx, de quelque qua- 
lité et conditions qu'ils soient, y contrevenoient ci 
après pour aller servir par mer ou par terre , ou bien 
aultrement aider et assister en chose qui, en sorte que 
ce soit, pourroit prejudicier à l'ung desdicts seigneurs 
roys, l'aultre sera obligé de s'y opposer et l'empes- 
cher, et les chastier seulement comme des infracteurs 
de ce traicté et des perturbateurs du repos public. 



DU TRAICTÉ DE PAIX. /|35 

III. Et par le moyen de cettedicte paix et estroicte 
amitié, les subjects des deux costés, quels qu'ils soient, 
pourront, en gardant les Ioixet les coustumes du pays, 
aller, venir, demeurer, fréquenter, converser et re- 
tourner es pays l'ung de laultre marchandement, et 
comme mieulx leur semblera, tant par mer que par 
terre et eaux doulces, traditer et converser ensemble, 
et seront soubteneus et deffendeus les subjects de l'ung 
au pays de l'aultre, comme propres subjects, en payant 
raisonnablement les droicts en tous lieux accoustumés, 
et aultres, qui par leurs majestés et leurs successeurs 
d'iceîles seront imposés. 

IV. Et se suspendent toutes lettres de marque et 
représailles qui pourroient avoir esté données à quel- 
que cause que ce soit, et ne s'en donneront doresna- 
vant auîcunes par l'ung desdicts princes, au préjudice 
des subjects de Taullre, sinon contre les principaulx 
delinquans , leurs biens et de leurs complices , et ce 
encores , en cas seulement de manifeste dénégation de 
justice , de laquelle et des lettres de sommation et ré- 
quisitions d'icelle , ceulx qui poursuivront lesdictes 
lettres de marque et représailles debvront faire appa- 
roir en la forme et en la manière que de droict est 
requis. 

V. Les villes, subjects, manans et babitans des com- 
tés de Flandres et Artois , et des aultres provinces des 
Pays Bas, ensemble du royaulme d'Espaigne, jouiront 
des privilèges et libertés qui leur ont esté accordées 
par les roys de France , prédécesseurs dudict seigneur 
roy très cbrestien , et pareillement les villes , manans, 
habitans et subjects du royaulme de France, jouiront 
aussi des privilèges , franchises et libertés qu'ils ont 
esdicts Pays Bas et royaulme d'Espaigne, tout ainsi 



436 ARTICLES 

qu'ung chacung d'eulx en ont ci devant joui , et comme 
ils ont et en jouissoient, en vertu dudict traicté de 
l'an i55g et aultres traictés precedens. 

VI. Aussi a esté conveneu et accordé, en cas que 
ledict seigneur roy catholique donne ou transfère par 
testament, donation, résignation ou aultrement, à 
quelque tiltre que ce soit, à la serenissime infante ma- 
dame Isabelle, sa fille aisnee ou aultres, toutes les 
provinces de ses Pays Bas , avec les comtés de Bour- 
goigne et de Charolois, que toutes Iesdictes pro- 
vinces et comtés s'entendent estre compris en ce pré- 
sent traicté, comme elles estoient en celui de l'an 1 55cj. 

Ensemble ladicte dame infante, ou celui en faveur 
duquel ledict seigneur roy catholique en auroit dis- 
posé, sans que pour cest effect il soitbesoing d'en faire 
aultre nouveau traicté. 

VII. Et retourneront les subjects et serviteurs d'un g 
costé et d'aultre, tant ecclésiastiques que séculiers, 
nonobstant qu'ils ayent servi en parti contraire , en 
leurs offices et bénéfices, dont ils estoient pourveus 
avant la fin de décembre 1 588 ; sinon des cures dont 
aultres se trouveroient canoniquement pourveus, en- 
semble en la jouissance de tous et chacungs leurs 
biens immeubles, rentes perpétuelles, viagères et à 
rachat, saisis et occupés à l'occasion de la guerre com- 
mencée sur la fin de l'an i588, pour en jouir des la 
publication de ladicte paix, et pareillement de ceulx 
qui leur sont depuis adveneus et escheus par succes- 
sion ou aultrement, sans rien quereller toutesfois, ni 
demander les fruicts perceusdes le saisissement desdicts 
biens immeubles , jusques au jour de la publication du 
présent traicté, ni des debtes qui auront esté confis- 
quées avant ledict jour, et se tiendra pour bon et va- 



DU TRMCTÉ DE PAIX. fi-] 

iable le repartement qu'en aura faict ou fera faire le 
prince, son lieutenant ou commis, vers la jurisdiction 
duquel ledict arrest sera faict, et ne pourront jamais les 
créditeurs de telles debtes ou leurs ayans cause estre 
receus à en faire poursuite, en quelque manière et par 
quelque action que ce soit contre ceulx aulxquels les- 
dicts dons auront esté faicts , ni contre ceulx qui par 
vertu de tels dons et confiscations les auroient payés, 
pour quelque cause que lesdictes debtes puissent estre, 
nonobstant quelques lettres obligatoires que lesdicts 
créditeurs en puissent avoir, lesquelles, pour l'effect 
de Iadicte confiscation , seront et demeureront par ce- 
dict traicté cessées, annullees et sans rigueur. 

VIII. Et se fera ledict retour desdicts subjects et 
serviteurs, dung costé et d'aultre, à leurs biens im- 
meubles et rentes comme dessus , nonobstant toutes 
les donations , confiscations commises et sentences 
données par contumace, et en l'absence des parties, 
et icelles non ouïes à l'occasion de cestedicte guerre, 
comme qu'il soit, lesquelles sentences et tous juge- 
mens donnés tant en civil qu'en criminel , demeureront 
nuls et sans aulcung effect , et comme non adveneus, 
remettant iceulx subjects quant à ce pleinement , et 
cessant tous empeschemens et contredicts aulx droicts 
qu'ils avoient au temps de l'ouverture de Iadicte guerre, 
sans qu'aulcung puisse estre recherché pour charges 
et entremises publicques qu'il auroit eu ; soit pour les 
vivres, maniement de deniers ou aultrement , pen- 
dant le temps et à l'occasion de Iadicte guerre, dont 
il auroit rendeu compte pardevant ceulx qui avoient 
lors pouvoir d'en ordonner, pourveu que lesdicts sub- 
jects et serviteurs ne se trouvent chargés d'aultres 
crimes et delicts que d'avoir servi en parti contraire. 



438 ARTICLES 

IX. Et ne pourront nenntmoins rentrer dans îes- 
dictes terres, pays et seigneuries desdicts roys, sans 
avoir premièrement sur ce obteneu permission et let- 
tres patentes scellées du grand scel de leurs majes- 
tés , desquelles ils seront teneus poursuivre la vé- 
rification pardevant les courts et officiers de leurs 
majestés. 

X. Ceulx qui auront esté pourveus d'ung costé et 
d'aultre des bénéfices, estans à la collation, présenta- 
tion ou aultre disposition desdicts sieurs roys ou aul- 
tres personnes laïcs, demeureront en la possession et 
jouissance desdicts bénéfices, comme bien et deument 
pourveus. 

XI. En faveur et contemplation de ceste paix, et 
pour donner par lesdicts sieurs roys contentement l'ung 
à l'aultre, est conveneu et accordé qu'ils rendront et 
restitueront réellement de faict et de bonne foy l'ung 
à l'aultre, ce qui se trouvera avoir esté pris, saisi et 
occupé par eulx ou aultres, ayant charge d'eulx ou en 
leurs noms es pays l'ung de l'aultre. C'est à sçavoir : 
Ledict sieur très chrestien audict sieur roy catholique, 
la jouissance et possession du comté de Charolois , 
ses appartenances et despendances, pour en jouir par 
lui et ses successeurs, pleinement et paisiblement, et 
le tenir soubs la souveraineté des roys de France ; et 
s'il se trouve d'aultres places occupées depuis ladicte 
paix de i55c), par ledict sieur roy 1res chrestien ou 
par les siens, seront pareillement restituées, et le tout 
dans deux mois, à compter du jour et date de ces 
patentes. 

XII. Et pareillement ledict sieur roy catholique 
rendra et restituera audict sieur roy très chrestien les 
places qui se trouveront avoir esté par lui ou aultres , h 



DU TRAICTÉ DE PAIX. 4% 

ayant charge de lui ou en son nom, prises, saisies et 
occupées depuis ledict traicté de Chasteau en Cam- 
bresis. 

XIIL A sçavoir, Calais, Ardres, Monthulin, Dour- 
lans, La Cappelle et Le Castelet en Picardie, Blavet en 
Bretaigne, et toutes aultres places que ledict sieur roy ca- 
tholique y auroit occupées ou ailleurs au royaulme de 
France, depuis ledict traicté , et sont par lui ou par les 
siens deteneues. 

XIV. Pour le regard de Calais, Ardres, Monthulin, 
Dourlans, La Cappelle et Le Castelet, seront icelles 
places remises et rendeues par ledict sieur roy catho- 
lique ou ses ministres effectuellement, de bonne foi, 
et sans aulcune longueur ni difficulté pour quelque 
prétexte ou occasion que ce soit, à celui ou ceulx qui 
seront à ce députés par ledict sieur roy très chrestien , 
dans deux mois preciseement, à compter du jour et 
date de ces présentes, en Testât qu'elles se trouvent à 
présent, sans y rien desmolir, affoiblir, ni endommager 
en aulcune sorte que Ton puisse prétendre , ni de- 
mander aulcung remboursement pour les fortifications 
faictes esdictes places, ni pour le payement de ce qui 
pourroit estre deu aulx soldats et gens de guerre y 
estans, et se fera ladicte restitution premièrement des 
"villes de Calais et Ardres, et des aultres puis après, 
en sorte que la restitution entière desdictes places soit 
accomplie dans ledict temps de deux mois. 

XV. Quant à Blavet, la restitution en sera aussi faicte 
effectuellement et de bonne foi , sans aulcune lon- 
gueur ni difficulté, soubs quelque prétexte que ce soit , 
à celui ou à ceulx qui à ce seront commis par ledict 
seigneur roy très chrestien, et ce dans trois mois, du 
jour et 'date de ces présentes, et pourra ledict seigneur 



44o ARTICLES 

roy catholique faire desmolir les fortifications par lui 
faietes ou par les siens audict Blavet, et aultres lieux 
qui seront par lui deteneus en Bretaigne, si aul- 



cungs y a. 



XVL Restituant lesdictes places, pourra ledict seigneur 
roy catholique faire emporter toute l'artillerie, pouldre, 
boulets, aimes, vivres, et aultres munitions de guerre 
qui se trouveront esdictes places, au temps de la res- 
titution. Pourront aussi les soldats, gens de guerre et 
aultres qui sortiront desdictes places, faire emporter 
tous biens, meubles à eulx appartenant, sans qu'il 
leur soit loisible exiger aulcune chose des habitans 
dicelles places et du plat pays , ni endommager leurs 
maisons, ou en emporter aulcune chose appartenant 
aulxdicts habitans. 

XVII. Et a ce que ces gens de guerre , estans audict 
Blavet, se puissent plus promptement retirer en Es- 
paigne , ledict seigneur roy très chrestien les fera ac- 
commoder de vaisseaux et mariniers , dans lesquels 
vaisseaux ils pourront faire charger l'artillerie, vivres 
et aultres munitions de guerre, avec leurs bagages, 
estans audict Blavet, et aultres lieux qui seront res- 
titués en Bretaigne , en baillant asseurance de la resti- 
tution desdicts vaisseaux et renvoi des mariniers, dans 
le temps qui sera accordé. 

XVIII. Promettent en oultre lesdicts députés, pour 
asseurance de la restitution desdictes places , aussitost 
que la ratification du présent traicté, faicte par ledict 
seigneur roy très chrestien , aura esté fournie , de 
bailler et délivrer quattre ostages tels qu'il vouldra 
choisir, subjects dudict sieur roy catholique, qui se- 
ront bien et honorablement teneus ainsi qu'il convient 
à leurs qualités; laquelle restitution estant faicte et 



DU TRAICTÉ DE PAIX. 44' 

réellement accomplie, lesdicts ostages seront renrleus 
et mis en liberté de bonne foi , et sans aulcung délai , 
bien entendeu qu'estant accomplie la restitution des- 
dictes places de Picardie, deux desdicts ostages se- 
ront deslivrés, demeurant les aultres deux jusques a la 
restitution dudict Blavet. 

XIX. Et pour le regard des choses conteneues audict 
traicté de l'an 1 559 , qui n'ont esté exécutées suivant 
les articles d'icelui, l'exécution en sera faicte et para- 
chevée en ce qui reste à exécuter, tant pour la teneure 
féodale du comté de Sainct Paul, limites des pays des 
deux princes, terres teneues en surseance, exemption 
des gabelles, et impositions foraines pretendeues par 
ceulx du comté de Bourgoigne , evesché de The- 
rouenne, abbaye de Sainct Jean au Mont, duché de 
Bouillon, restitution d'aulcunes places pretendeues de 
part et d'aultre debvoir estre restituées en vertu 
dudict traicté , et tous aultres différends, qui n'ont esté 
vuidés et décidés ainsi qu'il a esté conveneu; seront 
à cest effect nommés arbitres et députés de part et 
d'aultre , suivant ce qui a esté resoleu par ledict traicté ; 
lesquels s'assembleront dans six mois es lieux designés 
par icelui, si les parties consentent, sinon s'accorde- 
ront d'ung aultre lieu. 

XX. Et d'autant qu'en la division des terres ordon- 
nées aulx diocèses d'Arras, Amiens, Sainct Orner et 
Bouloigne, il se trouve des villages de France attribués 
aulx eveschés d'Arras et de Sainct Orner, et aultres 
villages du pays d'Artois et Flandres, aulx eveschés 
d'Amiens et de Bouloigne, dont advient souvent des- 
ordre et confusion , a esté conveneu qu'après avoir 
eu le consentement et permission de nostre sainct père 
le pape , commissaires de part et d'aultre seront de- 



l\L\i ARTICLES 

pûtes, qui s'assembleront dedans ung an au lieu qui 
sera advisé pour resouldre l'eschange qui pourroit 
estre faicte desdicts villages à îa commodité des ungs 
et des aultres. 

XXI. Tous prisonniers de guerre estant deteneus 
de part et d'aultre seront mis en liberté, en payant 
leurs despens et ce qu'ils pourront justement debvoir, 
sans estre teneus de payer aulcune rançon , sinon qu'ils 
en ayent conveneu ; et s'il y a plaincte de l'excès d'icelle , 
en sera ordonné par le prince au pays duquel les pri- 
sonniers seront deteneus. 

XXII. Tous auîtres prisonniers, subjeets desdicts 
seigneurs roys, qui pour la calamité des guerres pour- 
roient estre deteneus aulx galères de leurs majestés, 
seront promptement deslivrés , et mis en liberté sans 
aulcune longueur pour quelque prétexte ou occasion 
que ce soit, et sans qu'on leur puisse demander aul- 
cune cbose pour leurs rançons ou pour leurs despens. 

XXIII. Et sont réservés audict seigneur roy très 
cbrestien de France et de Navarre, ses successeurs 
et ayans cause de sesdicts royaulmes , pays et seigneu- 
ries, ou aultrement ailleurs pour quelque cause que 
ce soit, auquel n'auroit esté par lui ou par ses prédé- 
cesseurs expresseement renoncé pour en faire pour- 
suite par voye amiable ou de justice, et non par les 
armes. 

XXIV. Comme en semblable sont réservés audict sei- 
gneur roy catholique des Espaignes, et «à la serenissime 
infante sa fille aisnee , leurs successeurs et ayans cause, 
de tous les droicts, actions et prétentions qu'ils en- 
tendent leur appartenir à cause desdicts royaulmes, 
pays ou seigneuries , ou aultrement ailleurs pour 
quelque cause que ce soit , aulxquels n'auroit esté 



DU TRAICTÉ DE PAIX. 44^ 

par eulx ou par leurs successeurs expresseement re- 
noncé, pour en faire poursuite par voye amiable ou de 
justice, et non par les armes. 

Et sur ce qui auroit esté remonstré par lesdicts 
députés dudict seigneur roy catholique, que pour par- 
venir à une bonne paix, il est très requis que très 
excellent prince, M. le duc de Savoye, soit compris en 
ce traicté, désirant ledict seigneur roy catholique et 
affectionnant le bien et conservation dudict sieur duc 
comme la sienne propre pour la proximité du sang 
et d'alliance dont il lui appartient. Ce qu'aussi ils ont 
dict avoir charge expresse de proposer de la part du- 
dict sieur cardinal archiduc, ayant aussi déclaré mes- 
sire Gaspard de Genève , marquis de Lullin, conseiller 
d'estat, chambellan , et colonel des gardes dudict sieur 
duc , son lieutenant et gouverneur du duché d'Aouste 
et cité d'Ivree, son commis et député, comme appert 
par son pouvoir et procuration ci dessoubs insérée, 
qu'icelui sieur duc son maistre a l'honneur d'estre isseu 
du frère de la bisaïeule dudict seigneur roy très chrestien, 
et de la cousine germaine de la royne sa mère ; que son 
intention est de donner contentement audict seigneur 
roy, et comme son très humble parent le recognoistre 
de tout l'honneur, service et observance d'amitié qui 
lui sera possible pour le rendre à l'advenir plus content 
de lui et de ses actions que le temps et les occasions 
passées ne lui en ont donné le moyen , et qu'il se pro- 
met dudict seigneur roy que, recognoissant ceste sienne 
bonne affection , il usera envers lui de la mesme bonté 
et déclaration d'amitié dont les quattre roys derniers 
ses prédécesseurs ont usé à l'endroict de feu , de très 
louable mémoire , M. le duc de Savoye son père. 
A esté concleu et an esté que ledict sieur duc sera 



444 ARTICLES 

receu et compris en ce traicté de paix , et pour tes- 
moigner le désir qu'il a de donner contentement au- 
dict seigneur roy très chrestien, rendra et restituera 
la ville et le chasteau de Berre dedans deux mois, à 
compter du jour et date de ces présentes, effectuelle- 
ment et de bonne foi, sans aulcune longueur ni diffi- 
culté, soubs quelque prétexte que ce'soit, et sera icelle 
place remise et rendeue par ledict sieur duc à celui 
ou à ceulx qui seront à ce députés par ledict seigneur 
roy, dans ledict temps preciseement , en Testât qu'elle 
se trouve à présent sans y rien desmolir, affoiblir ni 
endommager en aulcune sorte, et sans que l'on puisse 
prétendre ni demander aulcung remboursement pour 
les fortifications faictes en ladicte ville et chasteau , ni 
aussi pour ce qui pourroit estre deu aulx gens de guerre 
y estans, et délaissera toute l'artillerie qui estoit dans 
ladicte place lors de la prise d'icelle , avec les boulets 
qui se trouveront de mesme calibre , et pourra retirer 
celle que depuis il y aura mis , si aulcune en y a. 

Aussi a esté conveneu et accordé que ledict sieur 
duc desadvouera et abandonnera entièrement, et de 
bonne foi , le capitaine La Fortune , estant en la ville 
de Seurre, pays de Bourgoigne, sans qu'il lui baille, 
ni aultre qui usurperoit ladicte ville contre la volonlé 
dudict seigneur roy très chrestien , directement ou indi- 
rectement, aulcune aide, support, ni faveur. 

Et, pour le surplus des aultres différends qui sont 
entre ledict seigneur roy très chrestien et ledict sieur 
duc, lesdicts députés aulxdicts noms consentent et 
accordent pour le bien de la paix qu'ils soient remis 
au jugement de nostre sainct père Clément VIII, pour 
estre vuidés et décidés par sa saincteté dedans ung an , 
à compter du jour et date de ces présentes, suivant la 



DU TRAICTÉ DE PAIX. /|/[5 

response dudict seigneur roy, baillé par escrit le 4 
juin dernier ci après insérée, et ce qui sera ordonné 
par sa saincteté sera entièrement accompli , et exécuté 
de part et d'aultre sans aulcune longueur ni difficulté , 
soubs quelque cause ou prétexte que ce soit, et ce- 
pendant, et jusques à ce qu'aultrement en soit décidé 
par nostre sainct père le pape, demeureront les choses 
en Testât qu'elles sont à présent sans y rien changer ni 
innover ; et , comme elles sont possédées de part 
et d'aultre, sans qu'il soit loisible de s'estendre plus 
avant, imposer ou exiger contributions, ni aultre chose 
hors de territoire des places qui sont teneues par les 
ungs ou par les aultres. 

Et, suivant ce, a esté conveneu et accordé que des 
à présent il y aura paix, ferme ^ stable , amitié et bonne 
voisinance entre lesdicts seigneurs roy et duc, leurs 
enfans nés et à naistre , hoirs, successeurs et héritiers, 
leurs royaulmes, pays et subjects, sans qu'ils puissent 
faire -aulcune entreprise sur les pays et subjects l'ung 
de l'aultre pour quelque cause ou prétexte que ce 
soit ; que les subjects et serviteurs d'ung costé ou 
d'aultre, tant ecclésiastiques que séculiers, nonobstant 
qu'ils ayent servi en parti contraire , retourneront 
pleinement et en la jouissance de tous et chacung 
leurs biens, offices et bénéfices, tout ainsi qu'il a esté 
dict ci dessus pour les subjects et serviteurs des deux 
roys , sans que cela puisse estre entendeu des gou- 
verneurs. 

Quant aulx prisonniers de guerre , en sera usé comme 
il a esté conveneu entre les deux roys , ainsi qu'il est 
conteneu ci dessus. 

Et sont confirmés en tous leurs poincts et articles 
les traictés faicts ci devant entre les feus roys très 



446 ARTICLES 

chrestiens Henry II en l'an i55(), à Chasteau en Cam- 
bresis, Charles IX et Henry III , et ledict feu sieur duc 
de Savoye , sinon en ce qui auroit esté dérogé par le 
présent traicté ou par aultres, et suivant ce demeu- 
rera ledict sieur duc de Savoye avec ses terres, pays 
et subjects, bon prince, neutre, et ami commun des- 
dicts seigneurs roys, et du jour de la publication du 
présent traicté sera le commerce libre et asseuré entre 
leursdicts pays et subjects conteneu esdicts traictés, et 
en a esté usé en vertu d'iceulx , et seront observés les 
reglemens y conteneus , mesmes pour le regard des 
officiers qui ont servi les seigneurs roys , sinon que 
par aultre traicté y eust esté desrogé. 

En ceste paix , alliance et amitié seront compris de 
commun accord et contentement desdicts seigneurs 
roys, si compris y veullent estre , premièrement de la 
part dudict seigneur roy très cbrestien nostre sainct 
père le pape, et le sainct siège apostolique, l'empe- 
reur , les électeurs, princes ecclésiastiques et séculiers, 
villes, communautés et estats dudict sainct père, et 
par spécial MM. le comte Palatin , électeur , marquis 
de Brandebourg, duc de Wittemberg, landgrave de 
Hesse, le marquis d'Anspach, les comtes de Frise orien- 
tale, les villes maritimes , selon les anciennes alliances, 
le roy et le royaulme dEscosse , selon les anciens traic- 
tés , alliances et confédérations qui sont entre les 
royaulmes de France et d'Escosse , les roys de Poloi- 
gne, Danemarck et Suéde, le duc et seigneurie de 
Venise, les treize cantons des ligues Suisses, les sei- 
gneurs des trois ligues Grises, Tevesque et seigneurs du 
pays de Valais , l'abbé et ville de Sainct Gai , tout 
Rembourg, Mulhausen , comté de Neufchastel , et aul- 
tres alliés et confédérés desdicts sieurs des ligues ? 



DU TRAICTÉ DE PAIX. 44-7 

M. le duc de Lorraine, M. le grand duc de Toscane, 
M. le duc de Mantoue, la republique de Lucques, les 
evesques et chapitres de Metz , Toul et Verdun , 
l'abbé de Gorze , les seigneurs de Sedan et le comte 
de La Mirande, bien entendeu toutesfois que le con- 
sentement que ledict seigneur roy catholique donne à la 
compréhension des comtes de Frise orientale soit sans 
préjudice du droict que sa majesté catholique pré- 
tend sur les pays d'ieeulx , comme aussi demeurent 
ressentes à l'encontre les deffenses , droicts et excep- 
tions desdicts comtes , le tout avec déclaration que le- 
dict seigneur roy catholique ne pourra directement 
ou indirectement travailler par soi, ou par d'aul- 
tres, aulcung de ceulx qui de leur part dudict sei- 
gneur roy très chrestien , ont ci dessus esté compris, 
et que si ledict seigneur roy catholique prétend au!- 
cune chose à l'encontre d'eulx , \\ les pourra seule- 
ment poursuivre par droict pardevant les juges com- 
petans, et non par la force en manière que ce soit ; et 
de la part dudict seigneur roy catholique seront com- 
pris audict traicté, si compris y veullent estre, premiè- 
rement, nostre sainct père le pape, le sainct siège apos- 
tolique, l'empereur des Romains, messieurs les archi- 
ducs, les frères et cousins, leurs royaulmes et pays, 
les électeurs, princes, villes et estats du sainct empire 
obeissans a icelui , le duc de Bavière , le duc de Cleves , 
evesque et pays de Liège, les villes maritimes et les 
comtes d'Ostfrise; et renoncent lesdicts princes à toutes 
practiques, promettans de n'en faire ci après aulcunes, 
ni en la chrestienté , ni hors d'icelle oii que ce soit, 
qui puisse estre préjudiciable, ni audict seigneur em- 
pereur , ni aulxdicts membres et estats dudict sainct 
«mpire, ains qu'ils procureront de leur pouvoir le 



448 ARTICLES 

bien et repos d'icelui, pourveu que Iedict seigneur em- 
pereur et lesdicts estats se comportent respectivement, 
aimablement avec lesdicts seigneurs roys très cbrestien 
et catholique , et ne fassent rien au préjudice d'iceulx , 
et de mesmes y seront compris messieurs des cantons 
des ligues des Haultes Allemagnes, et les ligues Grises 
et leurs alliés, le roy de Poloigne et de Suéde, le roy 
d'Escosse, le roy de Danemarck, le duc et seigneurie 
de Venise, le duc de Lorraine , le grand duc de Tos- 
cane, lesrepublicques de Gesnes et de Lucques, le duc 
de Parme et de Plaisance , le cardinal Farnese son 
frère, le duc de Mantoue, le duc d'Urbin , les chefs 
des maisons Colone et Ursine, le duc de Sennonete, 
le sieur de Monaco , le marquis de Final , le marquis 
de Mossa, le sieur de Piombin , le sieur de Sala, le 
comte de Colorno , pour jouir pareillement du bénéfice 
de ceste paix, avec déclaration expresse que ledict 
seigneur roy très chrestien ne pourra directement ou 
indirectement travailler par soi , ou par aultres aulcungs 
d'iceulx, et que s'il prétend aulcune chose à Pencontre 
d'eulx , il les pourra seulement poursuivre par droict 
devant juges competans , et non par la force en ma- 
nière que ce soit. 

Et aussi seront compris en ce présent traicté tous 
aultres qui de commun consentement desdicts sei- 
gneurs roys, se pourront dénommer, pourveu que six 
mois après la publication de ce présent traicté , ils don- 
nent leurs lettres declaratoires et obligatoires en tel cas 
requises respectivement. 

Et pour plus grande seureté de ce traicté de paix et 
de tous les poincts et articles y conteneus, sera icelui 
traicté, vérifié, publié et enregistré en la court de par- 
lement à Paris, et en tous aultres parlemens duroyaulme 



DU TRAICTÉ DE PAIX. 4^9 

de France et chambre des comptes de Paris, comme au 
semblable sera vérifié, publié et enregistré au grand 
conseil, aultres conseils et chambres des comptes des 
Pays Bas dudict seigneur roy catholique, et le tout sui- 
vant et en la forme qui est conteneue audict traicté de 
l'an i559, dont seront baillées les expéditions de part 
et d'aultre dans trois mois après la publication du pré- 
sent traicté. 

Lesquels poincts et articles ci dessus , compris en- 
semble tout le conteneu en chacung d'iceulx , ont esté 
traictés, accordés, passés et stipulés entre lesdicts dé- 
putés aulx noms que dessus, lesquels, en vertu de leurs 
pouvoirs, ont promis et promettent soubs l'obligation de 
tous et chacungs les biens presens et advenir de leurs- 
dicts maistres , qu'ils seront par iceulx inviolablement 
observés , et de leur faire ratifier et en bailler les ungs 
aulx aultres lettres authentiques, signées et scellées, 
où tout le présent traicté sera inséré de mot à aultre, 
et ce dans ung mois du jour et date des présentes pour 
le regard dudict seigneur roy très chrestien , cardinal , 
archiduc et duc de Savoye , lequel sieur cardinal pro- 
mettra de se fournir trois mois après semblables lettres 
de ratification dudict seigneur roy catholique, et oultre 
ont promis et promettent lesdicts députés esdicts noms 
que lesdictes lettres de ratification desdicts roy très 
chrestien, cardinal, archiduc et duc de Savoye, jure- 
ront solemnellement sur la croix, sainctes Evangiles, 
canon de la Messe, et sur leur honneur, en présence 
de tels qu'il leur plaira députer , d'observer et accom- 
plir pleinement , réellement et de bonne foi le conte- 
neu esdicts articles , et semblable serment sera faict par 
ledict seigneur roy catholique dans trois mois après , ou 
lorsqu'il en sera requis. En tesmoing desquelles choses 

MÉM. DE DuPLESSIS-MoRN.VY. ToME VIII. 2Q 



45o ARTICLES DU TRAICTÉ DE PAIX. 

ont lesdicts députés soubscript le présent traieté de 

leurs noms au lieu de Vervins, le 2 jour de mai 1598. 



CL. — * TRAICTÉ DES PARTICULIERS 

Faict a Vervins, le 1 mai i5()8. 

Au nom de Dieu le Créateur , à tous soit notoire 
comme cejourd'hui 2 e de mai 1098, a esté conceu le 
traieté de paix entre très hault, très excellent et très 
puissant prince Henry IV, par la grâce de Dieu roy 
très clirestien de France et de Navarre; et très hault, 
très excellent et 1res puissant prince Philippe II, par 
la mesme grâce roy catholique des Castilles, d'Ara- 
gon , de Léon, des deux Siciles, de Jérusalem, de Por- 
tugal , de Navarre , de Grenade , etc. ; par messire Pom- 
pone de Beilievre; sieur de Grignon , du conseil d'estat 
dudict seigneur roy très clirestien; et Nicolas Brulart, 
sieur de Siliery, conseiller dudict conseil d'estat, et 
président du parlement de Paris; et messire Jean Ri- 
chardot, chevalier, chef président du conseil privé 
dudict seigneur roy catholique, et de son conseil 
d'estat; Jean Baptiste de Taxis, chevalier et comman- 
deur de los Sanlos, de l'ordre militaire de Sainct Jac- 
ques de la Spada, dudict conseil d'estat et de guerre 
dudict seigneur roy catholique; et Louis Verreiken , 
aussi chevalier audiencier, premier secrétaire et thre- 
sorier des chartres dudict conseil d'estat , iceulx commis 
et députés, en vertu de leurs pouvoirs, oultre le con- 
teneu audict traieté de paix, ont accordé les articles 
suivans, pour estre ung chacung diceulx observés et 
gardés inviolablement par lesdicts seigneurs roys , leurs 



TRAICTÉ DES PARTICULIERS. 45 1 

successeurs et ayans cause, et avec la mesme force, 
vigueur et prérogative, comme s'ils estoient expressee- 
ment insérés audict traicté de paix. 

Premièrement , que sera faict bonne et briefve justice 
à la veufve et enfans de feu messire Pierre de Me (un , 
pour le droict et possession par eulx pretendeu sur les 
biens qui appartenoient au feu sieur prince d'Espiney 
dans les pays dudict seigneur roy catholique. 

Comme au semblable sur les demandes et prétentions 
de la duchesse d'Arscot, lui sera faict bonne et brefve 
justice. 

Le semblable sera faict à la veufve du feu prince 
d'Orange, estant retirée en France, pour le douaire 
qu'elle prétend sur les biens du feu prince d'Orange; 
ensemble pour la jouissance du traicté de Coligny, en 
ce qui est situé dans les pays dudict roy catholique. 

Le prince d'Orange sera remis en la possession et 
souveraineté de la principauté d'Orange, et de toutes , 
aultres terres dont lui et les siens jouissoient au royaulme 
de France auparavant la guerre , et dont il avoit esté 
dépossédé à l'occasion d'icelle; et pareillement sera 
remis en tous les aultres droicts, noms, raisons et ac- 
tions qui lui appartenoient auparavant ladicte guerre, 
pour raisons desquelles lui sera faict bonne et briefve 
justice. 

Le duc d'Arscot sera remis au plus tost en possession 
et jouissance des choses que lui et le feu duc son père 
ont possédées au royaulme de France avant ladicte 
guerre , et lui sera observé tout ce qui aura esté dis- 
posé aulx traictés precedens en faveur dudict feu duc 
son frère et de ses prédécesseurs, et sur tout ce qu'il 
aura à prétendre lui sera administré bonne et briefve 
justice ; et si aulcunes sentences ou jugemens avoient 



4^2 TRAICTÉ 

esté donnés au préjudice des precedens traictés , non- 
obstant icelles, le droict dudict sieur duc demeurera 
en son entier. 

Que ledict seigneur roy très chrestien fera admi- 
nistrer bonne et briefve justice au comte de Cham- 
plite et aultres héritiers de la maison de Vergy, en ce 
qu'ils prétendent sur Sainct Dizier, Vitry en Partois , la 
seigneurie de Vergy , et aultres biens et droicts qu'ils 
maintiennent leur appartenir , et dont est faict men- 
tion par plusieurs precedens traictés. 

Le semblable sera faict au sieur de Glayon , pour 
tous les droicts qu'il prétend lui appartenir dans le 
royaulme de France, et sur les prétentions du comte 
de Solre , à cause de madame sa femme , sur certain 
quartier de marais, qu'il dict estre des marais d'Audrun 
et Bredenarde; lui sera aussi faict bonne et briefve 
justice, comme au semblable sera faict pour le droict 
pretendeu par madame Marie de Renti , femme de dom 
Gaston d'Espinola, sur la baronie d'Ardres. 

Sera aussi faict bonne et briefve justice au comte de 
Pont de Vaux, pour les biens qu'il prétend lui estre 
escheus par le trespas de feue la comtesse de Pont de 
Vaux et de Cerny, sa grand' mère, ensemble sur la res- 
titution des meubles par lui pretendeus avoir esté 
déposés en la ville de Rheims par ordonnance de jus- 
tice, et d'aultres occupés par qui que ce soit. 

Et sur la plaincte par lui faicte de sa prison et 
rançon, présentant sa requeste audict seigneur roy très 
chrestien, il en sera ordonné en sorte qu'il aura occa- 
sion de se contenter de la justice qui lui en sera faicte. 

Sera* aussi faict bonne et briefve justice au sieur de 
Beaurepaire, sur ce qu'il prétend la terre d'Aix, en 
Boulonois, lui appartenir. 



DES PARTICULIERS. 453 

L'abbé de Dammartin jouira des biens à lui apparte- 
nant dans le royaulme de France , comme avant la 
guerre lui et ses prédécesseurs en ont joui. 

Et, pour terminer et décider les différends qui sont 
pour les abbayes de Vaucelles et de Fesmy, seront députés 
commissaires de part et d'aultre, qui s'assembleront 
dans six mois au lieu qui sera accordé. 

Et généralement tous subjects, de part et d'aultre, 
seront remis et réintégrés en tous leurs biens , rentes 
perpétuelles, viagères et à radiât, dont ils avoient esté 
dépossédés à l'occasion desdictes guerres, nonobstant 
qu'ils ayent servi en parti contraire , ainsi qu'il est 
conteneu au traicté cejourd'hui concieu entre lesdicts 
seigneurs roys. 

Et, s'il restoit quelque chose à exécuter du précè- 
dent traicté , faict pour les particuliers à Ghasteau en 
Cambresis en 1 55c), sera exécuté, pleinement et de bonne 
foi, de part et d'aultre. Lesquels poincts et articles sus- 
dicts, et tout le conteneu en iceulx, lesdicts députés 
desdicts seigneurs roys, en vertu de leurs pouvoirs, 
ont traicté , concieu et arresté, promettant de les faire 
ratifier, et faire observer entièrement et de bonne foi, 
comme dessus est dict. 

En tesmoignage de ce , ont signé ces présentes en 
ce lieu de Yervins, les jour et an que dessus, 

POMPONE DE BeLLIEVRE , NlCOLAS BRULART, 

Jean Richardot, Jean Baptiste Taxis et 
Louis Verreiken. 



454 pouvoir 



CLI. — * POUVOIR 

Du député de M. de Savoye. 

Charles Emmanuel, par la grâce de Dieu duc de 
Savoye, Chablais , Aouste, et Genevois, prince et vi- 
caire perpétuel du sainct empire romain, marquis en 
Italie, prince de Piedmont, comte de Genève, Baugé , 
Romont, Nice, etc.; comme ainsi soit qu'il auroit 
pieu au roy nostre beau père, et à M. le cardinal archi- 
duc d'Autriche, nostre cousin, nous donner advis de 
certain pourparler de paix ou trefve d'entre leurs deux 
majestés, par l'entremise de quelque tiers, nous invi- 
tant à y faire entrevenir quelqu'ung de nostre part 
pour nos particuliers interests; nous, à ceste cause 
voullant députer personnage sur lequel nous ayons 
totale confiance , et qui soit de qualité , expérience et 
capacité telle que requiert ung affaire de si grande 
importance, de présent et pour l'advenir, avons faict 
choix et élection de vous, nostre très cher, bien*amé 
et féal conseiller d'estat, chambellan gouverneur de 
nostre duché d'Aouste et cité d'Ivree, et colonnel de 
nostre garde suisse; messire Gaspard de Genève, mar- 
quis de Lullin, pour la grande preuve que nous avons 
de vostre suffisance, et de l'affection que vous avés 
desmonstree à nostre service en tant d'aultres remar- 
quables affaires, et légation que vous avés heureuse- 
ment et prudemment conduicte à nostre singulière 
satisfaction; et par ce, vous avons constitué, et establi, 
et député, constituons, establissons et députons nostre 
procureur gênerai et spécial, en façon que la gênera- 



DU DÉPUTÉ DE M. DE SAVOY E. 455 

Jité ne déroge à la spécialité ni au contraire, pour, à 
nostre nom, vous rendre et transporter la part où se 
fera la conférence et pourparler, pour radvaricement 
de ladicte paix ou trefve, par les députés entre les deux 
majestés susdictes, et en toute aultre part où besoing 
sera, pour illec advancer nos raisons et prétentions, et 
icelles débattre, proposer, traicter, resouldre , délibé- 
rer, conclure, consentir et soubscrire de nostre part 
a ladicte paix ou trefve. Le tout comme ferions ou faire 
pourrions nous mesmes si presens et assistons y estions, 
sans aulcune reserve ni limitation, promettant en foi 
et parole de prince d'avoir pour très agréable, et à 
jamais ferme et stable, tout ce que par vous aura esté 
concleu , consenti et arresté comme dessus, et le tout 
approuver et observer inviolablement, sans jamais y 
contrevenir ni permettre qu'il y soit contreveneu en 
façon et manière que ce soit. En tesmoing de quoi 
nous avons signé les présentes, et scellé de nostre 
cachet, en nostre armée, à Barrault, le 10 e septembre 
1:697, 

Charles Emmanuel; et plus bas, Roncas. 
Et a costê , Visa Rochette, pour M. le grand chan- 
celier, avec ung placard en sceau dudict sieur duc, 
armoyé de ses armes. 



CLII. — * ACTE 

De la remise du traictè es mains de M. le légat. 

Cejourd'hui , le jour du mois de mai 1598, les 
articles de paix et reconciliation entre très hault, très 
excellent et très puissant prince Henry IV, par la grâce 



456 NEGOTIATION. 

de Dieu roy très chrestien de France et de Navarre; 
et très hault, très excellent et très puissant prince 
Philippe, par la mesme grâce de Dieu roy catholique 
des Espaignes, etc., et encores ledict seigneur roy très 
chrestien et très excellent prince Charles Emmanuel, 
duc de Savoye, ont esté resoleus, et accordés par leurs 
commis et députés, suivant les pouvoirs qui pour ce 
leur ont esté donnés, à sçavoir, de la part dudict sei- 
gneur roy très chrestien , messire Pompone deBellievre, 
chevalier, sieur de Grignon , conseiller en son conseil 
d'estat; et messire Nicolas Brulart , chevalier, sieur de 
Sillery , aussi conseiller au conseil d'estat dudict sei- 
gneur roy, et président en la court de parlement de 
Paris; de la part dudict seigneur roy catholique, mes- 
sire Jean Rie bardot, chevalier; sieur de Barly,chefet 
président du conseil privé dudict seigneur roy, et de 
son conseil d'estat; messire Jean Baptiste de Taxis, 
chevalier commandeur de losSantos, de l'ordre militaire 
de Sainct Jacques, dudict conseil d'estat et du conseil 
de guerre; et messire Louis Verreiken , aussi chevalier 
audiencier, premier secrétaire et thresorier des Chartres 
dudict conseil d'estat, suivant la deputation et charge 
expresse sur ce à eulx donnée par très hault et très 
puissant prince le cardinal Albert, archiduc d'Autriche, 
en vertu du pouvoir sur ce à lui donné par ledict 
seigneur roy catholique; et de la part dudict duc de 
Savoye , messire Gaspard de Genève, marquis de Lullin, 
conseiller d'estat, chambellan et colonnel des gardes 
dudict sieur duc, gouverneur et son lieutenant gênerai 
au duché d'Aouste et cité d'Yvree, lesquels articles et 
traictés soubscrits des noms de tous les susdicts com- 
mis et députés desdicts roy, cardinal et duc de Savoye , 
ont esté par eulx remis entre les mains de l'illustris- 



NEGOTIÀTION. l\S"j 

sime et reverentlissime cardinal de Florence , légat de 
sa saincteté et du sainct siège apostolique en France, 
en présence duquel icculx articles ont esté traictés et 
resoleus pour estre par ledict sieur légat gardés et te- 
neus secrets jusques à la fin du présent mois, si plus 
tost les parties ne consentent à la publication d'iceulx, 
et sans que ci après il soit loisible d'y adjousler ou 
diminuer; à l'observation desquels articles lesdicts dé- 
putés ont obligé la foi desdicts seigneurs roys, cardi- 
nal, archiduc, et duc de Savoye, en vertu des pouvoirs 
à eulx donnés , es mains dudict sieur cardinal légat , 
représentant la personne de sa saincteté en ceste nego- 
tiation; en tesmoignage de quoi iceulx députés ont 
signé ce présent escrit le jour et an que dessus. 



CL1II. — * NEGOTIATION 

Pour la cessation de guerre avec la rojne d'Angle- 
terre et provinces unies des Pays Bas , durant 
deux mois. 

En traictant les articles de paix entre très hault, 
très excellent et très puissant prince Henry IV, par la 
grâce de Dieu roy très chrestien de France et de Na- 
varre ; et très hault, très excellent et très puissant 
prince Philippe II, par la mesme grâce roy catholique 
des Espaignes , etc. , sur ce qui auroit esté remonstré 
par les députés dudict seigneur roy très chrestien, 
qu'ils ont tousjours déclaré, comme ils déclarent en- 
cores à présent , de ne pouvoir passer oultre à la con- 
clusion du traicté de paix, sinon que très haulte , très 
excellente et très puissante princesse la royne d'Angle- 



4^8 NEGOTIATION. 

terre, et les provinces unies des Pays Bas confédérés 
de sa majesté très chrestienne, soient admis et receus 
au traicté; à quoi auroit este respondeu par les députés 
diidict seigneur roy catholique, que, des le commence- 
ment de ceste conférence, ils ont déclaré qu'ils estoient 
prests et contens de recevoir à traicler lesdicts dépu- 
tés de Iadicte royne et provinces, et qu'ils ont faict 
assés long séjour en ce lieu pour leur donner loisir de 
s'y acheminer, s'ils eussent eu ceste volonté; a esté 
concleu et arresté que, si dans six mois les députés de 
Iadicte dame royne d'Angleterre, et des provinces unies 
des Pays Bas, viennent avec pouvoirs suffisans , et dé- 
clarent de voulloir traicter de, paix et d'accord , ils y 
seront receus; et, pour cest effect , les députés dudict 
seigneur roy catholique se trouveront en ce lieu de 
Vervins,ou tel aultre qui d'ung commun consente- 
ment et accord desdictes parties sera ad visé, et sur 
l'instance expresse qui en a esté faicte par les députés 
dudict seigneur roy très chrestien , a esté conveneu , 
stipulé et accorde qu'il y aura cessation de toutes les 
entreprises de guerre, et de tous actes d'hostilité entre 
lesdicts seigneurs roy catholiques, royne d'Angleterre, 
et provinces unies des Pays Bas, pour deux mois seule- 
ment, à compter du jour des presens; bien entendeu 
que Iadicte cessation d'armes n'aura lieu que du jour 
que Iadicte royne d'Angleterre et provinces unies des 
Pays Bas auront faict sçavoir à très hault et très puis- 
sant prince Albert, cardinal, archiduc d'Autriche, qu'ils 
prennent et acceptent Iadicte cessation d'armes, ou 
qu'en leurs noms iedict seigneur roy très chrestien ait 
faict faire Iadicte déclaration. Faict ce 2 e jour de mai 
l'an iSqS. 



NEGOCIATION. 459 



i. *^%,-%-^-*^* ■*•%•* W^'mi^.'W , ^-%^%.<* 1 'V^ v.-^^ ^-^ 



CLIV. — * NEGOTIAÏION 

Pour la cessation de tous actes d'hostilité jus ques a 
la publication dudicttraicté avec le royd'Espaigne. 

En concluant le traicté de paix, faict cejourdhui 
2 mai, entre très hault, etc., Henry IV, roy très chres- 
tien de France et de Navarre , et très hault , etc. , Phi- 
lippe II, roy catholique des Espaignes, a esté conveneu 
et accordé entre les députés desdicts seigneurs roys , 
encores que la publication dudict traicté soit différée 
pour ung mois, que neantmoins pendant ledict temps 
il y aura cessation de toutes entreprises de guerre et 
de tous actes d'hostilité, et que s'il y estoit contreve- 
neu de part et d'aultre par prise de places, prisonniers 
ou d'aultres choses en quelque sorte que ce soit, la 
contravention sera réparée de bonne foi , sans longueur 
ni difficulté ; et pour effectuer ce que dessus , sera escrit 
par lesdicts députés où il sera besoing. En foi de quoi 
ils ont soubscrit les présentes de leurs noms. AVervins, 
ce 2 e jour de mai 1598. 

A esté faict ung semblable acte avec le député de 
Savoye. 



**•% * •%,'+S*. -m^»,'» %,-k^v *."%--% -», v%v-*--w**/Tw^* 



CLV. — * NEGOTIATION 

Pour convenir d'aultres arbitres avec M. de Savoye , 
en cas que le pape vinst h décéder. 

Comme ainsi soit que cejourd'hui 2 mai 1598, en 
traictant les articles de paix entre très hault, très ex- 



46o NEGOTIATION. 

cellent et très puissant prince Henry IV, par la grâce 
de Dieu roy de France et de Navarre, et très excellent 
prince M. le duc de Savoye. Entre aultres choses, au- 
roit esté accordé que les différends qui nont esté dé- 
cidés et terminés par le traicté de paix faict cejourd'hui, 
seroient remis au jugement de nostre sainct père le pape 
Clément VIII, pour estre par sa sainctete jugés et dé- 
cidés dans ung an , suivant la response dudict seigneur 
roy , baillée par escrit le quatriesme jour de juin 1 597 ; 
et d'autant que tout ce qui est né est subject à la mort , 
il a esté conveneu et accordé entre les députés desdicts 
seigneur roy et duc , que s'il advenoit que Dieu ne 
veuille que nostre sainct père le pape decedast dans 
ledict temps, et auparavant que lesdicts différends 
aient esté par sa sainctete terminés; ce neantmoins il 
n'adviendra aulcune rupture à ladicte paix; mais que 
lesdicts seigneur roy et duc conviendront d'aultres ar- 
bitres dans trois mois , ou bien adviseront entre eulx 
d'aultres moyens pour finir à l'amiable lesdicts diffé- 
rends; en tesmoing de quoi lesdicts députés ont signé 
et soubscrit le présent acte, les jour et an que dessus. 

Gaspard de Genève. 



CLVI. -—* NEGOTIATION 

Pour laisser emporter V artillerie qui a esté mise a 
Berre depuis sa prise , avec les armes , vivres et 
munitions de guerre. 

Cejourd'hui deuxiesme jour de mai 1598, en traic- 
tant les articles de paix entre, etc. : 

A esté conveneu et accordé, oultre le conteneu es- 



NEGOTrATION. 461 

dicts articles, qu'en restituant par le sieur duc la ville 
et chasteau de Berre, avec l'artillerie qui estoit dans la- 
dicte place lors de la prise d'icelle, avec les boulets de 
mesme calibre, qu'il pourra faire emporter l'artillerie 
que depuis il y auroit mise, si aulcune y en a; ensemble 
les vivres et aultres munitions de guerre qui se trou- 
veront en Jadicte place lors de la restitution ; pourront 
aussi les soldats, gens de guerre et aultres qui en sor- 
tiront, faire emporter tous biens meubles à eulx appar- 
tenais , sans qu'il leur soit loisible d'exiger aulcune 
chose des habitans de ladicte place et du plat pays, ni 
endommager leurs maisons ou emporter aulcune chose 
qui soit appartenante aulxdicts habitans. En tesmoing 
de quoi, etc. 

CLVII. — * MEMOIRE 

Touchant le traie té de paix. 

Il est impossible qu'il ne se trouve quelque chose à 
désirer au traicté de paix que, suivant le commande- 
ment du roy, avons ici resoleu avec les députés du roy 
catholique et de M. de Savoye; ce que pour ce regard 
nous pouvons considérer est : 

Qu'en la préface il se faict mention des progrès que 
faict le Turc sur les provinces chrestiennes, avec une 
expresse déclaration qu'ils ont à la conservation des- 
dictes provinces. Si l'on dict que le meilleur eust esté 
de ne mettre par escrit chose qui puisse mettre le Turc 
en deffîance de l'amitié du roy : 

On resp.ond que deux choses nous ont meu de mettre 
en avant ceste considération. L'une, qu'es traictés de 



4^2 MEMOIRE 

paix de Madrid , de Cambray et de Crespy en Laon- 
nois, faicts par le feu roy François I er avec l'empereur 
Charles V, non seulement a esté faict mention du dan- 
ger où se trouve la chrestienté, à cause des entreprises 
et usurpations des Turcs ; mais on se déclare ouverte- 
ment de la resolution que l'on a prise de s'y opposer et 
les repousser par les armes. Le semblable est conteneu 
au traicté de Chasteau en Cambresis , faict par le feu 
roy Henry II avec le roy catholique ; et toutesfois ledict 
feu seigneur roy François n'a pas laissé, après lesdicts 
traictés, de demeurer en bonne amitié et intelligence 
avec le grand seigneur, comme ont faict nos roys, fils et 
successeurs dudict roy Henry II , après ledict traicté 
contenant la déclaration que dessus. 

L'aultre considération est que , qui n'eust faict men- 
tion du Turc comme a esté faict le plus sobrement que 
l'on a peu , et beaucoup plus qu'aulx precedens traic- 
tés, est que la royne d'Angleterre, le roy de Dane- 
marck et aultres qui se sont séparés de l'Eglise catho- 
lique romaine, entreroient en suspicion, et diroient 
que cest accord se faict principalement pour l'exécu- 
tion du concile de Trente; ce que l'on faict desseing 
de leur faire la guerre; mesmement qu'il appert par le- 
dict traicté que le pape en est le principal promoteur; 
que les articles ont esté traictés et resoleus en présence 
de son légat. 

En ce traicté il y a ung aultre poinct que peult estre 
on eust désiré en France qu'il eust esté moins exprès. 
Cest article, qui faict mention de la reconciliation entre 
les deux princes, renonciation à toutes practiques et 
intelligences qui seroient au préjudice l'ung de l'aultre. 
On a tasché de se remettre en ce faict au traicté pré- 
cèdent ; voyant que l'on ne s'en contentoit pas , nous 



TOUCHANT LE TRAICTÉ DE PAIX. /|63 

avons voulleu mettre l'article avec moins d'expression. 
Sur ce les députés d'Espaigne ont dict que nous deb- 
vons déclarer si nous voulions faire la paix tout de bon 
ou non; car, s'il estoit question qu'après nous avoir 
rendeu ung si grand nombre de places, et si impor- 
tantes à leurs estats et aulx nostres, ils rentrassent en 
guerre avec nous, ils seroient teneus pour gens qui 
n'ont pas le sens commun s'ils entroient en une telle 
restitution; disans que, s'ils feront la guerre avec les- 
dictes places, ils pourront grandement incommoder le 
pays de France ; et peult estre que , par le moyen 
dicelles, ils en pourroient acquérir d'aultres sur nous, 
comme leur est adveneu que Dourlans leur a donné 
moyen de surprendre Amiens , oultre que lesdictes 
places servent de frontière à leur pays, et couvrent 
fort leurs aultres places. Us nous ont dict que nous 
sommes advertis des bruicts que les Hollandois font 
semer parmi eulx, et par lettres supposées, et par aultre 
moyen, que le roy très cbrestien les a asseurés qu'il les 
aura tousjours en sa protection ; et ce qu'il traictoit 
maintenant n'estoit seulement que pour recouvrer ses 
places; estans bien advertis que telles inventions des 
Hollandois mettoient l'esprit du cardinal Albert en ung 
merveilleux souspçon et deffiance de nous, à quoi il 
estoit confirmé par tous les Espaignols qui sont près 
de lui, aulxquels desplaist grandement de voir ce dé- 
membrement des Pays Bas d'avec la couronne d'Es- 
paigne. 

Nous resoleusmes qu'il estoit trop dangereux d'aug- 
menter ce souspçon par le refus dune chose que d'ail- 
leurs nous leur accordions , sinon si expresseement , pour 
le moins en telle sorte que , sans user de cavillation , 
nous n'eussions peu dire de n'avoir accordé et promis, 



464 MEMOIRE 

soit pour nous référer en ce faict au précèdent traicté, 
sans insérer l'article en cestui ci, soit pour dresser l'ar- 
ticle en paroles ung peu plus couvertes; et, pour ceste 
cause, avons jugé que ferions une trop grande faulte 
du service du roy de refuser l'expression d'une chose 
que nous ne pouvions nier avec vérité y estre comprise 
et debvoir estre accordée, n'estant possible que l'on se 
persuade que Ton fasse paix avec ung prince pour souf- 
frir que, dans deux mois après, il lui renouvelle la 
guerre. Nous remonstrans sur ce, que, s'il fault faire la 
guerre, ils sont resoleus de la faire, estans et demeu- 
rans fortifiés desdictes places, et non pas affoiblis par 
la restitution d'icelles. 

Aussi ont remonstré que nous ne debvions pas esti- 
mer que si le roy nostre maistre aidoit leurs ennemis 
contre eulx, qu'ils soient délibérés de le laisser en re- 
pos, afin qu'il ait plus de moyen de secourir de ses 
forces ceulx qui leur font la guerre. 

Ces raisons nous ont faict juger que ceste dispute 
estoit trop dangereuse , et ne pouvoit servir qu'à les 
mettre en deffiance du roy, et estre cause que sa ma- 
jesté demeurast frustrée de la restitution d'ung si grand 
nombre de places ; et leur avons en cela accordé ce 
qu'avec raison on ne pouvoit desbattre. Nous eussions 
désiré de pouvoir satisfaire au désir du roy d'abréger 
le temps de la restitution de Blavet et de Calais; mais, 
estans choses traictees et resoleues après longues dis- 
putes, les députés dEspaigne ne se sont voulleu des- 
partir de ce qui avoit esté escrit; remonstrans qu'il se- 
roit fort difficile d'advancer le temps ; qu'ils feront 
volontiers ce qu'ils verront se pouvoir faire pour s'ac- 
commoder au désir du roy; mais qu'ils ne se veullent 
obliger a chose que peult estre ils ne pourroient obser- 



TOUCHANT LE TRAICTÉ DE PAIX. 465 

ver. Et, pour le regard de Blavet, ils se mettent en deb- 
voir de contenter sa majesté, retranchant la garnison 
suivant Tordre qui en géra donné par M. le cardinal 
archiduc, dont le roi sera adverti. 

M. Je légat a faict grande instance que M. le grand 
duc de Toscane feust mis au traicté après les Vénitiens. 
Sa majesté nous a faict entendre que son intention est 
qu'il soit mis en lieu honorable; en cela nous nous 
sommes trouvés fort empeschés, non de satisfaire à ce 
qui nous est ordonné par le roy, car nous ne nous des- 
partirons jamais de ses commandemens ; mais comme 
nous pourrions contenter mondict sieur le légat, qui 
nous en parle et escrit avec beaucoup de passion. Nous 
avons considéré qu'au traicté de l'an i55c), M. de Lor- 
raine précède M. de Savoye , lequel, par sentence du 
pape, précède le grand duc de Toscane. Nous n'avons 
sceu prendre resolution que de suivre Tordre du traicté 
précèdent, et avons respondeu à M. le légat que ce n'est 
pas à nous à donner ni oster le rang aulx princes; que 
nous laissons les choses comme nous les avons trouvées. 
Les députés d'Espaigne en ont usé comme nous. 

Nous avons suivi ce qu'il a pieu au roy nous com- 
mander touchant le seigneur de Sedan, et n'avons spé- 
cifié la maison de La Marck. Celui qui se trouvera sei- 
gneur de Sedan sera compris. Si ceulx de la maison de 
La Marck s'en plaignent, il y a une clause au traicté 
en vertu de laquelle, s'il plaira au roy, on les y fera 
comprendre dans six mois. 

Parmi les compris au traicté , nous avions employé 
la ville de Genève avec les aultres confédérés des Suisses. 
Les députés d'Espaigne ont dict qu'ils ne pourroient ni 
oseroient signer le traicté où ladicte ville seroit com- 
prise. 

MÉ3I. DE DUTLESSIS-MORNAY. ToME "VIII. 3o 



466 MEMOIRE 

Nous avons remonstré qu'ils ne font difficulté de si- 
gner le traicté où sont compris ceulx de Zurich, de 
Berne, de Basle, de Schaffouse, et les princes électeurs 
qui sont de mesme relligion. Ils ont dict qu'eulx mesmes 
les y comprennent; mais pour le regard de ladicte ville , 
qu'ils nous pryoient de les excuser, car ils ne le pou- 
voient faire. M. le légat s'est en cela tellement formalisé , 
que sans doubte il se feust desparti d'avec nous plus- 
tost que d'accepter la garde de ce traicté, comme nous 
estions d'accord qu'il feroit. Ce faict nous a mis en une 
peine extresme, car nous demandions chose raisonna- 
ble; mais qu'en façon du monde, il n'a esté en nostre 
pouvoir d'obtenir. 

Nous leur avons dict qu'estans ceulx de Genève con- 
fédérés aulx cantons des Suisses, qu'on ne pouvoit nier 
qu'ils ne feussent compris en la clause générale où nous 
comprenons tous leurs confédérés. A cela ils ne nous 
ont pas contredict, et avons signé le traicté comme il 
est , prevoyans assés que M. le légat , qui le debvoit 
avoir entre ses mains , ne feindroit d'en advertir incon- 
tinent le pape , dont pourroit advenir que le roy se 
trouveroit de nouveau chargé d'une fascheuse crierie. 

Et afin que ceulx de Genève n'estiment que nous 
n'ayons pensé à eulx, nous avons osté du traicté les 
noms des aultres confédérés, qu'on ne peult doubler 
qu'on ne soit entendeu qu'ils soient et doibvent estre 
compris. M. le légat, en recevant ledict traicté, nous a 
mis en une aultre peine; car ce bon homme, qui est 
scrupuleux, nous a dict que le pape intervient en ce 
traicté, et qu'il crainct de faire choses dont sa saincteté 
soit offensée , si l'on y comprend ceulx qui sont séparés 
de l'Eglise. Il a longuement insisté sur ce faict , telle- 
ment qu'enfin nous avons esté contraincts de lui dire 



TOUCHANT LE TRAICTÉ DE PAIX. 467 

que ce traicté se rompra plustost que nous consentions 
d'en forclorre les anciens amis de la couronne ; et 
qu'en ayant de tout temps usé de la sorte par nos roys 
et par les empereurs, qu'il ne falloit pas attendre que 
pour chose que ce soit nous nous despartions des ordres 
anciens de ceste couronne. Enfin ce bon seigneur s'est 
payé de raison, et a receu le traicté pour le garder, 
selon qu'il a esté resoleu entre nous. Si ceulx de Genève 
demanderont a sa majesté une déclaration contenant 
qu'elle entend qu'en la clause générale qui comprend 
tous les confédérés des Suisses, ils soient compris; nous 
estimons qu'elle la leur pourra accorder, et qu'ils au- 
ront occasion de s'en contenter. 



CLVIÏL— * LETTRE DE M. DE BUZENVAL 

Au roj. 

Sire, j'ai receu cejourd'hui, sur les trois heures 
après midi, la lettre qu'il a pieu à vostre majesté de 
m'escrire du I er de ce mois, laquelle j'ai communiquée 
à ces MM. les députés, incontinent après estre arrivés 
en ce lieu; ils remercient très humblement vostre ma- 
jesté de la continuation du soing qu'il lui plaist avoir 
au bien de leurs affaires, et seroient bien aises d'user 
du bénéfice qui leur est procuré par MM. vos ambas- 
sadeurs qui sont en la ville de Yervins, s'ils avoient 
pouvoir de l'accepter; mais, se trou vans sans aulcune 
charge, je ne dis pas de conclure, mais seulement de 
traicter choses semblables à celles que l'on propose, 
touchant une suspension d'armes pour le terme de 
deux mois, ils ne peuvent asseurer vostre majesté d'aul- 



468 LETTRE DE M. DE BUZENVAL 

cune chose sur ce stibject , que premièrement ils ne 
Payent proposé à leurs supérieurs, et entendeu sur 
icelui leur volonté; ce qu'ils trouvent difficile et pres- 
que impossible de pouvoir faire , à cause de la briefveté 
du terme que donne le cardinal Albert, car il est bien 
certain qu'avant que ceste ouverture peust estre faicte, 
et le rapport d'icelle à MM. les députés generaulx, la 
pluspart du temps des deux mois seroit escheue et ex- 
pirée, ne pouvant estre devant le iojuin en Hollande, 
quelque diligence qu'ils fassent; de sorte que, tant 
pour ce regard que pour le peu de profict et de gain 
qu'ils prevoyent et espèrent de ceste action, ils sup- 
plient très humblement voslre majesté ne voulloir 
poinct retarder les fruiets qu'elle espère de son traicté 
pour ce respect, et sont bien faschés des bruicts qu'ar- 
tificieusement les ennemis sèment et font courir, et 
pour les différer et retarder, ou pour en frustrer du 
tout vostre majesté; car ils protestent de n'avoir rien 
dict, ni mesme escrit aulcune chose par où ceulx de 
Hollande peussent concevoir les espérances qu'ils au- 
roient depuis faict couler aulx oreilles et escrits des 
Espaignols , comme ils s'en plaignent, touchant sa 
mauvaise foi, de laquelle vostre majesté traictoit avec 
eulx , et me font juger par plusieurs preuves, qu'en- 
cores aujourd'hui en Hollande on ne croit poinct que 
vostre majesté conclue la paix avec TEspaignol; ains 
plustost acceptera les offres qui lui ont esté faictes de 
leur part, pour la continuation de leur guerre, allé- 
guais mesme qu'il seroit très préjudiciable à leurs af- 
faires et à leurs projects que les estats entendissent par 
aultres que par eulx mesmes, et de leurs bouches, la 
resolution de la paix en laquelle ils ont laissé vostre 
majesté : bien y a il apparence que les Anglois n'en 



AU ROY. 4^9 

auront usé de la mesme façon, et qu'ils n'auront laisse 
aulcung artifice en jettant divers scrupules aulx escrits 
des Espaignols, pour rompre le cours de ce traicté, ou 
pour le tourner tout a faict à leur advantage, qui est, 
sire, ce que je puis escrire sur ce subject à vostre ma- 
jesté; l'asseurant que je trouve de plus en plus ces 
MM. les députés si resserrés et reteneus en ce qui 
pourroit préjudiciel* au fruict qu'elle espère de son 
traicté, que je ne me veulx promettre qu'ils ne donne- 
ront aulcung subject à vostre majesté de se plaindre 
d'eulx. Et sur ce je pryerai Dieu, etc., etc. 

Du 3 mai 1598. 



'%-^-X '*.'»•* -VX--X X. '*.'». •> 



CLIX. — * LETTRE DU ROY 

A messieurs du presidial de Tours. 

De par le roy, nos amés et feaulx, nostre court de 
parlement de Paris ayant faict expédier la commission 
que nous vous envoyons par ce porteur exprès, ten- 
dant à fin d'informer des excès et violences commises 
en la ville d'Angers, au mois d'octobre dernier, en la 
personne du sieur Duplessis, conseiller en nostre con- 
seil d'estat et gouverneur de nostre ville de Saulmur, 
nous y avons bien voulleu adjouster nostre recomman- 
dation par ceste lettre, par laquelle nous voulions et 
vous mandons que , suivant le conteneu en ladicte 
commission, vous ayés à vous employer, par tous les 
moyens qui vous seront ouverts , à tirer lumière des- 
dicts excès et violences, et en informer si particulière- 
ment nostre court qu'elle y puisse, par son auctorité, 
apporter le remède que nous desirons , tant pour 



47° LETTRE DU ROY 

l'exemple et la suite d'un g attentat de telle consé- 
quence que pour la réparation de l'honneur dudict 
sieur Duplessis ; car c'est chose que nous avons gran- 
dement à cœur et qui importe aussi à nostre auctorité. 
Et partant, vous y userés du debvoir et intelligence 
que nous attendons de vostre affection. Si n'y faictes 
faulte, car telle est nostre plaisir. 

Henry; et plus bas , De Neufville. 
Donné à Nantes, le 4 mai 1598. 

Et au dos : A nos amés et feaulx conseillers les gens 
tenant le siège presidial de Tours. 



CLX. — * LETTRE DU ROY 

A M. le procureur du roy de Tours. 

De par le roy , nostre amé et féal , l'attentat commis 
en la ville d'Angers, au mois d'octobre dernier, en la 
personne dudict sieur Duplessis, conseiller en nostre 
conseil d'estat et gouverneur de nostre ville de Saul- 
mur, est si détestable que nous n'en pouvons escrire 
ou parler qu'avec ung regret indicible, de l'injure qui 
a esté faicte pour nostre service à ung homme de telle 
qualité, et par ce que nous desirons que la punition 
en soit faicte, nous envoyons par ce porteur exprès, 
aulx gens tenans le siège presidial à Tours , la com- 
mission de nostre court de parlement à eulx addressante 
pour en informer. Et vous mandons que vous ayés à 
y tenir la main de vostre part, avec telle sollicitude 
que l'on en puisse tirer lumière , pour en faire la pu- 
nition et réparation convenable ; car c'est chose que 



A M. LE PROCUREUR DU ROY. 4l l 

nous avons très à cœur, et en quoi, vous employant, 
nous le tiendrons à service très agréable. 

Henry; et plus bas , De Neufvjlle. 
Donné à Nantes, le 4 mai i5g8. 

Et au dos : A nostre amé et féal conseiller et pro- 
cureur au siège presidial de Tours. 



CLXL — * LETTRE DE M. DE VILLEROY 

A M. Duplessis. 

Monsieur, Ton tient ici le projet faict pour vous 
faire satisfaire par le sieur de Sainct Pliai, tout resoleu, 
et par conséquent vostre accord. Le roy nie l'a ainsi 
dict ce matin, quand je lui ai parlé de recommander 
aulx officiers de Tours la justice de vostre affaire. 
Toutesfois sa majesté n'a pas laissé de trouver bon que 
je vous aye envoyé les lettres pour ces messieurs, afin 
que vous cognoissiés qu'elle veult vous contenter, 
mais elle vous prye d'en surseoir l'envoi pour quelques 
jours. Aussi bien m'y a elle parlé rendre porteur Gui- 
chard, car il passoit ici, et Moreau pareut. Voilà ce 
que feus en charge de vous escrire, en présence de 
M. de Bouillon , qui a grand soin de ce qui vous con- 
cerne. S'il fault faire tenir en après lesdictes lettres à 
Tours, il fauldra en rendre porteur le courrier, sans 
attendre après Guichard. C'est pourquoi je vous ren- 
voyé avec icelles la commission de la court, qui sera 
inutile, si le faict s'accommode, comme sa majesté 
croit qu'il fera et à vostre contentement, et véritable- 
ment le chemin sera plus court que l'aultre pour vous 
ramener plus tost auprès du roy. Ores, sa majesté pa- 



47 2 LETTRE DE M. DE VILLEROY, etc. 

roist tousjours vous désirer grandement, vous pryant 
de croire que, si je pouvois mener vous à fin en ceste 
occasion , je le ferois de bien bon cœur. Je dirai à 
M. le président Jeannin le gré que vous lui sçavés de 
l'office qu'il vous a faict , dont je n'avois rien sceu , et 
d'autant que l'effect vous le recevrés bientost. Je ne 
vous dirai aulcune nouvelle, sinon que nous tenons 
le fort de Beauvais par accord, encores que n'ayons 
advis qu'il soit signé ; mais le premier courrier qui en 
viendra nous en apportera, à ce qu'on espère, la certi- 
tude. 

De Nantes, ce 4 mai 1598. 



CLXII. — * LETTRE DE M. DE BOUILLON 

A M. Duplessis. 

Monsieur , vous avés occasion de vous asseurer de 
moi, vous protestant que je mets pareil soin de ce qui 
vous touche , comme si c'estoit mon propre faict. Mais 
la sagesse est grand chose où Ton voit plusieurs dan- 
gers de prendre parti, en se resolvant à ung, et les 
aultres, au contraire, querellent le plus grand danger 
qui s'y présente. C'est qu'elle vous demeure long temps 
sur les bras , la langueur y pouvant plustost porter ung 
mal que vostre satisfaction, pour les raisons que vos 
amis vous ontdiscoureu. Vous verres ung escrit qui s'est 
faict. Le roy l'a veu, et plusieurs personnes qui ont 
jugé qu'il ne s'y peult gueres adjousier une parole. Je 
le vous envoyé comme vostre ami, afin que vous m'en 
envoyiés vostre resolution par le messager. Et en cas 
que vous le trouviés à propos, donnés moi advis du temps 






LETTRE DE M. DE BOUILLON, etc. M$ 

et du lieu où vous désirés que les choses se passent: 
le plus tost sçavoir de vos nouvelles sera le meilleur. Je 
vous baise les mains, et espère que je vous verrai bien- 
tost. C'est vostre humble ami à vous faire service. 

Henry de La Tour. 
A Nantes , ce 6 mai i 5g8. 



CLXIII. — * MEMOIRE 

Joinct a la lettre précédente de M. de Bouillon 
a M. Duplessis , du 6 mai i5g8. 

Monsieur , ayant sceu que vous aviés faict quelque 
rapport au roy qui peult révoquer en doubte la fidélité 
que je lui doibs, comme son très fidèle subject, cela a 
esté occasion qu'estant à Angers, ayant disné ensemble 
au logis de M. de La Rochepot , vous voyant sortir du 
logis, accompaigné de quattre hommes, je sortis ung 
peu après vous, plus accompaigné que vous, et en 
trouvai encores en vous suivant qui se joignirent avec 
moi. Vous ayant ratteint, je voulleus m'esclairer de ce 
doubte avec vous , sur quoi vous me tinstes des hon- 
nestes langages, qui estoient suffisans pour me con- 
tenter; mais la croyance de ceste offense, avec peu de 
sur moi , qu'elle m'osta la raison , et feit 
passer à l'injure que j'avois délibéré de vous faire , 
prenant ung baston que j'avois derrière mon dos, sans 
que vous le puissiés prévoir, et vous en donnai ung 
coup qui vous porta par terre. Soubdain j'allai à mon 
cheval , quoique les miens missent l'espee à la main, et 
donnèrent quelques coups aulx vostres, qui vous voul- 



474 MEMOIRE, etc. 

loient garantir. Je recognois vous avoir faict ceste of- 
fense de propos délibéré, et avec tel advantage qu'il 
n'y a homme d'honneur à qui l'on n'en peult faire le 
semblable, qui me faict vous supplier de me le par- 
donner, et me soubmets à recevoir de vostre main ung 
pareil coup que vous, recherchant de demeurer amis , 
vous suppliant d'intercéder envers le roy à ce qu'il 
fasse arrester le cours de la justice pour la punition 
que j'ai méritée d'avoir si indignement offensé ung 
conseiller d'estat, et qui exerce une commission de si 
grande importance; et demeurerai, en recompense, 
tout le temps de ma vie vostre serviteur. 

Note de la main de M. de Bouillon , joincle au 
Mémoire précèdent, 

Oultre cela, l'on a advisé que le roy donnera ung 
pardon à Sainct Phal, dans le narré duquel sera con- 
teneu l'acte qui vous a esté faict , où il sera expliqué , 
par termes plus exprès, de la supercherie qui vous a 
esté faicte, et ce pardon sera escrit et scellé. 



CLXIV. — * LETTRE DE M. DE VILLEROY 

A MM. de Bellievre et de Sillery. 

Messieurs, le roy m'a commandé vous envoyer ung 
double de la lettre que M. de Buzenval lui a escrite, 
pour response à l'advis que sa majesté lui avoit de- 
mandé donner aulx députés des estats des provinces 
unies des Pays ttas, de ce qu'elle avoit obteneu pour 
eulx, par vostre moyen et diligence, par où vous ver- 
res le peu de compte qu'ils en font; de sorte qu'il ne 



LETTRE DE M. DE VILLEROY, etc. f^^ 

fault plus s'arrester à ce poinct, mais conclure vostre 
traicté le plus tost que vous pourrés. 

Car sans doubte les Anglois feront ce qu'ils pourront 
pour le traverser. Jà on nous a dict qu'ils veullent 
offrir Ostende pour avoir Calais, et obtenir qu'ils puis- 
sent garder les aultres places qu'ils tiennent en Zelande, 
pour gage et seureté de l'argent qu'ils ont preste aulx- 
dicts estats. Je ne sçais si M. le cardinal d'Autriche 
embrassera ceste ouverture ; mais j'ose bien vous pré- 
dire que s'il s'y embarrasse, qu'il ne fera la paix avec 
eulx ni avec nous; comme nous n'eussions faict la paix 
ni la guerre comme il fault, si nous les eussions voulleu 
croire. 

Par vostre dernière vous nous avés asseuré que vostre 
traicté debvoit estre concleu et signé le i er de ce mois, 
de quoi nous attendons au plus tost la certitude en fort 
bonne dévotion, afin que nous réglions sur cela nos 
affaires en ceste province de Bretaigne et ailleurs. 

Au reste, il fault que vous sçachiés que les députés 
desdicts estats, estant arrivés en ce royauline, pres- 
terent à sa majesté la somme de 11,000 escus, pour 
faire payer une demie monstre aulx regimens de pied 
des sieurs de La Noue , Régnât et de Sainct Geran , 
qu'ils sont souldoyés et payés Tannée passée a leurs 
despens , lesquels ils nous ont très instamment pryés 
de leur rendre devant que de partir, parce qu'ils nous 
ont dict qu'ils n'avoient pas aulcung pouvoir de nous 
les prester et de nous les délivrer, que au cas que 
nous voulleussions continuer avec eulx la guerre. De 
sorte que ceste somme de 1 1,000 cscus leur doibt estre 
rendeue, en la ville de Paris , dont j'ai estimé vous en 
debvoir advertir pour pouvoir respondre de la vérité 
du faict s'il est besoin g. 



47$ LETTRE DE M. DE VILLEROY, eic 

Le roy part cejourd'hui de ceste ville pour aller en 

celle de Rennes, où il ne faict pas estât de demeurer et 

séjourner plus de huict ou dix jours. Il ne repassera pas 

ici; mais prendra le droict chemin de Paris, où, si 

j'en eusse esté creu, il y a desjà quinze jours que nous 

serions arrivés; mais les affaires de ceste province n'ont 

pas permis à sadicte majesté d'en pouvoir partir plus 

tost. Je me recommande bien , etc. 

Du 6 mai tSqS. 



CLXV. — * LETTRE 

De MM. de Bellievre et de SUlety au roy. 

Sire, par nostre despesche du 2 de ce mois, nous 
avons adverti vostre majesté de la resolution des ar- 
ticles de la paix. S'estant ici trouvé avec nous le sieur 
de Berny , que nous avons tousjours cogneu fort fidèle 
et affectionné à vostre service, nous l'avons employé 
à escrire le traicté, et aultres actes concernant ce faict; 
nous estant confiés en lui seul de l'escriture, jugeans 
et ayans trouvé par effect qu'en partie c'est le secret 
qui a conservé ceste negotiation. Il dira fidèlement à 
vostre majesté ce qu'il en a veu et appris de nous, 
comme elle a esté advertie. 

L'original du traicté a esté remis entre les mains de 
M. le légat, avec l'acte sur ce faict, dont ledict sieur 
de Berny présentera les copies à vostre majesté. 

Et de l'accord faict avec les députés d'Espaigne, 
que la royne d'Angleterre et les Provinces Unies seront 
admises et receues à traicter dans six mois, et de la ces- 
sation de toutes entreprises et actes d'hostilité, qui leur 
a esté accordée en vostre faveur pour deux mois. 



LETTRE, ete. 477 

Vostre majesté commandera , s'il lui plaist, qu'ils en 
soient advertis au plus tost ; et, nous faisant sur ce 
entendre son bon voulloir , nous y obéirons avec toute 
affection et fidélité. 

Nous envoyons aussi , avec la présente , Y acte de 
la cessation de tous actes d'hostilité pour ung mois, 
que nous avons ici traictee , dont des le 3 e de mois 
nous donnasmes advis à M. le connestable, afin qu'il 
en advertisse ceulx qui commandent aulx gens de guerre 
en ses trois gouvernemens, nous ayant esté souvent 
remonstré, par lesdicts députés, que tous vos servi- 
teurs entreprenoient sur les places de leur maistre; 
cependant qu'ils faisoient tous debvoir à persuader 
M. le cardinal d'Autriche de ne voulloir consentir que 
l'on entreprist sur celles de vostre majesté, et qu'ils 
n'estoient pas sans moyens de le faire, pouvant mettre 
cent mille hommes de pied ensemble ; mais que l'as- 
seurance que nous leur donnions de la bonne resolu- 
tion de vostre majesté à la paix les a plus conteneus 
que la craincle de ne pouvoir exécuter quelque bonne 
entreprise. C'est chose, sire, qui nous a souvent mis 
en peine, de peur que ce qui se remueroit du coslé de 
deçà ne traversast l'heureuse réduction de vostre pays 
de Bretaigne, sçachant, au vrai, et que vos ennemis se 
trouvoient avec beaucoup de forces, et que les corn- 
paignies de vos gens de guerre qui sont aulx garnisons 
se trouvent fort mal complètes. Dieu a faict ceste grâce 
à vostre majesté , que durant son absence il n'est adve- 
neu chose en ceste frontière qui porte préjudice à ses 
affaires. 

Sire, nous avons traicté pareille cessation d'actes 
d'hostilité avec le député de M. de Savoye, dont lui 
envoyons copie , estant fou requis que les gouverneurs 



47 $ LETTRE 

et vos lieutenans generaulx en Provence, Daulphiné , 
Lyonnois et Bourgoigne en soient ad vertis au plus tost; 
car l'accord porte que ce qui aura esté faict des le jour 
du traicté au préjudice d'icelui sera reparé. 

Il est aussi requis que vos lieutenans generaulx en 
Guyenne et Languedoc en soient advertis, à ce qu'il 
n'advienne contravention du costé de la frontière d'Es- 
paigne, nous ayant asseuré lesdicts députés qu'ils en 
donneront advis, en Espaigne, à leur inaistre et à ses 
ministres. 

Sire, oultre le traicté gênerai de la paix, il y en a 
ung pour les particuliers , comme a tousjours esté faict 
aulx paix précédentes. Ni les ungs ni les aultres n'y 
avons pas beaucoup gaigné; et, pour cela, il n'estoit 
pas raisonnable de rompre le traicté. Enfin chacung 
des députés s'est resoleu de ne rien quitter de ce qui 
est de l'auctorité du maistre. 

Les députés d'Espaigne se sont du tout formalisés de 
ce qu'en façon du monde, nous n'avons voulleu com- 
prendre M. d'Aumale au traicté particulier. 

Nous avons monstre qu'il est suffisamment pourveu 
v à ce qu'il doibt demander et peuît obtenir par l'article 
concernant les subjects qui ont servi en parti contraire, 
qui est mis dans le traicté gênerai. Ils ont insisté que 
M. le cardinal d'Autriche a ce faict fort à cœur, et 
qu'il s'estimera mesprisé si on le refuse de ceste de- 
mande. 

Enfin , sire , pour en sortir avec eulx, nous les avons 
pryés de ne nous presser poinct de mettre ung article 
touchant ledict sieur d'Aumale; que ce seroit chose 
qui, à l'advenir, tourneroit à son deshonneur, estant 
né vostre subject ; et, pour éviter cela, leur avons 
promis qu'en supplierons vostre majesté , et donne 



AU ROY. 479 

espérance qu'en faveur dudict sieur cardinal, elle ac- 
cordera lettres particulières audict sieur d'Aumale , 
pour l'asseurer de ce qui est conteneu audict traicté. 
Ils nous ont dict que sur nostre parole ils n'insisteroient 
dadvantage de le faire comprendre au traicté; mais que 
plus les lettres seront favorables, plus ledict sieur car- 
dinal s'en sentira obligé a vostre majesté. 

Sire, nous considérons qu'ayant esté envoyé le 
double de ce traicté de paix a M. le cardinal d'Autricbe, 
qui l'aura faict voir à ceulx de son conseil, il est mer- 
veilleusement difficile à croire que la royne d'Angle- 
terre et provinces unies des Pays Bas n'en soient ad- 
verties, si desjà des à présent elles ne le sont.. 

La ratification et les ostages se doibvent bailler et 
délivrer dans ung mois, et par là le traicté est publié. 
D'ici à ce temps, il n'y a plus que vingt cinq jours. 

Vostre majesté, par sa prudence , jugera s'il n'est pas 
plus de sa dignité de faire sçavoir ce qui s'est passé 
aulx ungs et aulx aultres, les rendant capables de rai- 
sons et considérations qui l'ont meu à passer oultre a 
la conclusion de ce traicté, qui autrement se rompoit, 
ne voullant plus longuement séjourner ici M. le légat, 
et moins encores les trois députés d'Espaigne, qui se 
plaignoient grandement qu'on les y entretenoit en 
vain et a crédit, cependant qu'on leur preparoit une 
forte guerre. 

Vostre majesté nous permettra , s'il lui plaist, de lui 
dire que nous estimons qu'il est plus bonorable et 
bien plus expédient pour son service qu'elle les ad- 
vertisse le premier que non pas si elle attend de faire 
response à leurs plainctes. 

Sire, ayant escrit ceste lettre, nous avons receu la 
despesche de vostre majesté du dernier jour du mois 



4So LETTRE 

passé. C'est le malheur des serviteurs, quand en toutes 
choses ils ne peuvent contenter leurs maistres. Nous 
appréhendions grandement et craignions ce danger, 
comme il lui aura pieu de voir par nos précédentes 
lettres du 26 du mois passé, et du 10 e de ce mois; 
mais nous avons estimé debvoir préférer vostre ser- 
vice à toutes aultres considérations. 

Nous espérons que Dieu nous fera la grâce que 
vostre majesté demeurera satisfaicte de nostre fidélité 
et de nostre diligence. Nous pryons Dieu , etc. 

Du 6 mai i5o,8. 



CLXVI. — * LETTRE 

De MM. de Bellievre et de Sillery a M. de Vdleroy. 

Monsieur, vostre lettre du 27 du mois passé nous 
a apporté autant de consolation que la précédente , de 
crainte que le roy demeurast mal satisfaict de ce que 
ne lui avons peu escrire si souvent qu'il nous estoit or- 
donné , et que desirions. 

Nostre dernière despesche contient et porte nos ex- 
cuses; nous vous dirons seulement que si nous eussions 
peu comprendre que les députés d'Espaigne marchas- 
sent de mauvais pied au faict de la paix, que nous 
n'eussions faict faulte à vous en advertir par courrier 
exprès, sçachant assés de quelle importance il estoit, 
se trouvans les ambassadeurs d'Angleterre et de Hol- 
lande près du roy, pour le faire resouldre à la guerre, 
que sa majesté sceust au vrai à quoi elle en estoit avec 
ces gens ici , pour ne demeurer comme vous dictes à 
terre entre deux selles. Nous avons tousjours cogneu 






A M. DE VILLEROY. 48 1 

ces députés resoleus à la paix , et n'avons jamais faict 
doubte qu'ils n'observent ce qu'ils ont promis; nostre 
fondement n'est pas sur leur parole , mais sur l'interest 
qu'a le cardinal d'Autriche que ceste paix se fasse, par 
le moyen de laquelle il peult establir sa fortune , et a 
interest de haster l'exécution des promesses , cepen- 
dant que le roy d'Espaigne est en vie. 

Nous n'avons pris long terme pour l'exécution; il 
fault poursuivre vifvement ceste poincte. La peine où 
nous avons esté provenoit de ce que le roy nous a 
commandé d'obtenir la trefve pour la royne d'Angle- 
terre et Hollandois , après que nous l'avons adverti 
que n'avions espérance que ledict cardinal y consen- 
tist, ayans esté les députés d'Espaigne sur le poinct 
de rompre, quand ils nous ont veus resoleus de ne 
rien faire, si on ne nous accordoit cest article. Ils pre- 
noient par là opinon , avec les aultres advis qui leur 
venoient du costé de Hollande, que ce que nous en de- 
mandions n'estoit que pour leur faire consommer leurs 
forces en vain , et les mettoit en une extresme deffîance 
de la volonté du roy. Monsieur, nous avons paré à ces 
coups au mieulx que nous avons peu, et peult estre si 
nous n'eussions esté ici, leur donnant toute asseurance 
de la ferme resolution à la paix , et qu'ils ne nous ont pas 
eu en opinion de trompeurs, vous eussiés ouï aupara- 
vant vostre retour de Bretaigne que Monstreuil et Bo- 
logne estoient assiégés, et Dieu sçait comme ces places 
sont munies , et les moyens qu'a ici M. le connestable 
de se mettre en campaigne. Vous sçavés de telles choses 
plus que nous; mais nous sommes si près des lieux, et 
parlons si souvent à ceulx qui sçavent comme le tout 
va , que nous eussions esté sans sentiment, si nous n'eus- 
sions craint de voir ung merveilleux desordre en ceste 

MÉM. DE DUPLESSIS-Moilîf AY. TOME VIII. 3 I 



482 LETTRE 

frontière. Il est question de bien user des grâces qu'il 
plaist à Dieu faire à ce royaulme , comme nous vous 
avons escrit ci devant, attendeu les souspçons que l'on 
a donnés de nous. Il fault éviter tout ce qui en peult 
donner occasion , et n'espérés pas que vous aurés pour 
amis ceulx qui s'appercevront que vous machinés leur 
ruyne. 

Nous venons à respondre à ce que nous escrivés du 
partement desdicts ambassadeurs d'Angleterre et de 
Hollande : ils ne servoient plus de rien près du roy. 
Vous les avés mis en contumace, ayans faict obtenir 
les pouvoirs qu'ils ont demandés , la déclaration qu'ils 
seront favorablement admis à traicter ; que pour cest 
effect nous les avons ici attendeus trois mois , et que 
d'ici à six mois ils ne laisseront d'y estre admis et 
receus; que si présentement ils veullent s'acheminer en 
ce lieu, ils le peuvent faire; s'ils nous advertissent, 
nous les attendrons. 

Le roy, par la grande instance qu'il en a faicte, leur 
a moyenne deux mois de trefve , c'est à dire de ces- 
sation d'actes d'hostilité : nous ne sçavons et ne voyons 
qu'avec raison ils puissent demander dadvantage de 
leur ami. 

Nous avons veu la response qu'il a pieu au roy de 
leur faire, ce qu'ils ont demandé que la paix ne se re- 
soleust sans eulx; nous jugeons que ceste response est 
pleine de prudence et de toute raison. Ces gens cher- 
chent de faire leur profict de nos malheurs, et sur- 
tout la royne d'Angleterre, qui ne peult desmordre 
ceste passion d'avoir Calais , et pour le moins empes- 
cher que nous ne l'ayons. Puisqu'elle juge que c'est 
chose si bonne d'avoir ceste place , nous sommes d'ad- 
vis que nous la gardions pour le roy et pour ses enfans. 



A M. DE V1LLER0Y. 483 

Nous avons considéré le Mémoire que vous avés en- 
voyé des demandes que doibt faire l'ambassadeur d'An- 
gleterre : nous en avons ouvert le propos à MM. Ri- 
chardot et de Taxis. 

Quant au renouvellement de tous les traictés prece- 
dens , c'est chose où il ne se trouvera difficulté , comme 
aussi de passer que qui a perdeu a perdeu. Quant à la 
restitution des deniers que ladicte royne a prestes aulx 
estats qui feurent teneus à Bruxelles en l'an 1 5^7 ? ils 
disent que ce n'a pas esté pour le service du roy d'Es- 
paigne , et soubstiennent que ce n'est pas chose rai- 
sonnable , et qu'elle a des bagues dudict roy en gage 
qui vallent plus que son argent : nous leur avons dict 
qu'il ne fault pas que pour argent ceste paix se rompe ; 
la grosse corde sera de Flessingue; ladicte rQyne la 
veult restituer aulx Provinces Unies qui la lui ont des- 
posee. En cela, il y a apparence; mais il est malaisé 
que le cardinal s'y accorde ; car Flessingue est la clef 
d'Anvers. Si les provinces estoient comprises en ceste 
paix, nous aurions opinion qu'elle pourroit rendre au 
roy d'Espaigne Flessingue, et ce seroit peult estre le 
plus court moyen pour parvenir à ceste reconciliation. 
Il est question de l'argent que ladicte dame a preste 
aulx estats. Nous avons opinion qu'en cela on pouvoit 
negotier quelque chose , cependant que le cardinal 
peult user de la bourse du roy d'Espaigne , qui a ce 
but de s'establir avec sa fille aisnee en la possession 
des Pays Pas : s'il estoit mort , comme il est fort caduc, 
il n'est pas à croire que son fils ouvrist si aiseement la 
bourse , qui se sentira assés grevé de se voir frustré 
desdicts Pays Bas. 

Monsieur , nous attendons d'heure à aultre la res- 
ponse que le cardinal d'Autriche fera à ses députés 



48/ f LETTRE 

sur la diminution de la garnison de Blavet , ainsi au'ils 
nous ont promis qu'il fera, mais ils attendent l'ordre 
qu'il veult estre donné en cela, dont nous vous adver- 
tirons incontinent. 

Ils disent avoir ici besoing de passeports pour en- 
voyer des courriers en Espaigne et à Blavet. Le passe- 
port que vous nous avés envoyé est pour ung gentil- 
homme , et pour la diligence ils veullent despescher 
ung courrier; nous escrirons , afin qu'il passe seule- 
ment avec le passeport que nous avons; envoyés nous 
en , s'il vous plaist, six ou huict pour des courriers, et 
ung ou deux pour des gentilshommes. Il fault manier 
ce faict vifvement ; nous ne dormirons de bon sommeil 
que nous ne voyons le roy dedans Calais et Ardres ; 
nous tirerons ceste charrue avec vous , estant bien de- 
libérés de vous faire perdre l'opinion que nous sommes 
paresseux. 

Il y a l'ambassadeur de Savoye qui désire retourner 
en Savoye par la France. Il mené sa femme qu'il a prise 
depuis qu'il est veneu pour ceste légation ; c'est la 
veufve du feu comte dEgmont , qui feut tué en la ba- 
taille d'Ivry. Cest ambassadeur a ici vingt cinq chevaulx; 
sa femme aussi , qui est de la maison dHorne , a du 
train ; il demande passeport pour quarante chevaulx. 

Les députés d'Espaigne désirent qu'il plaise au roy d'en- 
voyer quelques passeports au gouverneur de Bayonne, 
pour les courriers que le roy d'Espaigne vouldra des- 
pescher en ces quartiers ; le mesme désire l'ambassa- 
deur de Savoye, que l'on envoyé des passeports à M. de 
La Guiche pour les courriers que ledict duc de Savoye 
vouldra envoyer en ce lieu; ce qu'il vous plaira de 
considérer. Enfin , il y aura de la longueur , si nous 
ne les accommodons des chemins. 



A M. DE VILLEROY. 4&5 

Gomme vous verres par la lettre du roy , nous nous 
sommes deffendeus tant qu'il nous a esté possible de 
comprendre M. d'Aumale au traicté particulier : nous 
estimons, puisqu'il plaist au roy de le retirer, que le 
meilleur est de le favoriser d'une lettre qui lui puisse 
donner contentement. 

Nous ne debvons obmettre à vous dire que le service 
du roy requiert et demande que la ratification soit ici 
envoyée le plus tost que faire se pourra ; sans cela nous 
ne pouvons avoir les oslages, ni baster en aulcune fa- 
çon la restitution , comme nous vous avons ci devant 
escrit. 

Auparavant que de restituer, il est accordé qu'on 
les contentera du serment; s'il fault qu'ils aillent en 
Bretaigne pour jurer, il ira beaucoup de temps, et la 
restitution sera reculée. 

Le retour du roy en ces quartiers nous feroit gai- 
gner le temps qu'ils seront contraincts de mettre au 
voyage , et donneroit chaleur à la negotiation. 

Il est à propos que le roy ordonne de ceulx qu'il 
veult employer pour estre presens au serment du car- 
dinal d'Autriche. On peult mettre en considération qui 
le fera le premier. Je ne m'arresterois pas à ceste cé- 
rémonie , s'il ne tient qu'à jurer que le roy n'aye ses 
places ; il fault plus tost faire ressusciter M. d'O. 

Monsieur , nos deux précédentes despesches satisfont 
à ce que vous désirés de nous par la vostre du dernier 
du mois passé, à quoi nous nous remettions, et à la lettre 
que nous avions escrite, quand le courrier nous a ren- 
deu vostre despesche; adjousterons seulement que nous 
craignons que le voyage que le roy faict à Rennes 
n'apporte reculement à la restitution des places. Faictes 
entendre , s'il vous plaist à sa majesté que son retour 



486 LETTRE 

en ces quartiers est très requis pour advancer l'exécu- 
tion de ce qui nous a esté promis. S'il fault que ces 
gens aillent en Bretaigne pour prendre le serment, ce 
ne sera jamais faict. Nous vous supplions de penser à 
cela comme chose très importante et nécessaire. 

Nous ne voyons pas que ceste affaire se puisse tenir 
plus secrète de nostre part : nous y faisons le possible ; 
mais nous ne tenons pas les langues des aultres. Consi- 
dérés s'il n'est pas à propos que le roy en advertisse ses 
confédérés, auparavant que de recevoir leurs plainctes. 
On nous escrit que l'on accourcisse le temps de la resti- 
tution : quand des aujourd'hui mesmes l'on commen- 
ceroit là l'exécution , c'est tout ce que l'on pourroit 
faire d'en venir à bout dans le temps promis. 

Monsieur, il est nécessaire que M. deBerny ne tarde 
à nous remporter la ratification , afin que, l'ayant entre 
nos mains , nous soyons plus hardis à solliciter les dé- 
putés d'Espaigne de l'exécution de leurs promesses , 
et par ce moyen , nous essayerons si le temps se peult 
accourcir , dont nous ne serons hors d'espérance , si en 
toutes choses Ton se conduict comme l'on doibt faire; 
et cependant nous pryons Dieu, etc. 

Du 7 mai 1598. 



GLXVII. — * LETTRE 

De MM. de Bellievre et de Sillery au roy. 

Sire, ayant escrit nostre aultre lettre, nous avons 
receu la despesche de vostre majesté du j er de ce mois, 
par laquelle il plaist à sa bonté nous tesmoigner si 
favorablement le contentement qu'elle reçoit du fidèle 



AU ROY. 4#7 

service que lui avons peu faire en ceste negotiation 
de paix, que nous en louerons Dieu tout le temps de 
nostre vie, et en remercierons vostre majesté avec 
toute l'humilité que peuvent et doibvent obeissans sub- 
jects à leur bon roy et leur bon maistre. La gloire soit 
à Dieu , qui contineue d'assister de ses grâces les bonnes 
intentions de vostre majesté ; nous sommes veneus à 
bout du plus grand, plus espineux et plus important 
affaire qui ait esté traicté en la chrestienté depuis cent 
ans ençà. Vostre majesté a l'honneur d'avoir remis en 
son entier ceste grande monarchie de France par ses 
armes et par sa vertu ; maintenant il plaist à Dieu 
d'honorer vostre bonté de ceste couronne de gloire, 
que par sa prudence elle donne la paix et le repos non 
seulement à ce sien royaulme de France, mais aussi à 
tout le surplus des provinces chrestiennes. Nous pryons 
Dieu , sire , de vous continuer et accroistre ce con- 
tentement, prolonger vos jours en sa grâce , tout heur 
et félicité, et mettre au cœur de vos subjects et de 
toute la chrestienté de recognoistre avec gratitude le 
bien de ceste heureuse paix, que vous leur avés donnée 
et moyennee. 

Sire , nous avons veu ce qu'il plaist à vostre majesté 
de nous escrire, qu'elle a dict le 24 et 1% du mois 
passé à l'ambassadeur d'Angleterre qu'elle ne ratifiera 
poinct les articles de ceste paix de quarante jours 
après ; nous avons signé les articles le 2 de ce mois. 
Le 2 de juin escherra le jour que nous avons promis 
de fournir la ratification. Depuis le jour de la promesse 
de vostre majesté jusques au 2 juin il y a trente huict 
jours; il ne resteroit que deux jours pour faire les 
quarante, d'où nous sortirons. 

Mais, sire, nous estimons qu'il est du tout requis 



488 LETTRE 

pour le bien de vostre service, que nous ayons ici au 
plus tost la ratification, qui pourra estre envoyée es- 
tant la date en blanc, que nous remplirons, ainsi que 
vostre majesté nous le commandera , estant besoing 
que nous fassions voir à ces députés d'Espaigne que 
nous l'avons entre les mnins , et par ce mesme moyen 
les bastions d'accomplir leurs promesses, conservant 
la fiance qu'ils ont pris de nous, nous ayans trouvés 
tousjours en toutes choses fort véritables, qui est l'une 
des choses qui ont autant servi que nulle aultre à faire 
arrester les entreprises que le cardinal pouvoit av^r , 
sur vos places, et à effacer les mauvais bruicts que les 
Hollandois leur voulloient imprimer, que vostre ma- 
jesté, ayant recouvert ses places, estoit resoleue du tout 
de continuer la guerre et leur protection ; nous avons 
servi en cela au mieulx que nous avons sceu, et ferons 
le possible pour leur faire perdre ceste opinion. 

Sire, nous avons veu ce qu'il plaist à vostre majesté 
de nous commander touchant Blavet; lesdicts députés 
attendent sur cela response du cardinal archiduc leur 
maistre. Nous leur en ferons encores une forte re- 
charge , et au premier jour nous advertirons vostre 
majesté de ce que nous aurons peu obtenir, la sup- 
pliant très humblement de nous voulloir tousjours con- 
tinuer au nombre de ses plus fidèles et plus obeissans 

serviteurs , etc. 

Du 7 mai 1 598. 



A M. DE VILLEROY. ^89 

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CLXVIII. — ^LETTRE 

De MM. de Bellievre et de Sillery a M. de Villeroy. 

Monsieur, ce nous a esté une grande consolation 
de voir, par la despesche que le courrier La Fontaine 
nous a apportée, la faveur qu'il plaist à sa majesté de 
nous faire, agréant si favorablement l'humble service 
que nous lui avons peu faire en ceste negotiation de 
paix ; il n'y a rien qui nous peust advenir dont nous 
receussions plus de contentement : la plus grande re- 
compense qu'attend ung fidèle serviteur est l'honneur 
des bonnes grâces de son maistre. Nous recognoissons 
particulièrement combien en cela nous vous sommes obli- 
gés, qui avés avec toute sincérité et candeur représenté 
au roy la peine que nous avons ici prise pour son ser- 
vice; nous vous en remercions, monsieur, bien hum- 
blement , vous pryant de croire que nous n'en aurons 
jamais le cœur ingrat. Sur ce nous saluons, etc. 

Du 7 mai 1 598. 



/ 



CLXIX. — * LETTRE DE M. PELESASON 
A M. Duplessis. 

Monseigneur , mon parlement a esté retardé jusques 
au i5 e de ce mois, pour avoir moyen de composer 
avec ung gentilhomme , qui désire avoir une pièce des 
anciennes aliénations , appellee la Prevoste Sainct 
Yriejr, de laquelle il m'a faict offrir trois mille escus , 
en lui rendant arrest en main fixe, qui est aisé, 



490 LETTRE DE M. PELESASON, etc. 

comme je vous ferai entendre estant par de là. Je ne 
l'ai voulleu faire moins de quattre mille escus , à la- 
quelle je m'asseure qu'il monstera. Nous nous debvons 
assembler le 1 4 e de ce mois ; et le lendemain je partirai , 
Dieu aidant. 

De Brissac, ce 8 mai 1698. 



CLXX. — * LETTRE DU ROY 

A MM. de Bellievre et de Sillery. 

Messieurs de Bellievre et de Sillery, vous m'avés 
faict ung très signalé et agréable service d'avoir concleu 
et signé nostre traicté de paix , ainsi que vous m'avés 
escrit par vostre lettre du 2 de ce mois, que j'ai receue 
le huictiesme. Je vous remercie de tout mon cœur du 
bon debvoir que vous y avés faict ; il a responcleu à 
mes espérances; car quand je vous choisis pour def- 
fendre ma cause, je ne m'en promettois pas moins que 
cela. Soubvenés vous de ce que je vous dis à vostre par- 
lement, et je me soubviendrai à jamais, pour le re- 
cognoistre envers vous et les vostres , de la fidélité , pru- 
dence et diligence dont vous m'avés servi en ceste 
occasion. 

Vous avés esté advertis par nos précédentes de la 
promesse qu'ont tirée de moi les ambassadeurs d'An- 
gleterre , et depuis du peu de compte qu'ont faict les 
députés des estats des provinces unies des Pays Bas de 
la cessation d'armes de deux mois que vous avés avec 
tant de peine obteneue pour eulx. Quoi voyant, il ma 
semblé que je n'estois obligé à celer plus long temps 
la conclusion dudict accord, puisque nous n'avions de- 



LETTRE DU ROY, etc. 49 f 

sire qu'il feust teneu secret que pour la seule considé- 
ration de mes alliés. 

Pour ceste cause estant contrainct , pour advancer 
l'exécution dudict accord, de partir de ce pays dans peu 
de jours , j'ai voulleu annoncer ceste bonne nouvelle aulx 
estats d'icelui , que j'ai trouvés assemblés en ceste ville à 
mon arrivée en icelle , pour les délivrer de l'appréhension 
en laquelle j'ai recogneu qu'ils estoient du fort de Blavet , 
eroyans que je leur laisserois ceste espine au pied, la- 
quelle à la longue pouvoit les incommoder peult estre 
plus qu'ils ne l'avoient esté des armes du duc de Mer- 
cœur; et fault que je vous die que jamais je ne vis 
gens plus aisés et contens qu'ils ont esté de ceste réso- 
lution ; mais il fault donner ordre qu'eulx et moi jouis- 
sions des effects d'icelle dans le temps qui a esté con- 
veneu , et que cependant les Espaignols retranchent la 
garnison dudict Blavet au nombre que je vous ai ci de- 
vant mandé , et qu'ils ont accordé , afin que je puisse 
délivrer le pays de gens de guerre qui y sont demeu- 
rés , comme je vous ai escrit par ma dernière , sur la- 
quelle j'attends vostre response en bonne dévotion; 
car je fais estât de partir de ce pays dans la sepmaine 
prochaine pour retourner à Paris, et delà, sans m'arres- 
ter à Amiens , pour vous\oir et effectuer vostre conseil , 
ce que vous avés promis pour moi ; et je serois très aise 
de voir la réduction de Blavet faicte devant que de 
m'en esloingner, pour laisser le pays en plein repos. Je 
suis asseuré que vous y avés travaillé de façon que je 
recevrai bientost le contentement que j'en attends. 

Au reste, je me suis reposé sur l'advis que vous 
m'avés mandé que vous donneriés à mon cousin le 
connestable et à, mon nepveu le duc de Nevers, de la 
cessation d'armes; de sorte que j'en ai adverti seulement 



49 2 LETTRE DU ROY, etc. 

les gouverneurs de Bourgoigne, Bresse, Lyonnois, 
Daulphiné et Provence, ainsi que je vous ai escrit par 
La Fontaine. Toutesfois je leur en ferai une recharge 
des aujourd'hui ; mais aussi j'entends que les auîtres 
fassent le semblable de leur costé , car c'est à ceste 
condition là que je lai commandé, et ordonnerai en- 
cores aulxdicts gouverneurs d'observer ladicte cessa- 
tion. 

Mais je me resjouis grandement de la promesse que 
vous a faicte mon cousin le cardinal de Florence, légat 
de nostre sainct père , de ne partir de Vervins que je 
ne lui aye dict ma volonté; car je suis asseuré que sa 
présence facilitera grandement l'exécution de nostre 
accord. Partant, après l'avoir remercié de la peine qu'il 
a prise pour moi par la lettre que je vous envoyé pour 
lui présenter, je le prye me donner encores par delà le 
temps qui m'est nécessaire pour me -rendre jouissant 
entièrement du fruict de ses labeurs, l'asseurant que 
je me rendrai si près de lui dans la fin de ce mois, que 
je le remercierai moi mesmes du plaisir qu'il m'aura 
faict , dont vous le fortifierés en ce propos selon mon 
désir; et j'en remercierai nostre sainct père par ma 
première, lui donnant bon tesmoignage de l'obligation 
que j'ai audict sieur légat pour sa bonne et heureuse 
conduicte en ce traicté. 

J'ai jà faict aussi l'office pour le père gênerai des 
cordeliers, comme vous m'en avés escrit; et vous as- 
seuré que je le verrai volontiers jouissant de la bonne 
recompense que je lui souhaite, et qu'il a très bien 
méritée, ainsi que vous lui dires. Je prye Dieu, etc. 

Du 9 mai 1598. 



LETTRE DE M. DE VILLEROY , etc. 4g3 



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CLXXI.—* LETTRE DE M. DE VILLEROY 

A MM. de Btllievre et de Sillery. 

Messieurs, jamais despesche ne feut receue ni veue 
avec plus de contentement qu'a esté vostre lettre du 
2 de ce mois j que nous avons receue le 8 entre ci et 
Nantes, ayans esté asseurés par icelle de la conclusion 
et signature de la paix. Cela faict resouldre sa majesté 
de ne demeurer ici que trois jours; de sorte qu'elle en 
partira mercredi pour retourner par le droict chemin 
à Paris, et de la à Amiens. Partant, j'espère que nous 
vous verrons bientost, avec l'aide de Dieu , pour vous 
rendre compte de toutes choses. 

Nous porterons la ratification de tout ce qui a esté 
faict par vous telle qu'il convient; mais le roy a esté 
conseillé de manifester ici ledict accord, parce que plu- 
sieurs murmuroient de ce qu'il laissoit Blavet en Testât 
qu'il est; et vous asseure que nous avons. trouvé ceste 
province si desbauchee que, si cest appui d'Espaigne 
leur feust demeuré, le roy y eust esté très mal obéi. Le 
bon Dieu soit donc loué du bon remède que vous y 
avés donné , par lequel vous avés obligé la France à 
honorer et à bien dire à jamais de vostre diligence, 
prudence et de vostre nom; je m'en resjouis grande- 
ment avec vous, comme celui qui est le plus fidèle de 
tous vos amis et serviteurs. 

Vous pryant bien fort de vous soubvenir de faire 
pourvoir au retranchement de ladicle garnison dudict 
Blavet, pour les raisons que sa majesté vous a jà escrites 
et vous répète par sa lettre. 



j()4 LETTRE DE M. DE VILLEROY, etc. 

M. de Lesdiguieres a esté par nous adverti de ce que 
vous nous avés mandé pour M. le marquis de Crequy. 

Mais M. de Bouillon est en doubte si vous avés eu 
soubvenance de ce que nous vous avons mandé qui le 
concerne , parce que vos lettres n'en font poinct men- 
tion. Il s'est très bien remis auprès du roy, ainsi que je 
vous dirai quand j'aurai ce bien de vous voir. Je prye 
Dieu, messieurs, etc. 

Du 10 mai 1698. 



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GLXXII. — * LETTRE DU ROY 

A M. le légat. 

Mon cousin , j'espère vous voir bientost , et moi 
mesmes me conjouir avec vous de l'heureuse fin que 
Dieu a donnée à vos travaux et longues poursuites pour 
la paix publicque de la chrestienté, de la conclusion de 
laquelle mes ambassadeurs m'ont donné advis. Cepen- 
dant je n'ai voulleu différer dadvantage à vous remer- 
cier de l'affection avec laquelle ils m'ont faict sçavoir 
que vous avés embrassé et favorisé tout ce qui me con- 
cerne, et vousasseurer que je m'en ressens si extresme- 
ment obligé à nostre sainct père, et à vous en particu- 
lier, que je n'en perdrai jamais la mémoire, et ne serai 
content ni satisfaict qu'il ne se présente occasion de 
m'en revancher, et le recognoistre au contentement de 
sa saincteté et le vostre , comme vous diront plus au 
long mesdicts ambassadeurs. Et tant je prye Dieu, mon 
cousin , etc. 

Du 10 mai 1598. 



MEMOIRE, etc. 495 



CLXXIII. — * MEMOIRE 

Baillé a M. de Pierrefite , allant a Rennes , le 10 mai 
i5ç)8, par M. Duplessis. 

i°. Sa. majesté a tousjours entendeu que Sainct Pliai, 
avant toutes choses, se rendroit prisonnier. Et est à 
requérir, suivant les precedens evenemens, que ce sera 
au chasteau d'Angers, cas que le roy ne vinst à An- 
gers, à ung chasteau tenant lieu de prison, eu esgard 
que le crime y a esté commis. Fault donc sçavoir si sa 
majesté l'entend pas encores ainsi ; sinon le sieur 
Duplessis n'auroit subject de contentement , d'autant 
que ceste façon de se représenter à sa majesté ne tien- 
droit rien de criminel. Ores est il de la satisfaction du 
sieur Duplessis , tant au regard du roy que de lui 
mesmes, que ce faict soit recogneu et traicté comme 
crime, et la suite de la procédure, qui se termine par 
ung pardon du roy. le veult ainsi. 

2 . A esté tousjours proposé ci devant au sieur Du- 
plessis et à lui mandé, que sa majesté, et plusieurs fois 
inesme par Hesperien, que sa majesté entendoit que 
Sainct Pliai demandast pardon au sieur Duplessis, le 
genouil en terre ; ce qui n'est ici observé , où il ne le 
fait qu'en considération de sa majesté, et se levé aussi- 
tost pour parler au sieur Duplessis. Est à considérer 
que, quand il auroit faict pareille offense au moindre 
gentilhomme de France, il la repareroit par lui de- 
mander pardon et se soubmettre à une semblable. 
Partant ne peult moins que de mettre le genouil en 
terre, demandant pardon au sieur Duplessis , veu ses 



%Ç> MEMOIRE 

qualités et les circonstances de l'oultrage, faict de guet 
apens délibéré , comme il le recognoist. A tout le 
moins , lorsqu'il prononcera ces mots : Tout me faict 
vous supplier de le me pardonner ; et me soubmets, etc. , 
le sieur Duplessis neantmoins qui ne veult, quelque 
offensé qu'il soit, prendre les choses à la rigueur, se 
contente, soubs le bon plaisir de sa majesté, de le rele- 
ver tout aussitost. 

Poursuivant maintenant l'examen de l'escrit conte- 
nant ce que ledict Sainct Pbal doibt prononcer au sieur 
Duplessis. 

3°. Il commence par ces mots : Ayant sceu que 
vous aviés faict , etc. , où il prend ung faulx fonde- 
ment , car le sieur Duplessis n'escrivit ni manda jamais 
rien de Sainct Pbal à sa majesté , comme elle peult 
tesmoigner et a jà tesmoigné, ni mesme à aultre quel- 
conque. Et cependant, présupposant cela, on faict le- 
dict sieur Duplessis premier offensant. Partant il ne 
peult agréer ces mots, sans approuver cbose fausse et 
se faire tort. Il pourroitdonc estre ainsi revisé: M* ayant 
esté dict que vous aviès faict quelque rapport de moi 
au roy , etc. , ce que f ai sceu toutesfois depuis estre 
faulx. 

4°. Ces mots honnestes langages doibvent estre 
éclairés, parce qu'on ne pourroit penser que le sieur 
Duplessis l'avoit voulleu adoulcir par paroles moins 
que véritables. Il fault adjouster ces mots : Mesme 
m'ojfristes, si vos propos ne me contentoient , de m'en 
faire la raison quand et en telle façon que je voul- 
drois. Ce que ledict Sainct Phal ne peult nier lui avoir 
esté répété par trois fois, et y en a de bons et suffisans 
tesmoins. 

5?. Qui vous voulloient garantir. Fault au moins 



PAR M. DUPLESSIS. /197 

adjouster des miens; car, premier que ledict sieur se 
peust relever, ce qu'il eust l'espee en la main, ils lui 
tirèrent à terre plusieurs estocades. 

6°. Ung pareil coup. Est à sçavoirsi le sieur Duplessis 
ne doibt pas à ces mots avoir ung baston en main; et 
qui le lui baillera , si ce sera la partie mesmes. Semble 
ainsi y désirer estre adjousté : ou de subir telle aultre 
satisfaction que sçauriés désirer de moi , veu qu'ung 
premier coup ne s'abolit que par ung semblable. 

y . Ces mots demeurer amis me semblent à propos* 

8°. Si prodigieusement offensé ung conseiller a" es- 
tât, etc. Est besoing de dire : Ung gentilhomme de 
telle qualité que vous , mesme conseiller a" estât et 
exerçant une commission , etc. Aultrement semble- 
roit que la punition ne lui feust deue qu'à cause de 
ceste qualité , sans avoir esgard à la nature de l'acte et 
à la qualité personnelle et naturelle du sieur Duplessis. 

Apres que Sainct Phal aura parlé , requiert le sieur 
Duplessis que les parens assistans sa majesté, pryent 
le sieur Duplessis, par la bouche de l'ung d'eulx , par- 
lant pour tous , de se voulloir contenter de ceste sa- 
tisfaction. 

9 . Retournant maintenant à la suite du premier 
mémoire , il est dict par la voye d'honneur, ce que 
îe sieur Duplessis ne peult approuver, parce que ces 
mots voye d'honneur s'interpresteroient de la voye du 
duel. Ores a il tousjours esté présupposé que cest at- 
tentat est ung crime, non réparable par ceste voye, et 
a tousjours esté dict au sieur Duplessis , par tous ses 
amis, qu'il se feroit tort de l'appeller, à quoi il sem- 
bleroit maintenant se soubmettre, par conséquent 
avoir failli de ne l'avoir plus tost faict. Et pourtant se 
pourroit l'article coucher en ces mots : M. Duplessis 

MÉM. V>E DUPLESSTS-MORNAY. ToiVIE VIII. 3 1 



49^ MEMOIRE 

suppliant le roy de lai permettre , pour ce qui con- 
cerne son faict particulier, d'en tirer sa raison dudict 
sieur de Sainct Phalj par les vojes en tel cas accous- 
tumees entre personnes de sa profession et qualité , 
comme il seau ra le faire , ctneantmoins,pour l'offense 

faicte à sa majesté , qu'il la supplie très humblement 
de la lui pardonner. 

io°. Le roy lors, etc. Semble que cest article est 
cruement couché, eu ce qu'il déclare trop affirmative- 
ment la pretendeue suffisance de la réparation , et qu'il 
passeroit mieulx comme il s'ensuit : Le roy lors fera 
cest honneur audict sieur Duplessis de lui dire , 
qu'attendeu la soumission dudict de Sainct Phal, sa 

jeunesse , et la pryere instante de leurs communs 
parens , il se doibt contenter de ces te réparation _, et 
qu'il Ven prye et le lui commande , mesme pour ce 
quily va de son service de voir assoupir des anirno- 
sités entre ses serviteurs de telle qualité ( car il fault 
fuir le mot de querelle en tout cest affaire); et pour 
ce qui est de l'offense de sa majesté (qu'elle sçait 
bien recognoistre telle qu'elle est), qu'elle y pour- 
voyera selon qu'elle verra estre a faire. 

ii°. Lors M. Duplessis dira audict de Sainct Phal 
que , puisqu'il plais t a sa majesté y recognoistre le 
bien de son service, il lui pardonne par son com- 
mandement et a la pryere des parens communs d'eulx 
deux. C'est aussi en ce lieu où il fault que le sieur Du- 
plessis ait le baston en main, duquel, en pareil cas, 
on faict signe de frapper, sans toutesfois le faire. Et 
fault s'enquérir comment on entend qu'en ce poinct il 
ait à se gouverner. 

Est besoing de sçavoir en quels termes sa majesté 
aura à faire ceste remonstrance , parce qu'en iceulx 



PAR M. DUPLESSIS. 499 

paroist partie de la satisfaction du sieur Duplessis ; 
sçavoir, lui prononcer qu'il aurait mérité de perdre 
l'honneur et la vie , et qu'il en estoit en beau chemin, 
mais qu'il lui pardonne et lui en faict grâce , par la 
pryere du sieur Duplessis, et commandera lui en estre 
expédié ung pardon. 

i3°. Et semblable erreur. Ces mots sont trop doulx 
pour l'acte et pour ung roi justement courroucé: crime 
seroit le propre mot. 

Et parce que M. de Bouillon parle d'ung pardon qui 
doibt estre expédié , signé et scellé, où sera qualifié le 
faict auquel seroit le principal contentement du sieur 
Duplessis , est à remonstrer qu'il desireroit, premier 
que passer oultre, voir quel il sera , sur quoi fondé , en 
quels termes conceu et à quoi il conclura. Ores ne 
fault oublier de qualifier le faict de guet apens , et 
d'y reprendre le mesme narré qui est porté par les 
lettres que le roy en a escrites à messieurs de la court 
de parlement, desquelles est baillé copie, et seroit à 
propos que M. de Villeroy, qui a dicté lesdictes lettres, 
prist la peine de dresser le pardon. A qui en sera Tad- 
dresse pour l'entériner, laquelle semble debvoir estre 
devant messieurs de la court de parlement, attendeu 
la commission à eulx addressee. 

Item. Si on n'entend pas que copie authentique en 
demeure es mains du sieur Duplessis, pour s'en aider, 
cas que Sainct Pliai se voulleust prévaloir de l'oultrage 
à lui faict, et de la satisfaction par lui acceptée. 

Item. S'il ne lui demeuroit pas acte à mesme fin de 
ce qui en aura esté jugé par MM. les mareschaulx, 
avec clause au pied, par laquelle ils certifient qu'en 
pareil cas ils se contenteroient de pareille satisfaction. 

Pense en oultre le sieur Duplessis , quand on sera 



5oo MEMOIRE 

conveneu de tout ce que dessus, et que Sainct Phai 
se sera rendeu prisonnier, que sa majesté lui debvra 
faire cest honneur, puisqu'il lui a pieu de prendre 
soing de cest affaire, d'envoyer ung gentilhomme de 
qualité vers lui pour le rendre capable de sa volonté. 
Aussi qu'en mesme temps l'ung des plus qualifiés pa- 
rens dudict Sainct Phal vienne trouver le sieur Du- 
plessis, au nom de tous les parens, pour le pryer de 
ne s'y rendre difficile : ce qu'ils ne peuvent refuser, 
l'ayant ci devant proposé et offert. 

Ce que M. de Pierrefite est pryé de dire à mes amis 
en court. 

M. de Pierrefite parlera à M. de Bouillon comme 
estant allé pour ses affaires, et neantmoins , s'en met- 
tant au propos de mon faict, lui pourra dire avoir veu 
ce qu'il m'en a envoyé , en quoi je remercie le soing 
qu'il lui plaist avoir de moi. Mais , sur ce qu'il s'est 
plaint que je ne m'en serois poinct ouvert à lui, qu'il 
peult juger en quelle façon et avec quel honneur je 
l'eusse peu faire. 

S'il s'enquiert ce que je juge de ce qui a esté faict, 
lui dire qu'il y a quelques poincts où je m'apperçois 
qu'il a mis la main ; mais qu'aussi y en a d'aultres en 
très grand nombre dont je crois bien qu'il n'a esté creu, 
m'estonnant bien comment en un g oultrage si énorme 
on veult tant mesurer les paroles. 

Et s'il demande quels, lui dira que c'est chose qui 
est malaisée de voir que sur le papier; mais, s'il lui 
plaist le faire approcher, qu'il les lui remarquera au- 
tant qu'il s'en pourra soubvenir, ne lui dissimulant 
poinct que, pour la confiance de son amitié, il n'y de- 
mandast au partir ce qu'il auroit à lui en dire, il n'au- 
roit trouvé mauvais qu'il s'expliquast à lui, mais non 



PAR M. DUPLESSIS. Soi 

à d'aultres, s'informant si tel acte est réparable par 
paroles, de ce qu'il en jugeoit; sauf à M. de Villeroy, 
auquel sa majesté se seroit tousjours addressee pour 
les expediens concernans cest affaire. 

Si, après ceste il veult que le roy en 

parle à M. de Pierrefîte, est à propos de ne l'en dédire 
poinct , et de rendre et remuer sa majesté capable des 
mesmes choses, laquelle, y a apparence, le question- 
nera mesme en propos , des qu'elle le verra , ce qui 
viendra encoresmieulx; et lors n'oubliera, s'il luiplaist, 
à lui dire que ce qui accroist mon desplaisir est de me 
trouver par ce malheur moins utile à son service. 

Le mesme , vers MM. de Schomberg et de 
sauf qu'il fault qu'il vienne d'eulx de montrer le pa- 
pier, et d'eulx mesines ils ne descouvrent que M. de 
Bouillon me l'ait envoyé. 

M. de Villeroy, parce qu'il n'est juge en cest affaire, 
mais ami , lui dire franchement toute ma prétention , et 
le supplier de m'y tenir la main; et parce que je m'ap- 
perçois que le roy incline plus à ceste heure qu'à l'aul- 
tre, qu'au moins si le public y perd l'utilité d'ung grand 
exemple en mon particulier, mon contentement y soit 
si évident et si plein qu'il ne m'en puisse rester, ni 
"aulx miens, aulcung remords. 

S'il s'enquiert si j'ai receu la commission et les 
lettres pour les officiers de Tours , lui pourra dire 
qu'oui ; mais que j'aurai tant déféré à ces lettres que 
je ne les avois encores envoyées à Tours, attendant si 
je verrois chose d'ailleurs qui me deust esmouvoir; ce 
que n'ayant veu en ce qui m'a esté envoyé, j'estimois 
qu'il n'y avoit mal dadvancer ung affaire, lequel se 
pourroit tousjours ou allentir ou accroistre quand on 
attendoit mieulx. 



Soi MEMOIRE PAR M. DUPLESSIS. 

M. de Rhosny , M. de Pierrefite est en oultre pryé 
de se ressoubvenir de ce qui me feut proposé par M. de 
Schomberg, dont feut faict ung escrit par M. de Cali- 
gnon , lequel estoit plus advantageux , parce qu'on 
en avoit ce qu'il peut alléguer au roy, 

que lors mesme lui dict qu'il parlast audict sieur de 
Schomberg sur ce subject. Aussi à MM. de Bouillon, 
de Schomberg et de Villeroy mesmes prendre 
de là que M. de Schomberg le lui monstre et baille à 
considérer pour en retirer quelque copie. Ledict escrit 
présupposant confession de la partie de tout le faict , 
jugement de MM. les mareschaulx, portant peine de 
mort; gens du roy intervenans en ma faveur, en estant 
pryé par les communs parens et pour ma satisfac- 
tion, le genouil en terre, avec soubmis- 
sion d'en recevoir autant, moi tenant le baston en la 
main, etc. 

CLXXIV. — * LETTRE DE M. DE BUZENVAL 

A M. Duplessis. 

Monsieur , nous envoyons ce courrier au roy, pour 
lever quelque accroche qui s'est rencontré en ung af- 
faire que ces messieurs avoient en ce lieu. Vousjugerés 
assés, par ce commencement, que c'est en matière de 
finances où les espines naissent sans y estre plantées. 
Us parlent de ce lieu dans deux jours pour poursuivre 
leur voyage. Ils descouvrent'journellement nouvelles 
occasions de se haster; car on tient nostre haste pour 
course, encores que M. de Villeroy, par sa lettre du 6, 
n'en parle pas si résolument. Mais toutesfois il me 



LETTRE DE M. DE BUZENVAL, etc. 5o3 

semble en approcher plus qu'il n'a faiet par toutes ses 
précédentes. Les advis et lettres, que nous avons ici 
trouvés des Pays Bas, nous menacent de quelques esmo- 
tions en quelques endroicts, si on n'y prévoit d'heure 
et bien sagement. Les ennemis y renforcent leurs prac- 
tiques. Desjà quelques accidens arrivés en la ville 
d'Utrecht ne nous présagent rien de bon de ce costé 
là. Vous sçavés ce que je vous ai dict de do nostro 
heroe quo nihil À7roKniKzvl<rfjizv. Il est bien tard d'ap- 
prendre ceste science, en laquelle son père a tant ex- 
cellé. Mais de nos crainctes et de nos espérances tou- 
chant ce subject, vous en aurés de plus solides discours 
de ceci quand je serai sur les lieux. J'ai leur response 
de ce que j'avois escrit à M. de Bouillon , sur vostre 
affaire, quand je partis de Sauîmur. Je vous envoyé 
sa lettre mesmes. Madame la princesse d'Orange m'es- 
crit qu'elle sçait de bon lieu que vous en sortirés avec 
vostre honneur bientost. C'est, monsieur, le meilleur 
et le plus grand désir que j'aye pour le présent. J'ai 
veu ce matin M. le mareschal de Biron , qui partoit en 
poste pour aller en Picardie , où il asseure la paix. 
Tamen nihil nisi pugnat et exercilus narrât, S'il estoit 
creu , les Espaignols auroient encores de la besoingne 
pour long temps. Sans doute nous les garantissons 
d'une grande ruyne, et ouvrons la porte au cardinal 
pour aller quérir sa chère espouse. Faietes moi cest hon- 
neur de m'aimer et de me tenir tousjours pour celui 
que avés cogneu et jugé digne de vostre amitié. 

A Paris , ce 10 mai i 598. 



5o4 LETTRE DU ROT 



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CLXXV. — * LETTRE DU ROY 

Au pape , escrite de sa main. 

Très sainct père , puisque Dieu nous a donné la 
paix par le moyen de vostre saincteté , il est bien raison- 
nable qu'après en avoir loué sa divine majesté comme 
j'ai faict de tout mon cœur , je ne diffère dadvantage 
d'en remercier vostre saincteté, et me conjouir avec 
elle de la gloire que ce bon œuvre adjoustera aulx pré- 
cédentes de son heureux pontificat, qui ne rendra la 
mémoire de son sainct nom moins recommandable à la 
postérité que ses vertueuses et sainctes actions nous 
obligent tous à l'honorer , servir et aimer. 

Je supplie donc vostre saincteté trouver bon que 
mon ambassadeur s'acquitte de ce debs r oir envers vostre 
saincteté pour erres de ma gratitude, en attendant que 
j'y satisfasse publiquement , comme je ferai, avec la 
grâce de Dieu, quand il sera permis de manifester le- 
dict traicté qui s'en est ensuivi , qui est certainement 
deu , après Dieu , à vostre saincteté, à la prudence de 
son très fidèle et affectionné légat, mon cher cousin 
et ami, et à la diligence du père gênerai de l'ordre de 
Sainct François. Très sainct père , c'est ung tesmoignage 
que nous debvons tous ensemble à leur vertu et mérite, 
mais auquel je recognois estre , en mon particulier, 
plus atteneu que nul aultre, par la bienveillance qu'ils 
ont faict paroistre me porter , et au bien de mon estât 
en tout ce qui s'eàt passé ; et comme je sçais qu'ils l'ont 
faict principalement par le commandement de vostre 
saincteté, je lui en rends grâces très humbles, et la 



AU PAPE. 5o5 

supplie aussi affectueusement avoir bien agréable que 
je la requierre faire sçavoir et cognoistre à tout le 
monde le gré que vostre saincteté leur en sçait, et le 
contentement et la satisfaction qui lui en demeure ; 
et je \ous asseure que je participerai à la recognois- 
sance et gratification que vostre saincteté leur dépar- 
tira, non moins qu'à l'obligation qu'ils lui en auront, 
comme dira plus amplement et fera entendre à vostre- 
dicte saincteté le duc de Piney. De vostre saincteté , 

le , etc. 

Du ii mai 1698. 



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CLXXVI. — * LETTRE 

De MM. de Bellievre et de Sillerj au roy. 

Sire, vostre majesté aura veu par la despesche que 
lui a portée le sieur de Berny , ce que nous avons ici 
negotié avec les députés d'Espaigne et de Savoye, 
estans, grâces à Dieu , les affaires conduicts à ce poinct 
que, si vostre majesté commandoit aujourd'hui la pu- 
blication de la paix, on pourroit des demain com- 
mencer à l'exécuter. 

Estant le double des articles entre les mains des 
députés d'Espaigne et de Savoye, ils Font envoyé à 
leurs maistres , et tenons pour certain qu'à Bruxelles 
et en Savoye plusieurs sçavent ce qui a esté ici traicté, 
et ne voyons pas qu'il soit possible de le tenir secret. 

Il fault que les ostages que le cardinal doibt livrer 
à vostre majesté soient à la frontière sur la fin de ce 
mois, que la ratification du traicté leur doibt estre 
baillée , et au mesmc temps ils doibvent délivrer les 
ostages. 



5o6 LETTRE 

Nous avons nommés pour ostages l'admirai d'Ara- 
gon, qui est de la maison de Mendoce, et le sieur dom 
Louis de la Velasco, de la maison du connestable de 
Castille , gouverneur de Milan; nous les tenons pour 
les plus qualifiés Espaignols qui soient en ces Pays Bas. 
Pour les deux Flamands, nous avons nommé le duc 
d'Arscot et le comte d'Aremberg. Le cardinal d'Au- 
triche leur doîbt commander de se tenir prests pour 
faire ce service au roi catholique; s'il est question qu'ils 
soient en ceste frontière pour la fin de ce mois, il leur 
fn ult du temps pour se préparer : c'est aujourd'hui 
le 1 1 , et demain arrive à Bruxelles l'ung des députés 
d'Espaigne qui ont traicté avec nous , qui j)orte la no- 
mination que nous avons faicte desdicts ostages , telle- 
ment que par force forcée il fault que ce traicté soit 
publié; et quand il ne le seroit à l'occasion desdicts 
ostages , venant la ratification , il seroit aussi force de 
le publier; ce qui nous meut, sire, de vous escrire 
par nostre précédente , et supplier très humblement 
vostre majesté d'en voulloir advertir vos confédérés, 
auparavant que de recevoir leur plaincte, qu'on le leur 
a voulleu celer. Sire, quand nous monstrerions des au- 
jourd'hui la ratification à ces députés, /cela serviroit à 
faire haster leurs ostages qu'ils doibvent faire venir à 
Cambray; vostre majesté commandera, s'il lui plaist, 
l'ordre que l'on doibt tenir à les recevoir, et comme 
ils doibvent estre gardés, soit qu'elle le veuille com- 
mander à M. le connestable ou à nous ; ce mois sera 
bientost passé, et n'avons plus de temps à perdre. 

Sire, vostre majesté nous commande, par sa des- 
pesche du i" de ce mois, de haster le faict de Blavet. 
Nous n'y perdons une seule heure de diligence. Ces 
députés nous ont dict qu'ils ne sçavent si le gouver- 



AU ROY. 507 

neur de la place faict travailler aulx fortifications ou 
non. A nostre instance , ils ont escrit au cardinal 
d'Autriche de voulloir commander audict gouverneur 
de faire cesser les fortifications , disant qu'en cela il 
peult estre excusé pour ce que jusques à présent il 
n'a poinct receu de commandement. 

Ils nous ont voulleu bailler ung paquet dudict car- 
dinal , où avec sa lettre il y en a une du roy d'Espaigne 
audict gouverneur; lui est ordonné par ledict cardinal 
de réduire le nombre de la garnison, et renvoyer en 
Espaigne ung terzo d'Espaignols qui n'estoient pas logés 
dans la place de Blavet. 

Vostre majesté nous a commandé de leur dire qu'elle 
les fera accompaigner de vaisseaux pour les porter en 
Espaigne , en baillant asseurance de les rendre. Ils se sont 
trouvés empeschés comme ils pourroient trouver cau- 
tion en France, nous remonslrans qu'en cela on se peult 
fier à la parole qu'en donnera le cardinal leur maistre; 
nous avons dict que vostre majesté se fieroit en lui de 
trop plus grandes choses, mais que ces vaisseaux sont 
à des particuliers qui vouldront avoir caution de par- 
ticuliers solvables. Nous sommes tombés sur le sieur 
Zamet qui est cogneu en Flandres , et, s'il en est pryé , 
pourroit respondre à la restitution des vaisseaux dont 
on les accommoderoit. Pour ceste occasion , le car- 
dinal d'Autriche lui a escrit une lettre; s'il sçaura que 
vostre majesté l'aura pour bien agréable , il se rendra 
encores bien plus facile à cautionner; sans qu'en ceste 
occasion on se serve dudict sieur Zamet, il seroit bien 
difficile de sortir de ce passage. 

Nous ne nous sommes pas voulleu charger de la 
lettre que ledict sieur cardinal archiduc d'Autriche 
escrit au susdict sieur Zamet, ni aussi dudict paquet 



5o8 LETTRE 

qu'il addresse au gouverneur de Blavet, pour en ré- 
duire ladicte garnison , et en renvoyer ledict terzo 
dEspaignols en Espaigne, remonstrans que l'on n'au- 
roit pas grand esgard aulxdictes lettres, si elles estoient 
présentées par aultres que par les ministres dudict car- 
dinal archiduc. 

Pour ceste occasion , ils lui ont escrit d'envoyer 
ici ung gentilhomme pour les porter, lequel nous at- 
tendons pour mercredi prochain sans faulte, et déli- 
bérons en mesme temps d'envoyer avec lui le courrier 
La Fontaine , qui le mènera à vostre majesté pour y 
recevoir le commandement qu'elle trouvera bon de lui 
faire. 

Ils nous ont dict avoir pryé ledict cardinal archiduc 
d'y envoyer ung Espaignol qui est près de lui , et per- 
sonnage d'entendement , de bon sens , et qui parle 
francois. 

Nous escrirons au sieur Zamet afin qu'il se dispose 
de faire ce service et nous aider àhaster ceste besoigne; 
ces negotiations, sire, ne permettent que ce traicté 
soit teneu secret, chacung en parle en ce pays, et 
comme l'on nous dict , c'est ici le lieu où l'on en 
parle le moins , pour ce que l'on craint de nous of- 
fenser. 

M. le connestable a adverti le gouverneur des places 
d'observer, pour tout ce présent mois, ladicte cessa- 
tion d'armes que vostre majesté a ordonné aulx fron- 
tières. 

Ceulx des villes d'Arras, de Dourlans et aultres places 
du roy d'Espaigne , quelque chose que ces députés 
leur ayent escrit, l'ont publiée; les peuples ne se peuvent 
contenir, tant ceste paix est désirée et souhaitée. Nous 
disons que ceste cessation d'armes n'est que pour ce 



AU ROY. 509 

mois; mais ce bruict de la paix est desjà si grand qu'on 
la tient pour faicte. 

Cette faulte ne procède pas d'aulcung de vos ser- 
viteurs, sire, qui ne peuvent estre maistres en aulcune 
façon ni des langues ni des volontés des aultres. 

Ce bruict, pour huict ou dix jours seulement, in- 
commodera quelque peu le service de vostre majesté, 
mais en recompense cela lui faict donner une infinité 
de louanges et de bénédictions. Nous pryons Dieu, 
sire, etc. 

Du 12 mai 1598. 



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CLXXVII. — ^LETTRE 

De MM. de Bellievre et de Sillerj a M. de Filleroy. 

MoNsriiUR , vous avés veu ce que vous a porté M. de 
Berny; il ne reste rien àescrire, mais il est question 
d'exécuter ce que l'on a escrit. Nous attendons la rati- 
fication , et n'y a plus de temps à perdre. 

Vous verres ce que nous escrïvons au roy touchant 
Blavet. 

Il est impossible de negotier l'exécution de ce grand 
affaire, et le tenir secret. Par nostre précédente, nous 
vous en avons escrit si amplement que nous n'y pou- 
vons rien adjouster. 

L'ambassadeur de Venise , qui est à Paris , a ici 
envoyé son secrétaire pour se congratuler avec M. le 
légat et les députés, de ce traicté, de la bonne résolu- 
tion qui a esté prise touchant la paix. 

Nous lui avons dict que nous le remercions de 
tant de bonne volonté qu'il nous déclare, et quant à 



5lO LETTRÉ 

la paix que nous en avons bonne espérance. C'est tout 
ce qu'il a remporté de nous ; mais faisons ce que nous 
vouldrons. Je m'asseure maintenant qu'il se parle en 
Italie de ceste paix plus beaucoup que l'on ne faict 
ici. Quand ung mariage est faict, forcé est de souffrir 
que l'on en parle; s'il y a de la faulte de la publication 
de ceste nouvelle, elle ne vient de nous, et debvons 
estre excusés , puisque nous avons faict tout ce qui se 
peult pour tenir l'affaire secret. Nous ne sommes pas 
maistres des langues ni des volontés des au! très. 

Nous avons à louer Dieu de la grâce singulière qu'il 
a faicte au roy et à ce royaulme, nous donnant la plus 
honorable paix qui ait esté faicte depuis cinq cens ans 
en çà, et nous nous sentons très obligés à Dieu pre- 
mièrement, et au roy de l'honneur que nous recevons 
d'avoir servi en chose si utile à cest estât , et à toute 
la chrestienté. Une grande partie de ceste negotiation 
vous est deue, qui avés si vertueusement travaillé avec 
tant de jugement et de dextérité que la France vous 
est obligée ; ce que nous tesmoignerons tout le temps 
de nostre vie, et en quelque lieu que nous soyons; 
les grandes difficultés qui se sont présentées en ceste 
negotiation n'ont pas esté surmontées sans que vous 
ayés dormi de mauvaises nuicts. Nous sçavons assés la 
corruption qui est demeurée encores au cœur de beau- 
coup de François, qui n'ont rien moins au cœur que 
de voir le roy maistre absoleu en repos et à son aise ; 
mais, Dieu aidant, il le sera malgré eulx et malgré leurs 
dents: enfin on le nommera par noms et par surnoms, 
et ne craindrons jamais d'avoir pour ennemis ceulx 
que nous sçaurons estre ennemis du roy et de Testât 

Vous verres, monsieur, ce que nous escrivons au 
roy, touchant M. Zamet. Nous estimons qu'il aura faict 



A M. DE VILLEROY. 5l 1 

la caution auparavant que cesle ci vous soit rendeue, 
ce neanlmoins il n'en peult que bien advenir, si le 
roy ou vous lui en escrivés. Nous l'advertissons que 
par sa procuration il ne fasse poinct de mention du 
service du roy, car nous entendons que les Espaignols 
seuls lui en demeurent obligés. Monsieur, si le roy 
veult charger sur nous que nous avons advancé cest 
affaire plus beaucoup qu'il n'eust espéré, nous avons 
de fort bonnes espaules pour supporter tout ce dont on 
vous vouldra bien les charger pour le service de nostre 
maistre. Cependant nous nous recommandons, etc. 

Du 12 mai 1598. 



CLXXYIII. — * LETTRE 

De MM. de Bellievre et de Sillerj au roy. 

Sire, nous feismes une despesche à vostre majesté 
le 12 e de ce mois, pour lui donner advis à quoi nous 
en estions de la negotiation, touchant la redduction 
de la garnison de Blavet. Ce matin les députés d'Es- 
paigne nous ont dict que don Juan de Vanegas, ca- 
pitaine de lances , entreteneu par la personne de l'ar- 
chiduc , est arrivé en ceste ville , despesche par ledict 
archiduc pour se transporter à Blavet, avec charge 
d'ordonner au gouverneur de la place et tous aultres 
serviteurs du roy d'Espaigne de cesser tous actes d'hos- 
tilité, de faire sortir du pays et se retirer en Espaigne 
don Orozio avec le terzo d'Espaignols aulxquels il 
commande; que ledict Vanegas demeurera dans Blavet 
avec don Juan d'Aquila, et la garnison qui sera néces- 
saire pour la garde de la place , jusques à ce qu'il ait 



5l2 LETTRE 

commandement du cardinal archiduc de la faire des- 
moiir, duquel il porte lettres et pouvoirs pour ce 
faire, comme aussi il porte la descharge et lettres du 
roy d'Espaigne. Nous n'avons pas peu ici régler le 
nombre de la garnison, pour ce que lesdicts députés 
ont dict ne sçavoir de quel nombre se contentera ledict 
don Juan d'Aquila, que le tout est remis à ce que ledict 
Vanegas en advisera avec lui. Il sera besoing que le 
pays de Bretaigne s'efforce de les faire accommoder de 
vaisseaux, afin que tant plus tost ils en soient des- 
chargés. 

Par nostredicte despesche du 12 de ce mois, nous 
avons escrit à vostre majesté l'ordre que nous avons 
peu adviser, afin qu'il y eust asseurance de la restitu- 
tion des vaisseaux dont ils seront accommodés ; nous 
en avons desjà escrit au sieur Zamet , et lui en escri- 
vons derechef. 

Sire, ayans escrit jusques ici, la despesche de vostre 
majesté du 9 de ce mois nous a esté rendeue , par la- 
quelle nous avons veu la bonne resolution qu'il lui a 
pieu de prendre de communiquer à ses bons subjects 
de Bretaigne, assemblés à Rennes pour la teneue des 
estats du pays , l'heureuse nouvelle de ceste paix qui 
ne pouvoit estre plus longuement celée pour les rai- 
sons conteneues en nos précédentes ; et par ce que nous 
jugeons, il ne peult advenir que beaucoup d'incom- 
modité , et de réputation à vos affaires , si elle sera pu- 
bliée partout au plus tost que faire se pourra : nous en 
avons ce matin communiqué avec les députés d'Espai- 
gne , qui nous confirment de plus en plus l'asseurance 
qu'ils nous ont ci devant donnée, qu'il n'y aura poinct 
de faulte ni de retardement à l'exécution de ce qu'ils 
nous ont promis; nous ont dict que dans ung jour ou 



AU ROY. 5i3 

deux ung de leurs compagnons, qui est allé à Bruxelles 
pardevers ledict cardinal, doibt estre ici de retour, 
qui apportera la ratification, et ce qui est requis de 
leur part pour commencer ladicte exécution. Ils ont 
donné ordre que les ostages se trouveront à Cambray. 
Il est requis de la part de vostre majesté que l'on 
députe pour les recevoir : nous ont dict que sitost 
que le serment aura esté donné , qu'ils exécuteront 
vifvement et de bonne foi , et nous ont laissé en 
bonne espérance qu'encores qu'ils ayent trois mois 
pour la restitution de Blavet , qu'allant les choses 
par l'ordre qu'elles doibvent aller, que le tout sera 
restitué. 

Il ne tiendra poinct à la bonne sollicitation que vostre 
majesté ne soit bien servie. Nous envoyerons le cour- 
rier La Fontaine avec ledict don Juan Vanegas, afin 
qu'il passe plus seurement. Les députés lui ont donné 
charge de passer au lieu où sera vostre majesté , afin 
que, sçachant son bon voulloir, toutes choses se puis-' 
sent mieulx faire selon son contentement et son in- 
tention. 

Nous attendons avec impatience le retour du sieur 
de Berny, qui a porté a vostre majesté le double des 
accords qui ont esté ici faicts ; plus tost il nous baillera 
la ratification, plus tost nous aurons les ostages, et se 
donnera commencement à l'exécution du traicté. Pour 
fin de lettre , nous remercions tant et si humblement 
que nous pouvons vostre majesté de la grâce qu'elle 
nous faict , agréant avec tant de bonté et de faveur 
l'humble service que nous lui avons peu faire en ceste 
negotiation de la paix, la suppliant très humblement de 
croire que nous mourrons en ceste volonté de la bien 
et fidèlement servir en tout ce que son bon plaisir sera 

MÉar. de Duplessis-Moknay. Tome viit. OJ 



5i4 LETTRE 

de nous honorer de ses commandemens. Nous sup 
plions le Créateur , etc. 

Du 17 mai i5g8. 



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CLXXIX. — ■ * LETTRE 

De MM. de Beliievre et de Sillery a M. de Villeroy. 

Monsieur, nous avons receu vostre lettre du 6 de 
ce mois, et veu le double de celle que M. de Buzen- 
val a escrite au roy , contenant la response des députés 
de Hollande, à l'offre qui leur est faicte en faveur et 
contemplation du roy d'une suspension d'armes pour 
deux mois. Ils scavent ou doibvent scavoir leurs 
affaires, et s'en fault remettre à eulx : encores que la 
peine que nous avons prise en cela ne leur serve , elle 
sert à la réputation au roy qui a faict pour eulx tout 
ce que peult ung vrai ami , et a hazardé les affaires 
pour les accommoder. Le roy ne les a pas mis à la 
guerre ; il les y a trouvés. La France a servi de bou- 
clier pour recevoir les flèches qui se tiroient contre 
eulx. Il y a plus d'ung an que le roy les a advertis de 
sa resolution à la paix; il y a cinq mois que l'on les 
attend ici de pied coi. S'ils font la guerre pour avoir 
tousjours la guerre , qui seroit une damnable resolution , 
nous ne debvons poinct avoir esgard à leurs frénésies ; 
si c'est pour avoir la paix, le roy les a mis et met en- 
cores au chemin. M. de Buzenval dict qu'ils n'ont pou- 
voir d'accepter ni trefve , ni cessation d'actes d'hosti- 
lité , et que , quand ils seront arrivés en leur pays , le 
temps de ceste cessation sera expiré ; il semble que ces 
députés ne sont pas veneus en France pour délibérer 






A M. DE VILLEROY. 5l5 

avec ledict roy de ce qui est le meilleur; mais seule- 
ment pour lui dire, Faictes cela; car nous avons reso- 
leu que cela est le meilleur. A la vérité nous trouvons 
estrange et nouvelle ceste façon de procéder. Quant à 
ce qu'ils disent que le temps de ladicte cessation sera 
expiré auparavant qu'ils soient en leurs maisons, le 
temps de ladicte cessation commence le 2 de mai , et 
finit le 2 de juillet. La response de M. de Buzenval est 
du 3 de mai; ung jour moins, ils avoient encores les 
deux mois entiers. Quelque chose qu'escrive M. de 
Buzenval, je ne les tiens pas si colères qu'ils n'ayent des- 
pesché en diligence a leurs supérieurs d'Amboise; ung 
courrier ira en deux jours à Dieppe, et de Dieppe en 
Hollande; comme le vent a esté bon et est encores, ils 
peuvent aller en deux et trois jours : nous sçavons que 
c'est de ce voyage; bien avons nous opinion qu'aupara- 
vant que de retourner en leurs maisons , ils iront à 
Londres à l'oracle, qui n'est pas sans quelque peine de 
ce qu'il s'est trompé en ses prédictions; mais puisque 
cela revient au bien de ce royaume, il fault que nous 
ayons patience : par ce que nous voyons, on nous 
donne des advis que les Anglois s'efforceront de traver- 
ser nostre negotiation. Nous voulions espérer que tout 
ce qu'ils entreprendront sera en vain , pourveu que de 
nostre costé nous fassions ce que nous debvons. Nous 
avons veu ce que nous escrivés d'une partie d'onze 
mille escus; il est bon qu'en ayons esté adverti; s'il s'en 
parle , nous serons prest de response. 

Depuis la clespesche que vous a portée La Fontaine , 
nous vous avons escrit des 2 , 7 et 12 de ce mois. Vous 
voyés clair au fond et à quoi nous en sommes de ceste 
negotiation. Nous estimons qu'auparavant la réception 
de ceste despesche, vous nous aurés renvoyé M. de 



5l6 LETTRE 

Berny avec la ratification ; que vous aurés aussi advisé 
à ceulx qu'il plaist au roy de députer pour recevoir le 
serment du cardinal d'Autriche. Ces députés d'Espai- 
gne nous ont dict que leur compaignon , qui est allé à 
Bruxelles , leur a escrit qu'il faisoit tenir preste la rati- 
fication dudict cardinal, et que l'on advisoit à ceulx 
qui seroient envoyés pour recevoir le serment du roy. 
S'ils ont envie de nous rendre Calais, vous ne doubtés 
pas que nous ne desirions encores plus qu'eulx de le 
faire remettre entre les mains de celui auquel il plaira 
au roy d'en commettre la charge. 

Ceste place est de très grande importance au roy : 
ce n'est pas à nous à donner conseil à sa majesté en ce 
qui ne nous est pas commandé. Si vous dirons nous 
que, pour faciliter l'exécution de la restitution que nous 
demandons, il est à propos que ledict cardinal n'entre 
pas en ombrage de celui qui y doict commander : en 
affaires si grands , les difficultés naissent d'elles mesmes 
sans que nous les fassions naistre. 

Monsieur, ayans escrit jusques ici, nous avons re- 
ceu la despesche du roy du 9 ; vostre lettre est du 
dixiesme. 

Nous faisons si ample response au roy, que nous ne 
vous ennuyerons poinct de double lecture. Vos lettres 
sont si favorables que vous nous fériés exposer à tous 
les dangers de mort pour bien servir le maistre, encores 
que ne soyons pas payés pour cela. Nous avons une 
extresme obligation à la bonté du roy qui est très 
grande et naifve ; mais, monsieur, avec cela, nous 
recognoissons combien nous demeurons obligés à vostre 
bonne volonté. 

Nous conserverons au cœur ceste grande obligation 
pour la recognoistre par service , là où nous en aurons 






A M. DE VILLEROY. 5i 7 

le moyen ; nous espérons avoir satisfaict à ce que de- 
siroit M. de Bouillon, suivant ce que nous avons sceu 
estre l'intention et la volonté du roy, de laquelle nous 
ne nous départirons jamais en aulcune façon, ni à 
dextre ni à senestre. 

Renvoyés nous, monsieur, au plus tost que faire se 
pourra, M. de Berny avec la ratification de la paix, et 
vous verres si nous avons à cœur de servir ou non. 

Il fault penser où l'on prendra de l'artillerie et toutes 
aultres munitions de guerre , pour mettre dans les 
places qui nous seront rendeues. Pensés y de bonne 
heure, car c'est tout ce que vous pourrés faire que d'y 
pourvoir à temps. Il fault , ce me semble , que toutes 
les provinces de la France - y aident et y contribuent. 

Par nostre despesche du 11 de ce mois, vous avés 
veu ce que nous avons escrit touchant la caution de 
M. Zamet pour les vaisseaux. Nous lui en escrivons de- 
rechef, n'ayant pas encores eu sa response. 

Monsieur, l'on nous asseure et certifie que dom 
Juan Vanegas, qui est despesche devers le gouverneur 
de Blavet, est homme de courage et de grande valeur, 
et il mérite que le roy le caresse. Nous avons ici bonne 
espérance qu'il fera bien. 

La garnison du chasteau de Dourlans s'est mutinée, 
et les députés d'Espaigne nous ont dict et asseuré ce 
matin qu'il y sera tellement pourveu que l'exécution 
de nostre traicté n'en sera retardée d'une heure seule- 
ment. Lesdicts députés nous demandent des passe- 
ports pour envoyer en Espaigne et à Blavet. 

Nous avons donné nostre passeport audict dom Juan 
de Vanegas, pour aller trouver le roy, aultrement tout 
demeureroit. Nous n'osons pas en bailler pour aller 
en Espaigne, dont nous sommes extresmement solli- 



5(8 LETTRE, etc. 

cités et mesme fort pressés : envoyés nous en donc 
quelques ungs, s'il vous plaist, et au plus tost que vous 
pourrés. Et cependant nous pryons Dieu , etc. 

Du 17 mai i5o,8. 



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GLXXX. — * LETTRE DU ROY 

A MM. de Bellievre et de Sillery. 

Messieurs de Bellievre et de Sillery , je vous escri- 
vis, le 6 de ce mois, que les députés des estats des pro- 
vinces unies des Pays Bas n'avoient voulleu recevoir 
la cessation de tous aultres actes d'hostilité durant deux 
mois que nous avons obteneus pour la royne d'Angle- 
terre et pour eulx , vous ayant envoyé copie de la lettre 
mesme que le sieur de Buzenval m'avoit escrite sur ce 
subject, afin d'en advertir les ambassadeurs avec les- 
quels vous avés traicté, pour me descharger envers 
eulx de l'espérance que vous leur aviés donnée par mon 
commandement, que lesdicts députés s'y pourroient 
accommoder; mais je n'ai encores receu la response de 
la royne d'Angleterre sur ce poinct, combien je l'en aye 
advertie en mesme temps. 

Depuis ayant receu vostre despesche du 1 de ce 
mois, j'ai escrit à mon cousin le cardinal de Florence, 
et au père gênerai des cordeliers , comme j'ai faict à 
vous, le contentement que j'ai receu de la conclusion 
et signature de vostre traicté; de sorte qu'eulx ni aultres 
ne doibvent poinct doubter que je ne l'approuve et ra- 
tifie, avec tout ce que vous avés faict ensuite en con- 
séquence d'icelui, dans le temps qui a esté promis. A 
présent vous sçaurés que Bcrny, présent porteur, ar- 



LETTRE DU ROY, etc. 5 19 

riva à Vitré le i5 de ce mois, avec la copie duclict 
traicté gênerai et de celui des particuliers, et de tous 
les aultres actes et promesses qui ont esté faictes sur ce 
subject ; mais je ne le peus voir que le lendemain , parce 
que j'estois demeuré derrière à Rennes pour mes affai- 
res. Ce que je vous puis dire sur cela est non seulement 
que je suis très content de tout ce qui a esté accordé, 
mais aussi que j'ai abandonné mes affaires de Bretaigne 
exprès pour vous porter moi mesmes ma ratification, 
laquelle , à ceste cause, je veulx que vous donniés toute 
asseurance de ma part aulxdicts ambassadeurs , les 
pryans et les sollicitans de préparer leurs ostages , et 
toutes aultres choses nécessaires pour advancer l'exé- 
cution dudict traicté; car je fais estât d'estre en ma ville 
d'Amiens le 1 juin , avec la grâce de Dieu , et porterai 
avec moi ladicte ratification : mais, d'autant qu'il pour- 
roit m'arriver quelque empeschement qui retarderoit 
mon voyage de deux ou trois jours, j'escris présente- 
ment à mon cousin le connestable qu'il se prépare pour 
recevoir les ostages qu'on vous doibt livrer quand ils 
recevront madicte ratification, laquelle, en ce cas, je 
vous ferai tenir à poinct nommé; mais j'aurai à plaisir 
de ne la signer devant le temps promis, plus pour sa- 
tisfaire à moi mesmes, en ne manquant à la parole que 
j'ai donnée aulx Anglois, que pour aultre bien que j'en 
espère. Partant, je vous prye soulager en cela mon es- 
prit , et respondre hardiment de la sincérité de mon 
intention. 

J'ai bien considéré les raisons qui vous ont meu de 
passer certaines choses en ce traicté, que vous m'aviés 
du tout représentées telles par vos précédentes qu'elles 
m'ont esté escrites, lesquelles j'ai prises en bonne part, 
estant bien asseuré que vous les avés consenties avec 



5ao LETTRE DU ROY 

prudence et bonne considération. J'ai aussi toute fiance 
en vous , et ne veulx adjouster aulcune considération 
aulx vostres , puisque la besoigne est achevée. Joinct 
que je suis certain que vous vous estes représenté tout 
ce que je vous en pourrois escrire , et que vous en estes 
sorti au meilleur marché pour mon service que vous 
avés peu; aussi, prévoyant bien qu'il seroit impossible 
de tenir secret ledict traicté , estant concïeu et signé 
comme il a esté, j'en advertis ladicte royne d'Angleterre 
et lesdicts estais, après la réception de vostredicte des- 
pesche du 2 de ce mois , et pris resolution d'en dire 
moi mesmes les nouvelles à mon arrivée en ma ville de 
Rennes, ainsi que je vous ai escrit par ma response 
datée du 10 de ce mois; de sorte que vous ne debvés 
plus vous mettre en peine de le celer, mais seulement 
d'en advancer l'exécution de tout vostre pouvoir, à la- 
quelle je vous asseure avoir jà commencé à mettre la 
main, car j'ai licentié en Bretaigne et en Picardie plus 
de six mille hommes de pied; et, puisque j'ai resoleu 
ladicte paix, croyés que j'en veulx faciliter et advancer 
l'accomplissement de tout mon pouvoir. Je me suis mis 
en chemin pour cela, ayant commencé à prendre telle 
asseurance de la foi et volonté du cardinal d'Autriche 
que je ne veulx plus doubter de l'exécution de ses pro- 
messes , persuadé des raisons que vous m'avés repré- 
sentées par vos lettres, et du tesmoignage que vous 
m'avés rendeu de sa rondeur et bonne foi de laquelle 
on traicte avec vous, à laquelle je veulx correspondre 
comme il convient pour atteindre à la perfection de ce 
bon œuvre , que je recognois avec vous estre le plus 
glorieux et plus utile à la France qui ait esté faict il y 
a long temps. Je fais compte de jurer en ladicte ville 
d'Amiens l'observation dudict traicté, afin que ceulx 



A MM. DE BELLIEVRE ET DE SILLERY. 5s i 

que ledict cardinal députera pour y assister ayent moins 
de chemin et de despense à faire. Mais je n'entends 
pas de donner la charge à aultre qu'à vous deux d'aller 
recevoir le serment dudict cardinal ; car vous m'y pou- 
vés mieulx servir que tous aultres, et me semble que 
ceste charge vous est deue. Partant, je vous prye vous 
disposer à me faire encores ce service, et je vous don- 
nerai moyen de fournir aulx frais d'icelui. Je m'attends 
aussi que mondict cousin le légat se rendra en ladicte 
ville d'Amiens après que j'y serai arrivé, pour honorer 
et auctoriser de sa présence ce qui s'y passera , et me 
donner moyen de l'entretenir du passé et de l'advenir, 
en le congratulant et remerciant de tant de peine qu'il 
a prise pour moi, ainsi que vous lui dires. 

J'advertis présentement mondict cousin le connes- 
table de ma délibération , afin qu'il donne ordre aulx 
logis où je lui mande qu'il employé d'escuries, et pa- 
reillement aulx vivres; et sera bon que vous envoyiés 
devers eulx quelqu'ung qui leur enseigne ce qu'ils au- 
ront à faire pour accommoder ledict légat et sa suite 
avec les députés du cardinal d'Autriche , quand vous 
sçaurés leurs qualités, et aussi les ostages, lesquels il 
me semble que vous avés choisis tels que je pouvois dé- 
sirer ? ainsi que j'ai appris par vostre lettre du 12 de ce 
mois, que je receus hier en ce lieu par la poste. 

Mais si d'adventure je n'arrivois en ladicte ville 
d'Amiens preciseement le 2 e jour de juin, suivant ma 
délibération, comme je n'entends pour cela retarder la 
délivrance de madicte ratification ni la réception des- 
dicts ostages , j'estime aussi qu'il ne sera besoing de 
prolonger la cessation d'armes qui doibt finir ce jour 
là mesme, nostre accord estant divulgué comme il est. 
Toutesfois, si vous jugés que vous en debviés user aul- 



52 2 LETTRE DU ROY 

trement, d'autant que ladicte paix ne doibt estre pu- 
bliée en la forme aecoustumee qu'elle n'ait esté ratifiée, 
et que lesdicts ostages n'ayent esté livrés, j'escris pré- 
sentement à mondict cousin le connestable qu'il advise 
avec vous d'en user ainsi que vous jugerés ensemble 
estre pour le mieulx. Mais, si je puis, je vous relèverai 
de ce souci ; car je me rendrai audict jour en ladicte 
ville, et prendrai la poste plustost que d'y faillir, si ma 
santé le me peult permettre, comme vous dira ledict 
Berny. Cependant j'attends en bonne dévotion celui qui 
doibt venir de par deçà pour retrancher la garnison de 
Blavet, ainsi que voils m'avés escrit par vostre dernière; 
et ferai demander des demain au sieur Zamet qu'il ne 
fasse difficulté de contenter ledict cardinal de son obli- 
gation pour la seureté des navires qu'il leur fault bail- 
ler pour porter en Espaigne leurs gens, lui faisant en- 
tendre qu'il me fera service agréable. Mais il fault que 
je vous die que je fais grande difficulté d'accorder au 
duc d'Aumale ce que ledict cardinal demande pour lui; 
car il s'en est rendeu indigne par ses actions de jouir 
jamais de l'air de la patrie, contre laquelle il a sans rai- 
son et contre son honneur et debvoir faict le pis qu'il 
a peu; joinct que je prévois, estant l'article qui faict 
mention de nos subjects qui ont faict la guerre avec 
nous couché comme il est, qu'il ne sera loisible a ung 
seul des leurs qui m'ont servi de retourner en leur pays 
ni mesme de rentrer en la jouissance de leurs biens , 
parce qu'ils leur feront accroire qu'ils en auront esté 
spoliés pour aultre crime que pour la guerre; de sorte 
que si je n'use de la mesme rigueur envers les miens 
qui les ont suivis, tant de povres gens qui ont eu re- 
cours à ma protection demeureront misérables et auront 
occasion de s'en plaindre. C'est pourquoi je désire que 



A MM. DE BELLIEVRE ET DE SILLERY. 52 3 

vous ne m'engagiés pas dadvantage à faire pour ledict 
duc d'Aumale ce que l'on désire, jusques a ce que je 
sois arrivé par delà, et en aye conféré avec vous; car, 
en vérité , ce souci me poise plus sur le cœur que je ne 
le vous puis escrire. Ce sera la fin de la présente avec 
laquelle vous recevrés lesdicts passeports en blanc que 
vous avés demandés, et celui de l'ambassadeur de Sa- 
voye ; mais vous aurés soin de remplir lesdicts passe- 
ports , et de tenir registre exact des noms de ceulx 
dont vous les remplirés en les délivrant. J'ai aussi escrit 
à Bayonne et à Lyon qu'ils laissent passer leurs cour- 
riers , et ai donné advis partout de ladicte cessation 
d'armes et actes d'hostilité, voire mesme de la conclu- 
sion de ladicte paix, de laquelle je prye Dieu de nous 
faire faire longuement jouir; et je le prye, etc. 

Du 20 mai i5g8. 



CLXXXI. — * LETTRE DE M. DE VILLEROY 

A MM. de Bellievre et de Silleiy. 

Messieurs, nous allons à vous à grandes journées, 
bien resoleus de faciliter de tout nostre pouvoir l'exé- 
cution de vostre traicté, ainsi que vous dira M. de 
Berny, avec tout ce que je vous pourrois escrire sur 
ce subject; partant je m'en remettrai sur lui et sur la 
lettre que le roy vous escrit. Je lui ai dict aussi qu'il 
me semble que nous ne debvons faire difficulté de ju- 
rer les premiers l'observation dudict traicté de paix, 
puisque Ion nous doibt bailler des ostages en baillant 
nostre ratification ; préparés donc les affaires de façon 
que nous puissions bientost jouir du fruict de vostre 



W LETTRE DE M. DE VILLEROY, etc. 

labeur; et, s'il survient chose qui retarde nostre voyage, 
je vous en advertirai soigneusement, vous pryant me 
continuer vostre bonne grâce, que je salue, etc. 

Du 20 mai 1698. 



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CLXXXII. — * LETTRE DU ROY 

A M. le légat. 

Moin cousin, je me suis jà resjoui avec vous, par 
ma dernière lettre, de l'heureuse fin que Dieu a donnée, 
par vostre prudence et persévérance, au bon œuvre 
entrepris par nostre sainct père, pour le repos gênerai 
de la chrestienté, dont je ne doubte poinct que vous 
n'ayés receu une très grande consolation après tant de 
travaulx que vous ayés supportés, et difficultés que 
vous avés surmontées pour y parvenir, toutes lesquelles 
aussi augmentent nostre obligation envers vous, et 
qui rendront vostre nom plus glorieux à la postérité , 
dont je me conjouis derechef avec vous, mon cousin: 
vous remerciant du bon tesmoignage que vous avés 
voulleu me rendre par vostre lettre du 1 de ce présent 
mois, du grand contentement que vous en avés receu 
pour ma considération particulière, et vous prye d'estre 
asseuré que mon royaulme et moi vous recognoistrons 
debvoir , après Dieu et sa saincteté , toute la félicité 
que nous attendons de ceste heureuse et aimable paix, 
de quoi j'espère me revancher envers vous et les vos- 
très à vostre satisfaction et contentement. Quoi que 
soit, vous pourrés des à présent et à tousjours disposer 
de tout ce qui despend de moi, comme chose sur la- 
quelle vous avés à jamais autant de puissance que le 



LETTRE DU ROY, etc. 5^5 

mérite l'amour et l'affection avec laquelle vous avés 
pris et embrassé et ensemble favorisé le bien de mon 
estât, comme j'espère, Dieu aidant, vous dire bientost 
moi mesmes; car je m'en retourne par delà à grandes 
journées, ainsi que vous pourront dire les sieurs de 
Bellievre et de Sillery. 

J'ai aussi receu la lettre de sa saincteté que vous 
m'avés envoyée, accompaignee de celle de mon cousin 
le cardinal de Sainct Georges, aulxquelles je ferai res- 
ponse par la voye et ordinaire de mon ambassadeur 
le duc de Piney. Je prye Dieu, etc. 

Du 20 mai 1698. 



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CLXXXIII. — ^ LETTRE DE M. DE VÏLLEROY 



A M. le légat. 



Monseigneur , c'est à vostre prudence et bonté 
que la chrestienté doibt, après Dieu, le bonheur du 
repos que vous lui avés procuré, meu non d'ung in- 
terest privé ni d'aultre obligation particulière que celle 
de vostre singulière affection au bien public, conforme 
au sainct désir de nostre sainct père. En quoi , si vous 
avés esté fidèlement assisté des serviteurs du roy aulx- 
quels sa majesté a confié vostre negotiation , de sorte 
que vous en avés contentement, je vous asseure, mon- 
seigneur, que sa majesté les en aimera et estimera dad- 
vantage; car ils l'ont en cela servie selon son intention, 
qui a tousjours esté de déférer entièrement à vostre 
prudence la direction et conduicte de ce sainct ou- 
vrage, lequel elle a creu ne pouvoir estre parachevé 
que de vostre* main, auctorisé de sa saincteté comme 



526 LETTRE DE M. DE VILLEROY, etc. 

il est adveneu. Pour moi, monseigneur, je vous suis 
très redevable de l'opinion que vous avés , que j'ai en 
ceste occasion servi mon roy, comme je doibs et suis 
teneu de faire, de façon qu'il vous en demeure quel- 
que satisfaction; car c'est toute mon ambition que de 
faire service à sa majesté, qui lui soit utile au gré et 
au contentement de ceulx qui l'aiment vraiment comme 
vous faictes, monseigneur, à qui je voue mon très 
humble service et une perpétuelle obéissance, comme 
celui qui recevra à grand honneur d'estre conservé en 
votre bonne grâce, et teneu de vous pour jamais, 
monseigneur, pour son, etc. 

Du 20 niai 1698. 



CLXXXIV. — * LETTRE 

De MM. de Bellievre et de Sillerj au roj. 

Sire, vostre majesté aura sceu, par nostre despesche 
du 7 de ce mois, ce qui a esté ici resoieu touchant la 
paix, et, depuis les 2 et 17 de cedict mois, lui avons 
escrit l'ordre qui a esté donné pour la réduction de la 
garnison de Blavet et renvoi des aultres forces espai- 
gnoles qui sont en Bretaigne; nous attendons le retour 
du sieur de Berny avec la ratification de vostre ma- 
jesté , des articles du traicté de paix qu'il lui a portés. 
Le sieur Verreiken, l'ung des trois députés d'Espaigne 
en ceste negotiation , est ici de retour de Bruxelles , 
où il nous a dict avoir laissé le cardinal d'Autriche 
bien resoieu d'observer promptement et de bonne foi 
ce que par ledict traicté a esté promis à vostre majesté. 
11 a ici apporté la ratification dudict cardinal , et l'acte 



LETTRE, etc. 5^7 

de la publication de la paix , et nous asseure qu'il n'y 
aura aulcune faulte à la délivrance des ostages au 
temps accordé, tellement, sire, qu'il semble qu'il ne 
tient plus qu'à nous que l'exécution de ce traicté 
ne soit plus advancee : en quoi vostre majesté a ung 
si notable interest que nous nous promettons qu'elle 
aura incontinent faict despescher ledict sieur de Berny 
garni de sa ratification, et de tout ce dont nous avons 
besoing pour effectuer ce qui est de son service. 

Quant à Biavet , vostre majesté aura veu par nostre 
despescbe du 17, et par ce que lui aura dict dom Juan 
de Vanegas , Tordre que nous y avons peu donner, ap- 
prochant au mieulx qu'il nous a esté possible ce que 
pour ce regard il lui a pieu de nous commander; tout 
le fruict de ceste negotiation est en l'exécution des pro- 
messes; il ne s'y perd une heure qu'au préjudice de 
vostre service; plus de choses s'offrent ordinairement 
pour gaster ung affaire qu'à l'accommoder; il y a plus 
de gens, et de toutes sortes, qui pensent à traverser 
les affaires de vostre majesté qu'à la servir. Nostre fidé- 
lité nous contrainct de dire à vostre majesté que tous 
aultres pensemens , tous aultres affaires doibvent estre 
postposés à ce qui est de l'exécution de la restitution 
de ^os places, et semble pour cest effect qu'il est bien 
requis que nous retenions le plus que nous pourrons, 
soit ici , soit près de vostre majesté , quelques ungs 
de ces députés, afin qu'il ne faille negolier par lettres 
avec les absens, et aussi que , jusques à l'entier accom- 
plissement des promesses , le cardinal d'Autriche doibt 
avoir près de lui l'ung de vos serviteurs, pour ne laisser 
vieillir le faict de ceste restitution. Sire, nous avons 
rendeu à M. le légat la lettre de vostre majesté , à la- 
quelle il nous a dict se sentir si obligé qu'il séjournera 



5^8 LETTRE 

très volontiers en ce lieu, et se transportera par tout 
ailleurs où vostre majesté jugera qu'il soit bon à lui 
faire service. Le père gênerai des eordeliers est main- 
tenant à Bruxelles. Il doibt vous venir trouver lorsqu'il 
se parlera de la restitution des places; M. le légat et 
lui nous ont promis de vous y faire tout le service qui 
leur sera possible. Sitost que nous aurons la ratifica- 
tion de vostre majesté, nous commencerons à escbauffer 
l'affaire, attendans en bonne dévotion llieureux retour 
et approchement de vostre majesté en ces quartiers. 
Nous avons demandé audict sieur Verreiken s'ils ont 
nouvelles à Bruxelles si les Hollandois entreprennent 
sur les places du roy d'Espaigne; ils nous ont dict que 
tout l'advis qu'ils en ont est qu'ils se préparent à la 
guerre, et qu'ils ont de leurs députés près de la royne 
d'Angleterre. Nous pryons Dieu, etc. 

Du 21 mai i5o,8. 



CLXXXV. — * LETTRE 

De MM. de Bellievre et de Sillerj a M. de VUleroy. 

Monsieur, nous vous escrivons ce qui se présente. 
Nous avons opinion que dom Juan Yanegas vous aura 
donné satisfaction; c'est tout ce que, pour le présent, 
s'est peu advancer au faict de Blavet. Par la lettre que 
nous escrivons au roy , vous verres que ces gens aulx- 
quels nous demandons la restitution des places sont plus 
prests à l'exécution de leurs promesses que nous qui y 
avons ung si notable interest. En somme, puisqu'ils se 
sont resoleus que c'est ung faire le sault, l'ayans ainsi 
promis, nous avons opinion que si nostre negotiation 



A M. UE VILLEROY. 529 

suivra comme elle doibt , qu'elle advancera plus tost 
qu'elle ne sera reculée. 

M. le président Richardot nous a dict qu'ayans la 
guerre contre la royne d'Angleterre et les Hollandois, 
qu'ils desireroient bien fort qu'aulx places qu'ils resti- 
tuent il pleust au roy n'y establir pas gouverneurs de 
la nouvelle relligion. Ce n'est pas chose qui soit entrée 
en ce traicté entre nous; car nous nous feussions bien 
gardé de faire ceste faulte. Si est ce que nous vous di- 
rons que plus vous leur donnerés de contentement, 
plus l'exécution se facilitera. C'est au roy à juger de ce 
qui est le plus expédient pour son service; il nous en- 
nuyé d'estre ici sans servir. Donnés nous de quoi mettre 
en besoigne, et croyés que nous nous rendrons impor- 
tuns comme Suisses qui demandent de l'argent. Il n'y 
a poinct de temps à perdre; conservés ceste negotia- 
tion par vostre prudence, vostre beau jugement et la 
diligence qu'y avés apportée; mais tout le fruict de la 
negotiation susdicte est en la restitution de toutes les 
places promises. 

Il fault que nous usions en leur endroict comme 
ceulx qui se veullent marier; gardons nous de faire 
quelque sottise qui desgouste no,stre maistresse. 

Il semble, monsieur, qu'il est à propos, venant le 
roy à Amiens, qu'il prye M. le légat de s'y trouver. Il 
fault que nous y soyons; et asseureement il ne demeu- 
rera pas ici sans nous. Nous pryerons Dieu , etc. 

Du 22 mai i5g8. 



Mlhl. DE DuPLESSIS-MoRNAY. ToMB VIII. 34 



53o LETTRE DE M. DE VILLEROY 

CLXXXVI.—* LETTRE DE M. DE VILLEROY 

A MM. de Bellievre et de Sillerj. 

Messieurs , don Juan de Vanegas arriva hier au 
Lude, au lever du roy , et receusmes vos lettres du 17 
par La Fontaine ; sa majesté veit ledict Vanegas in- 
continent après son disner, et parla long temps à lui 
avec sa familiarité et privauté accoustumee, puis le 
consigna à M. le mareschal de Boisdaulphin qui alloit 
monter à cheval , afin de le conduire à Sablé , et de là 
le faire accompaigner jusques à Rennes , où il trouvera 
M. le mareschal de Brissac et M. de Schomberg, qui 
donneront ordre à tout ce qu'il fau'lt pour embarquer 
les gens de guerre qu'ils veullent renvoyer en Es- 
paigne, et faciliter l'exécution de la commission, à 
quoi je les avois jà advertis de préparer toutes choses 
nécessaires, et ne fault pas doubter que chacung s'y 
employé vivement , afin de se retirer du pied cestc 
espine. 

M. Zamet nous a envoyé procuration pour l'obliger, 
et asseurer les vaisseaux, dont, si je suis creu, on n'usera; 
sa majesté ne laissera pas de lui en sçavoir gré, et l'en 
remercier comme elle a jà faict. Ledict La Fontaine ne 
passera Rennes. Je vous escrirai plus au long par lui. 
Cependant je n'ai voulleu différer à vous advertir du 
passage dudict Vanegas, lequel en donnera aussi advis 
à ces messieurs qui sont à Vervins, par ung paquet 
que je lui ai envoyé par ung courrier qui porte la 
présente jusques à Paris. Ce que j'ai à vous dire de 
plus est que nous a avançons nostre voyage tant que 



A MM. DE BELLIEVRE ET DE SILLERY. 53 1 

nous pouvons; mais il est tombé ung caterre sur ung 
des bras du roy qui l'incommode ung petit. l\ faict ce 
qu'il pcult pour l'augmenter à force d'aller à la chasse 
et de travailler, et veult que nous croyons que c'est 
pour se guérir; mais M. du Laurens n'est pas de cest 
advis. En vérité, s'il ne se repose, il ne guérira pas; 
il faict tousjours estât d'arriver à Paris à la (in de ce 
mois, et à Amiens le 2 de juin; mais je prévois qu'il 
sera difficile. Nous tiendrons cependant nos ratifica- 
tions toutes prestes pour vous estre envoyées à poinct 
nommé. 

Nous avons receu des lettres d'Angleterre, depuis 
l'arrivée de M. Cécile. On nous descoupe bien; mais, 
en vérité, contre raison, et dont en tout cas je vous 
asseure que je ne perdrai le dormir. La royne incline 
plus à la paix qu'à aultre chose, et m'attends quelle 
nous pryera bientost de différer pour quelque temps 
brief nostre ratification jusques à l'arrivée de ses am- 
bassadeurs ; mais nous lui avons desjà faict une des- 
pesche par courrier exprès pour gaigner les devans, 
et nous en excuser, car le roy a resoleu de faire ses 
affaires, après celles de ses voisins. Partant, advancés 
et préparés tout ce qu'il fault pour recueillir le fruict 
de vostre labeur. 

Le roy escrit encores tout présentement à M. le 
connestable, qu'il advise avec vous ce qu'il faudra faire 
pour recevoir et garder les ostages quand ils les livre- 
ront, et me semble qu'il sera à propos que vous en- 
voyés quelqu'ung devers lui pour cela qui vienne par 
après trouver sa majesté pour lui en rendre compte 
et raison. Ce sera tout ce que vous aurés de moi 
pour ce coup, pryant Dieu, monsieur, etc. 

Du 23 mai i5p,8. 



552 LETTRE DE M. DE BETHUNE, etc. 



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CLXXXVII. — * LETTRE DE M. DE BETHUNE 

A M. Duplessis. 

Monsieur , j'ai maintenant plus de loisir que je n'ai eu 
à Rennes , où les affaires ne m'ont laissé une seule heure 
à moi. Je pensois, après avoir exécuté ce qui m'avoit 
esté commandé, avoir quelque relasche, et qu'il me 
seroit permis de prendre le droict chemin de chés moi ; 
mais, ayant receu exprès commandement du roy de 
l'aller trouver à Tours, je m'y achemine tout droict, 
et suis menacé d'estre mené en poste avec sa majesté. 
Cela est cause que je n'aurai moyen de voir ni vous 
ni madame Duplessis. Vous ne laisserés tous deux, s'il 
vous plaist, de croire que je suis entièrement disposé 
à vous rendre très humble service. Il ne s'est présenté 
occasion de le tesmoigner en vos affaires touchant 
Sainct Phal , car je n'en ai ouï parler en aulcune 
façon, et l'incertitude en quoi j'ai esté de ce qui s'en 
estoit passé , depuis mon partement , m'a empesché 
de faire aulcune ouverture sur ce subject. Quant à 
vostre affaire des Sovoolt, elle est asseuree, et en ai 
signé le comptant payable en trois ans. C'est tout ce 
que la nécessité des affaires du roy m'a peu permettre 
de faire pour vous. Attendant quelque aultre nouvelle 
occasion de vous tesmoigner ma dévotion à vostre 
service, je vous baiserai très humblement les mains. 
Adieu, monsieur; je suis vostre très humble nepveu 
et serviteur. De Béthune. 

A Vitré, ce 25 mai i5g8. 



LETTRE, etc. 533 



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CLXXXVIII. — * LETTRE 

De MM. de Bellievre et de Sillery a M. de Villeroy. 

Monsieur, nous avons receu la despesche du roy 
du 20 de ce mois, que M. de Berny a remportée, et 
depuis vostre lettre du 23. Nous n'escrivons au roy 
pour ce que M. de Sillery faict estât de le trouver à 
Paris à son arrivée, pour lui rendre compte du con- 
teneu en ladicte despesche et aultres occurrences. Et, 
pour cest effect, aidant Dieu, partirai dans une heure 
ou deux de ce lieu. Nous n'avons pas receu le paquet 
du sieur dom de Vanegas , que vous avés addressé au 
sieur Zamet; nous faisons ceste despesche pour vous 
donner advis qu'il a esté resoleu d'escrire aulx gouver- 
neurs des places que la cessation d'actes d'hostilité 
doibt continuer pour tout le mois de juin. Nous ne 
laisserons pas pour cela de faire publier la paix. Nous 
avons veu ce que vous escrivés à la royne d'Angleterre, 
qu'elle est plus encline à la paix. Il fault plus aisée-» 
ment croire le contraire de ce qu'elle dict; elle se 
transformera en cent sortes pour nous faire perdre 
Calais. Nous debvons haster ceste exécution , ne voyant 
pas que le retardement soit pour apporter aulcunes 
choses que traverses et incommodités ; résolvons nous 
donc de ne perdre plus une heure de diligence en 
chose qui nous est de telle et si grande importance. 
Vous avés veu, par nos précédentes, quelles estoient 
en cela nos opinions , dont toutes raisons nous con- 
seillent de nous despartir. Envoyés nous , s'il vous 
plaist, la ratification. Nous avons resoleu que la pu- 



534 LETTRE 

blication de la paix se fera le 7 du mois prochain; la 
ratification et ostages se bailleront auparavant. Si vous 
envoyés à moi Bellievre, qui m'achemine a Amiens, 
la ratification laissant la date en blanc , je la mettrai 
du 5 ou du 6, comme je jugerai estre le service du 
roy. S'il vous survenoit quelques advis d'Angleterre, 
je mettrois la date de quelques jours auparavant, ainsi 
que me manderés. Ceste despesche est principalement 
pour vous dire que la cessation d'armes et d'hostilité 
accordée avec le député de Savoye n'est que pour ung 
mois seulement, qui s'en va finir. Je ne . sça.is comme 
en aura esté resoleu entre ledict duc et M. de Lesdi- 
guieres. Nous vous pryons, en tout événement, d'en 
escrire à M. de Lesdiguieres en diligence., et à M. de 
La Guiche, et à ceulx qui commandent en Bresse soubs 
M. le mareschal de Biron ; en somm-e en Provence , 
en Guyenne et Languedoc On doibt aussi estre ad - 
verti que la cessation d'actes d'hostilité doibt avoir lieu 
pour tout le mois de juin prochain. M. le cpnncstable 
nous escrit , demandant nostre advis , comme les os- 
tages debvoient estre gardés. Le traicté ppjjte qu'ils 
seront teneus honorablement; en cela Ion use diver- 
sement. J'ai veu , au traicté de Tan 155c), le prince 
d'Orange et le comte d'Egmont, ostages à Paris du 
roy catholique ; je voyois ordinairement ledict comte 
aller à la chasse avec le feu roy Henri, IL, et estoient 
lesdicts ostages en la mesme liberté que. s'ils eussent 
estji en leurs maisons. Je ne vous puis pas dire s'ils 
avoient baillé leur foy. Nous baillasmes des ostages à 
la royne d'Angleterre pour la restitution de Calais; 
ce lui estoit chose d'importance, et qui a duré long 
temps. Quelquesfois on y prenoit garde de fort près; 
aultresfois nous eustnes advis qu'ils estoient en toute 



A M. DE VILLEROY. 535 

liberté pour Londres. Cela despend de la volonté du 
roy, et pouvés avoir souvenance des deux faicts dont 
j'escris ci dessus, et aussi M. Brulart, qui estoit lors 
avec M. Bourdin. Il vous plaira de nous en escrire 
la volonté du roy ; nostre opinion seroit que si à Amiens 
il y a quelque honneste monastère bien logeable, qu'on 
les y accommode , qu'on leur donne une couple ou 
plus grand nombre de gentilsbommes qui les accom- 
paignent ordinairement. La question est, si on leur 
doibt demander leur foy qu'ils ne sortiront poinct du 
royaulme sans la volonté du roy. Jugés aussi s'il est 
bon que soubsmain, sans qu'on leur demande leur foy, 
qu'on leur fasse entendre qu'ils la doibvent offrir, afin 
que l'on soit meu de leur faire plus gracieux traic- 
tement. Nous en parlerons, estant avec M. le connes- 
table , et aurés de nos nouvelles dbeure à aultre; car. 
Dieu merci , quelque chose qu'en ayés pensé à la 
court, nous ne sommes pas des plus paresseux du 
monde a escrire. Monsieur, nous obmettions à vous 
dire que les députés d'Espaigne nous ont faict voir 
une lettre que leur escrit le cardinal. Albert, conte- 
nant qu'il est adverti que M. de Bouillon déclare de 
ne voulloir observer la paix , et qu'il a commandé de faire 
amas de gens de guerre pour se joindre aulx Hollandois. 
Cest advisa esté donné parceulxdu Luxembourg. Nous 
les avons pryés de n adjouster foy à telles nouvelles, 
sçacbant que M. de Bouillon a supplie le roy que les 
seigneurs de Sedan soient compris en cesîe paix, ce 
qui a esté faict suivant le commandement de sa ma- 
jesté; leur avons dict que nous avons telle opinion de 
la prudence de mondict sieur de Bouillon , qu'il se 
comportera de telle sorte avec eulx, qu'ils n'auront 
aulcune occasion de s'en plaindre. Lon a aussi donné 



536 LETTRE, etc. 

advis à ces députés que la lasserie de gens de guerre, 
que le roy a commandé, se faict pour les envoyer en 
Hollande, à quoi nous avons respondeu comme nous 
debvons , etc. 

Si l'on commence de si bonne heure à contrevenir 
à la paix, nous ne sçavons à quoi ces gens là se pour- 
roient bien resouldre. 

Nous faisons ce qui nous est possible pour servir le 
roy, nostre bon maistre; si d'aultres feront leur pos- 
sible pour le desservir, nous ne serons responsables 
que de nostre faict. 

Encores que la paix ne se publie que le 7 e du mois 
de juin prochain , le roy pour cela ne doibt pas re- 
tarder Sa veneue. Pensés qu'en mesme jour il fault 
publier la paix partout, et aulx solemnités. Nous pryons 
Dieu , etc. 

Du 26 mai 1698. 



CLXXXIX.— * LETTRE DE M. DE BELLIEVRE 

A M. de Villeroy. 

Monsieur , j'ai receu vostre lettre par M. de Berny. 
Je suis très marri de ce qui lui est adveneu par l'indis- 
crétion d'aulfrui ; je vois que vous lui avés esté et me 
promets que vous lui serés tousjours père; c'est ung 
honneste homme digne de vostre faveur. Je l'ai tous- 
jours cogneu, et mesme durant le chauld de la Ligue, 
bon et affectionné serviteur de ce roy. Puisque je ne 
vous puis voir, je me console que par advance vous 
ayés M. de Sillery, que j'estime d'estre où il est, si ne 
vous puis je celer que je brusle de désir de vous voir. 



LETTRE DE M. DE BELLIKVRE, eic. 537 

Nous avons coureu de merveilleux dangers. Il falloit se 
saulver en ce port de la paix, ou se perdre; laissons 
qu'en nostre particulier, l'affaire succédant mal, nous 
estions perdeus. Pour mon particulier, la perte ne 
pouvoit estre grande; que je compte ce qui me reste 
de jours, le compte sera bientost faict. S'il m'eust fal- 
leu survivre à la continuation des malheurs du royaulme, 
force m'eust esté de mourir tous les jours et toutes les 
heures qui me restaient de vie. Je loue Dieu de tout 
mon cœur, qui a exaucé mes humbles et ardentes' 
pryeres. Je me resjouis du bien de ma patrie , et me 
resjouis qu'après le roy vous en ayés esté le principal 
pilote. Il a passé ci devant des choses qui n'ont peu 
passer sans vous presser le cœur, et bien avant. Dieu, 
qui n'abandonne jamais les siens, vous efivoye. main- 
tenant en une heure plus de vraie consolation qu'en 
toute vostre vie vous n'avés receu d'affliction. 

Vous aurés pour quelques jours la doulce et agréable 
compaignie de M. de Siljery, qui sçaura de vous, et 
vous aussi de lui, les hazards que ceste negotiation a 
coureus; où il a si vifvement et vertueusement tra- 
vaillé pour la soubtenir et advancer, qu'il fauît que 
je vous confesse ingénument que je me suis de plus 
en plus obligé de l'aimer avec affection et de l'estimer. 

De tout ce qui se présente maintenant, je me re- 
mettrai et me reposerai volontiers sur lui. Et sur ce , 
saluant vostre bonne grâce, je pryerai Dieu, mon- 
sieur, etc. 

Du 26 mai 1698. 



538 LETTRE DE M. DE BELLIEVRE, etc. 



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CXC. - * LETTRE DE M. DE BELLIEVRE 

Au roy. 

Sire, de tout ce qui se présente au faict de la ne- 
gotiation de ceste paix , je me remettrai à la suffisance 
de M. de Sillery, qui a tellement servi vostre majesté 
a la conduicte et direction de l'affaire qu'il lui a pieu 
de lui commettre, et à moi, que j'estime de lui deb- 
voir rendre ce bon tesmoignage que je n'ai jamais 
cogneu ministre qui aye mieulx ni plus dignement servi 
son maistre. Je dirai seulement à vostre majesté, pour 
ce qui me touche et qui me concerne, et pour res- 
pondre au commandement qu'elle me faict par sa lettre 
du 20 e de ce mois, que je me dispose de faire le voyage 
de Bruxelles, pour assister et me trouver présent au 
serment que fera le cardinal archiduc d'Autriche , pour 
l'observation du traicté de paix, et servir, me trouvant 
près de lui , à ce qui se passera pour advancer bien- 
tost l'exécution de la restitution de vos places. 

Sire, il m'advient doresnavant comme aulx che- 
vaulx qui ont faict tant de voyages qu'ils n'eri peuvent 
plus faire; mais je me resouds que plus heureuse ni 
agréable mort ne me peult advenir, que celle qui me 
prendra en servant vostre majesté, qui est mon roy, 
mon souverain et mon chef; et quand il iroit de ma 
vie, je n'abandonnerai jamais, en quelque façon que 
ce soit, le lieu où il lui plaist que je sois demeurant. 
Et sur ce, prye Dieu, etc. 

Du 26 mai i5g8. 



POUR LES RATIFICATIONS, etc. 53g 



CXCI. — * POUR LES RATIFICATIONS, 

Otage yS et publications du traie lé du 28 mai 1 5q8 , 

a Veivins. 

Il a esté arresté entre tous les députés des deux roys 
que la publication de la paix se fera le dimanche 7 e du 
prochain mois de juin , et que les ratifications et ostages 
seront fournis auparavant, a sçavoir, que tous lesdicts 
ostages s'achemineront à ceste fin devers la ville 
d'Amiens; et , entrant en France, seront receus par les 
députés du roy très chrestien de France, qui leur four- 
niront la ratification dudict seigneur roy très chrestien , 
en recevant celle du serenissime cardinal Albert, ar- 
chiduc d'Autriche. 

Il a esté aussi arresté que Ton envoyera au plus tost 
ung gentilhomme d'Arras, le jeudi \{\ jour du mois 
de juin, pour adverlir les ostages du lieu où ils se 
doibvent rendre pour estre receus par lesdicts députés 
du roy de France. 

■ 

CXCII. — * LETTRE DU ROY 

A MM. de Bellievre et de Sillery. 

MM. de Bellievre et de Siliery, vous avés esté ad- 
vertis, par une lettre que le sieur de Villeroy vous a 
esente par mon commandement, du passage de dom 
Juan de Vanegas, et de la réception de vos lettres du 
1 2 et 1 7 de ce mois, depuis lesquelles m'ont esté ren- 
deues celles du 22 ; et aurés aussi veu Berny, qui partit 



34° LETTRE DU ROY 

d'auprès de moi le 20 , duquel vous aurés sceu mon 
acheminement en Picardie; et par mes lettres qu'il 
vous a portées, les raisons pour lesquelles je ne vous 
ai envoyé par lui mes lettres de ratification de nostre 
traicté de paix , que vous recevrés à présent par ce 
porteur, accompaignee des actes de la publication de 
ladicte paix ; lesdictes ratifications et actes despeschés 
en deux formes, afin que vous choisissiés celles que 
vous jugerés les plus propres. Je faisois estât, quand 
ledict Berny partit , que j'arriverois à temps à Amiens 
pour moi mesmes les vous bailler ; mais , m'estant 
trouvé ung peu mal, j'ai esté contrainct de raccourcir 
ung peu mes journées. Dadvantage, j'ai eu des nou- 
velles d'Angleterre par Edmond, que la royne m'a ren- 
voyé; sur quoi j'ai pris resolution, après l'avoir ouï, 
de ne prolonger dadvantage la délivrance desdictes 
ratifications ni l'exécution de nostre accord, auquel 
j'ai eu à plaisir d'avoir esté asseuré, par vostre der- 
nière lettre sur le rapport que vous en avoit faict 
M. Verreiken , M. le cardinal estre prest à satisfaire. 
Partant il ne fault plus perdre de temps; car, comme 
vous me représentés très sagement par vosdictes lettres, 
il y va par trop de mon service. Vous trouvères la date 
desdictes ratifications en blanc, parce que je ne veulx 
pas qu'elles soient datées plus tost que du 5 ou du 6 
du mois de juin , pour accomplir le délai que j'ai pro- 
mis à ladicte royne d'Angleterre, combien que je sois 
certain qu'elle ne laissera pas d'estre pour cela mal 
contente de moi et de s'en plaindre ; car elle m'a faict 
pryer par ledict Edmond d'en différer l'expédition 
encores pour ung aultre mois , dont je me suis excusé 
pour les raisons que vous sçavés, qui m'ont deu mou- 
voir d'en user ainsi. Je fais compte d'arriver à Paris le 



A MM. DE BELLIEVRE ET DE SILLERY. 54 1 

i c ou 3 e du mois de juin, et y séjourner trois jours; 
de sorte que vous pourrés dater dudict lieu lesdictes 
lettres et actes; vrai est qu'entre ci et là mesrnement, 
quand le courrier La Fontaine repassera, je pourrai 
vous faire sçavoir de mes nouvelles plus fraischement; 
mais si vous n'en recevés vous vous reglerés sur cela. 
Je vous prye de gaigner les deux ou trois jours de 
temps qu'il fault pour accomplir le délai promis à 
ladicte royne , et libérer la parole que j'ai donnée 
pour cela, estimant que c'est chose que vous pourrés 
facilement faire sans faire tort à mes affaires, estant 
nantis desdictes ratifications comme vous ferés ; de 
quoi je me repose sur vous, comme de tout le de- 
meurant qu'il fauldra poursuivre et exécuter après que 
vous aurés baillé lesdictes ratifications et publié ladicte 
paix, et pour la réception des ostages, dont j'escris 
encores présentement à mon cousin le connestable , 
par ung aultre courrier, qu'il se charge et advise avec 
vous ce qu'il fauldra qu'il fasse pour les recevoir et 
garder en attendant que j'arrive par delà, où je m'ad- 
vancerai tant que je pourrai; et lorsque je serai arrivé 
à Amiens, j'envoyerai pryer mon cousin le cardinal de 
Florence d'y venir, estimant qu'il sera nécessaire qu'il 
demeure cependant à Vervins, et que vous deux ou 
l'ung de vous ne l'abandonne point que jusques à ce 
que je le demande , afin de favoriser et advancer l'exé- 
cution dudict traicté que je vous prye de solliciter 
chauldement, suivant vostre délibération. Je vous escri- 
rai plus amplement par ledict La Fontaine. Vous sçau- 
rés aussi par lui ce qu'aura faict ledict Vanegas, lequel 
sera arrivé à propos à Blavet pour faire cesser la guerre 
qui continuoit à s'y faire, combien que j'eusse adverti 
celui qui commande en la place de l'accord de la ces- 



5/|2 LETTRE DU ROY, etc. 

sation d'armes; car, n'en ayant eu advis d'ailleurs, il 
avoit faict difficulté de la recevoir. Donnés moi souvent 
advis de ce qui se passera , et spécialement de la récep- 
tion desdictes ratifications, lesquelles j'entends que 
vous vous delivriés, et pareillement que vous fassiés 
publier ladicte paix, quand les 5 e ou 6 e du mois pro- 
chain seront passés, sans plus attendre que je sois 
arrivé par delà, où je ne laisserai cependant de m'ache- 
miner; mais aussi prenés garde que vous soyés asseuré 
devant d'avoir les ostages qui ont esté promis, ainsi et 
au temps qu'il a esté conveneu et arresté. Pryant 
Dieu, etc. 

Du 28 mai 1598. 



CXCIII. — * LETTRE DE M. DE VILLEROY 

A MM. de Bellievre et de Sillery. 

Messieurs, vous aurés nos ratifications par ce por- 
teur, despeschees en deux sortes avec les actes de la 
publication de nostre paix, dont vous choisirés celle 
que vous jugerés estre la meilleure, et ferés, s'il vous 
plaist, garder l'aultre pour m'estre rendeue quand je 
vous verrai. Il touchera maintenant à vous à mettre la 
main à la besoigne chauldement, afin que nous puis- 
sions jouir du bien que vous nous avés procuré, que le 
roy et tout le royaulme embrassent à deux mains. J'ai 
dict à sa majesté ce que vous îrfavés escrit touchant 
le choix de ceulx aulxquels elle donnera la charge des 
places restituées ; elle Ta pris en bonne part : si M. de 
Marivaux eust vécu , elle l'eust mis à Calais, où je 
crois qu'elle employera M. de Vie, s'il y veult entrer; 
àArdres, M. de Berangeville qui commande à Meulan; 



LETTRE DE M. DE VILLEROY, etc. 543 

à Dourlans , M. de Rambures de Picardie ; au Castelet , 
celui qui y estoit; mais l'on ne parle encores asseuree- 
ment de La Cappelle ; il n'estoit besoing de raconter 
ceste nomination aulx Espaignols; aussi je ne la vous 
escris que pour vous faire sçavoir ce que j'en sçais ; car 
il sembleroit que l'on le feroit pour leur en rendre 
compte, ce qu'il fault éviter comme vous sçavés mieulx 
que moi. 

Edmond est estonné ; il asseure que sa maistresse 
embrassera la cessation d'actes d'hostilité accordée pour 
deux mois, et qu'elle traictera : loutesfois il parle tous- 
jours aussi incertainement que devant , tendant à obte- 
nir une prolongation du délai que le roy leur a accordé ; 
mais cela a esté cause que nous lui avons respondeu 
plus résolument , et que nous avons advancé l'envoy 
des lettres que vous porte ce courrier , auquel j'ai com- 
mandé d'arriver à vous le I er du mois de juin. Il est 
vrai qu'il fault qu'il aille trouver M. le chancelier 
pour avoir le sceau ; mais je pense qu'il le trouvera 
à Chartres. J'ai si grande haste de le faire partir que 
je ne vous ferai la présente plus longue que pour me 
recommander, etc. 

Du 28 mai 1698. 



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CXCIV. — * RESPONSE 

Du duc de Savoje a la dernière que sa majesté a 
faict donner au sieur Jacob y son ambassadeur , 
le dernier mars 1598. 

Le très grand désir que son altesse a de venir à par- 
achever ung si sainct œuvre, comme est la conclusion 



544 LETTRE DU DUC DE SAVOYE 

de ceste paix tant nécessaire pour le bien et soulage- 
ment du povre peuple, encores qu'il eust espéré que 
sa majesté ne lui eust refusé les justes demandes que 
son altesse lui avoit faictes de sa part; toutesfois, afin 
que tout le monde cognoisse qu'il ne tient à lui qu'ung 
si grand bien n'advienne , il accepte sa saincteté pour 
arbitre , comme sa majesté a désiré , non seulement 
pour décider sur la cognoissance du marquisat de Sa- 
luées et terres de Cental et Cbasteau Daulphin, mais 
sur tous les aultres articles de ce traicté, et particuliè- 
rement et avant toutes aultres choses , soit par elle jugé 
de la validité du traicté de Bourgoing, qui est tout ce 
qui se peult souhaiter pour mettre une bonne fin à toutes 
ces différences ; n'ayant jamais eu son altesse aultre désir 
que de se ranger toujours à la justice et à la raison; espé- 
rant que, de ceste façon, sa majesté et chacung pourra 
cognoistre que par lui ne demeure qil'ung si sainct 
œuvre ne soit achevé. Au moins si ceste sienne si bonne 
et raisonnable resolution ne sera acceptée de sa ma- 
jesté, son altesse espère que Dieu, qui est juste juge, 
favorisera ses armes, conformes à la justice de sa cause. 
Le roy, ayant veu la response que M. de Savoye a 
faicte à celle qui feut baillée de la part de sa majesté 
au sieur de Jacob son ambassadeur, le dernier jour de 
mars, datée du 6 du mois de mai, signée de sa main, 
et contresignée par son secrétaire, qu'il consent et ac- 
corde, sur l'ouverture que sa majesté en a faicte, que 
nostre sainct père le pape juge des différends que sa 
majesté a avec lui, comme çà tousjours esté le désir et 
intention de sadicte majesté d'en sortir par voye amia- 
ble, et mesme par l'advis et jugement de sa saincteté, 
ainsi qu'elle a tesmoignépar ses responses, a déclaré, et 
déclare encores par la présente, qu'elle accepte volon- 



A M. JACOB. 545 

tiers sa saincteté pour juge et arbitre de tous les diffé- 
rends que sa majesté a avec ledict duc , afin qu'ils soient 
jugés et terminés par sadicte saincteté ensemblement , 
comme il est raisonnable et nécessaire de faire pour 
establir une entière amitié et bonne paix entre sadicte 
majesté et ledict duc, leurs subjects et pays; sa ma- 
jesté n'estant marrie, sinon que ledict duc n'a plustost 
pris ceste resolution , tant elle désire sortir d'affaires 
avec lui comme avec tous ses voisins, pour le bien uni- 
versel de la chrestienté, qui lui est très recommandé. 

Faict à Paris, le 4 juin i5g8. 



CXGV. — * RATIFICATION 

Des articles du traictè de paix. 

Henry, etc., à tous ceulx, etc., comme en vertu 
des pouvoirs respectivement donnés par nous et très 
haut, etc., le roy catholique des Espaignes nostre très 
cher et très amé bon frère et cousin, et nos commis 
et députés, ils ayent en nostre ville de Vervins le 
2 e jour du mois de mai dernier, passé, concleu et 
arresté le traicté de paix et de resolution , duquel la 
teneur ensuit, etc. ; nous ayans icelui traicté agréable 
en tout et chacungs les poincts et articles qui y sont 
conteneus et déclarés, avons iceulx , tant pour nous 
que pour nos héritiers, successeurs, royaulmes, pays, 
terres et seigneuries et subjects, acceptés, approuvés , 
ratifiés et confirmés , acceptons , approuvons , ratifions 
et confirmons , et le tout promettons en foi et parole 
de roy, et soubs l'obligation et hypothèque de tous 
et chacungs nos biens presens et à venir, garder, ob- 

1V1ÉM. DE DUPJ.ESSIS-MORBUY. TOME VIII. 35 



546 RATIFICATION, etc. 

server et entretenir inviolablement, sans jamais aller 
ne venir au contraire directement ou indirectement 
en quelque sorte et manière que ce soit. En tesmoing 
de quoi nous avons signé ces présentes de nostre pro- 
pre main , et a icelles faict mettre et apposer nostre scel. 
Donné à Paris, le 6 juin 1 5c>8 , et de nostre règne le neufviesme. 



CXCVI. — * LETTRE 

Julx gouverneurs pour la publication de la paix. 

Monsieur de, etc. Dieu ayant voulleu donner à 
mon royaulme la paix publicque avec mes voisins , et 
particulièrement avec le roy d'Espaigne et le duc de 
Savoye , à la suite de l'heureux voyage que j'ai faict 
en Bretaigne , je vous envoyé ladicte publication de Ia- 
dicte paix avec des lettres addressantes tant aulx 
evesques qu'aulx baillifs et senescîiaulx de vostre gou- 
vernement , lesquelles vous leur ferés tenir incontinent, 
afin que lesdicts evesques ayent à faire remercier Dieu 
de la grâce qu'il m'a faicte et à mes subjects , et que 
lesdicts baillifs et seneschaulx fassent publier ladicte 
paix en l'estendeue de leur ressort , comme vous ferez 
aussi de vostre part , donnant orçjre que mon intention 
soit exécutée, suivie et gardée comme elle doibt estre 
pour le bien public de mondict royaulme ; et sur ce , 
je prye Dieu , etc. 



LETTRE, etc. 547 

CXCVII. — * LETTRE 

Aulx courts de parlemens. 

De par le roy. Nos amés et feaulx, après tant d'op- 
pressions que nos peuples et subjeets ont souffertes 
par la continuation des guerres qui les ont si longue- 
ment travaillés, Dieu nous a voulleu donner la paix 
générale à la suite de l'heureux voyage que nous avons 
faict en Bretaigne; de quoi nous vous avons bien voullu 
faire part par ceste lettre , en vous envoyant l'acte de la 
publication de ladicte paix, pour la faire publier dans 
l'estendeue de vostre ressort, comme nous vous man- 
dons faire, avec les formes et les solennités accous- 
tumees en semblables occasions; de quoi nous escri- 
vons aussi aulx evesques de vostredict ressort, afin 
qu'ils en fassent remercier Dieu en leurs Eglises, et 
que chacun g se dispose de recueillir soubs nostre auc- 
torité et commandement, le fruict que nous en es- 
pérons pour le soulagement de nosdicts subjeets. 
Donné, etc. 



h -*, % '%S%. ■x.--^-^ * 



CXCVIII. — * LETTRE 

Aulx baillifs et seneschaulx. 

De par le roy. Nostre amé et féal, à la suite de l'heu- 
reux voyage que nous avons faict dans la Bretaigne, il 
a pieu à Dieu de nous donner la paix générale en ce 
royaulme, laquelle désirant observer et garder aussi 
chèrement comme elle est nécessaire et agréable pour 



548 LETTRE, etc. 

le soulagement de nos povres peuples et de nos sub- 
jects, vous ne fauldrés tout incontinent après la pré- 
sente receue et veue, d'en faire publier l'acte que 
nous vous envoyons présentement en l'estendeue de 
vostre jurisdiction , et tenir la main que nostre in- 
tention soit exécutée. A quoi nous vous mandons 
vaquer très soigneusement, comme chose qui importe 
grandement au bien de cest estât. Donné , etc. 



FIN DU TOME HUITIEME. 



TABLE DES PIÈCES 

CONTENUES DANS LE TOME HUITIÈME. 



I _-* Lettre de M. de Villeroy à MM. de Bellievre et de 
•SiUery Pa S* l 

II. — * Mémoire baillé à Chastellerault, le 2 febvrier i5 9 8, 
à M. le président de Thou 

III. — * Lettre de M. Duplessis à sa femme 

IV. — * Lettre de M. de Pierrefite à M. Duplessis 7 

V. * Lettre de M. Duplessis à sa femme 9 

VI. __ * Mémoire de M. de Pierrefite ll 

VIL — * Lettre de M. de Villeroy à MM. de Bellievre et de 

\L 

Sillery. . . . » * ** 

VIII. — Lettre de messieurs de l'assemblée de Chastelle- 
rault à MM. de Courtaumer et de Cazes , faicte par 

- ,,,. . 16 

M. Duplessis 

IX. — * Lettre de M. Duplessis à sa femme 19 

X. — * Lettre de M. Duplessis à sa femme ai 

XI. — * Lettre du roy à M. Duplessis 22 

XIL — * Lettre de MM. de Bellievre et de Sillery à M. de 

Villeroy 

XIII. — * Lettre de M. de La Boucherie à M. Duplessis. . . 24 
Xiv. — * Lettre de M. de Bethune à M. Duplessis 16 

XV. — * Lettre de M. Duplessis à sa femme 27 

XVI. — * Lettre de Catherine de Navarre (^Madame) à 

M. Duplessis * 2 9 

XVII. — * Lettre de M. Servin , conseiller d'estat et advo- 

cat gênerai , à M. Duplessis • • • lbld - 

XVIII. — * Lettre de M. de Tamboneau à M. Duplessis . . 3o 

XIX. — * Lettre de M. de Montigny à M. Duplessis 3i 

XX. * Lettre de madame Dubouchet à madame Du- 

plessis. * '.'" 

XXI. * Lettre de M. de Moudon à M. Duplessis 33 

XXII. — * Lettre de M. de Villeroy à MM. de Bellievre et 
de Sillery 34 



55o TABLE DES PIÈCES 

XXIII. — * Lettre de MM. de Bellievre et de Sillery à 

M. de Villeroy , Page 36 

XXIV. — * Lettre de MM. de Bellievre et de Sillery au roy . 37 

XXV. — Lettre de M. l'archevesque de Rheims à M. Du- 
plessis 49 

XXVI. — * Lettre de M. Dumaurier à M. Duplessis 5o 

XXVII. — * Lettre de M. Dumaurier à madame Duplessis. 5 1 

XXVIII. — * Lettre de M. de Mouy à madame Duplessis. 02 

XXIX. — * Lettre de M. Potier de Blancmesuil à M. Du- 
plessis , ibul. 

XXX. — * Lettre de M. Potier de Blancmesuil à madame 
Duplessis 53 

XXXI. — * Lettre de M. de Mouy à M. Duplessis . 54 

XXXII. — * Lettre de M. Duplessis à sa femme 55 

XXXIII. — * Lettre de M. Duplessis à M. de Pierrefite. . . 58 

XXXIV. — * Lettre de M. de Schomberg à M. Duplessis. 5g 

XXXV. — * Lettre de MM. de Bellievre et de Sillery à 

M. de Villeroy 60 

XXXVI. -— * Pouvoir des sieurs président Richardot , 
Taxis et Verreyken 63 

XXXVII. — * Lettre de M. Duplessis à sa femme 67 

XXXVIII. — * Lettre de M. Duplessis à femme 68 

XXXIX. — * Lettre du roy à MM. de Bellievre et de Sil- 
lery 69 

XL. — * Lettre de M. de Villeroy à M. de Bellievre et de 

Sillery 80 

XLI. — Lettre de M. de La Scala à M. Duplessis 82 

XLII. — Lettre de madame de Laval à M. Duplessis 83 

XLIII. — * Lettre de M. Duplessis à sa femme 84 

XLIV. — * Lettre de M. Duplessis à sa femme 87 

XLV. — * Lettre de M. Duplessis à sa femme 90 

XL VI. — * Lettre du roy à M. Duplessis 91 

XLVII. — * Lettre de M. Duplessis à sa femme 92 

XLVIII. — * Lettre de M. Duplessis à sa femme. ...... g5 

XLIX. — * Lettre de M. Duplessis à sa femme 96 

L. — * Lettre de M. de Lomenie à Duplessis 97 

U. — * Lettre de MM. de Bellievre et de Sillery à M. de 

Villeroy , 99 



CONTENUES DANS CE VOLUME. 55 1 

LU. — * Lettre de MM. de Bellievre et de Sillery à M. de 

Villeroy Page j o i 

LUI. — Lettre de M. de Rohan à M. Duplessis m 

LIV. — * Lettre de M. Duplessis à sa femme 1 ï 2 

LV. — * Lettre de M, Duplessis à sa femme n3 

LVI. — * Lettre de M. Duplessis à sa femme 116 

LVII. — * Lettre de M. Duplessis à sa femme 117 

LVIII. — * Lettre de M. Duplessis à/sa femme 118 

LIX. — * Lettre de MM. de Bellievre et de Sillery au roy. 1 îg 
LX. — * Lettre de MM. de Bellievre et de Sillery à M. de 

Villeroy 1 33 

LXI. — * Mémoire de ce qui a esté traicté avec les ambas- 
sadeurs d'Espaigne 1 36 

LXII. — * Mémoire de ce qui a esté traicté avec l'am- 
bassadeur de Savoye 141 

LXIII. — "Lettre de MM. de Bellievre et de Sillery au roy. 149 
LXIV. — * Lettre de M. de Villeroy à MM. de Bellievre 

et de Sili^ry i5i 

LXV. — * Lettre de M. de Villeroy à MM. de Bellievre et 

de Sillery 1 53 

LXVI. — * Lettre de M. de Villeroy à M. Duplessis i56 

LXV1L — * Lettre du duc Bouillon à M. Duplessis 157 

LXVIII. — * Lettre de M. Duplessis à sa femme i58 

LXIX. - * Lettre de M. Duplessis à sa femme 160 

LXX. — * Lettre du roy à MM. de Bellievre et de Sillery. 161 
LXXL — * Lettre du roy à MM. de Bellievre et de Sillery. 176 
LXXII. — * Lettre de M. de Villeroy à MM. de Bellievre 

et de Sillery 1 iy8 

LXXIII. — * Lettre de M. Duplessis à sa femme 180 

LXXIV. — * Articles VIII et XXV! du registre de l'as- 
semblée générale teneue à Cliastellerault ibzd. 

LXXV. — * Lettre de M. Duplessis à sa femme 181 

LXXVI. — * Lettre de MM. de Bellievre et de Sillery à 

M. de Villeroy. . . . . 184 

LXXVII. — * Lettre de M. Duplessis à sa femme 190 

LXXVIII. — * Lettre de M. Duplessis à sa femme 102 

LXXIX. — * Lettre de M. Duplessis à sa femme ig3 

LXXX. — * Lettre de M. de Villeroy à M. Duplessis 194 

LXXXI. — .* Lettre de M. Duplessis à sa femme. ....... i$5 



552 TABLE DES PIÈCES 
LXXXII. — * Lettre de M. Duplessis à sa femme. . . Page 19$ 
LXXXIII. — * Lettre de M. de La Fontaine à madame Du- 
plessis 1 98 

LXXXIV. — * Lettre de M. Duplessis à sa femme 199 

LXXXV. — * Lettre de M. Duplessis à sa femme 200 

LXXXVI. — * Lettre de M. Duplessis à sa femme 202 

LXXXVII. — * Lettre MM. de Bellievre et de Sillery au 

roy. 2o3 

LXXXVIII. — * Lettre de MM. de Bellievre et de Sillery 

au roy 214 

LXXXIX. — * Lettre de MM. de Bellievre et de Sillery à 

M. de Villeroy 217 

XC. — * Lettre de MM. de Bellievre et de Sillery au roy. . 218 

XCI. — * Lettre de M. le légat au roy 228 

XCII. — * Lettre de M. de Villeroy à MM. de Bellievre et 

de Sillery 23o 

XCIII. — * Lettre de M. Duplessis à sa femme. ........ 234 

XC1V. — * Lettre de M. Duplessis à sa femme 235 

XCV. — * Lettre de M. de Villeroy à MM.